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David Etien ("Avant la Quête / Idéfix") : « Je ne pouvais plus continuer de bosser avec eux »

Et de trois pour le dessinateur David Etien ! Admirateur de la série "La Quête de l'oiseau du Temps", il est très fier d'avoir collaboré à partir de 2016 avec Régis Loisel et Serge Le Tendre pour continuer à donner vie à leurs personnages, devenus mythiques avec le temps. Il n'était pas évident de passer après le travail remarqué de Dominique Lidwine, Mohamed Aouamri et Vincent Mallié mais il a su donner de sa personne et prouver la qualité de son dessin, de son implication. Un véritable challenge remporté pour David Etien... mais qui pourtant s'arrête aujourd'hui. Il rêvait de dessiner "Avant la Quête" jusqu'au huitième et dernier tome. Il vient de jeter l'éponge et s'en explique !

Le magazine "Casemate" vient de sortir un numéro pour la parution de « Folle Graine » qui vous a interpellé ?

C’est la couverture que j’ai surtout pointée du doigt ! Le titre sur le héros Bragon est accompagné d’un petit texte d’accroche où apparaissent uniquement les noms de Régis Loisel et de Serge Le Tendre. C’est quand même un dessin de moi qu’utilise la revue pour faire sa couverture, c’est extrait d’une de mes planches !
Qu’est-ce que je suis moi là-dedans ? Juste le dessinateur qui a mis en scène leur histoire ? Seulement celui qui s’est embêté à faire vivre les personnages, celui qui a simplement réalisé les décors ? Je comprends que Loisel et Le Tendre sont les deux créateurs de la série mais ils auraient quand même pu mettre mon nom aussi. « Folle graine », c’est aussi mon album, je viens de le dessiner pendant des mois.

C’est ma compagne qui me l’a fait remarquer ! Au début, quand j’ai reçu le magazine, je n’avais vu que mon dessin en couverture. Je n’avais pas fait attention au texte. Sincèrement, c’est bizarre car ça renvoie un peu le dessinateur à un simple rôle d’exécutant. On dirait que les dessinateurs ne sont pas considérés comme de véritables auteurs.

David Etien ("Avant la Quête / Idéfix") : « Je ne pouvais plus continuer de bosser avec eux »

On apprend du coup que vous ne dessinerez pas le prochain et ultime tome !

Je ne ferai pas le prochain tome en effet.

« Folle graine » a été un album assez costaud à dessiner. Il m’a pris dix mois, dix heures par jour dont deux mois de retouches avec Régis à la fin ! Il faut savoir que Régis intervient à chaque étape. Et forcément encore à la fin, quand l’album est fini d’être dessiné ! C’est ce qui rend aussi d’ailleurs ce travail intéressant ! Toutes ces retouches finales font partie du cahier des charges, on est prévenu dès le départ. Et je le fais bien volontiers en plus, toujours dans le but de progresser et d’apprendre encore de nouvelles choses. Avec Régis, on en apprend toujours car il a une vraie science de la narration et du cadrage.

Il faut que je te raconte un peu car du coup, sur cet album, nous avions opté pour une nouvelle méthode de travail. Afin de limiter les pertes de temps cette fois-ci ! Donc, avant de me lancer, je suis allé voir Régis Loisel pour faire le story-board avec lui. J’ai ainsi passé deux gros week-ends chez lui (séparés de six mois d’intervalle) pour travailler ensemble à partir du script de Serge Le Tendre. Nous lisions chaque page et ensuite, nous faisions notre propre story-board, dans notre coin. Puis on comparait, pour essayer d’avoir la meilleure version à l’arrivée. Fonctionner comme ça était très intéressant, ça nous permettait d’avoir dès le départ une mise en scène bien précise. La narration étant alors bien au point, il n’y avait plus qu’à se mettre sérieusement au travail.

