David Etien ("Avant la Quête / Champignac") : « Le dessin offre une progression infinie, je ne demande que ça »

9 avril 2021 38
  • Le dessinateur David Etien avait réussi à se faire connaître du public avec ses deux premières séries "Chito Grant" (EP éditions/Paquet) et "Les Quatre de baker Street" (Glénat). Il s'est désormais fait un "nom" depuis qu'il a intégré en 2017 l'univers de légende de « La Quête de l'Oiseau du Temps »... mais aussi grâce à sa récente reprise en 2018 d'un célèbre personnage du neuvième art, le comte de Champignac. Travailleur acharné et régulier, David Etien se retrouve aujourd'hui à devoir assurer ses engagements mais assume pleinement ses choix. Fuyant un dessin routinier et confortable, il aime se mettre en danger, être bousculé dans sa manière de dessiner pour encore et toujours arriver à progresser. C'est ce qu'il nous explique...

Alors que vient de paraître le second tome de « Champignac », vous vous retrouvez aujourd’hui à mener de front trois séries BD ?

Je ne dirais pas que c’est un concours de circonstances mais, en effet, je me retrouve aujourd’hui avec trois séries à assurer. « Champignac » ce n’était pas prévu comme ça au départ, ce devait juste être un one-shot. Comme le projet était motivant, je m’étais autorisé un écart pour ne pas louper cette opportunité. Et comme le public a été au rendez-vous, du coup c’est tentant de prolonger le plaisir au travers d’une série. L’envie et le succès sont là, il nous faut donc assumer maintenant. J’ai déjà refusé d’autres projets mais ces trois-là me tiennent vraiment à cœur. Je m’efforce donc d’assurer au maximum les délais.

Ce sont trois séries qui se complètent bien et ce sont des univers bien différents. Les Quatre de Baker Street c’est vraiment mon dessin car c’est la série avec laquelle j’ai commencé à me faire connaître. Avant la Quête, c’est un peu ma petite madeleine de Proust à moi qui me permet d’intégrer un univers qui me faisait rêver quand j’étais adolescent. Pouvoir participer à cette aventure, c’est carrément génial. Quant à Champignac, cela me permet d’apporter ma toute petite pierre à l’édifice de l’école de Marcinelle (et de Franquin en particulier). Bien avant l’adolescence, c’était le truc que j’aimais lire quand j’étais gamin. Donc la motivation est là, pour ces trois séries… et c’est juste parfois le temps qui me manque un peu !

David Etien ("Avant la Quête / Champignac") : « Le dessin offre une progression infinie, je ne demande que ça »

Et ce sont donc trois scénaristes différents : vous arrivez à gérer leurs attentes ?

Ce qui est marrant, c’est que sur ces trois projets, ce sont à chaque fois trois couples de scénaristes. Je n’ai jamais travaillé avec un seul scénariste. Et j’aime beaucoup cette situation d’avoir à bosser avec deux scénaristes pour un même projet. Travailler en binôme, juste avec un seul scénariste, je n’ai connu ça qu’une seule fois à ce jour, c’était à mes tout-débuts avec Jean-Blaise Djian quand j’ai fait Chito Grant.

Maintenant, je me rends compte qu’à deux, il manque un certain recul en plus, il manque un troisième regard qui est souvent le bienvenu. Dans un projet BD classique, le troisième regard c’est souvent l’éditeur qui l’apporte. Alors que travailler à trois, je trouve ça vraiment bien maintenant. Il y en a toujours un pour voir ce que les deux autres n’ont pas vu (ou ont pu rater). Fonctionner avec deux scénaristes, déjà rien qu’au niveau de l’histoire, c’est beaucoup plus intéressant : ils se renvoient la balle. Un peu comme un jeu de ping-pong et donc pour le dessinateur, ça amène beaucoup plus de richesse.

Pour ce qui est de gérer l’attente des scénaristes (quant à leur propre projet qui est donc en pause), ce n’est pas vraiment un problème car ils sont prévenus dès le départ. Pour « Les Quatre de Baker Street », j’ai enchaîné les sept tomes de suite, le tout, pendant presque sept ans. Tu vois, je ne me suis pas arrêté pendant tout ce temps, ils se doutaient bien qu’à un moment donné, j’allais avoir envie d’aller respirer un peu ailleurs. Les décors victoriens, les calèches, les chevaux et les immeubles, au bout d’un moment c’est lassant. Un dessinateur a forcément besoin d’un peu d’air et de respirer ailleurs.

Tu sais, quand on monte un nouveau projet, il y a aussi forcément une relation de confiance qui s’installe. On parle de tout : des contrats, des délais, les autres projets de chacun à côté... À chacun de mes trois couples de scénaristes, je dis tout pour que les choses aillent le mieux possible pour tout le monde. Et d’un autre côté, ils savent aussi que j’assure toujours les délais. Quand je m’engage dans quelque chose, généralement, je le respecte. Là je démarre « La Quête... », je pense pouvoir arriver à sortir l’album dans un an. Les scénaristes ont confiance en moi donc je ne pense pas qu’il y ait de problèmes concernant leurs attentes.

En effet, Les Quatre de Baker Street comptent pas mal de tomes. On s’attendait justement à ce que la série s’arrête à cause des deux autres projets…

Le nouveau tome devait sortir en février mais à cause du Covid et de la fermeture de beaucoup de points de ventes comme Cultura (ou même les supermarchés), Glénat a préféré décaler la parution d’un mois. Je ne vois pas ce que ça va changer mais oui, on continue ! C’est une série qui marche bien. Elle n’a jamais explosé mais on vend du fonds et régulièrement. En plus, on a un lectorat qui est super et très varié. Sur « La Quête... » (et je le vois en séance de dédicaces), c’est un lectorat principalement masculin, qui oscille entre quarante et soixante-dix ans. En dessous, il n’y a pas beaucoup de jeunes lecteurs. Alors que sur ma première série « Les Quatre de Baker Street », j’ai autant d’enfants que d’adultes et autant de lecteurs féminins que masculins. Je trouve ça génial et donc c’est une série qui nous tient à cœur. Par contre, on se fixe quand même une fin qui devrait arriver avec le tome douze normalement. Après le neuf qui vient de paraître, il en restera donc encore trois : c’est ce qu’on s’est donnés comme objectif. On a encore des choses à raconter mais on fait attention, on ne veut pas trop tirer sur la corde. On veut finir bien cette série ! Mes deux scénaristes ont déjà écrit le tome dix et ils sont en attente que je finisse « La Quête… ». Et puis, après ce tome dix, ils vont devoir attendre encore car je vais devoir enchaîner ensuite sur le tome trois de « Champignac » ( Rires ).

« Les Quatre de Baker Street » a lancé votre carrière, ça a été un tournant ou il y a eu d’autres éléments qui ont joué ?

J’ai commencé la BD en même temps que mes études. J’étais aux Gobelins, en école d’animation à Paris. Et en parallèle, le soir et le week-end, j’ai commencé à me mettre réellement à la BD (même si j’avais déjà un peu fait quelques essais auparavant). Il faut savoir qu’en entrant aux Gobelins, j’avais signé presque dans le même temps avec Emmanuel Proust Éditions pour les trois tomes de Chito Grant. Mais à cette époque, je ne me sentais pas encore professionnel. Mes revenus sur ces trois albums ne me permettaient pas de vivre. Or, je venais de partir de chez mes parents, j’avais besoin de m’installer. Donc, au sortir de l’École des Gobelins, j’ai fait un peu de Prod dans l’animation. Il y a eu Persépolis et Lucky Luke !

Et c’est vraiment après, avec ma série Les Quatre de Baker Street que je me suis lancé à fond dans la BD. J’ai pu prendre le temps de présenter un bon dossier pour les éditeurs. Et en plus, on a eu la chance d’être appuyé par Régis Loisel ! Il a fait une lettre qui nous a bien aidés pour pouvoir se présenter chez Casterman, Dargaud et Glénat. Clairement, avec l’appui d’un tel gars, il y a beaucoup moins d’attente ! Loisel nous a même négocié les contrats, c’était royal pour nous. J’étais débutant et grâce à lui, je n’ai pas été sous-payé ! Tous les éditeurs nous ont répondu positivement mais c’est les éditeurs de Vents d’Ouest (groupe Glénat) qui ont été les premiers. Et au final, ce premier choix a été parfait car on ne voulait pas exister dans un catalogue trop riche ! Chez Dargaud par exemple, il y a beaucoup de séries et d’auteurs. Vents d’Ouest, ça a été parfait pour nous pour débuter. Et c’est vraiment agréable de démarrer dans la BD avec des conditions financières correctes. Cela m’a permis de m’y consacrer pleinement et de pouvoir enchaîner un album par an.

