"Unkungfu" de Daniel Selig : arts martiaux et dérision dans la France des années trente

24 novembre 2016 1 commentaire
  • Le dessinateur Daniel Selig imagine dans "Unkungfu", publié chez Flblb, le tournage du premier film européen d’arts martiaux. Personnages loufoques et situations rocambolesques font de cette bande dessinée un ouvrage hors du temps et pourtant ancré dans une époque, les années 1930. Interdiction, ici, de se prendre au sérieux !

Quelle équipe de tournage ! Un réalisateur exalté, un technicien et homme à tout faire d’origine polonaise adepte de la manière forte, une actrice chanteuse de jazz et fille du premier édile de Paris, une costumière russe fuyant le stalinisme, un duo de républicains réfugiés espagnols et surtout un Chinois si fort qu’il doit inventer le "unkungfu" pour contenir sa force…

Cette galerie de personnages hétéroclites, chargée de tourner le premier film européen d’arts martiaux, est à l’image du livre de Daniel Selig paru chez Flblb. Cela part dans tous les sens, hésite entre bagarre et humour, réalité et fiction, noirceur et dérision. Le scénario linéaire mais ponctué de quelques retours en arrière sur la vie des personnages a pour enjeu majeur cette simple question : l’équipe parviendra-t-elle à achever le tournage de son film ?

"Unkungfu" de Daniel Selig : arts martiaux et dérision dans la France des années trente
Page 18 © Daniel Selig - Flblb 2016
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Les obstacles se font nombreux et tiennent autant aux personnalités instables de ce petit monde qu’aux ennuis venus de l’extérieur. Mais l’intérêt réside davantage dans les multiples rebondissements – quelle loufoquerie l’auteur va-t-il encore inventer pour bousculer ses personnages ? – que dans la résolution finale de l’intrique.

Il est interdit ici de se prendre au sérieux. Il y a bien du sang, des larmes et même des morts, cependant rien de vraiment douloureux. Le contexte historique des années 1930 n’est pas gommé – montée des dictatures en Europe, influence des ligues d’extrême-droite en France, déracinement des réfugiés de toutes les nationalités – mais il demeure une ombre qui plane sur l’ouvrage sans trop l’assombrir. Comme le cinéma, la bande dessinée permet tous les excès. Daniel Selig ne s’en prive pas, pour notre plaisir. Même la vénérable Tour Eiffel en fait les frais.

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Unkungfu est également une déclaration d’amour au cinéma. M le Maudit de Fritz Lang devient M le Mandarin de Fritz Lee. Georges Méliès, Sergueï Eisenstein, Charlie Chaplin, Buster Keaton sont cités par Daniel Selig, qui invente un réalisateur se revendiquant à la fois du "post-réalisme" (qu’est-ce donc dans le cinéma des années 1930 ?) et du "constructivisme". Outre l’hommage à Bruce Lee, le dessin majoritairement sans fioritures s’accordent quelques exercices de style en forme de clin d’œil à l’expressionnisme allemand et au western spaghetti.

Après des études à l’Ecole européenne supérieure des images d’Angoulême, Daniel Selig a participé à la fondation de l’association Les Machines, qui lui a permis de s’auto-éditer. Il a travaillé comme traducteur et se fait parfois musicien. Il franchit avec Unkungfu un cap, se permettant un récit de plus grande envergure, dans lequel nous retrouvons une esthétique et un humour qu’il affectionne et qui sont issus du monde du fanzine. Reste que son livre est sans prétention, et que nous avons hâte de le découvrir avec une histoire plus élaborée : il semble avoir l’imagination et la culture pour s’y attaquer.

© Daniel Selig - Flblb 2016

Voir en ligne : Le site de Daniel Selig

(par Frédéric HOJLO)

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