L’album s’est bien déroulé. Pour chaque étape j’envoyais mes crayonnés à Régis qui me retournait ses corrections et je passais ainsi à l’étape suivante, l’encrage. En septembre dernier, j’avais fini de dessiner tout l’album et on pouvait alors attaquer cette grosse phase de retouches ensemble, avec Régis. Il faut savoir qu’on revoit alors toutes les pages de l’album que je viens de finir de dessiner et que là, c’est un peu du charcutage. (Rires). On fait des rustines et les planches initiales sont bien malmenées. C’est toujours un crève-cœur d’y aller au cutter et à la gouache blanche pour mettre en application les retouches souhaitées par Régis. Mais je dois avouer que c’est bénéfique 99 % du temps. Psychologiquement, ces retouches sont dures et en plus, ça paraît sans fin ! Quand tu commences à retoucher un bout quelque part, il faut revenir sur tout ce qu’il y a autour ensuite car les éléments ne s’agencent plus aussi bien.

Maintenant, je sais par expérience qu’arrive toujours un moment où Régis s’arrête.. Sur le premier « L’Emprise », je n’en voyais plus la fin. Tout se passait très bien et à partir de ce moment là, l’album était enfin fini pour ce qui est du dessin !

Or, dès le lancement de « Folle graine », déjà en amont, on avait prévu avec Régis et Serge que j’en ferai également les COULEURS !

© Dargaud

Car sur une série comme « La Quête… », le coloriste est toujours la dernière roue du carrosse. Il est toujours prévenu au dernier moment et doit s’adapter au planning du dessinateur. On ne le contacte que quand toutes les dernières retouches sont terminées. Et il se retrouve ainsi à faire le tampon avec l’éditeur, qui lui n’attend qu’une seule chose, c’est que l’album soit terminé pour pouvoir l’envoyer chez l’imprimeur.

Le coloriste n’a alors qu’un mois ou deux pour travailler et a obligation de s’adapter. Il est en permanence dans le "rush" car en plus, les dates d’impressions sont souvent déjà réservées. Pour mon premier album « L’Emprise », François Lapierre n’était pas libre et c’est Bruno Tatti qui nous a dépannés. Pour le suivant, on avait prévenu François Lapierre en avance et là, il avait pu se libérer. Mais depuis il ne fait quasiment plus de couleurs et l’on savait qu’on allait devoir se passer de lui sur cet album.

Et donc ?

Et donc, cette fois-ci, on s’était bien mis d’accord avec Serge et Régis que je ferais les couleurs !

Je fais déjà mes propres couleurs sur « Champignac » et « Les Quatre de Baker Street » donc je pensais avoir assez de bouteille pour arriver à m’adapter à la série. J’ai commencé par mettre en couleur la couverture et tout le monde était plutôt content du résultat.

Je reçois donc mes planches scannées par l’éditeur et je me lance dans les couleurs. Je fais même appel à une "aplatiste" pour m’avancer. C’est une fille qui bosse pour moi afin de préparer mon travail de colorisation. Elle me fait les aplats. C’est du détourage de chaque zone ce qui facilite la mise en couleur. On gagne ainsi beaucoup de temps quand on fait de la colorisation numérique. Le contrat de mise en couleur avec Dargaud n’était pas encore été signé, on attendait les trois premières planches qui devaient servir de test. Après les avoir entièrement colorisées, j’envoie le résultat des couleurs à Dargaud, Serge et Régis.. Ce dernier me répond et me demande de faire quelques petites retouches.

Tout ceci reste normal et je refais les ajustements demandés. Mais je sentais un peu Régis agacé de devoir me faire faire aussi des retouches sur la couleur. Je lui retourne les corrections demandées et pas de réponse ! Généralement, quand Régis ne répond pas, c’est que c’est bon et qu’on peut continuer à avancer. Je continue donc à travailler sur les planches suivantes et mon "aplatiste" aussi. Au bout d’une semaine de travail et une dizaine de planches envoyées au fur et à mesure, je reçois un appel de mon ami Bruno Tatti. Et là, il m’annonce que Serge vient de l’appeler pour lui demander de faire les couleurs de mon album !

