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75 ans de Batman - DC commémore le mythique numéro 27 de Detective Comics

Par Antoine Boudet le 7 février 2014                      Lien  
Numéro anniversaire historique pour DC Comics qui rassemble pour ce faire un casting cinq étoiles. Au-delà de la simple célébration de la première apparition de Batman (l'homme chauve-souris est apparu en mai 1939), son éditeur prouve à tout le monde qu'il en a encore sous le capot.

Voilà un numéro que l’on attendait depuis deux bonnes années suite au relaunch de l’univers DC Comics, et pourtant ce n’était pas gagné. Lors de la sortie de Detective Comics version New 52, Tony S Daniel assurait le dessin et le scénario. Cependant, bien qu’il soit capable d’envolées majestueuses sur une planche, son scénario s’avérait faible sur la distance. Daniel est un fan inconditionnel de Batman, c’est entendu, mais à vouloir trop bien faire, il se prenait trop régulièrement les pieds dans le tapis.

Il aura fallu attendre pour voir la série décoller. En effet, DC change ses artisans sur certaines séries, et lorsque Daniel fut remplacé par John Layman et Jason Fabok, la revue Detective Comics retrouva sa prestance.

En Décembre 2013, la Distinguée Concurrence lève le voile sur la programmation d’un numéro exceptionnel de Detective Comics, le numéro 27, celui qui, il y a 75 ans, publia la première aventure du Chevalier Noir.

Six couvertures différentes, proposées par Greg Capullo (illustrateur de la série régulière de Batman), Chris Burnham (Filler Artist sur Batman Incorporated), Tony S. Daniel (ancien illustrateur et scénariste de la série, actuellement sur Superman Wonder Woman avec Charles Soule au scénario), Jim Lee (faut-il encore le présenter ?), Jason Fabok, actuel dessinateur de la série qui officiera à partir de mai sur la nouvelle série hebdomadaire Batman Eternal et enfin Frank Miller qui, pour des raisons de calendrier, ne livra pas de dessin original ; DC a donc repris une de ses couvertures non retenues pour la série All-Star Batman & Robin, The Boy Wonder.

75 ans de Batman - DC commémore le mythique numéro 27 de Detective Comics
(C) DC Comics / Frank Miller

Detective Comics regroupe donc différentes histoires basées sur le Chevalier Noir, hors continuité à l’exception d’une seule, et rien qu’en ouvrant la première page, il annonce la couleur : la première histoire est un exercice de style, ô combien difficile et parfois hérétique : remettre au goût du jour l’histoire The Case of the Chemical Syndicate, ce qui peut être considéré soit comme un attentat contre la mémoire de Bob Kane et de Bill Finger, soit comme un bien bel hommage.

L’histoire originale était expédiée en sept pauvres pages et surtout, le ton y était clairement différent par rapport aux productions actuelles de Batman. Certes, il était armé en 1939, mais la mythologie et l’univers de Batman ayant depuis été chamboulés et remis à neuf par Frank Miller, c’est bien sous le prisme de Year One que l’on redécouvre ce récit. Brad Meltzer signe ici une relecture grimm & gritty de ce classique. Batman n’est pas encore la terreur des criminels et assassins de Gotham City, il manque encore d’expérience, de maîtrise de soi et son sens tactique n’est pas encore au point.

Là où la différence se fait aussi sentir, c’est au niveau de l’ambiance de Gotham. Dans la mouture de 1939, Gotham n’est pas encore cette mégalopole crade et sombre, avec ses bouches d’égouts déversant leur vapeur dans des ruelles sordides, mais une ville quelconque, avec sa banlieue aux maisons individuelles flambantes neuves. Meltzer et Brian Hitch (qui a, semble-t-il, retrouvé ses crayons pour cet épisode), transforment le récit, le rendant plus en phase avec notre époque, usant des techniques que Kane et Finger n’ont pu utiliser à leur époque. Exit donc le gaufrier, place à un découpage dynamique, l’apparition de splashpages et du cliffhanger de fin de numéro qui changent radicalement le rythme de l’intrigue. Hitch s’en sort relativement bien, même s’il est un peu avare au niveau des détails de ses décors. On ne retrouve pas le grand Hitch d’Ultimates, mais il arrive quand même à livrer un travail propre.

(C) DC Comics/ Brian Hitch

On aurait pu croire que cet exercice défigurerait le travail original, un peu à la manière des remaniements de Georges Lucas sur sa saga Star Wars, mais il n’en est rien. À la lecture des deux versions de l’histoire en parallèle, on se rend juste compte qu’en 75 ans, Batman a parcouru un long chemin pour construire sa propre légende.

