Tout pour être heureuse ? Pas forcément...

20 janvier 2021 0
  • Toute jeune étudiante vivant en colocation avec sa meilleure amie, Maria perd peu à peu pied. Entre abattement profond et abus d'alcool, elle ne parvient plus à donner un sens à son quotidien. Dans un récit d'une grande sobriété, partiellement autobiographique, l'autrice norvégienne Anja Dahle Øverbye décrit la façon dont la dépression peut ralentir voire anéantir une vie pleine de promesses.

Maria et Johanna sont ravies. Après des années lycée réussies, les deux amies entament leurs études supérieures à Bergen, habitent ensemble en colocation, complètent leurs revenus en travaillant dans un commerce et sortent régulièrement pour faire la fête. Certes, les soirées sont parfois trop arrosées et Maria n’est pas très studieuse, mais elles ont tout pour être heureuses dans la deuxième métropole de Norvège, ville universitaire dynamique qui donne une belle place à la culture.

Tout pour être heureuse ? Pas forcément...
Bergen © Anja Dahle Øverbye / Éditions çà et là 2021

Tout pour être heureuses ? Ce n’est pas forcément suffisant si, comme Maria, on est malade de dépression. Celle-ci ne nécessite pas obligatoirement de circonstances particulières pour se déclarer, les facteurs endogènes étant parfois déterminants. La souffrance de Maria - apathie, angoisses, perte d’élan vitale - est éminemment intérieure. Cela ne l’empêche pas d’être prégnante et, peu à peu, de l’empêcher de suivre le cours de sa vie.

Dans Bergen, l’autrice norvégienne Anja Dahle Øverbye retrace une année de la vie de Maria. Une année difficile, pendant laquelle la jeune femme sombre irrémédiablement. Au cours de semaines et de mois qui semblent défiler si lentement pour elle, elle s’isole mentalement. Elle ne suit presque plus ses cours, s’absente régulièrement de son travail, s’alcoolise de plus en plus. Malgré quelques courtes éclaircies, chaque jour pèse davantage que le précédent.

Bergen © Anja Dahle Øverbye / Éditions çà et là 2021

L’accompagnement de sa psy et de son amie Johanna ne suffisent pas. Elle vit sans enthousiasme ses relations avec les hommes, hésite sur la suite de ses études, et ne parvient parfois même pas à se lever. Dans une langueur inquiétante, la santé de Maria se dégrade. C’est sans à-coups spectaculaires que le récit retrace cet enfermement psychologique.

Comme dans Sous le signe du grand chien (Éditions çà et là, 2019), l’histoire est partiellement autobiographique [1], ce qui explique sans doute à la fois la vérité du ton et sa sobriété, résultat d’une mise à distance indispensable pour l’autrice. Son noir et blanc se fait de plus en plus dense au fur et à mesure du récit, jusqu’à emplir presque totalement certaines pages. Le trait brut, où les coups de crayons sont visibles, transcrit l’état d’esprit de Maria. Les compositions simples sont souvent oppressantes, du fait de l’absence d’espace entre les cases.

Bergen n’est donc pas une bande dessinée didactique sur la dépression. C’est une œuvre personnelle et délicate, qui mise sur la sensibilité et l’empathie. Une bande dessinée où douceur et rudesse se mêlent pour mieux faire sentir et comprendre les affres d’une maladie répandue mais encore trop mal considérée.

Bergen © Anja Dahle Øverbye / Éditions çà et là 2021
Bergen © Anja Dahle Øverbye / Éditions çà et là 2021
Bergen © Anja Dahle Øverbye / Éditions çà et là 2021

(par Frédéric HOJLO)

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Bergen - Par Anja Dahle Øverbye - Éditions çà & là - traduction du norvégien par Sophie Jouffreau - édition originale : Bergen, Jippi Vorlag, Norvège, 2018 - 19 x 26 cm - 144 pages en noir & blanc - couverture cartonnée - parution le 21 janvier 2021.

Consulter le site de l’autrice & lire les premières pages de l’ouvrage.

Lire également sur ActuaBD : Sous le signe du grand chien - Par Anja Dahle Øverbye (trad. S. Jouffreau) - Éditions çà et là.

[1L’héroïne s’y prénommait Anne ; Anne et Maria sont les deux principaux personnages d’Anja... qui se dévoile par petites touches.

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