Bruno était un peu gêné, on se connaît depuis longtemps. Je l’ai remercié de m’avoir prévenu. J’ai de suite tenté de joindre Serge au téléphone. C’est finalement Régis que j’ai réussi à avoir en premier au bout du fil. Et là, toute ma colère est sortie !

Sur ces trois albums de « La Quête… », je me suis investi comme jamais. Ça demande un boulot de fou, les lecteurs ne réalisent pas. C’est même moi qui fait le tampon avec Dargaud. C’est sur moi que l’éditeur met la pression pour que le travail avance. J’ai courbé l’échine pour faire toutes les retouches qu’on m’a demandées. J’ai toujours donné le meilleur de moi-même même s’il y aurait forcément des choses à améliorer.

Et là, quand j’ai appris qu’ils avaient appelé un autre coloriste, je suis tombé de ma chaise : « Mais pourquoi vous avez fait ça ? En plus, vous appelez Bruno alors que vous savez que c’est un ami. Vous lui demandez de faire les couleurs de l’album alors que vous savez que je suis en train de bosser dessus ! Vous prenez des décisions dans votre coin, sans me prévenir, ni sans prévenir l’éditeur ? ».

Apparemment, je n’étais pas assez dans le ton niveau couleur. Et surtout que Régis n’avait plus envie de faire de retouches, ni le temps. Mais ils ne m’ont fait aucun retour en ce sens, ils se sont directement adressés à Bruno Tatti.

Ils voyaient bien que je continuais de bosser sur la couleur. C’est interdit de faire ça, dans aucun boulot !!! Tu imagines, toi, si à ton travail, on te demande d’effectuer une tâche et au bout d’une semaine, alors que tu bosses comme un dingue dix heures par jour, tu reçois un appel d’un tiers qui t’annonce qu’on lui a demandé de faire ce même boulot. C’est interdit, ça ne se fait pas !

Avec le recul, vous êtes certain de ce qui leur est passé par la tête ?

Oui. Après avoir eu les versions de chacun, j’ai bien eu la confirmation que Régis n’avait pas le temps, ni l’envie de faire les retouches de couleur avec moi. Également pour eux, je n’étais pas assez dans le ton de la série. Ils ont donc trouvé plus simple de rappeler directement Bruno, qui venait de faire les couleurs de « Ténébreuse » et dont Serge venait d’apprécier le travail. Mais, à aucun moment ils ne se sont dit qu’il faudrait peut-être prévenir David Etien (le mec qui bosse déjà dessus depuis plusieurs jours) !

Ce que je te raconte là est arrivé début décembre et il m’a fallu un bon mois pour arriver à m’en remettre. Le soir même, dans la foulée, je leur ai aussi envoyé un mail pour leur expliquer que je n’aurais plus l’envie de travailler avec eux, que la confiance était cassée. Je leur ai clairement dit : « Je ne ferai pas les couleurs de celui-ci car ça ne vous plaît pas mais je ne dessinerai pas non plus le prochain tome ». Le lendemain j’ai aussi appelé Dargaud. L’éditeur non plus n’a pas compris.

© Dargaud

Et les trois se sont alors retrouvés doublement embêtés ! Car Bruno Tati, qu’ils venaient de contacter, n’était en réalité pas disponible pour faire les couleurs de « Folle graine ». Il était surbooké. Il leur a donc fallu trouver un nouveau coloriste dans l’urgence. Dargaud avait déjà fixé une date de sortie du livre qui, du coup, allait forcément devoir être repoussée. Il leur fallait donc vite trouver un coloriste mais également un nouveau dessinateur pour l’ultime tome. De mon côté, j’ai laissé filer, je les ai laissés se débrouiller. Et j’ai suivi de loin la mise en couleur de mes planches.

Est-ce que cela risque de mettre un coup d’arrêt à la série ?

Et bien non !!!