Vous êtes donc un lecteur de BD à la base ?

Tout à fait ! Et connaissant bien maintenant le milieu de la BD, je me suis rendu compte avec surprise que beaucoup de dessinateurs n’étaient pas forcément des lecteurs de BD ! La majorité de ceux que j’ai connus dans des festivals ne sont pas des lecteurs : c’est un point qui m’a toujours fortement étonné ! Même dans mon atelier, j’en connaissais certains qui ne lisaient pas du tout de BD. Pire, ils les achetaient mais ils ne les lisaient pas. C’était juste pour regarder le côté graphique. Ils disent que ça les inspire au niveau des compos mais de là à les lire, non-non !

Alors que moi, j’ai grandi avec les comics, les mangas et la BD franco-belge : les trois ! J’étais à fond dedans. J’ai grandi avec Dragon Ball, avec Spider-Man, avec La Quête de l’oiseau du temps puis le Peter Pan de Loisel. J’ai grandi avec « Spirou » aussi ! Et je continue encore à en lire énormément. Je suis vraiment un fan de BD à la base. D’ailleurs, quand je suis arrivé aux Gobelins, je n’avais autour de moi que des fans de cinéma ou d’animation. Alors que moi, c’était la BD : je voulais faire de la BD ! Le cinéma d’animation me permettait d’avoir un apport technique. Je côtoyais ainsi des gens qui avaient un très bon niveau de dessin et de narration, et ça me permettait d’amener plus d’épaisseur à mon propre dessin, pour faire de la BD.

Quelles sont vos références alors ?

Alors, alors… Déjà, c’est par périodes, car on passe de l’enfance à l’âge adulte et on ne lit pas les mêmes choses. Mais si je regarde la bibliothèque qui est derrière moi, quand j’étais enfant, j’étais assez mangas. C’était Dragon Ball avant tout autre chose ! Après, c’était les comics, je lisais beaucoup les Strange mais attention, pas les Spécial Strange ! Il faut bien prononcer "Strange" à la française car c’est comme ça qu’on en parlait entre nous ! ( Rires )

Et après il y a eu Image Comics qui est arrivé avec Spawn et toute la clique de héros qui ont suivi. Moi, j’étais fan du dessin de Campbell et je pense que ça se voit bien dans mon dessin d’ailleurs. C’est un auteur qui m’a vachement marqué et plus particulièrement avec Danger Girl. Je trouvais qu’il y avait une vraie esthétique dans son dessin (hormis le côté "Pin-up" qui n’était pas forcément le truc qui m’intéressait le plus). J’adorais la souplesse et la virtuosité de son dessin. Il y avait même dedans je trouve un petit côté animation à la Walt Disney. Et le tout avec un encrage bien traditionnel, avec de beaux "noirs" comme on aime. Je dois reconnaître que ça m’a marqué quand j’étais ado. Après, je me suis plus plongé dans la BD franco-belge avec Franquin et Loisel. Peter Pan et La Quête de l’Oiseau du temps ont été des bonnes claques.

Le dessinateur que j’aimais beaucoup aussi à cette époque, pour son côté graphique, c’était un auteur dont on n’entend plus du tout parler : Frezzato avec sa série Les Gardiens du Maser. L’histoire n’était pas extraordinaire mais graphiquement, là aussi, ça a été une sacrée claque. Ses albums m’ont sacrément inspiré à mes débuts quand je faisais « Chito Grant ». J’avais même acheté un compresseur pour travailler à l’aérographe comme lui, tellement j’étais immergé dans ses albums. Il y avait des nuages et des poussières incroyables. Un vrai savoir-faire et que je voulais essayer d’acquérir moi aussi ! Je ne sais pas ce que Frezzato est devenu, j’imagine que sa série a dû moyennement marcher en dépit de la très grande qualité de son dessin et de l’univers qu’il développait.

Sinon, en parallèle de tout ça, j’étais aussi très Franquin, j’étais à fond dans Gaston. Je l’ai découvert au travers de ce personnage-là et ce n’est qu’après que je me suis mis à acheter aussi ses Spirou et l’album Idées noires. Et puis, j’ai été également un grand-grand fan de Tome et Janry. C’est toujours un choc quand je regarde leurs propres albums de Spirou. Ils ont réussi à aller plus loin que Franquin, ce qui devait être pour eux un sacré challenge. Perso, Janry je le mets à un sommet inatteignable. Il a carrément réussi à amener un plus graphique à la touche de Franquin tout en respectant son prédécesseur. J’aime beaucoup cette démarche de respect qu’il a eu dès le départ pour ne pas bousculer le patrimoine. Et petit à petit, il a su amener du plus dans son encrage. Il y a un âge d’or à partir de Spirou à New York jusqu’à Machine qui rêve. Le sommet pour moi c’est La Vallée des bannis, c’est un album que je trouve incroyable. Ils se sont peut-être sabordés à aller trop loin avec le tout-dernier, c’est un peu dommage.

Et La Quête de l’Oiseau du Temps dans tout cela ?

J’ai découvert ça adolescent ! Enfant, je n’ai pas baigné dedans, c’est vraiment venu dès que j’ai été ado. Quand je l’ai découvert, ça avait déjà vieilli graphiquement et pourtant, cela n’a pas empêché que ce soit là aussi un bon stimulant pour moi. Les deux premiers tomes ont pris un bon coup de vieux et de plus, on sent que le dessin n’est pas encore tout à fait mûr. Il y a aussi une pagination qui est un peu plus restreinte, on comprend que Loisel n’ait pas pu s’exprimer comme il le souhaitait dans ses compos. Je me souviens très bien avoir eu un peu de mal à lire cette série au tout début… et puis arrivé au tome 3, là c’est le gros choc avec le Rige ! Et c’est à ce moment précis que je me suis mis à aimer l’univers de Loisel. Le premier album est particulièrement difficile à lire mais par la suite, la narration prend toute son ampleur dans cette série. On sent Loisel plus à son aise.

Je trouve qu’il a marqué la BD. Loisel est un des rares auteurs qui a réussi à amener son propre graphisme et ses propres codes de narration. Ça se voit même dans sa manière de positionner les bulles, ses onomatopées, son dessin lâché (mais très maîtrisé), son encrage si particulier. Avant lui, les auteurs étaient très maniérés dans leur encrage. Régis est arrivé dans la BD comme un bourrin et pourtant son encrage est tellement fort que je trouve qu’il a cassé les codes. C’est un des auteurs franco-belges qui a le plus influencé les générations suivantes. Le nombre de dessinateurs qui lui doivent quelque chose, c’est assez incroyable !

Dans ce premier cycle, quelles sont justement les scènes ou personnages préférés qui vous reviennent en mémoire ?

Moi c’est le tome 3 de La Quête… avec le Rige mais il y a un autre personnage que j’aime beaucoup : c’est Bulrog ! Il est mystérieux et, au départ, ce n’est qu’une grosse brute. Mais en fin de compte, on réalise qu’il y a une sensibilité en lui. Il ne s’exprime pas beaucoup, il est un peu enfermé derrière son masque. Et dans le tome 4, on découvre soudain qu’il a le visage complètement défiguré. C’est un personnage vraiment intéressant et qui va continuer à prendre de l’ampleur dans le cycle que l’on est en train de faire.

Une scène particulière que j’aime bien, c’est celle sous la pluie vers la fin du Rige. Ce tome 3 c’est un peu comme un huis-clos puisqu’en fait, les personnages sont enfermés sur le domaine du Rige. Je trouve ça génial, ça devient une chasse à l’homme. Et donc la scène que j’aime et qui me revient, c’est quand Pélisse se précipite comme une folle sur le Rige (qu’elle ne voit qu’en silhouette), avec la pluie et les éclairs en fond. C’est comme une scène de nuit où finalement, elle ne voit pas grand-chose. Elle se jette pour l’agresser avec son fouet et là, Bracon la rattrape par derrière juste au dernier moment et la force à regarder en la tirant par les cheveux : ce n’était pas le Rige mais une de ses bestioles crevée par des œufs de ponges. Cette scène est très forte ! Même dans le dessin, il y a une hargne qui est très bien rendue. Il y a plein d’autres scènes que j’aime mais, de tête, sans regarder mes livres, je te cite celle-là en priorité.