Le second récit de ce numéro nous permet de revoir Neal Adams, la légende, illustrer un récit du Chevalier Noir. Ce récit s’appuie sur les différentes évolutions de Batman et Robin au fil de leur publication. Tout est fait pour garder l’esprit des années-phares de Batman, y compris les tramages et colorisation au Ben-Day ! Tout au long du récit, Batman et Robin doivent changer de costumes, évoluant telles des chenilles en papillons, pour rester en vie face à un Pingouin plus que caricatural et enfin face aux propres peurs de Bruce, révélant ainsi le passage entre les années d’insouciance de Batman, cherchant à retrouver son enfance perdue avec la présence de Robin et les années sombres de l’ère moderne avec Year One, A Death in the Family ou encore Knightfall.

Neal Adams s’amuse ici à faire passer Bruce à travers les âges et l’avant-dernière page, rassemblant tous les antagonistes iconiques du Chevalier Noir. Ils lui disent qu’il est ce qu’ils veulent qu’il soit, que son fardeau éternel est de porter le poids de leur pêchés. On passe en revue non seulement sa lutte sans fin contre le crime, mais aussi le plaisir ininterrompu et un peu sadique du lecteur face aux tourments sans cesse renouvelés du Chevalier Noir.

(C) DC Comics/ Neal Adams

La troisième histoire de ce numéro, Better Days, racontée par Peter Tomasi et dessinée par Ian Bertram, nous raconte le 75e anniversaire de Bruce. Celui-ci a mis sa panoplie de justicier au placard et, en ce jour de fêtes, s’octroie le droit de regarder son film favori, la Marque de Zorro. Cependant, ses sens sont toujours en éveil et il remarque une présence dans la Batcave. S’y rendant, il découvre toute sa famille, d’Alfred, centenaire en fauteuil roulant, à un Dick Grayson en passe de prendre sa retraite, de Tim Drake en costume traditionnel de Red Robin, de Barbara Gordon, ayant troqué le masque de Batgirl pour l’insigne de commissaire de son défunt père et enfin Damian Wayne, le nouveau Batman affublé du costume tel qu’on a pu le voir dans Batman #666 par Grant Morrison et Andy Kubert. Tous lui ont préparé une surprise pour ses 75 ans, lui apportent un gâteau, nous renvoyant à l’insouciance naïve des premiers âges de Batman et Robin. Se rappelant lui aussi à ses bons souvenirs, le Bat-Ordinateur prévient l’assemblée qu’un crime à lieu en ce moment même à Gotham. Sur ordre de Bruce, ils se rendent sur les lieux du délit dans leurs véhicules respectifs.

Bruce décide même de s’octroyer un cadeau pour son anniversaire : il brise sa canne et enfile son costume de Chevalier Noir, nous renvoyant à The Dark Knight Returns par Frank Miller. Même si Gotham est restée la même mégalopole gangrenée par le crime, c’est un Batman aux anges, heureux de parcourir à nouveau les rues, que nous dépeint Bertram, nous renvoyant aux couvertures de Batman des années 1950, où celui-ci arborait un sourire d’airain dans chacune de ses aventures.

(C) DC Comics/ Ian Bertram

L’héritage de Batman a été de nombreuses fois mis en perspective au cours de ses aventures, que ce soit avec le classique The Dark Knight Returns de Miller, Son of the Bat par Morisson et Kubert ou encore plus récemment Batman & Robin Reborn, où Dick Grayson enfile la cape du Chevalier Noir pour palier à son absence après Final Crisis. Better End regroupe tout cela sans pour autant tomber dans la mièvrerie. Le parallèle entre cette petite histoire de dix pages et les dernières pages de Kingdom Come sautent aux yeux. La grande majorité de la famille de Bruce va prendre sa retraite mais la nouvelle génération est déjà sur la bonne voie et perpétue la légende de l’homme chauve-souris.

The Sacrifice, quatrième récit de ce numéro exceptionnel, est une sorte de What if ? sur la mort des parents de Bruce Wayne. Que ce serait il passé s’ils n’avaient pas été assassinés par Joe Chill à la sortie du Monarch Theater ? Bruce, via une vision du Phantom Stranger, connaît une vie idyllique où il se marie avec la ravissante Natalia Trusevich (personnage créé pour la série The Dark Knight Nu52) et ils font deux beaux enfants. Cependant, lorsque Bruce se rend sur un des balcons du manoir Wayne, il se rend compte que Gotham City est en proie à une guerre totale entre les gangs, que les Gothamites vivent cloîtrés chez eux. Sommet de l’horreur, R’as Al Ghul a fait main basse sur la totalité de l’Europe avec sa Ligue des Assassins et surtout, Dick Grayson est dans le couloir de la mort suite au meurtre de Tony Zuccho, le magnat des affaires qui a organisé l’assassinat de ses

Bruce se rend compte que le sacrifice de ses parents est un élément capital dans sa lutte contre le crime et pour le salut de Gotham. Il supplie le Phantom Stranger d’arrêter cette vision, sacrifiant par là-même une vie de famille qu’il avait toujours rêvée...