Ils ont proposé à Vincent Mallié de faire le dernier tome et il s’est même déjà mis au travail. C’est un album qui va faire une centaine de pages et j’attendais vraiment avec impatience de le dessiner. Je voulais faire les quatre tomes et aller au bout. Le dernier, c’est presque l’album le plus important. C’est le grand final de l’histoire, l’apothéose !

C’est dommage, je laisse ça à un autre dessinateur mais j’étais dans une situation où je ne pouvais plus faire autrement. Si j’avais fait le dernier tome, je crois que ça aurait été dans des conditions trop pénibles. Ils ont bien compris que je ne pouvais plus continuer de bosser avec eux donc, c’est logique, ils n’ont pas insisté. Régis l’a reconnu : « C’est normal, à ta place j’aurais fait la même chose ».

Et sur les réseaux sociaux, quand j’ai annoncé que je ne ferais pas le prochain, j’ai pu lire que certains auraient trouvé que ça se ressentait dans mon dessin, que du coup j’avais bâclé les dernières planches. Ça me fait rire ce genre de commentaire : tout ceci est intervenu après que les planches soient toutes entièrement dessinées.

Photo : J.-S. Chabannes

Au final, Serge et Régis s’en sortent super bien !
C’est Nicolas Bègue qui leur a fait les couleurs, dans des temps super-rapide et ça n’a déplacé la sortie de l’album que de deux ou trois mois, pas plus. Dargaud a essayé de nous convaincre que juin était un mois pas si mal que ça pour sortir une nouveauté car justement, il y a peu de grosses parutions en cette période. Je n’en suis pas tout à fait convaincu. Pour moi, c’est une période pré-estivale où les gens ne vont plus traîner dans des librairies. Les grosses sorties se font généralement plutôt vers l’automne.

La relation est vraiment cassée entre vous trois, vous ne ferez plus aucun projet ensemble ?

J’avais un petit côté revanchard en espérant qu’ils en bavent un peu pour trouver et former deux nouveaux auteurs : à la fois un nouveau dessinateur et aussi un nouveau coloriste. Mais même pas : Régis et Serge s’en sortent vraiment très bien ! Et ironie du sort, c’est même carrément mieux pour eux car moi j’avais deux autres albums à assurer avant de pouvoir me remettre à « La Quête… ». Alors que là, Vincent s’y est mis immédiatement. L’album sortira bien plus tôt que prévu. Tu vois, ils sont doublement gagnants ! Rires

Ton ego prend très cher, tu y gagnes juste en humilité.

Vous avez quand même lu le scénario du prochain album ?

Oui je l’ai lu. Aujourd’hui, je considère que notre collaboration s’est terminée d’une manière vraiment pourrie. Bosser avec Serge et Régis a été une belle aventure mais ce n’est pas une belle fin. Dessiner les personnages de cette série était un rêve de gamin pour moi.

Dans son interview de « Casemate », Loisel semble dire de moi que j’ai un bon sens du rythme mais que j’ai des cadrages qui ne sont pas assez épiques pour lui.

C’est vrai qu’en BD, le découpage c’est un peu l’ADN du dessinateur. Tu peux donner un découpage écrit à dix dessinateurs, tu auras dix planches différentes.

Loisel a sa propre façon de mettre en scène et c’est vrai qu’il est très bon. Il est un des meilleurs, il a mis en place plein de codes en BD. Et même au-delà de ça, une histoire mise en scène par Loisel et dessinée par Loisel, il y a toujours un truc qui fait que c’est très immersif. Il est très fort pour ça. Il m’a toujours dit que c’était sur ce point qu’il faisait la différence avec d’autres auteurs. Quand je lui demandais comment il analysait son succès, sa réponse était toujours la même : le découpage. Et c’est vrai que par rapport à d’autres dessinateurs plus forts que lui techniquement, il y a une force dans son découpage qui fait qu’il arrive très bien à plonger le lecteur dans ses histoires. Sa manière à lui de raconter guide parfaitement le lecteur.