On en déduit que vous vous connaissiez depuis longtemps avec Régis Loisel ?

( Rires ) Alors là… il faut que je te raconte ma première rencontre avec Loisel. C’est une histoire que je raconte souvent. La première fois que je l’ai vu, c’était en dédicace quand j’étais ado. Il était passé à ma FNAC de Noisy le Grand en banlieue parisienne. Il était venu pour dédicacer son album Norbert le lézard qui était une réédition d’histoires courtes parues dans les années 1980 dans une revue pour la jeunesse. Il y avait beaucoup de monde et moi j’étais venu avec un tome de La Quête de l’Oiseau du Temps et un de Peter Pan. J’étais le vrai ado-fan et je rêvais vraiment de le rencontrer, de pouvoir échanger un peu avec lui, sur son travail etc. Mais j’ai fait quand même trois heures de queue ! C’est assez long et pendant cestrois3 heures, il y avait un bruit qui courait petit à petit dans la file d’attente qu’il n’était venu dédicacer que Norbert le lézard et que sur les autres tomes, il ne faisait que signer. Et moi, ça, plus l’attente, ça commençait à monter. J’avais ma propre insolence de jeunesse et quand je suis enfin arrivé devant lui, je lui ai tendu mes deux albums en lui disant « - Beeen, je voudrais un dessin quoi SVP ». Et là il me répond : « - Ha ben non, tout le monde a été prévenu que je ne ferai que signer. ». Et là je l’ai pourri ! Je lui ai carrément dit : « - Mais c’est dégueulasse, j’viens d’faire trois heures de queue ! Moi j’voudrais juste un p’tit dessin… » Etc. Etc. Je ne sais plus bien comment je lui avais tourné le truc, ça fait longtemps. Je devais avoir 16 ans je pense et avec toute mon insolence et mon arrogance, je lui avais dit que c’était irrespectueux de sa part, carrément dégueulasse… (Rires ) Et donc, je l’ai quitté comme ça, dégoûté ! Il m’avais quand même fait une petite signature dans mes livres mais moi, je n’en avais rien à faire de ses signatures. Je voulais un dessin et parler avec lui. Le rencontrer dans ces conditions là, ça m’avait carrément énervé. Je me souviens que lui, il était resté hyper correct face à mon côté limite agressif. Il m’avait répondu « - Ce n’est pas grave camarade, faut pas en rester là, on se recroisera ». Bref, j’étais parti dégoûté et je me revois même dans la cour de la récré en train de raconter le lendemain à mes copains que Loisel, c’était un con… (Rires)

Mais au final, cette histoire m’a donné une bonne leçon car, des années après, Loisel (qui travaillait alors avec Jean-Blaise Djian), a vu une couve que j’avais faite (qui était en fond d’écran). Il avait trouvé ça pas mal, c’était un gros plan sur une tête de cowboy. Jean-Blaise lui a répondu qu’on était en train de bosser ensemble sur un projet et spontanément, (comme il l’avait fait pour les auteurs de Blacksad quand ils ont démarré), Régis a proposé de nous aider dès qu’on démarrait un nouveau projet. Ils étaient amis et il faut savoir que Loisel aide énormément de gens quand il le peut.

Et donc là, je me suis retrouvé dans la position du mec qui avait pourri Loisel quand il était jeune et qui se rend compte plus tard qu’en fait, c’est un mec hyper généreux et qui donne de son temps. Ainsi, quand on a démarré Les Quatre de Baker Street, il nous a fait une préface et il a joué les agents pour négocier les contrats chez l’éditeur. Et en plus, je lui ai envoyé les crayonnés de mes dix premières planches et il prenait le temps à chaque fois au téléphone (alors qu’il vivait au Canada !) pour me dire sur chaque planche ce qui n’allait pas et ce que je devais améliorer. Il m’indiquait ses codes de narration bien à lui et qui pour moi, étaient les meilleurs. Il m’a donc donné une vraie leçon : faut pas cracher sur les gens quand on ne les connaît pas foncièrement ! (Rires)

Vous avez fini par l’avoir votre dédicace ?

Quelques années plus tard, je lui ai raconté cette histoire mais il ne s’en souvenait absolument pas. Il avait forcément zappé ce truc-là. Moi ça m’avait marqué mais pour lui, ça n’était pas très intéressant. Et donc je n’ai jamais eu ma dédicace car ensuite je n’ai plus jamais osé lui demander. À partir du moment où j’ai commencé à travailler sur Les Quatre…, il me donnait des conseils sur mes planches. Puis, quand j’ai commencé à travailler avec lui sur La Quête…, nos rapports se sont modifiés. J’ai également essayé d’installer avec lui (non pas une relation d’égal à égal car je ne serai jamais son égal) mais une relation de professionnel à professionnel. Je ne voulais surtout pas partir dans le côté "fan" mais rester dans la position de l’élève face au maître. Donc je ne lui ai plus jamais demandé de dessin. Et de toute façon, je n’en suis plus là dedans maintenant. Tu vois, là sur mon mur, j’ai une lithographie de lui, je ne lui ai jamais demandé de me la signer par exemple. Avec lui, je ne suis plus du tout dans ça maintenant… même si c’est vrai qu’il y a pas longtemps, il m’a quand même dédicacé son tirage de tête de Mickey. Mais je ne lui ai pas demandé ! (Rires)

Et du coup, vous vous êtes retrouvé à postuler pour reprendre ce second cycle Avant la Quête

Oui, en effet ! Et ce, contrairement à ce qui s’était passé avec Vincent Mallié et avec Aouamri avant moi. Eux, ils n’ont pas eu à postuler. Lidwine, je crois que lui, il avait proposé directement sa candidature. Pour moi, ça a été donc un peu pareil que pour Lidwine, et ça a pu se faire parce que je connaissais bien Vincent Mallié. Il y a eu un moment où Vincent m’a annoncé qu’il allait arrêter après avoir dessiné son second tome Le Chevalier Bragon. Or moi, j’arrivais justement dans une phase où je commençais un peu à tirer la langue après avoir réalisé six tomes des Quatre de Baker Street. Tout en commençant le septième, l’idée commençait alors à me trotter dans la tête, même si, de base, ce n’était absolument pas mon style de dessin. Mais en même temps, j’avais vraiment besoin de me confronter à un autre univers pour pouvoir progresser. Je trouvais que je commençais un peu trop à m’enfermer dans mes propres codes de dessin, avec mes tics graphiques. Je sentais que j’avais besoin d’être bousculé.

Je me suis alors dit que ça pouvait être la bonne école, face à un mec comme Loisel qui est un insatisfait chronique. Il va te pousser dans tes derniers retranchements pour avoir le dessin qu’il souhaite. Je l’ai donc contacté par mail et il m’a répondu qu’ils n’avaient encore personne pour la reprise. Juste quelqu’un qui serait en train de faire des tests mais avec rien de probant encore. Je lui ai demandé si je pouvais essayer. Il a accepté tout en me faisant remarquer que ce n’était pas du tout mon style de dessin. Il m’a dit « - Tu vas en ch... mais vas-y, essaye. Si tu fais preuve de persévérance et d’opiniâtreté, ça peut marcher. » J’ai alors commencé à faire des tests et pendant un long moment, j’ai fait du Bragon, du Bragon et encore du Bragon… Je faisais des tests d’encrage, j’essayais différents outils qui pouvaient se rapprocher le plus. J’ai testé tout plein de trucs mais je restais très loin du dessin de Loisel. Au bout de trois mois où je ne faisais que du Bragon, je ne m’en sortais toujours pas. Les retours de Loisel ne portaient pas sur des éléments techniques mais plutôt sur « - Oui c’est bien mais il n’est pas assez incarné, il manque de prestance…  » C’étaient des remarques très abstraites, je ne m’en sortais pas et je commençais vraiment à péter un plomb.

