Blain et Lanzac transforment le Quai d’Orsay en Actor Studio de la politique

15 mai 2010 6 commentaires
  • L’année de ses quarante ans, Christophe Blain démontre qu’il a toujours l’enthousiasme d’un jeune homme. Mieux, il rompt avec ses habitudes en lançant une série contemporaine et politique. {Quai d’Orsay}, qu’il signe avec Abel Lanzac, réussit la prouesse de faire du ministère des affaires étrangères, la scène d’un théâtre verbeux.

Au moment où débute l’histoire, Arthur Vlaminck, jeune politologue étiqueté à gauche, est engagé par un ministre des affaires étrangères de droite comme chargé du « langage ». L’argument de l’album tient dans cette simple expression. Plutôt que de parler de « communication », de « discours », le Ministre choisit le vocable « langage ». Il sera donc question du bon usage des mots dans la politique.

Blain et Lanzac transforment le Quai d'Orsay en Actor Studio de la politique
Un extrait de "Quai d’Orsay"
© Blain - Lanzac - Dargaud

C’est un secret de polichinelle, le ministre Alexandre Taillard de Worms, qui dirige le Quai d’Orsay dans la sérié éponyme, est une incarnation de Dominique de Villepin. Ceux qui suivent l’actualité politique connaissent bien l’emphase et les envolées lyriques du plus fidèle opposant de Nicolas Sarkozy. Ce style inimitable a d’ailleurs fait l’objet de nombreuses parodies grand guignolesques. Récemment, le discours qu’il prononça le 14 février 2003 aux Nations Unies a bénéficié d’une mise en musique par le très inrockuptible chanteur Arnaud Fleurent-Didier. (Une curiosité à écouter ici).

Dominique de Villepin est donc un excellent sujet. Sa verve de chevalier vieille France en fait un extraordinaire personnage de bande dessinée. Et tout cela n’a pas échappé à l’œil de Christophe Blain. Grâce aux souvenirs d’Abel Lanzac, qui a officié dans plusieurs cabinets ministériels, il se glisse dans la peau d’un écrivain fantôme, chargé de rédiger des discours, au gré des turpitudes et des lubies du Ministre. Arthur Vlaminck et l’entièreté du cabinet vont devoir comprendre, et à défaut définir, les contours flous de la politique étrangère voulue par l’exubérant chef de la diplomatie.

Une des nombreuses tirades du ministre des affaires étrangères
© Blain - Lanzac - Dargaud

On connaissait le talent de Blain pour les récits de genre (Isaac le Pirate, et les westerns Gus, Hiram Lowatt & Placido), il est éblouissant dans ce nouveau registre piquant et politique. Scénario mordant, dessin vif et hyper expressif : Quai d’Orsay est un des chefs d’œuvre parus cette année.

(par Morgan Di Salvia)

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Christophe Blain, sur ActuaBD, ce sont aussi des chroniques et des actualités :

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6 Messages :
  • zut, mon libraire a déjà vendu les exemplaires qu’il avait commandés. Villepin touche t’il des droits d’auteur sur ce livre qu’il a inspiré ? cela pourrait l’aider à financer son parti.

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  • Incroyable, cet entreprise de glorification de l’ex-ministre à peine déguisée . Incroyable que cela trouve un écho.
    Incroyable que ladite entreprise soit qualifiée de chef-d’oeuvre.

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    • Répondu par PPV le 18 mai 2010 à  15:40 :

      et nous, Mr Avi, doit-on croire que vous avez lu le livre ?

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      • Répondu par Oncle Francois le 19 mai 2010 à  22:18 :

        Personnellement, je ne l’ai pas lu,(ni acheté d’ailleurs). Par contre j’ai lu pas mal d’extraits, à gauche et à droite (toute la bonne presse (papier ou net) BD en a parlé et en a donné des extraits).

        J’ai remarqué quelque chose d’étonnant : quand je lis les cases où apparait le clone de Villepin, j’entends sa voix. Le scénariste a du s’approprier son langage, comme Blain a du s’approprier sa gestuelle. Indépendamment de l’interet intrinsèque du livre, je trouve celà sidérant. Et révélateur du talent particulier de Blain.

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    • Répondu par otarie le 20 mai 2010 à  14:54 :

      glorification ? sûrement pas !dessin magistral,scénario désopilant ;il faut lire et déguster cette Histoire picaresque et...vraisemblable aussi légère qu’une bulle de .champagne,aussi titillante qu’une épine de chardon..

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  • Magistral ! Blain au sommet de son art, virtuose du mouvement, de l’expressivité. Du rythme. Rythme non seulement visuel, mais sonore tellement on a l’impression d’entendre des sons et des paroles qui s’enchaînent, se répondent du tac au tac, tellement tout cela est drôle. Quant au contexte dépeint ici, ce n’est ni une apologie ni une charge, c’est bien mieux que l’une ou l’autre option : un regard acerbe, amusé, lucide, sincère, caricatural - en ce que la caricature sait pointer le vrai. On est à la fois chez Daumier, chez Sempé et chez Disney. Vivement la suite...

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