© Dargaud

Donc, on se doit d’essayer de faire à sa manière et je me suis toujours plié à sa façon de cadrer. Cependant, il est vrai que mon dessin à moi est plus sec et finalement assez éloigné du style Loisel à la base. Par exemple, son encrage à lui est plus gras. Loisel est quelqu’un de très exigeant mais il faut aussi bien comprendre que « La Quête de l’Oiseau de Temps », c’est son bébé. De plus, quand il fait une critique, il sait choisir les mots, il n’est jamais blessant. Ce qui n’est d’ailleurs pas si évident, si on se met un peu à sa place et que l’on doit travailler avec un collaborateur.

Avez-vous eu assez de place pour t’exprimer librement dans ce rôle de collaborateur ?

Oui. Ce nouvel album « Folle graine » est celui où je me suis senti le plus à l’aise dans l’univers. Pour moi, il est le plus abouti au niveau du dessin. Et oui, j’ai apporté un peu de ma patte aussi…

Je profite de ta question pour ajouter que sur cette série, je pense qu’il y a un petit quiproquo qui est assez marrant. La plupart des lecteurs attendent beaucoup-beaucoup de détails et on m’en a fait parfois le reproche : comme quoi je ne détaillerais pas assez mes décors. Or moi, quand je suis arrivé sur « La Quête… », je voulais faire "façon Lidwine". Sauf que la première chose que te dit Loisel quand tu débarques et que tu commences à dessiner, c’est : « Ne fais pas du Lidwine !!! L’album de Lidwine est magnifique mais la Quête, ce n’est pas ce qu’a fait Lidwine. Lidwine fait des enluminures, il adore ça, c’est magnifique mais ce n’est pas ce qu’il faut faire. » (Rires) Car Loisel, lui, est plutôt dans l’efficacité des planches.

Ceci fait que, très vite, dès tes premiers dessins, dès tes premiers encrages, Loisel te fait retirer plein de choses, plein de détails : « Mets-moi une grosse masse de noir plutôt que tous tes petits trucs-là ! Vire tout ce qui est superflu… ». Loisel veut que la lecture se fasse de la manière la plus fluide possible et que l’œil aille directement à ce qui est le plus intéressant dans une image.

Et donc moi aussi, dans mes planches, j’ai dû virer des décors. J’ai été obligé parfois de ne pas en mettre du tout pour alléger la planche. C’est vrai que c’est moins lourd pour l’œil, que le lecteur va ainsi plus à l’essentiel.

Est-ce que les personnages vont vous manquer, avez-vous le sentiment qu’ils vous appartiennent un peu maintenant ?

Non, dans ma tête, je les ai empruntés. Par contre, il y a certains personnages qui sont intervenus entretemps sur des albums que j’ai dessinés. Comme le personnage de Kryll pour qui j’ai plus d’affection ! Et même si ce n’était pas prévu, je suis obligé de les lâcher maintenant.

Mais c’est vrai que j’étais de plus en plus familier avec tous ces personnages, ils grandissaient en même temps que je les dessinais : Bulrog prenait plus de place et de volume, Mara était plus présente dans ce dernier tome… mais c’est comme ça, maintenant ! J’ai eu de belles histoires à raconter avec ces trois tomes.

Photo : J.-S. Chabannes

Je voulais faire les quatre tomes restants mais en tous cas, je n’ai jamais cherché à faire que ça devienne ma série. Ce ne sera jamais ma série et ce n’était pas du tout l’objectif ! C’était juste le plaisir de mettre en scène des personnages dont j’étais fan. Je voulais aussi avoir un rôle intéressant à jouer et qu’on me donne les clés pour pouvoir mettre en image les bons moments de cette série.

Comme je t’avais dit la première fois, moi, je ne cherche pas à être scénariste. En tant que dessinateur, j’adore en réalité qu’on me propose de belles histoires à dessiner, qu’on m’offre de mettre en scène un univers. C’est ça que je trouve génial. Et que Régis et Serge me fassent confiance sur « La Quête… », c’était forcément génial de participer à cette aventure !