J’ai donc demandé conseil à Vincent Mallié. Il a su me rediriger en me disant qu’il fallait que je me confronte à une planche. Il m’a même conseillé de mettre un ultimatum à Régis en lui réclamant un bout de scénario et le découpage d’une ou deux planches pour me lancer dans un test réel. C’est ce que j’ai demandé en effet ! Ils étaient d’accord et avec Serge Le Tendre, ils se sont donc mis à écrire le tome suivant. J’ai attendu six mois. Ça a été hyper-long pour moi car pendant tout ce temps, ça a été silence-radio complet. J’entendais même des rumeurs comme quoi ce serait Aouamri qui reprenait finalement la suite des albums. J’étais dégoûté quand j’entendais ça, persuadé que Loisel m’avait oublié.

Mais six mois après, il a refait surface avec les trente premières planches et il m’a proposé de dessiner les premières : « - Allez, vas-y ! ». Je me suis lancé, Vincent a corrigé mes premiers jets. Et franchement, heureusement qu’il était là car il y avait beaucoup de choses qui n’allaient pas. Au final, même si ma planche-test n’était pas encore au niveau, ils ont accepté ! Serge et Régis m’ont dit « - Ok, on se lance, on y va ! » J’étais très content. Mais tu vois, la reprise ne s’est pas faite de manière fluide, ça a été la lutte !

Vous vous retrouvez le quatrième dessinateur, savez-vous pourquoi les précédents ont arrêté ?

À chaque fois, ce sont des histoires différentes et c’est ça qui est marrant justement. Il y a même une sorte de mythologie qui s’est installée sur La Quête… comme quoi Régis serait trop dur, raison pour laquelle les dessinateurs abandonnent tous les uns après les autres. Même l’éditeur Dargaud m’en a parlé presque comme d’une série maudite. À chaque fois, ils perdent le dessinateur qui vient de finir le tome, il faut en reformer un autre et ça prend des "plombes" à chaque fois. Vincent Mallié a réussi un peu à redresser le truc et il a réussi à faire ses deux albums en peu de temps, mine de rien. Les délais étaient très corrects comparés à ceux consentis par Lidwine et par Aouamri.

Lidwine a abandonné car je pense que c’est propre à sa personnalité et à sa façon de travailler. C’est quelqu’un qui est dans la perfection, limite maladif. Il ne lâche pas ses planches tant qu’on ne les lui arrache pas des mains. Il est toujours en train de rajouter des détails, retoucher un truc et au final, il a mis cinq ans à faire son album. Ses planches sont magnifiques. Quand je regarde son album, je ne m’en lasse jamais mais en même temps, je ne peux pas mettre cinq ans moi aussi pour sortir un album. Régis et Serge ont été obligés de lui expliquer qu’ils ne pouvaient pas repartir pour cinq ans s’ils lui laissaient faire le tome suivant. Ça risquait d’enterrer complètement la série.

Mais du coup, Aouamri n’en a fait qu’un aussi. Régis avait flashé sur une de ses planches. Ils sont allés le chercher. Ça "matchait" bien au début mais comme pour Lidwine, Régis a été obligé de faire le story-board (ce qui le gonflait un peu). Il a mis la main à la pâte sauf que ça a pris quand même un peu de temps. Le problème de Régis, c’est qu’il refait faire tant que ça ne lui convient pas. Mais pendant ce temps-là, le dessinateur n’est pas payé. On n’est pas payés au temps mais à la planche. Or, Aouamri voulait garder son niveau de vie et il s’est mis à prendre en parallèle des boulots de pub. Avant de se mettre à La Quête…, il avait déjà ses habitudes et prenait ce genre de boulots bien payés (la publicité, ça paye mieux que la BD) et forcément, son boulot principal a été mis de côté. Il s’est moins investi. On sent bien que ses dernières planches sont un peu moins magnifiques que les premières. Et là aussi, les délais ont explosé ! C’était l’enfer malgré le fait qu’il aurait bien aimé continuer avec le tome suivant.

Vincent Mallié n’en a fait que deux parce qu’il a eu ce qu’il voulait. C’était naturel pour lui de n’en faire que deux. Il voulait faire les deux tomes avec le Rige et c’est ce qu’il a fait, il s’en est tenu à ça.

Cela ne vous a pas fait peur de passer après tous ces dessinateurs ?

En fait, heureusement qu’il y a eu Vincent pour me soutenir ! Passer après Aouamri, je n’aurais jamais osé proposer ma candidature, c’est clair. D’autant plus qu’à cette époque, je n’avais absolument pas le niveau. Et même sans ça, cela m’aurait fait trop peur. Rien que d’envisager passer cinq ans moi aussi à faire un album, c’était un truc trop "casse-gueule" pour moi. Mais comme j’ai vu que Vincent avait réussi à assurer en beaucoup moins de temps et en assurant en plus tout seul la mise en scène. Même si Régis met toujours son grain de sel un peu partout, il n’empêche que Vincent a en plus fait son story-board tout seul et que c’est super valorisant pour un dessinateur. Moi je ne voulais surtout pas en être réduit au rôle de simple exécutant, je ne voulais pas être le dessinateur basique qui va recopier un story-board pour juste y rajouter des petits détails. Ce n’est carrément pas intéressant.
Donc quand je me suis proposé à Régis Loisel, je suis venu avec mes gros sabots en disant clairement que je voulais faire moi-même la mise en scène. Il m’a répondu « - OK, on verra... » Je me suis donc lancé car je savais aussi que j’avais besoin d’être bousculé à cette époque. Et en effet, j’ai été bien bousculé ! (Rires)

Pour moi, Régis Loisel est un des rares maîtres de la BD qui nous reste. C’est un monument de la BD. Il a un vrai savoir-faire, une vraie connaissance du dessin et de la narration. Rien n’est laissé au hasard dans ce qu’il fait. Avec lui, on apprend et on apprend encore. Sur ce point, ça n’a pas été trop douloureux pour moi. Je savais qu’il était exigeant et en effet il l’a été. Mais le contrat était comme ça dès le départ. Donc, en fait, quand on est prévenu, là non plus, ça n’a pas été si difficile que ça. J’ai courbé l’échine et j’ai pris. Et j’ai même pris cher par moment car il m’a fait refaire pas mal de choses. L’ego en prend forcément un coup, il vaut mieux le laisser au vestiaire ! Et puis on refait à chaque fois qu’il le demande. Sur le moment, on est dégoûté mais tout à la fin, on se rend compte qu’on a bien progressé et que sur tout ce qu’il avait souligné, Régis avait raison.

Ce qui est le plus difficile en fait avec Régis (surtout quand il vivait au Canada), c’était sa présence par intermittence. Par moments, il va complètement disparaître parce qu’il a d’autres trucs à assurer, sur d’autres séries. On se retrouve à attendre ses réponses. C’est comme quand j’avais eu à attendre six mois pour qu’il me donne une première planche d’essai à réaliser. Et pour tout le déroulement des deux albums de La Quête… que j’ai fait, ça s’est passé un peu comme ça à chaque fois. Ça même été pire sur le deuxième tome. Je me souviens qu’au milieu de « Kryll », j’ai carrément pété un câble et je leur ai dit que j’arrêtais. La temporalité n’a pas d’importance pour Loisel : il prend son temps. C’est sa manière à lui de bosser : il disparaît, il réapparaît, il change d’avis, il fait refaire…

Par exemple, dans « Kryll », il y avait ce nouveau personnage secondaire de Passin. Régis m’avait fait un vague croquis assez poussé de l’apparence qu’il souhaitait lui donner (sur ça, je le laisse faire, c’est son univers). Je m’étais bien basé sur son croquis, j’avais fait tous mes crayonnés de l’album : les soixante pages de l’album. Donc un gros boulot, tu vois… Et ce personnage apparaissait bien sur les deux tiers des planches et là, à un moment donné, Loisel me dit « - Non sa tête, ça ne va pas, on va la changer. » Il m’avait déjà fait un peu le même coup avec le petit vieux du tome précédent, L’Emprise. Tout à la fin, quand j’avais tout encré, il m’avait dit « - Houlà, le petit vieux, ça ne va pas du tout. » Je ne sais pas si tu imagines : ce n’est pas possible cette manière de bosser ! J’ai dû refaire toutes les têtes où il apparaissait. Ce petit vieux a complètement changé de tête par rapport à mon premier encrage des planches. J’ai courbé l’échine mais franchement, sur le moment, je me suis dit que j’allais arrêter, j’en avais vraiment marre.

