Batman T3 – Le Deuil de la famille – par Scott Snyder, Greg Capullo & Jock (Trad : Jerôme Wicky) – Urban Comics

3 mars 2014 1 commentaire
  • Retour en fanfare du bouffon meurtrier dans la nouvelle continuité du New 52. Blague hilarante ou pétard mouillé ?

Lors du premier numéro de Detective Comics, nous apprenions que le Joker s’était fait arracher le visage par un vilain de seconde zone, le Taxidermiste, avant de s’enfuir de l’asile d’Arkham, laissant derrière lui son sourire accroché au mur de sa geôle.

Batman, quand à lui, a eu fort à faire avec la Cour des Hiboux pendant une année. Malgré ses déboires, celui-ci avait un œil rivé vers un éventuel signe de vie de sa Némésis. Or, rien n’a filtré, le Joker était considéré comme disparu par le GCPD et Jim Gordon.

Alors qu’une pluie diluvienne inverse le flux du fleuve de Gotham et qu’un zoo annonce la naissance d’un lionceau à deux têtes, Jim Gordon et Harvey Bullock sont en vadrouille. Non pas pour pister des criminels, mais pour vérifier les planques de cigarettes de Gordon, celui-ci ayant décidé d’arrêter la clope.
Rentrant au quartier général du GCPD, Gordon et ses ouailles sont attaqués par le Joker, venu récupérer son visage. Celui-ci se fraye un chemin sanglant jusqu’à la chambre des preuves et récupère son dû, laissant derrière lui Jim Gordon entouré des cadavres des fidèles défenseurs de Gotham…

Batman se remet en chasse de son plus vieil ennemi, remontant la piste le menant vers les lieux des anciens crimes du bouffon meurtrier. Le Chevalier Noir apprend alors de la bouche du Joker que celui-ci va tuer tous ses compagnons, considérant sa famille comme un frein, l’ayant rendu moins vif, moins sûr de lui…

Batman T3 – Le Deuil de la famille – par Scott Snyder, Greg Capullo & Jock (Trad : Jerôme Wicky) – Urban Comics
(C) Capullo/DC Comics

Attendu par les fans comme un arc majeur, renforcé par une campagne marketing en béton armé comme seul DC sait le faire, Death of the Family laisse un drôle de gout dans la bouche. Snyder, dans sa nouvelle vision du Joker, a voulu le faire coller à la vision qu’en a eue Nolan dans le film The Dark Knight : un tueur psychopathe quasiment invincible. Dès les premières pages, le ton est donné : le Joker débarque sans armes dans les bureaux du GCPD et arrive à briser la nuque de chaque policier présent. Comment a-t-on pu approuver ce pan du scénario ? Comment un vilain peut-il tuer une bonne dizaine de flics, tous armés, à mains nues sans s’appeler Bane ou Deathstroke ? Ces deux pages soulignent le ridicule du scénario de Snyder, qui ne s’arrête pas de si bon chemin.

Tout est dans la surenchère et le ridiculement mauvais pour une histoire majeure de la série-mère. Le traitement de Jason Todd, le Robin tué par le Joker, est à lui seul un aller-simple pour le feu. Todd est devenu Red Hood, un Deathstroke en puissance associé à la Bat-Family, un tueur froid et méthodique, maitre en stratégie, capable à lui seul de défaire l’armée d’une République bananière, lequel, dans cette histoire, se retrouve capturé banalement par le Joker. Damian subit aussi le même sort. On parle bien du fils de Bruce Wayne et de Talia Al’Ghul, l’héritier de la ligue des Assassins, celui qui a déjà planifié des meurtres parfaits lors de son arrivée à Gotham sous la plume de Morrison, lui aussi se retrouve prisonnier du Joker. Voir deux personnages hard-boiled de l’univers de Batman défaits si facilement dans une ellipse plus que honteuse est un nouveau faux pas de Snyder, qui n’en finit pas de commettre des impairs en moins de six numéros.

Le fait que le Joker s’entoure d’autres vilains iconiques tels que Two-Face, The Riddler ou encore Penguin, arrivant à la force de ses dialogues et à la faveur de plans totalement nuls à les duper et à les mettre sous sa coupe est un autre clou à enfoncer dans le cercueil scénaristique de Snyder.

Comment peut-on piéger Oswald Cobblepott, l’homme qui tient dans sa main de fer toute la pègre de Gotham ? Comment le Joker arrive-t ’il à piéger Nigma, l’homme le plus intelligent de Gotham, voire du Monde ? Tout est expédié dans des numéros tie-ins, mais reste vraiment branlant.

Le clou du spectacle étant le Joker qui arrive à faire douter Harvey Dent, alors que celui-ci a une vision binaire du monde. Bref, Snyder se torche royalement avec toutes les icônes de l’univers de Batman au profit d’un délire nombriliste, non sans se gausser, au moment de sa parution, sur les réseaux sociaux, arguant que son histoire est une œuvre majeure du Joker, à placr à côté du Killing Joke de Moore ! Nous nous demandons encore comment Snyder peut encore passer les portes de sécurité de chez DC.

(C) Capullo/DC Comics

En dépit de ce script scandaleux, Capullo s’en sort très bien, évitant des derniers retards qui l’obligent à rogner sur les décors. Cependant, avec un tel scénario n’importe quoi, Capullo se laisse entrainer dans le narcissisme de son scénariste, ce qui empêche vraiment d’apprécier son travail à sa juste valeur. Néanmoins, le fait que le visage du Joker pourrisse au fur et à mesure de l’intrigue est un des points forts graphiques de cet arc.

Certains crient au génie, d’autres à la plus grosse fraude de l’histoire de Batman. Tout peut se résumer aux mots d’Harley Quinn, qui, en pleurs, révèle à Batman que le Joker n’est plus le même et que rien ne le fera revenir à ce qu’il était avant. 

Foin de la dérive nostalgique du « c’était mieux avant » exprimée par certains, mais ce nouveau Joker craint. Il n’y a plus de plans grandiloquents renvoyant aux grands spectacles de cirque, Snyder mise sur un mix entre univers noir et snuff movie : crade, irréfléchi, gore à souhait. Son Joker plaira sans nul doute au lectorat ado, tout comme son Batman.

Quelques mois après la sortie de cet arc aux USA sortait sur console le jeu Arkham Origins, contant la première rencontre entre Batman et le Joker. Scénarisé par Paul Dini, le père de la série animée Batman de 1992, ce jeu arrive en moins de six heures à raconter une vraie histoire du Joker, un vrai plan, un vrai grain de folie. Dini inflige à Snyder une implacable leçon de scénario.

Les errances de DC Comics, conduites par Mike Marts, l’éditeur de Batman en titre à l’époque, nous livrent avec cet album un Joker déphasé, tout juste bon à faire frétiller les ados sans mémoire en mal de sensations nouvelles.

(C) Capullo/DC Comics

(par Antoine Boudet)

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