Le personnage de Kryll est dans un style plus atypique graphiquement.

Régis m’avait fait des croquis pour Kryll, il m’avait orienté. De toute façon, pour tous les personnages principaux, Régis te dirige. Ce n’est que sur les personnages secondaires que tu es libre d’inventer. Mais oui, Kryll est bien "Loiselienne" ! (Rires.) Par contre, dans « Folle graine », le personnage de Maître Rochemart vient plus de moi. Régis me l’a à peine modifié en lui faisant un plus gros pif et en lui rajoutant quelques petites bosses sur le crâne. Je me souviens que quand j’avais commencé « L’Emprise », je m’étais essoufflé à essayer de proposer graphiquement des personnages à Loisel, quand c’était de nouveaux personnages, des rôles importants. Mais ça n’allait jamais ! Au bout d’un moment, tu comprends que ça ne doit sortir que de son cerveau et tu arrêtes de proposer des croquis. Donc Kryll n’est pas du tout une invention de ma part…

Dessin de l’auteur réalisé pendant l’interview

Depuis l’album de Lidwine, cela faisait plusieurs tomes que nous nous interrogions sur l’absence du fameux fouet ardent.

C’est marrant que tu te souviennes de ça, c’est même très bien ! J’avais dessiné quasiment tout l’album et soudain Régis me dit « La scène où Mara et Bragon sont dans le lit, on la met de côté, on ne la dessine pas tout de suite. On la fera après parce que là, j’ai ma femme qui a relu les albums précédents et qui m’a parlé du fouet ardent ». (Rires.) Avec Serge, ils se sont alors consultés et ils l’avaient complètement zappé en fait. Ils l’ont rajouté presque au dernier moment dans ce nouveau tome. Du coup, cette scène où revient le fouet ardent, ce sont en réalité les toutes dernières planches que j’ai dessinées de l’album. Ils ont refait toute la mise en scène pour y intégrer le fouet. En plus, c’est un élément hyper-important de la série et qui est aussi lié à la mort de Javin dans le premier tome. Merci donc à Marie-Hélène, la femme de Loisel qui lui a suggéré cette idée !

Il m’a ainsi fallu reprendre l’album de Lidwine pour voir comment lui, il l’avait dessiné. Pareil pour le père de Bodias qui avait dessiné par Aouamri dans « Le Grimoire des Dieux ». Comme dans « Folle graine » il meurt, je me suis attelé à essayer de le dessiner le plus fidèlement possible. Et comme à chaque fois qu’il faut s’approprier une ambiance, un univers, je suis obligé d’avoir les albums de mes prédécesseurs sous les yeux. C’est forcément comme ça.

En ce moment, je travaille sur un album d’Idéfix, c’est encore pire : il faut vraiment faire du Uderzo. Mais c’est vrai que « La Quête de l’Oiseaux du temps », c’est très compliqué quand tu arrives et que tu n’as pas un dessin "loiselien". Il existe des dessinateurs qui sont assez influencés par Loisel dans leurs dessins et qui ont déjà un peu les codes. Mais moi, j’en étais très loin. Donc j’ai mis du temps à avoir le bon style "façon Loisel" et à avoir les bons outils pour m’en approcher au maximum. Même l’encrage, il faut qu’il soit comme celui de Régis. Et ensuite, pour chaque personnage, il faut arriver à comprendre comment il est dessiné. Il y a tout un bestiaire également, une faune, une flore à dessiner. Ça prend un temps monstrueux et beaucoup de lecteurs ne s’en rendent pas compte. Et c’est vrai qu’avec le temps, tu finis par regarder les albums précédents de moins en moins souvent. Alors que quand tu commences, tu les as sous les yeux "non-stop". Je me souviens qu’au début, je m’étais imprimé une page avec le visage de Bragon sous toutes ses formes pour en faire une synthèse. En plus, Bragon a changé énormément, ça a compliqué. Vincent Mallié l’a dessiné d’une autre manière avant moi, car Bragon grandissait depuis Lidwine et Aouamri. Il ne faut pas oublier que je suis arrivé après quatre dessinateurs : Loisel, Lidwine, Aouamri et Mallié. J’ai donc essayé de prendre le meilleur de chaque mais c’est vrai que ça a été infernal.