Ce sont juste deux exemples que je te donne comme ça, mais en réalité, tout est comme ça ! Pourtant, j’avais essayé d’éviter certains pièges dans ma manière de bosser avec lui. Car s’il me faisait refaire tout le temps la même planche, je n’allais pas pouvoir avancer. Donc j’avais opté sur le fait de faire tous les crayonnés d’un coup. J’avais le design de tous les personnages principaux et secondaires avant de me lancer. Et j’avais même bien discuté à l’avance avec lui de certaines scènes avant de démarrer les crayonnés, et après on corrigeait ensemble. J’avais besoin d’avancer moi ! Faire la planche une, la refaire, la refaire encore et ne pas pouvoir passer à la suivante tant que celle-ci n’est pas parfaite, ce n’était carrément pas possible pour moi. J’avais imposé donc ma manière de travailler, je me souviens que ça l’avait un peu perturbé, il n’avait pas trop aimé mais au moins, ça m’avait permis d’avancer. Et ainsi, j’ai pu livrer l’album dans des délais carrément respectables. Le premier, je l’ai fait en moins d’un an et le second, je l’ai fait en huit mois. J’ai donc réussi à être efficace mais Vincent Mallié m’avait bien prévenu qu’avec toutes les rustines et retouches que Loisel te fait refaire, c’est comme si tu dessinais deux albums en un.

Ma technique à moi, c’est que je scanne tous mes crayonnés pour ne pas à avoir à encrer par-dessus. Souvent les crayonnés sont beaucoup plus vivants que l’encrage et ça, il ne faut pas perdre. Donc j’imprime mon crayonné et je reprends l’encrage par-dessus. Ce qui fait que je garde quand même sous les yeux, mon crayonné original et l’idée de départ de chaque dessin quand je l’ai fait. Si tu encres sur ton crayonné, tu perds la trace de ce crayonné et parfois, tu ne te souviens plus de ce qui avait fait justement la force de ton dessin. Et tu ne peux plus revenir en arrière ! C’est ma petite tambouille à moi, chacun a sa manière.

Est-ce que vous lisiez aussi ce nouveau cycle qu’ils ont nommé Avant la Quête, vous aviez continué à suivre la série ?

Oui, oui et j’avais même félicité Vincent pour le premier des deux tomes qu’il avait fait. Je me souviens lui avoir envoyé un mail : « - Franchement, chapeau, tu as assuré ! » J’étais vraiment fan, comme un simple lecteur. J’attendais chaque nouveau tome. Et aujourd’hui, je suis super-heureux qu’ils aient accepté que je puisse reprendre la suite, qu’ils m’aient fait confiance. Mais après, faut assurer derrière, c’est du boulot !

Et le syndrome que j’ai (et je crois que beaucoup d’autres dessinateurs l’ont aussi), c’est que quand l’album sort, sur le moment on est super-heureux… mais six mois après, quand on le rouvre, là on voit tous les défauts. On se dit alors « - Ha houuuu, là, j’aurais pu assurer mieux, mieux dessiner ça...  » Aujourd’hui, mon premier tome de « La Quête… », je ne peux même plus l’ouvrir. Si je le regarde, ça me déprime car je ne vois que des choses qui ne vont pas. En exagérant un peu, j’ai presque même un sentiment de culpabilité quand je vois mon dessin par rapport à tout ce que peut représenter cette série pour les lecteurs. J’espère que les fans ne voient pas ces défauts mais je me dis que j’aurais pu assurer mieux quand même. Je suis plus fier de mon second : il est plus récent et je l’assume un peu plus. C’est dur parfois de se dire en effet qu’on a été le quatrième dessinateur et que finalement, son propre dessin n’est pas à la hauteur.

Dans le second, vous avez remis en scène Shan Thung et ses Gris Grelets. Cela ramène les lecteurs loin dans leur jeunesse !

Ha oui, ça c’est génial quand ils me font refaire des personnages du tout premier cycle. Je sais que par exemple, avant la fin du cycle, le Fourreux va réapparaître. Ça va être vraiment chouette. Ce sera aussi le cas pour d’autres personnages emblématiques des quatre premiers tomes. C’est agréable de savoir ça et le matin quand je me lève pour aller bosser, c’est un réel plaisir pour moi quand je me lance à dessiner cet univers de Loisel. Mon boulot j’en suis vraiment très heureux, je ne m’en plains pas, c’était mon rêve de gamin.

En fait, dessiner par exemple un personnage comme Shan Thung ou les Gris Grelets, ce n’est pas ce qu’il y a de plus difficile car ce sont des personnages qui sont bien posés. Ils sont bien définis dans la BD. Il y a juste à bien les respecter et bien les reprendre. C’est plus difficile par contre avec un personnage comme Bragon. Il est vieux dans le premier cycle, on doit le rendre jeune et en plus de ça, il vieillit au fil des tomes. Son apparence physique mute d’album en album.

Quant à Bulrog qui était mon personnage préféré, il n’a plus la même aura, c’est clair. Pour moi, c’est un autre personnage quand je le dessine. Mais il reste marrant à dessiner quand même avec ses petits poils de partout. Et je trouve qu’il prend quand même un peu d’épaisseur lui aussi à chaque nouveau tome. Au début, ce n’était qu’un gamin, un peu naïf mais qui évolue lui aussi et qui devient donc intéressant à représenter.

Loisel est le seul à avoir réussi à instaurer une sorte de charte graphique qui fait que les lecteurs sont moins perturbés par les changements de dessinateurs. Et pour l’auteur ?

Dès le départ, c’est le cahier des charges qui est comme ça ! On arrive pour faire de La Quête… ! Le contrat est clair dès le début, il faut le respecter. Donc non, il n’y a aucune frustration. Quand on se lance là-dedans, on sait que cela va se passer ainsi. Je ne suis pas venu pour apporter mon propre dessin mais être bousculé au contraire. Je voulais changer mon encrage, apprendre autre chose.

Là, j’ai démarré le prochain album, je suis allé voir Régis récemment pour bosser sur le story-board et aller plus vite. On a changé un peu la méthode de travail et trente-six planches sont déjà découpées. J’en ai crayonné trente-six et dix-sept sont déjà encrées. J’avance bien ! Il y en aura plus de soixante. Ce nouveau tome sera l’avant-dernier, ça c’est sûr. Il n’y en aura plus qu’un après, on termine le cycle avec ces deux-là. Moi, je les prends au fur et à mesure et on verra si ce sera moi qui ferai le dernier ou pas. Je ne me pose pas la question car c’est vraiment une aventure particulière à chaque fois. Il y a des moments compliqués et on en sort souvent "rincé". Heureusement j’ai d’autres séries en parallèle et de plus, je ne m’engage jamais sur du long terme. A priori, je devrais faire le dernier, sinon je pense que ça plomberait la série. Il faudrait que Serge et Régis retrouvent un autre dessinateur et arrivent à le former. Or, ça prend du temps pour arriver à s’approprier l’univers. Logiquement, si ça se passe bien, je finirai la série.

Enfin, je pense… D’autant plus que Serge m’a déjà fait un résumé bien précis de comment cela va se terminer. Mais je ne dirai rien !!! (Rires)

Vous avez été en contact avec les deux premiers dessinateurs ?

Non. Je n’ai jamais rencontré Lidwine et j’ai juste un peu échangé avec Aouamri en festival : il est adorable

Comment dessinez-vous ? Innovez-vous à chaque fois ?

Non. J’ai toujours la même façon de bosser. Pour Les Quatre de Baker Street, le style a évolué petit à petit. Au départ, je ne travaillais qu’au crayon. Sans être dans la ligne claire, il n’y avait pas du tout de noir dans mon dessin et donc je passais un temps énorme pour la couleur. Et puis, j’ai essayé de gagner en efficacité avec un dessin plus traditionnel et c’est La Quête… qui m’a apporté ça. Savoir gérer ses noirs, c’est vraiment une science pour arriver à garder un dessin clair et que la lecture reste bonne. Du coup, mes trois séries sont chacune dans un style assez différent, même s’il y a forcément ma patte. Mais j’utilise les mêmes outils et j’ai gardé la même manière de procéder. Donc non, je ne fais pas vraiment de différence dans mon travail, mis à part un peu le design ou la manière d’encrer.

Mais ce sont les mêmes types d’écarts que quand je travaillais sur des dessins animés différents. Quand on arrive sur une Prod, on nous donne une grosse bible graphique de tous les personnages, les "turn-around", les décors etc. On placarde tout ça sur son mur en face et on est alors tout le temps à regarder pour bien respecter le personnage qu’on a à dessiner.

