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Angoulême 2012 (4/4) : De la bande dessinée considérée comme l’un des beaux-arts

  • Les amateurs de peinture auront de quoi se régaler lors du prochain Festival d’Angoulême grâce à un surprenant regard croisé entre deux expositions : « Une Autre Histoire » qui nous montre des auteurs de BD pratiquant la peinture et, d’autre part, « Dirosamagazine », parcours d’un peintre, Hervé di Rosa, qui emprunta au langage de la BD la grammaire d’une nouvelle école de peinture : la figuration libre.

C’est ce que les Surréalistes appellent un hasard objectif, et il en a fallu un pour que La Cité de la Bande Dessinée et le FIBD s’accordent dans un dialogue quasi harmonieux, alors que leur hostilité réciproque défraie régulièrement la chronique.

Au départ, il y a la proposition de Jean-Marc Thévenet, ancien directeur du Festival d’Angoulême, débarqué abruptement il y a bientôt six ans. Il avait mis quelques années, depuis son départ, à revenir à la bande dessinée, avec quelques expositions comme Archi & BD ou encore Bande Dessinée et Art contemporain au Havre.

Thévenet, chez qui la passion pour la BD est restée intacte, a proposé à Gilles Ciment, le patron de la Cité, une exposition sur ces auteurs de BD célèbres qui ont pratiqué la peinture à côté de leurs travaux de bande dessinée. « Une Autre Histoire : bande dessinée, l’œuvre peint », telle est le titre de cette collection particulière jamais montrée : « Le propos […] est en effet de faire découvrir le double visage d’une quarantaine d’artistes européens qui se sont livrés, simultanément ou consécutivement à leur création de bande dessinée, à l’élaboration d’une œuvre picturale autonome ou comment, le temps d’un voyage, ils sont passés de la bande dessinée à la peinture. Un voyage pour certains définitif, pour d’autres vécu comme des allers retours inlassables… »

Angoulême 2012 (4/4) : De la bande dessinée considérée comme l'un des beaux-arts
Joseph Gillain alias Jijé, peintre et dessinateur
Hergé : Une ligne claire de l’abstraction...

On y découvre un Jijé qui trouve dans la peinture liberté de trait et de palette proche d’un Matisse, d’un Dufy ou d’un Derain, un Hergé flirtant avec l’abstrait, un Paul Cuvelier, produit de l’Académie de Mons et élève du neo-ingriste Louis Buisseret s’attarder sur des sujets érotiques, un Druillet producteur de grandes machines aux couleurs hurlantes, un Marc Sleen dont les paysages louchent vers Permeke et l’école de Laethem-Saint-Martin, un Will impressionné par Ralph Steadman, un Loustal aux couleurs californiennes, un Pellaert qui passe du Pop Art en BD à un réalisme rigoureux en peinture, la formidable puissance chromatique d’Alex Barbier, les facéties oulipiennes de Jochen Gerner, le trait griffé de Frédéric Poincelet, les impressionants abstraits de Jean-Marc Rochette, et le surréalisme populaire de Herr Seele

Une grande machine de Druillet
Gilles Ciment devant une toile de Bilal
Le talent de coloriste d’Alex Barbier

C’est un véritable brassage visuel auquel nous invitent les commissaires de l’exposition Jean-Marc Thévenet et Marie-José Lorenzini. On regrette l’absence, lors de notre visite, du principal artisan de cet évènement, Jean-Marc Thévenet, à qui un oukase d’une mesquinerie dont la curie parigo-angoumoisine a le secret, a interdit, c’est le cas de le dire, droit de Cité, dans le cadre de cette exposition.

La sensualité de Thierry Van Hasselt

Cet évènement permet de toucher du regard un talent insoupçonné de bien des auteurs de bande dessinée. Ici, on s’aperçoit que, contrairement à une certaine acception, ces gens-là ne font pas de la BD parce que ce sont des plasticiens frustrés mais qu’ils font de la BD parce que, précisément, ce sont des vrais peintres et qu’ils ont trouvé dans cette art une manière de sublimer leur talent.

Dirosamagazine, l’incursion de Di Rosa dans la BD

Le nom de Di Rosa

La signature de Hervé Di Rosa, acteur central de la Figuration libre, concepteur de l’Art modeste et compagnon de bataille du Groupe Bazooka a-t-il un lien avec la BD ? C’est évident, c’est assumé et même revendiqué.

Déjà, on avait vu Di Rosa accroché aux cimaises de Hey ! Ici, ce qui interpelle, ce sont précisément les bandes dessinées du peintre parues dans Dirosamagazine, une revue imprimée en sérigraphie à l’aube des années 1980. Le numéro 4, inédit, sera exposé à Angoulême et fera l’objet d’une publication.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

-  Exposition « Dirosamagazine à Angoulême »
Musée d’Angoulême, du 26 janvier au 30 avril 2012
-  Exposition « Une autre histoire : bande dessinée, l’œuvre peint »
Musée de la bande dessinée du 16 décembre 2011 au 11 mars 2012

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

(C) Hervé di Rosa

 
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10 Messages :
  • Il y a pléthore de peintres médiocres chez les auteurs de BD qui s’essayent à cet art alors,qu’ils excellent dans l’art séquentiel.