Est-ce qu’ils vous font participer au scénario ? Est-ce que votre avis compte ?

Je ne suis pas qu’un exécutant, heureusement ! Sinon le travail ne serait pas intéressant… D’une manière génale, ils me demandent toujours mon avis. Mais c’est vrai que ça reste leur univers et qu’il est assez difficile d’arriver à imposer une idée en réalité. En revanche, sur la mise en scène, beaucoup de choses viennent de moi. Régis retouche des choses mais c’est un travail qui vient de moi. Et justement, je savais qu’avant moi, Vincent Mallié avait réussi à imposer sa propre mise en scène. Sachant cela, ça a justement été un élément motivant pour moi quand j’ai voulu proposer ma candidature. Lidwine et Aouamri, eux, avait délégué toute la mise en scène à Régis qui leur avait fait tout le storyboard.

© Albert-René

Donc pour répondre à ta question, je mets ma patte sur beaucoup de choses créatives, que ce soit les cadrages ou d’autres aspect du dessin. Il y a des planches entières où Régis n’a quasiment rien retouché. Mais cela dépend des séquences en réalité ! Et celles où Régis intervient le plus, c’est sur les scènes d’action. Là où il y a beaucoup de mouvements de caméra, où c’est presque de la chorégraphie. De mon côté, les séquences où je suis bien au point, ce sont les scènes de décors et de dialogues.

À noter que leurs dialogues, je ne les touche absolument jamais. Je pourrais dire qu’une bulle me semble superflue mais je ne me le permets jamais parce qu’ils sont déjà deux à avoir travaillé le scénario.

Dans « Avant la Quête », on est sur un temps plus long. C’est une narration très différente, plus lente. Il faut que les lecteurs comprennent et acceptent que ce soit autre chose, même si ça reste en lien avec le cycle mère, bien évidemment…

C’est bientôt la fin de ce préquel, avez-vous des infos sur ce que sera ce prochain et dernier tome ?

Je ne veux pas saborder la série.

Déjà… il fera cent pages donc ce sera sur un gros tome pour les lecteurs. On sait forcément que la secte va disparaître puisqu’on ne la retrouve pas dans le cycle-mère, elle n’est même pas évoquée. Il y d’autres éléments qu’on peut aussi deviner mais ce qui compte surtout, c’est la manière dont cela va se passer. La secte va donc disparaître mais de quelle façon ? C’est ce qui va être raconté dans le dernier tome. Car depuis le début de l’histoire, il y a tout un cheminement qui fait que Mara et son père cherchent par tous les moyens de s’en débarrasser.

© Albert-René

On sait aussi que l’histoire d’amour entre Mara et Bragon va finir de manière compliquée. Quand on les découvre plus vieux dans « La Conque de Ramor », ce sont d’anciens amants qui se retrouvent avec justement un historique difficile.
On sait aussi qu’il y a des personnages comme Kryll qu’on ne retrouvera plus : qu’est-ce qu’ils vont devenir ? Il y a donc déjà pas mal de questions qu’on peut se poser. Il y a aussi une première approche des guerriers Llirs et Bulrog est censé en devenir un ! Ils tentent d’ailleurs de le mettre en confiance dans « Kryll ». J’ai certaines réponses mais je sais aussi que tout ne sera pas forcément raconté. Il y aura des vides que le lecteur devra combler dans son imagination entre ces deux cycles que sont dans l’ordre historiquement « Avant la Quête » et ensuite « La Quête de l’oiseau du temps ». Mais la fin de ce huitième tome à venir va quand même raconter beaucoup de choses : pourquoi Bragon va devenir un vieux chevalier blasé de la vie et reclus dans sa ferme, pourquoi Bulrog va prendre son indépendance (quand ils se retrouvent, ils sont fâchés) etc.