Sinon je dessine sur du A3, c’est du "une fois et demi". Je ne bosse pas plus grand, c’est ce qui me correspond le mieux par rapport à mon trait. Par contre, mes planches sont toujours découpées en deux. Je n’aime pas bosser sur une grande planche. Sinon on est obligé de se pencher sur sa planche quand on travaille sur les vignettes du haut, ce n’est pas confortable, on dirait des acrobates. En plus, ça peut donner une déformation au dessin quand on est en haut car ça amène une légère perspective. Ce qui fait qu’à la fin, quand on regarde sa planche finie, on constate une légère déformation. Les maîtres de la BD que j’ai connus ont toujours divisé en deux leurs planches. C’est vraiment ce qu’il y a de plus pratique et de plus efficace, je trouve…

Avec « Champignac » vous vous retrouvez à faire encore une reprise avec des personnages que vous n’avez pas créés ?

Oui ! C’est marrant d’ailleurs ! Mais au départ, ce que m’avaient proposé les Beka, c’était juste de faire un one-shot. Au début, ce devait même être un one-shot de Spirou sans Spirou !!! C’était marrant. L’univers londonien leur semblait bien coller avec ce que j’avais l’habitude de faire. Étant fan de Spirou depuis petit, je me suis donc lancé aussi là-dedans. Mais ça reste un peu différent quand même car on fait la jeunesse et donc, je suis moins forcé de respecter une certaines formes de dessin. Je ne suis pas obligé ni de faire du Franquin, ni de faire du Spirou classique. Je peux ainsi apporter ma petite patte à moi, tout en respectant le patrimoine de ce héros et de son univers.

Mais au départ, je voulais juste me faire plaisir avec un seul album. Et puis, on s’est rendus compte qu’il y avait moyen d’en faire une série. Pour l’instant, notre "Champignac" est assez éloigné du Comte de Champignac que tout le monde connaît mais on va finir par raccrocher les wagons. Pour l’instant, il est jeune et vif et n’a pas encore son côté farfelu. Le troisième tome va lui amener plus d’épaisseur. Et on va expliquer aussi ce qui s’est passé dans sa jeunesse pour en arriver là. La direction que les Beka ont pris m’intéresse vachement et c’est pour ça que j’ai accepté de continuer avec eux. Car je t’avouerai que franchement, je n’ai pas aimé tout ce qui s’est fait au travers de la collection des « Spirou vu par… ». Je trouve que c’est surexploité, mais en même temps que je le dis, j’en fais partie maintenant… (Rires) Je me souviens même avoir dit un jour à mon éditeur que par moments, ils faisaient n’importe quoi avec ce héros. C’est parti dans tous les sens alors que de mon côté, je pense avoir bien respecté les personnages. Et même au niveau du cinéma et des deux films qui sont sortis sur le grand et le petit Spirou… franchement… il y avait des choses à ne surtout pas faire. Et je ne parle pas du Gaston Lagaffe en film !

Côté BD par exemple, Super Groom, je trouve que c’est n’importe quoi (pardon de le dire comme ça). Si moi, je devais faire du Spirou, je ne me lancerais pas dans n’importe quoi. Je me forcerais à respecter ce personnage au maximum. Un peu à la manière de Tome et Janry ! C’est la force de ce qu’ils ont fait ces deux-là ! Je le redis : ils ont su ajouter un truc en plus tout en respectant leurs prédécesseurs : c’est vraiment cet angle là qu’il faut prendre.

Quelles ont été les critiques sur le premier tome de « Champignac » maintenant que le second vient de paraître ?

On a eu un peu de tout en effet ! Beaucoup ont aimé le premier et moins le second. Pour certains, c’est l’inverse qui se passe. Sur le premier, les Beka avaient à la base écrit cette histoire sur la machine de Turing. C’est après qu’ils se sont dit que ce serait sympa d’intégrer Champignac à cet univers. Du coup, il y a beaucoup de choses qui sont en rapport avec le film Enigma. Les critiques ont fait la comparaison et c’est forcément légitime. Sur mon dessin, il y a eu aussi des critiques. De toute façon, quand on publie quelque chose, en tant qu’auteur, il faut s’attendre forcément à se prendre des critiques. C’est donné à tout le monde ! Qu’on soit scénariste ou dessinateur, on se prend des claques. Et quelle que soit la série, je m’en prends à chaque fois dans la tronche. En plus, avec Internet et les forums, les gens se lâchent. Et comme on ne peut pas plaire à tout le monde…Il y en a qui ne supportent pas qu’on touche au patrimoine, qu’on reprenne La Quête…, ni Spirou et Fantasio. C’est comme ça, ça fait partie du jeu.

Sur le deuxième tome de « Champignac », on a eu aussi des critiques sur la pagination. Mais c’est de ma faute car j’avais demandé à ne faire qu’un quarante-six pages. J’ai trop de travail pour faire en plus des albums de soixante ou soixante-quatre pages. Les Beka ont gentiment accepté mon idée de rester sur un format à l’ancienne de quarante-six planches. Comme pour les Blueberry à l’époque ! Ça les obligeait à bosser différemment et c’est pour ça que le second tome va plus à l’essentiel, c’est plus une course-poursuite. C’est assez haletant et moi, j’ai eu plus de plaisir à dessiner ce second tome. Il se lit très vite mais c’est aussi très bon signe pour les lecteurs !

Une suite est donc prévue ?

Oui, il y aura un tome trois. L’éditeur aime beaucoup se qu’on fait, ils y croient et voient la série s’étaler déjà sur quatre ou cinq tomes. De mon côté, je ferai le troisième tome, ça c’est sûr. Il va être super intéressant et très différent des deux premiers. Ils sont en train de l’écrire. Mais après, on verra. Je préfère voir au fur et à mesure, je ne m’engage pas encore pour la suite.

Du coup, vous vous retrouvez à faire le caméléon dans votre dessin ?

Un peu, oui ! J’ai des phases où c’est très compliqué quand j’alterne les séries. Là, je viens de me remettre dans La Quête… et j’ai mis presque trois semaines pour arriver à me remettre dans l’encrage. Je n’y arrivais plus, j’en ai ch… j’avais perdu confiance en moi sur les premières planches. C’est très difficile de se remettre dans un univers après avoir terminé l’encrage d’une série précédente comme Les Quatre… (où j’étais vachement bien sur la fin. À changer de série, on change ses codes et il y a des moments où on se dit « Mais je fais que de la m… c’est pas possible, je n’y arrive plus, j’ai perdu mon dessin ». Donc oui, il y a des phases compliquées pour un dessinateur ! Paradoxalement, ces phases compliquées qui peuvent durer longtemps (plusieurs semaines) sont aussi bon signe. Car une fois qu’on retrouve enfin les bons gestes et que l’esprit fait corps avec sa main, on sent qu’on a passé un palier. Cette phase difficile a au final permis de progresser. Or, l’idée est bien là : toujours progresser ! Le dessin, c’est une progression infinie et moi, je ne demande que ça. Il y a tellement de domaines où on peut apprendre et s’améliorer. Ces phases compliquées permettent donc de passer des caps.

Est-ce que le personnage féminin de Miss Blair ne vole pas la vedette à Champignac ?

Je ne sais pas si elle lui vole vraiment la vedette mais par contre, il y a un côté binôme qui est assez sympa entre Blair et Pacôme. Ça ajoute une touche féminine et en plus, elle a un bon caractère. Elle vit dans une époque où les femmes n’avaient pas tous les droits qu’elles ont aujourd’hui. Elle amène aussi une part d’insolence, elle bouscule pas mal le héros et je la trouve très intéressante. Elle est vraiment complémentaire.

