Angoulême 2013 - Andreas sort de l’ombre

28 janvier 2013 4 commentaires
  • Depuis l'été dernier, Andreas n'en finit pas d'être sous les feux des projecteurs. Enfin !, serait-on tenté de dire, pour cet auteur culte. Prochain événement en vue : l'exposition "Les arcanes d'Andreas" au Festival d'Angoulême.

Nous nous étions quittés début 2011 avec un curieux sentiment de malaise. Le Lombard avait décidé de ne pas publier les cinq derniers tomes de Capricorne, laissant le lecteur (comme l’auteur, on l’imagine bien facilement) dans la plus grande perplexité. L’auteur de Rork était-il donc brutalement à mettre aux oubliettes du 9ème art ? Changement de décor fin 2012, avec une conférence de presse en grandes pompes du même éditeur en présence d’Antoine Maurel (l’éditeur actuel d’Andreas au Lombard), de Benoît Mouchart et d’Andreas lui-même bien évidemment, pour annoncer les (nombreuses) nouveautés à venir du dessinateur allemand. Que s’était-il donc passé entre ces deux dates ?
« L’éditeur avait décidé d’arrêter Capricorne cinq albums avant la fin, surtout pour des raisons commerciales, précisa l’artiste pendant la conférence de presse. C’était en fin de contrat, donc c’était tout à fait son droit. Bon, je m’attendais à mieux évidemment. L’éditeur m’a proposé de terminer la série dans un dernier album. Pour moi, ce n’était pas possible, parce que j’avais mis trop de choses en route. Ça aurait donner quelque chose de pas très compréhensible. J’ai donc commencé à chercher un autre éditeur pour faire la fin. Et puis apparemment, il y a eu des changements chez l’éditeur, et le Lombard m’a demandé si j’avais trouvé quelqu’un d’autre pour continuer, et si non, si je voulais finir chez lui. Voilà. Bien sûr, ça m’a fait très plaisir. Mais à aucun moment, j’en ai voulu à l’éditeur, parce que je comprends très bien la logique commerciale. C’est le rôle de l’éditeur de sortir des choses qui sont viables commercialement. J’ai eu la chance de faire tout ce que je voulais dans ce contexte là. »

Angoulême 2013 - Andreas sort de l'ombre
Antoine Maurel, Andreas et Benoît Mouchart à la conférence de presse
(c) Thierry Lemaire


Antoine Maurel en profita également pour donner son point de vue sur la question, côté éditeur : « Je n’étais pas en poste à l’époque, mais effectivement, il y a eu plusieurs errements, on va dire en partie commerciaux. Il y a un an et demi, il y a eu quelques changements au Lombard. Gauthier Van Meerbeck qui était éditeur est devenu directeur éditorial et j’ai rejoint la maison. Il se trouve qu’avec Gauthier, quand l’idée de demander à Andreas d’arrêter Capricorne est apparue, on était un peu outrés, même si on comprenait la logique commerciale. Enfin, quand même, c’est un auteur culte, un des piliers de la maison, qui a démarré au Lombard. Et qui a toujours annoncé depuis le début qu’il allait faire cette œuvre en 20 albums. Bref, ça nous paraissait un peu inique de l’arrêter. Et c’est pour ça qu’on a décidé de le continuer. Effectivement, en dépit du bon sens commercial. Quoique. Une œuvre pareille a une longue vie devant elle. Et le travail qu’on entame aujourd’hui avec les intégrales procède de cette logique là également. »

