Vincent Bernière et Métal Hurlant : "C’est aujourd’hui le futur !"

20 mai 2020 1 commentaire
  • Fondateur des éditions Revival et directeur de la revue "Les Cahiers de la BD", Vincent Bernière est également à la tête du tout nouveau projet de reboot du magazine cultissime "Métal Hurlant" avec un tirage de 30 à 40 000 exemplaires pour le premier trimestre 2021. Nous avons pu nous entretenir avec lui pour parler du futur de "Métal Hurlant", et du futur tout court...

Avant toute chose, comment doit-on appeler cette nouvelle version de Métal Hurlant ? Reboot ? Hommage ? Sequel ?

Vincent Bernière : Alors on peut dire reboot, forcément, puisque le nom est le même et l’esprit est le même. Mais on veut vraiment apporter quelque chose de nouveau, pas juste faire un hommage. D’ailleurs, il y en aura assez peu, des hommages à l’ancienne équipe et à l’ancien magazine. Ce n’est pas un projet de réédition mais une série totalement neuve.

Et c’est ce qu’on va mettre en place dès la première publication qui sera un hors-série. On posera les fondations de la série pérenne, comme un signe avant-coureur de ce qui arrivera en librairie et en kiosque. Sur 250 pages, on aura aux trois-quarts des BD courtes de une à seize pages, le dernier quart étant du rédactionnel, avant de virer sur quelque chose au format plus journalistique et écrit. C’est sur quelque chose de cet ordre qu’on a travaillé avec toute l’équipe.

Vincent Bernière et Métal Hurlant : "C'est aujourd'hui le futur !"
© Ugo Bienvenu / Métal Hurlant.

Justement, parlons de l’équipe. On voit beaucoup de noms connus de l’Underground, de l’édition alternative, proches d’un "esprit Métal Hurlant". Comment avez-vous formé ce groupe ?

Ça s’est fait par accointances et par amitiés d’abord. Ugo Bienvenu, je l’ai rencontré via jean-Luc Fromental, son éditeur chez Denoël Graphic. Il travaillait à l’époque sur sa maison d’édition Réalistes. J’ai trouvé l’approche de la SF qu’il y défendait très cohérente, très en phase avec le renouveau de la science-fiction, et c’est comme ça qu’on a imaginé la chose. D’ailleurs, tous les auteurs de Réalistes sont appelés à contribuer au magazine.

Pour Sabrina Calvo, c’est une autrice que je lis depuis longtemps et que j’apprécie beaucoup et qui, là aussi, touche à une science-fiction qui me semble pertinente et réaliste, proche de Damasio par exemple. Elle a par ailleurs été soutenue par Dionnet, avec qui elle est proche.

Ensuite, Tellop. Là encore, c’est un auteur que j’apprécie et je trouvais intéressant d’amener sa vision au magazine. Il parle de beaucoup de sujets dans des tons et avec des méthodes différentes, j’étais sûr que cela fonctionnerait.

Et enfin pour Jerry Frissen. Vu son passif avec Métal Hurlant, c’était important de l’avoir, d’autant qu’il est déjà connu aux USA pour ça. Donc finalement c’est ça, un groupe qui s’est formé par accointances et par amitiés, mais avec toujours des gens attirés et liés par la science-fiction.

Vincent Bernière
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

L’un des bouleversements que vous apportez au titre est le changement d’éditeur : Métal Hurlant ça a toujours été les Humanos et vous avez décidé de changer cela ?

V. B. : Les Humanoïdes Associés sont toujours propriétaires de la marque et du nom. Ils ont été approchés plusieurs fois ces dernières années pour relancer la licence parce que la science-fiction a changé de statut. Auparavant, la science-fiction était un mouvement "Underground", maintenant elle est devenue Mainstream, on le voit avec Netflix et ses séries comme Black Mirror, ou le projet de reboot de Dune de Denis Villeneuve. C’était presque une évidence que le titre finisse par revenir.

Et donc je me suis rapproché des Humanoïdes Associés, avec Les Cahiers de la BD justement, pour permettre ça. Apporter une expertise, une trésorerie et partir ensemble dans la bonne direction en conservant la coquille. Mais il faut voir cela comme une coproduction. Tous les contrats d’auteurs sont signés par les Humanos, et les contrats rédactionnels sont hébergés par Les Cahiers de la BD.

© Ugo Bienvenu / Métal Hurlant.

Quand on regarde la période à laquelle vous lâchez cette petite bombe, cette crise du Covid-19, on se dit que finalement, on est déjà dans de la science-fiction. C’est un hasard du calendrier ou un génial coup de com ?

V. B. : C’est complètement un hasard du calendrier. Mais vous savez ce qu’on dit : le hasard c’est ce qui se passe quand Dieu veut rester anonyme... Des hasards il n’y en a pas vraiment. Moi je voulais pousser le timing et faire une parution en juin 2020 et, finalement, on a décidé de prendre un peu plus notre temps et de viser 2021. Puis au dernier moment, le confinement nous est tombé dessus. Ensuite on s’est posé la question de savoir si, pendant le confinement, on état prêts à annoncer la chose, et finalement, c’est arrivé juste à la fin.

On trouve que c’est un bon signal à envoyer en ce moment. On entend partout dire que le monde d’avant, c’est fini, mais nous on répond que non. Il y aura toujours des projets intéressants, des nouveautés. Et il s’est avéré un peu après-coup que notre thème était vraiment raccord avec l’actualité. On a fait notre hors série sur le near near future, l’avenir très proche, et on le dit : "Le futur, c’est demain !"... Mais au final on s’est trompé, c’est aujourd’hui le futur, on vit déjà dans une société de science-fiction.

On a voulu que ce soit une bonne nouvelle, annoncer quelque chose de dynamique et de positif, qui donne le sourire. Et tout le monde a travaillé, même pendant le confinement, pour peaufiner la chose. Je ne peux pas encore donner de date précise pour la sortie du hors-série, mais on prévoit de le publier dans le premier semestre de 2021.

Métal Hurlant est un monument de la culture, est ce que vous n’avez pas un peu peur de vous y attaquer ? Est ce que vous appréhendez un peu les réactions des "puristes", des fans de la première heure ?

V. B. : On ne les craint absolument pas, et même on espère qu’ils vont se manifester. Nous prendrons toutes les critiques qui nous seront faites, surtout si elles viennent de passionnés, qu’ils soient des anciens puristes ou des nouveaux radicaux. Ça montrera que cette communauté est encore vivante et a du répondant.

Au moment où le projet est devenu plus concret, j’ai été contacté par Jean-Pierre Dionnet qui a été très chaleureux et m’a soutenu tout en m’expliquant ne pas vouloir "revenir sur les lieux du crime".. Dites-vous bien qu’avec tous les experts qui entourent ce projet on va faire les choses le mieux possible. On conserve notre enthousiasme dans un contexte malgré tout très difficile. Avec Presstalis qui a déposé le bilan, ce sont des jours difficiles qui s’annoncent pour la presse imprimée. Mais nous, tant que la publication est faite et que la diffusion est la plus large possible, on sera contents. Nous avons avant tout des visées artistiques et pas seulement commerciales.

Donc non, nous ne craignons pas pas les "vieux fans" et on espère même qu’ils se réveilleront pour nous. On sait qu’il y aura toujours des réactions négatives, ce sera à nous d’en tirer le meilleur parti.

Propos recueillis par Jaime Bonkowski De Passos.

© Ugo Bienvenu / Métal Hurlant.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

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