Trop vieux pour toi - Par X. Bétaucourt et Y. Marchat - La boîte à bulles

26 février 2016 0 commentaire
  • L’arrivée d’un enfant non prévu à près de cinquante ans : un récit qui sonne juste.

Après avoir rédigé plusieurs récits de reportages en bande dessinée (Bouclier humain, Noir Métal), Xavier Bétaucourt se lance dans la bande dessinée autobiographique. Mais si l’adjectif change, la méthode reste la même : raconter de manière honnête un évènement précis. En l’occurrence, comment un homme de près de cinquante ans apprend que sa femme, qui était censée être stérile, tombe enceinte de manière complètement imprévue.

Trop vieux pour toi - Par X. Bétaucourt et Y. Marchat - La boîte à bulles

« Mais Monsieur… La médecine n’est pas une science exacte ! ». Voici ce que répond la gynécologue de Léa, la femme de Xavier, quand celui-ci lui demande comment elle a pu tomber enceinte alors que ses médecins lui avaient garanti qu’elle ne pourrait jamais l’être sans procréation médicalement assistée.

Xavier a fait sa crise de la quarantaine, quitté femme et enfant, abandonné son métier alimentaire pour se consacrer au journalisme et à la bande dessinée, déménagé à l’autre bout de la France pour vivre avec Léa, de dix ans sa cadette, et, brutalement, sa seconde jeunesse et son rêve d’insouciance explosent en vol avec l’annonce de cette paternité non désirée.

Alors que son frère et un de ses meilleurs amis décèdent, il culpabilise, sachant qu’il « mourra trop jeune pour cet enfant », il angoisse également de perdre sa liberté, sa vie à deux, de perdre le silence et le repos et de gagner le droit de ne pas dormir, de changer des couches, d’entendre hurler. Cela finit par tendre ses relations de couple, Léa étant aussi folle de joie qu’il est rongé d’inquiétude : « Léa veut m’amener en douceur vers cet enfant, mais il me faut encore du temps. Elle est patiente et je voudrais pouvoir faire mieux. Je suis triste pour elle. » Et il finit par réussir à faire (quelque peu) taire ses peurs et à profiter de l’instant présent.

Au-delà de cette question de l’âge du héros, le parcours de la grossesse, uniquement vu par des yeux masculins, est décrit avec sensibilité, et les relations familiales sont brossées avec finesse, notamment l’évolution de sa relation à son fils de vingt ans. La narration fluide montre bien la succession des états psychologiques par lesquels passe Xavier et arrive à nous faire comprendre et partager ses états d’âmes.

Le dessin est souvent maladroit, avec par exemple des problèmes de perspective, et la mise en couleurs, criarde, manque cruellement de nuances et aplatit le dessin. On sent bien que Yannick Marchat, jeune dessinateur, est encore en phase d’apprentissage et de perfectionnement, mais cela n’empêche pas quelques trouvailles graphiques (comme le regard du personnage principal, faisant penser aux yeux dessinés par Igort pour montrer les émotions de ses héros, alors que le reste du visage n’est qu’à peine esquissé), avec une mise en page souvent bien rythmée, et cela n’entrave pas non plus l’émotion réelle portée par ce récit touchant et honnête.

(par Tristan MARTINE)

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