Aujourd’hui, tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes entre Andreas et le Lombard. Et l’intention de l’éditeur de mettre l’auteur sur le devant de la scène est bien réelle. Qu’on en juge. En août dernier, sont sortis le tome 16 de Capricorne, le tome 0 de Rork ainsi que le premier tome de l’Intégrale de cette série qui révéla l’auteur à son public. Sans parler de la réédition de Styx, paru en 1995, dessiné et scénarisé par le non moins sous-coté Foerster et dont Andreas avait réalisé l’encrage. Début janvier, c’est au tour du tome 2 de l’intégrale Rork d’être publié. La quasi totalité du catalogue Andreas chez le Lombard (mis à part Raffington Event détective et La caverne du souvenir) est mise à contribution. Des rafales de sorties que l’éditeur défend et promeut comme jamais. Après 30 ans de collaboration, il était temps. Même les vœux 2013 du Lombard se mettent au diapason en utilisant un dessin d’Andreas pour souhaiter une bonne année. Delcourt, l’autre éditeur actuel du dessinateur allemand, n’est pas en reste. Il va publier fin janvier l’intégrale des trois tomes de Cromwell Stone, en plus de la série Arq, rendez-vous quasi-annuel des fans depuis 1997, et dont le prochain album Rêves 1 est annoncé pour la mi avril.

La carte de voeux 2013 du Lombard
La couverture de l’intégrale des trois tomes de Cromwell Stone

A la rentrée dernière, portée par la présentation de l’actualité d’Andreas au Lombard, la galerie parisienne Petits Papiers en a profité pour organiser une exposition-vente de planches pendant laquelle nous avons interviewé l’artiste. Les connaisseurs ont été fidèles au rendez-vous puisque ce splendide ensemble d’originaux s’est vendu comme des petits pains. L’occasion pour examiner de près l’extraordinaire talent graphique du dessinateur, capable de faire naviguer son style d’un océan de petits traits que n’auraient pas renié certains graveurs classiques jusqu’à un rendu extrêmement simplifié où les aplats sont rois.

La galerie Petits Papiers à Paris
(c) Thierry Lemaire
La coloriste Isa Cochet et Andreas
(c) Thierry Lemaire
(c) Thierry Lemaire
(c) Thierry Lemaire

Cette maîtrise du dessin, on pourra également la déguster pendant le Festival d’Angoulême, qui reprend dans les locaux du Musée d’Angoulême une exposition créée pendant le Festival Quai des Bulles de Saint-Malo. "Les arcanes d’Andreas" dresse un panorama de l’œuvre de l’artiste en présentant une centaine de planches et d’illustrations originales, plutôt centrées sur les personnages de Rork et Capricorne. En étant également confronté à des extraits de Arq bien sûr, mais aussi de Cromwell Stone, Cyrrus, Mil, Révélations posthumes et même de l’épisode de Donjon monster, le visiteur néophyte ne pourra certainement pas se rendre compte de l’extrême complexité des scénarios de l’artiste. Il goûtera en revanche ses recherches formelles en voyant une couverture blanche, une histoire muette, un autre faite de gros plans, des découpages d’une variété ahurissante, des plans à couper le souffle, l’utilisation du ralenti ou de la décomposition du mouvement, et bien d’autres procédés encore. Souhaitons que cette période d’intense médiatisation procure à Andreas, oublié de la liste des 16 candidats au Grand Prix 2013, ce supplément de popularité qui fait passer les auteurs cultes au rang d’artistes majeurs.

(par Thierry Lemaire)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Exposition « Les Arcanes d’Andreas »
Musée d’Angoulême
1 rue de Friedland
Du jeudi 31 janvier au dimanche 3 mars 2013, 10 h/19 h.

 
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4 Messages :
  • Andreas sort de l’ombre
    28 janvier 2013 13:43, par marcel

    Sans parler de la réédition de Styx, paru en 1995, avec au scénario le non moins sous-coté Foerster.
    Petite precision : Foerster est scenariste ET dessinateur de Styx, Andreas en a realise l’encrage.
    Et je suis bien d’accord : Foerster n’a pas l’echo que son oeuvre merite.

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    • Répondu par Thierry Lemaire le 28 janvier 2013 à  13:52 :

      Tout à fait exact, c’est corrigé !

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      • Répondu par marcel le 28 janvier 2013 à  21:50 :

        Desole d’insister mais Andreas n’a pas fait les couleurs : c’est un album en noir et blanc. : )

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        • Répondu par Thierry Lemaire le 29 janvier 2013 à  12:22 :

          Ah ah je vais y arriver ;) C’est corrigé, merci.
          Le nez un peu trop dans le guidon d’Angoulême peut-être...

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