(C) DC Comics/ Guillem March

Les récits de cet acabit ne manquent pas dans ce numéro exceptionnel, et pourtant, Mike W Barr le raconte de façon magistrale. Sans concéder à une surenchère de grand spectacle comme l’avait fait Geoff Johns dans Flashpoint, qui avait fait de Thomas Wayne un Batman ressemblant à Deathstroke, transformant Martha Wayne, suite au traumatisme occasionné par la vue de son fils assassiné, en un nouveau Joker, Barr montre que le sort de Gotham est lié au sort du couple Wayne, conférant à cet épisode une dimension quasiment canonique, comme DC l’avait fait avec la représentation de la mort de Jason Todd. Ces cinq pages sont illustrés par l’artiste espagnol Guillem March qui nous revient en grande forme après nous avoir servi un numéro sur Two Face plus que bancal lors du Villain Month. Certes, il ne part plus dans ses délires anatomiques comme il l’avait fait avec Catwoman quand il travaillait sur la série, même si cela donnait un certain charme au personnage, désarticulé comme un chat (comme Ramos « disloque » Peter Parker pour le rendre plus arachnéen lors de ses déplacements entre les buildings de New York), mais son trait capte cependant toute la détresse de Bruce face à ce que deviendrait sa ville s’il l’avait sacrifiée au profit d’une vie bourgeoise bien rangée.

L’avant-dernier récit de ce Detective Comics d’exception n’est autre que la mise en bouche de ce qui constitue l’événement DC de ce début d’année : Gothopia.

Gotham City a bien changée et est devenue la ville la plus sûre des États-Unis. Le taux de criminalité y est au plus bas, le chômage est quasiment inexistant, la Bat-Family officie désormais en plein jour sous des costumes rayonnant, mais sous le vernis flambant neuf, il y a quelque chose de pourri... Le taux de suicide est quinze fois plus élevé que la moyenne nationale et une récente attaque de Poison Ivy en plein centre-ville, vociférant que cette réalité n’est pas la leur, met la puce à l’oreille de la Chauve-Souris qui commence son investigation.

(C) DC Comics/ Jason Fabok

Écrit par John Layman, Gothopia rassemble tous les titres Batman hors la série régulière et Batman & Robin (puisque Batman continue sa quête pour « retrouver » Damian, son fils tué par sa propre mère, Talia Al Ghul). Cependant, là où Zero Year tourne en rond depuis quelques numéros déjà et agace les lecteurs à cause du comportement totalement en roue libre de Scott Snyder, Gothopia annonce la couleur en s’imposant déjà comme un nouveau Hush, un blockbuster reprenant un bon nombre des antagonistes du Chevalier Noir tout en faisant intervenir ses faire-valoir Certes, cet événement sent un peu le réchauffé, mais face à un Zero Year qui n’arrive même pas au petit orteil de Year One, malgré l’engloutissement d’une bonne partie du budget communication de DC, Gothopia est comme une bouffée d’air frais, certes un peu corrompu par une petite pointe de naphtaline.

Qui plus est, Jason Fabok assure quand à lui le service maximal. Point de demi-mesure pour celui qui sera en charge de fournir une série hebdomadaire d’ici quelques mois. Celui qui, avec son compère Layman, avait réussi à remettre dans le rail une série sur le déclin, nous sort ici son grand jeu pour cette événement qui fera date.

(C) DC Comics/ Jason Fabok

Enfin, ce numéro se termine sur une histoire de Scott Snyder et de la nouvelle coqueluche des critiques de comic-book, Sean Murphy. Snyder a lu Green Lantern 23 et l’a adoré, à tel point qu’il nous offre une resucée à peine dissimulée du dernier baroud d’honneur de Geoff Johns sur son titre-phare. Bruce, qui n’est pas encore Batman, rencontre en esprit son avatar en fin de vie qui lui révèle l’héritage qu’il laissera aux générations futures...

(C) DC Comics/ Sean Murphy

Ce n’est certes pas une copie plan pour plan, mais on aurait pu espérer mieux de la part du titulaire de la série qui truste tous les mois le haut du classement des ventes. Aucun effort n’est fait, aucune originalité n’est déployée dans cette maigre histoire de douze pages. Murphy, quand à lui, nous prouve encore une fois qu’il ne sait pas dessiner le cou de ses personnages musculeux et nous rend une copie à peine passable, profitant de la réputation de la marque (comme le premier Batman Black & White).

Malgré ce couac de fin, ce numéro anniversaire commémoratif est un modèle du genre. Fêtant dignement les 75 ans de Batman avec quelques mois d’avance, DC arrive encore à prouver, grâce à cette réunion de talents, qu’il en a encore sous la pédale, non seulement en nous offrant d’agréables intermèdes, mais aussi en lançant la première partie de Gothopia, de quoi mettre un coup de fouet à la série-mère au passage. Chapeau !

(C) DC Comics/ Jason Fabok

(par Antoine Boudet)

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Code EAN :

Detective Comics #27 - Collectif - DC Comics

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- le collectif Batman : Cataclysme
- Joker Anthologie
- Batman - Le Fils prodigue
- Empereur Joker
- Batman T3 – Le Deuil de la famille
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