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Tigresse blanche - T1 : Au service du grand timonier - par Yann&Conrad - Dargaud

  • "Tigresse blanche" est un diptyque burlesque, prologue aux 12 épisodes de la série culte de Yann et Conrad. Les auteurs reviennent ainsi sur la vie d'Alix avant sa rencontre avec les innommables.

Alix Yin Fu est une jeune combattante agent secret au service du parti communiste chinois. Après avoir remporté avec brio une dernière épreuve, elle est élevée au grade de "mouche rouge" de première classe. Le grand maître lui confie alors sa première mission : rapporter de Hong-Kong la tête du dragon de la triade des trois bambous verts. Elle s’y rend donc en compagnie du camarade Êh-Nak, responsable de l’opération en tant que "mouche dorée". Au cours de son périple, Alix rencontre Sir Francis Flake, gentleman et lieutenant de l’armée de sa majesté. Il est à la recherche d’une mystérieuse "Fat Girl" qui semble attiser bien des curiosités, notamment de la part des "treize invisibles", des tueurs cruels et ténébreux aux visages entièrement bandés...

Yann et Conrad nous offrent une histoire qui en plus d’être désopilante n’en oublie pas moins d’être habilement menée et passionnante ! Tigresse blanche reprend les ingrédients qui ont fait le succès des Innommables.
Truffé de références (aussi bien graphiques que scénaristiques) à d’autres héros de BD, ce spin-off enchaîne quiproquos délirants et situations rocambolesques. Les auteurs ne perdent pas leur sens de la dérision et de la parodie : Êh-Nak n’est pas le fidèle ami d’Alix l’intrépide, au contraire. Il passe son temps à détourner les actions de notre James Bond asiatique à son profit et aimerait (au passage) cueillir, avec son diamant chauve, la fleur de jade de la jeune femme... Sa lubricité n’a d’égal que sa fourberie.

Chaque personnage a ainsi un caractère bien trempé. Sir Francis Flake est coincé entre une mère nymphomane et un serviteur indien surprotecteur. Après les aventures de Philip et Francis, les héros de Jacobs sont de nouveau pastichés pour notre plus grand bonheur.

Didier Conrad garde son style caractéristique de la série-mère. Son aisance graphique fait une fois de plus mouche (sans jeu de mots). Il n’hésite pas à teinter son dessin d’un zeste d’érotisme (notamment à l’heure de la chatte qui miaule et à l’heure du bœuf qui sommeille...). Le Hong-Kong de l’époque colonialiste britannique est restitué avec beaucoup de charme et d’exotisme.

Yann livre un scénario riche en rebondissements et en humour noir et caustique. Il y cultive sa verve la plus fleurie, égayant ses pages de ces périphrases chantantes qui font le bonheur des Innommables depuis plus de vingt ans. Les personnages sont déjantés, leur psychologie riche et complexe. La tendresse réussit cependant à s’immiscer dans un discours au ton généralement cynique et décalé.

Tigresse blanche est pour Yann et Conrad l’occasion de montrer une nouvelle fois toute l’étendue de leur talent. La recette est déjà connue, diront certains. Ils n’ont pas tort, mais une fois de plus la mayonnaise prend !

Dernière bonne nouvelle : la fin de cette aventure paraîtra dès septembre.

(par Laurent Boileau)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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