Côté dessin, c’est un personnage que j’ai inventé mais qui pour autant reste compliqué à représenter car on doit incarner chacun des personnages qu’on a à dessiner. Et d’ailleurs, contrairement à ce qu’on pourrait croire, même un personnage comme Champignac est difficile à dessiner. Déjà il faut respecter ses caractéristiques de base mais en plus, il a cette moustache qui est vraiment très ch… (Rires) Sa moustache m’empêche de lui faire trop d’expressions. Si tu regardes bien, sur le second tome j’ai un peu lâché l’affaire : je ne joue plus que sur les yeux pour arriver à représenter ses expressions. Si j’essaye de le dessiner avec une bouche, on perd complètement le vrai Champignac. Donc dans les dernières planches, tu verras qu’il a toujours la même moustache et qu’il n’a pas de bouche. Au mieux quand il sourit, il a juste des petites fossettes qui apparaissent et tout se joue dans les yeux. Au final, ça suffit très bien comme ça ! Mais clairement, cette foutue moustache est bien pénible ! ( Rires )

Dessin de l’auteur réalisé pendant l’interview

Ha si, les lunettes aussi c’est très ch… à dessiner ! Et en plus, ils ont tous des lunettes dans cette série ! Tu vois, c’est l’enfer ! ( Rires )

Champignac est face à un choix difficile et se refuse donc à éliminer le Patient A !

Oui. On est dans une époque compliquée et cette scène finale ouvre un débat qui est intéressant. C’est cette chute qui rend justement ce second tome très intéressant : qu’aurait-on fait à sa place ? Mais ce choix de ne pas l’éliminer est aussi propre au personnage car Pacôme se doit d’être pacifique. C’est son éthique, les scénaristes l’assument et c’est voulu. En tous cas, j’aime bien ce côté-là et c’est bien d’aller aussi un peu sur des thèmes compliqués. On le fait rencontrer des personnages réels de l’histoire donc on ne peut pas passer outre certains sujets de cette époque. Après, ce n’est pas non plus le gros coup de pied dans la fourmilière, ça ne va pas choquer les lecteurs et on reste politiquement corrects. Le héros garde son éthique et reste fidèle à son image.

Vous aurez un jour votre propre projet personnel en BD ?

Non, parce qu’en fait, avec ces trois séries que je mène de front, j’ai un peu la tête dans le guidon. Je me suis un peu engagé et donc derrière, je dois turbiner maintenant. Je travaille au quotidien comme avec des œillères. Je n’arrive pas à voir au-delà de tout ce boulot qui s’accumule. Il me reste un tome et demi de La Quête…, trois tomes des Quatre de Baker Street et Champignac, encore un troisième, voire plus, on verra). Tu vois, ça m’amène encore sur quelques années de travail assidu.

Après, il est vrai que souvent on me demande si je n’aimerais pas faire ma propre BD en tant qu’auteur complet (même si je n’aime pas trop ce terme). Moi je ne me considère pas comme un artiste mais plutôt comme un artisan. Je préfère me positionner ainsi, de manière un peu plus humble. Car ce que j’aime, c’est le dessin. J’aime dessiner, j’aime qu’on me raconte une histoire et la mettre en scène. Mon plaisir est là ! Si je devais un jour avoir à assurer seul le scénario, le dessin, la mise en scène et tout… je ne pense pas avoir assez de bouteille pour pouvoir faire tout ça. Ma culture générale n’est pas assez riche pour m’engager à développer une belle histoire et quand je vois comment travaillent mes différents scénaristes, je me rends bien compte qu’ils ont un savoir-faire que je n’ai absolument pas. Ça peut peut-être s’acquérir mais il me faudrait quelques années. Savoir bien raconter une histoire, ce n’est franchement pas donné à tout le monde !

Je ne vais donc pas me lancer dans ce genre d’aventure et prendre le risque de me ramasser. Peut-être qu’un jour, ça changera, mais pour l’instant, ce serait trop lourd pour moi. Rien que dessiner tout seul tout un album, faut assumer les critiques derrière donc faire aussi le scénario seul, non, pas pour le moment ! Je n’aurais pas les épaules et je le redis, moi ce que j’aime, c’est qu’on me raconte une histoire. Quand l’histoire me plaît, je trouve génial de savoir que c’est moi qui vais dessiner ça, mettre en scène cette histoire ! Ce n’est pas rien et mon ego d’auteur en tant que dessinateur est déjà largement contenté du fait que ce soit moi qui réalise seul, tout le dessin de l’album. Il faut faire le découpage, donner de la vie, ce n’est pas juste faire des petites vignettes. Il faut donner du rythme, que les planches soient lisibles. Il y a toute une science de lecture et j’ai appris au fil des années, comment happer le lecteur, comment le diriger dans sa lecture, lui donner envie de tourner la page etc. J’ai encore plein de choses à apprendre et je suis déjà pleinement comblé comme ça, en tant que dessinateur.

Propos recueillis par Jean-Sébastien Chabannes
http://pabd.free.fr/ACTUABD.HTM

(par Jean-Sébastien CHABANNES)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

© Dargaud ("La Quête de l’Oiseau du temps...), Glénat ("Les Quatre de Baker Street") et Dupuis ("Champignac").

 
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38 Messages :
  • J’avais dit sur ce site qu’Etien (sur Champignac) et Campbell avaient un style graphique similaire. On s’était foutu de moi... Merci Monsieur Étienne de me donner raison, car Campbell est un très bon dessinateur et longue vie à votre superbe Champignac !

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    • Répondu par Eric B. le 10 avril à  11:08 :

      Vous aviez raison en effet !!!!

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      • Répondu par kyle william le 10 avril à  11:44 :

        On ne s’était pas foutu de vous. On avait seulement écrit que ce maniérisme consistant à ajouter des détails demi-réalistes sur des proportions de dessin humoristique était d’assez mauvais goût.

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        • Répondu le 10 avril à  12:01 :

          C’est votre avis personnel, ça ne vous plait pas, tant pis pour vous, d’autres adorent.

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          • Répondu le 10 avril à  13:21 :

            Typiquement le dessinateur de BD qui ne se nourrit que de BD. A défaut de toute autre influence. Comme s’il n’existait pas une histoire du dessin indépendante de la BD. Ça explique ce que vous appelez du maniérisme. Et il le revendique d’ailleurs.

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            • Répondu par Eric B. le 10 avril à  16:35 :

              Vous avez des jugements hâtifs typiques d’un dessinateur aigri... Etien est promis a un bel avenir en B.D.

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            • Répondu par david etien le 10 avril à  18:43 :

              C’est toujours marrant ce genre de type qui a tout compris au dessin et qui sait ce que c’est le bon goût. Généralement on a affaire à des personnes qui ne savent pas faire grand chose de leurs dix doigts ou qui ont un gros poil dans la main et qui préfèrent critiquer plutôt que créer. Mais je crois surtout qu’on a souvent affaire à des gens aigris qui s’ennuient énormément dans leur vie et viennent déposer leur petit caca dans des commentaires parce que ça leur permet d’exister. On a le droit de ne pas aimer ce que je fais mais de là à dire que je ne me nourris que de bd, vous dites vraiment de la m..rde : l’interview est orientée sur la bd, sur un site de bd. On ne va pas parler peinture classique ou dessin académique.. abruti.

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              • Répondu le 10 avril à  21:19 :

                Il faut être capable d’accepter les critiques quand on est artiste sans en venir aux injures. Vous dites vous même dans votre interview que vous lisez énormément de BD. Eh bien ça ressort dans votre travail. Faut pas vous énerver pour si peu et faut grandir un peu. Comme dessinateur et comme garçon susceptible.

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                • Répondu par kyle william le 10 avril à  21:55 :

                  Houla ! Faut pas répondre aux critiques. C’est en le faisant qu’on devient aigri, précisément. D’ailleurs, pour commencer, il ne faut pas les lire. Il vaut mieux rester concentré sur son travail. Par contre, en effet, il ne faut pas lire que de la BD. La BD, ça reste généralement un genre de dessin ultra codifié, voire vulgaire. Les plus grands dessinateurs et dessinatrices parviennent à y échapper parce qu’ils se nourrissent justement d’autre chose.

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                • Répondu le 10 avril à  22:35 :

                  Ça va, il n’a pas besoin de grandir, il a 40 ans le garçon, et déjà une carrière derrière lui. Son dessin ne fait pas l’unanimité mais ça c’est normal. Et il a bien le droit de lire encore des bd à son âge. Lâchez le un peu.