    Je vois peu de peinture dans les images présentées ,mais bien plus des illustrations.Pour moi,c’est sans problème,je préfère aujourd’hui l’illustration à la peinture.Mais là hélas...

    Par ailleurs,peut être aussi tout simplement que ceux qui font de la BD en font parce qu’ils aiment ça ,avec talent(s),sans frustrations aucunes.Et encore moins de complexes envers la peinture, qui n’a au fond pas grand chose à voir avec la BD,malgré les appels du pied incessant de certains pour la légitimer ;légitimer la BD bien sûr .Après on voudra faire croire que c’est un art adulte !

    Il y aurait une curie parigo-culturelle, Comme vous y allez....Populiste inculte va !!!!

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    • Répondu par LC le 11 décembre 2011 à  00:41 :

      Qui êtes-vous pour décréter que ce ne sont pas des peintures ?

      Que Jijé, Hergé, Barbier ou Van Hasselt ne sont pas des peintres ?

      Vous êtes le même qui considérez que Steinberg,Topor, Siné, Reiser, Brétécher, Heitz, Vuillemin et Sapin ne savent pas dessiner ?

      Révélez-vous, sortez de l’anonymat occulte malgré votre orthographe déplorable, que l’on puisse prendre vos anathèmes au sérieux.

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    • Répondu par xav kord le 12 décembre 2011 à  21:42 :

      "Je vois peu de peinture dans les images présentées ,mais bien plus des illustrations."

      Que racontez-vous donc ? Une illustration fait écho à un texte originel ; dans les exemples cités, je ne vois pas d’illustration...
      Quant à la "peinture", c’est un pigment qui recouvre son support (l’aquarelle n’est donc pas de la peinture)...

      Précisez de quoi vous parlez quand vous voulez asséner un commentaire polémique !

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      • Répondu le 14 décembre 2011 à  16:57 :

        L’aquarelle ne contient pas de pigments ?!!! Quelle méconnaissance ! Bien sûr que l’aquarelle est faite de pigments ! Rigoureusement les mêmes que ceux de la gouache et de l’huile, qui plus est. Seul le liant change.
        C’est symptomatique de la connaissance du dessin en général,et encore plus quand il est appliqué à la bande dessinée. Il vaut mieux se taire que de raconter n’importe quoi.

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  • Sympa, à part Denis Sire qui fait plutôt de l’illustration, et Frédéric Magazine qui "découvre" le graphzine d’élèves d’écoles de beaux-arts de province 20 ans après.

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    • Répondu le 11 décembre 2011 à  19:22 :

      Et Toulouse-Lautrec alors ? Ce n’était pas un peintre ? Juste un illustrateur ? Un affichiste ? Un petit gribouilleur ?

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    • Répondu le 13 décembre 2011 à  17:58 :

      Denis Sire et Frédéric Magazine ne sont pas dans cette expo. Il ne faut pas lire trop vite...

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  • Les peintures de Jijé ou Hergé sont donc de l’Art Ludique ?

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    • Répondu par Alex le 15 décembre 2011 à  00:52 :

      Non, ni ludique ni artistique ne s’appliquent dans ce cas. On parle certainement d’une autre époque, d’une autre vision et d’une reconnaissance sociale inexistante, infantilisante des dessinateurs d’alors. Et cela fait mal de voir dans le cas de Jijé -qui ne portait pas une grande estime au genre dans lequel il oeuvrait- de s’adonner à ces fadaises de peintre du Dimanche avec conviction. De même pour Hergé, appliqué et frileux.

      Il est étrange et humainement dramatique de constater que ces artistes n’ont jamais eu conscience de leur plein talent (pour mémoire, le Hergé complètement paralysé devant les imbécilités à 2 sous d’Andy Warhol).

      Eux qui pourtant ont atteint les sommets de leur art... Je décèle la frustration, le véritable drame humain- celui qui est de se faire aimer et reconnaître- derrière ces toiles médiocres.

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      • Répondu par la plume occulte le 15 décembre 2011 à  15:11 :

        Tiens, le conformisme scolaire et bourgeois pur jus et le populisme inculte béat se rejoignent !Parce que ce commentaire, c’est aussi mon avis !En moins bien exprimé que je ne l’aurais fait c’est sûr,mais quand même... Les statu-quo c’est décidément mon truc !

        Les grands esprits et les cerveaux étriqués finalement se rencontrent....Comment ça qui est qui !?!!

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