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                  • Répondu par Milles Sabords le 11 avril à  05:44 :

                    C’est bien ce que je disais : en associant le travail d’Étienne à Campbell, je soulignais comment les influences façonnent les talents et que nous avions devant nous deux virtuoses du dessin semi-réaliste. Comme par hasard Kyle a associé Campbell à un faiseur de pin-up de carte postale, mais son jugement est encore plus vulgaire que ce qu’il dénonce. Si mister Kyle voulait donner son nom d’auteur on pourrait comparer toute l’étendue de son formidable graphisme... je crois qu’il fait du roman-graphique... ça ne m’étonne pas, il n’y a pas plus maniéré comme genre : 2 couleurs maxi et quelques traits. Étienne lit beaucoup de BD, mais c’est comme dans la musique, de nombreux artistes reconnus écoutent les albums de leurs confrères, ce n’est pas pour autant que leur talent musical est réduit ! Étienne mène de front 3 séries avec brio et rien que pour ça je lui tires mon chapeau !

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                    • Répondu le 11 avril à  08:19 :

                      Mille Sabords vous n’avez pas compris le sens du mot maniérisme. Faut lire quelques bouquins d’histoire de l’art. Pas que des bandes dessinées.

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                      • Répondu par Milles Sabords le 11 avril à  16:03 :

                        Ce que vous n’avez pas compris, c’est que le maniérisme des grands maîtres Italiens, annonciateurs de l’époque baroque, n’a rien à voir avec le maniérisme que l’on voit aujourd’hui dans la BD où ailleurs.

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                        • Répondu le 11 avril à  16:23 :

                          Je vois qu’on est allé faire un petit tour sur Wikipedia...

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                          • Répondu par Milles Sabords le 11 avril à  16:51 :

                            C’est l’hôpital qui se fout de la charité ! Le maniérisme, c’est sa dimension ludique et son paradoxe, c’est d’être très souvent un jeu, une sorte de pied-de-nez artistique à tous les codes qui l’ont précédé. Si on suit votre raisonnement, Sattouf fait du maniérisme, Blutch aussi… vous êtes hors sujet. Si vous voulez, je vous revend mon encyclopédie de l’art...

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                            • Répondu le 12 avril à  07:24 :

                              Sattouf et Blutch des maniéristes ? Certains ont vraiment besoin de se cultiver. Et de s’acheter des lunettes.

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                              • Répondu par Milles Sabords le 13 avril à  05:21 :

                                Pas besoin de connaître Sattouf et Blutch pour être cultivé, à part dans le microcosme de la BD, ne mélangez pas tout.

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                    • Répondu par Eric B. le 11 avril à  08:21 :

                      Bien répondu. Par contre l’auteur se nomme David Etien et pas Etienne... ;-)

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                • Répondu par Eric B. le 11 avril à  08:19 :

                  Il faut être capable de signer aussi ses messages. Et sans pseudo. L’auteur a le courage de vous répondre, en son nom propre. Ça en dit long ! Quant à vous, on constate surtout une critique facile, rapide et anonyme (bien caché derrière son écran, sans signer)....

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              • Répondu par jbh le 18 avril à  09:26 :

                Bonjour monsieur Etien,
                Ne vous laissez pas distraire : nous sommes nombreux, toutes générations confondues, à apprécier grandement votre travail et notamment "les quatre de Baker Street".

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            • Répondu par Onomatopée le 11 avril à  06:08 :

              Remarque totalement débile. En tant qu’auteur, je lis aussi beaucoup de bd et dans tous les genres, ça ne m’empêche pas de faire du bon boulot et encore moins d’avoir des tics de dessin. Le maniérisme le Kyle, c’est surtout de critiquer ce qu’il ne sait pas faire !

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              • Répondu par kyle williiam le 11 avril à  08:16 :

                Comme on ne saura jamais les vraies identités de Kyle Williiam, Milles Sabords et Onomatopée, ces derniers échanges sont vides de sens. Une chose est sûre : la bd grand public a fortement tendance à se nourrir d’elle-même. Et les dessinateurs sont chatouilleux sur ce point, bonne chance à Étien et que le grand manitou me protège de l’influence de Scott Campbell.

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                • Répondu le 11 avril à  16:30 :

                  Ce qui m’étonne sur ce forum, par certains intervenants, c’est l’impression que lire de la bande-dessinée fait de vous un idiot...

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              • Répondu le 11 avril à  08:21 :

                Ah parce que avoir des tics de dessin, vous trouvez que c’est une qualité ?

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                • Répondu le 11 avril à  16:36 :

                  Tout dépend des tics, du moment qu’elles ne vous sucent pas tout votre sang créatif !

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              • Répondu par Eric B. le 11 avril à  08:23 :

                Je suis d’accord. Lire ou pas de la BD quand on est auteur, se nourrir du travail des autres, ça a toujours existé. Je trouve ça normal, rien de choquant et je ne pense pas que ce soit ça qui détermine un bon dessinateur de BD ou pas. Le talent, l’aspiration au dessin, c’est quelque chose de plus profond, qu’on a dès la naissance ou pas !!!

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                • Répondu par Milles Sabords le 11 avril à  10:23 :

                  Pour éclairer la lanterne de Kyle, je suis un lecteur passionné et pas un auteur, qui rencontre pas mal d’auteurs en festivals. De toute façon, Etien (oups, j’ai rectifié !) a été adoubé par Loisel, ce qui déjà en soi, écrase pas mal de commentaires inutiles par des faiseurs de leçons. Il y a pas mal d’auteurs, ou autrices, qui aimeraient une telle reconnaissance professionnelle. Si Kyle avait eu le talent de Campbell, il serait peut-être moins affirmatif.

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                  • Répondu par kyle william le 11 avril à  11:41 :

                    Je n’apprécie pas le travail de Scott Campbell. Ni celui de David Etien. Ni l’œuvre de Régis Loisel. Pardonnez moi d’avoir d’autre idoles et d’autres influences.

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                    • Répondu par Milles Sabords le 11 avril à  16:16 :

                      Chacun ses idoles Kyle, je ne vous reproche pas vos idoles. Mais lorsque un maître de la BD, qui a marqué des générations de lecteurs et d’auteurs, et qui en plus, a bousculé les codes narratifs et esthétiques, valorise un autre auteur, ça n’est pas par hasard. Certains auteurs ne sont pas ma tasse de thé, comme vous. Mais je sais faire la distinction entre ceux que je n’aime pas, et leurs parcours professionnel. Ce qui est surtout important dans la BD, c’est l’expérience, la vista d’une personne, et à ce niveau, Loisel et très haut. Prenez son "Mickey", un chef-d’oeuvre de respect avec l’original, d’inventivité et de réussite graphique. Rien que sur ce plan là, le bonhomme est à des sommets de talent. On a l’impression que depuis l’arrivée du roman-graphique, tout ce qui s’est passé avant, n’est bon que pour la poubelle. Mais sans ceux d’avant, il n’y aurait rien aujourd’hui, même pas du roman-graphique.

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                      • Répondu le 11 avril à  19:03 :

                        Toute cette conversation n’a aucun rapport avec le roman graphique. Mais chez Mille Sabords c’est une obsession.

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                        • Répondu par Milles Sabords le 11 avril à  19:29 :

                          Vous n’avez retenu qu’une chose, roman graphique... chez moi c’est un exemple. C’est vous qui en faite une obsession.

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                        • Répondu par correction le 11 avril à  20:24 :

                          Arrêtez de faire une faute dans le pseudo de votre interlocuteur, ce n’est pas Mille Sabords , mais MilleS Sabords.

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                          • Répondu le 12 avril à  06:34 :

                            Mille Sabords voit dans le roman graphique le commencement de la fin de la BD classique et appliquée qu’il aime. Mais le roman graphique existe depuis très longtemps. Cf Hugo Pratt et Will Eisner. Pour ma part, je décroche de ce forum. Trop de messages censurés.

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                            • Répondu par Milles Sabords le 12 avril à  08:44 :

                              J’adore Davodeau et ses couvertures envoutantes, ou encore l’incroyable "Mécanique du fouet" (Futuro), Libertalia (Casterman), si ça c’est classique et appliqué, va falloir changer vos aprioris sur mon pseudo...

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  • bonjour David
    Je suis ta cousine, en fait la cousine de ton père Richard. Je t’ai vu tout bébé chez mon père Roger avec tes parents
    Je suis ravie de voir que tu réussi dans ta carrière de dessinateur de bd,ce qui n’est sans doute pas facile. Ta mère m’a donné de tes nouvelles et du coup j’ai acheté le dernier champignac et commencé les 4 de Baker street..j’adore la bd et je suis épatée par la qualité de tes dessins
    Bravo bravo !!
    A un de ces jours peut-être
    Bises familiales
    Chantal Manguin

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