Il y a aussi les tentatives d’approches de Bodias envers Mara et déjà un quiproquo à la fin de « Folle graine ». Mara est patraque à la fin de ce tome et Bragon s’imagine déjà qu’ils ont pu coucher ensemble. A ceci s’ajoute la grossesse de Mara qui vient d’être annoncée : qu’est-ce qui va se passer ? Je ne peux pas t’en dire plus mais tout ça va être expliqué dans ce dernier tome qui sortira plus tôt que prévu.

Est-ce que votre travail sur cette série vous a apporté plus de reconnaissance auprès des lecteurs et des éditeurs ?

Auprès des lecteurs, pas spécialement ! Peut-être que ça peut s’expliquer à cause du Covid qui est arrivé au moment du second tome « Kryll » et qui fait que je n’ai plus fait aucun festival. Pour « L’Emprise », j’avais fait pas mal de dédicaces. Il faut savoir que faire des séances de dédicaces, que ce soit en librairie ou en festival, ça a un côté très agréable car ça te permet de rencontrer les lecteurs, d’avoir des retours. Tu espères qu’ils ont apprécié ton travail. Mais sur « La Quête… », j’avais quand même aussi une petite appréhension et en effet, il y a eu en même temps une grosse déception. Comme je te disais tout à l’heure, tu réalises que tu es juste le dessinateur qui fait le tome de plus. Vaguement, on te dit que ton album est bien et surtout, on te demande quand arrivera le suivant.

© Dargaud

Je ne suis peut-être pas tombé sur les bons lecteurs en festival mais sur ce genre de série, les retours sont au final assez limités, voire décevants. J’ai l’impression que c’est un lectorat purement masculin, entre quarante et soixante-dix ans et surtout chasseur de dédicaces. Donc en réalité, le retour ou la reconnaissance sur ton travail est vraiment faible. Donc j’ai été déçu du peu de retour mais en même temps, c’est bien pour ton ego. Tu ne t’enflammes pas, tu ne prends jamais la grosse tête ! (Rires.)

Ta seule reconnaissance, tu l’as finalement de la part de Régis. Tu es "adoubé" d’une certaine manière par Loisel et ça, c’est une très grande reconnaissance pour moi car c’est un maître ! Et cette relation de maître à élève a été saine en plus.

Alors, est-ce que votre travail sur cette série vous a apporté plus de reconnaissance auprès des autres dessinateurs ou scénaristes ?

Non. D’autant que j’ai fait très peu de festivals de BD donc je n’ai pas rencontré d’autres auteurs, d’autres scénaristes. Je trouve que le secteur de la BD est très compliqué en ce moment. Comme tu le sais, il y a une surproduction. Ce qui fait que même si, paradoxalement, le marché se porte très bien, les auteurs en vivent très mal. Il y a trop d’albums et par conséquent, les séries ne se vendent pas si bien que ça. Par contre, il n’y a jamais eu autant de dessinateurs talentueux. La plupart des jeunes dessinateurs qui arrivent sur le marché de la BD ont un bagage technique très-très bon. Mais, tous ne sont pas faits pour faire de la BD et la différence se situe bel et bien là. L’éventail du dessin est très large et beaucoup de ces jeunes dessinateurs sont en réalité surtout faits pour de l’illustration. Ils n’ont pas forcément les codes narratifs de la bande dessinée. J’ai souvent lu des albums de BD qui très vite me tombent des mains. Parce qu’au-delà des dessins qui sont très beaux, tu ne comprends rien à la planche. Tu as envie de leur dire : « Mais c’est quoi cette mise en scène ? ». On dirait que le dessinateur a d’abord pensé à se faire plaisir, à faire de beaux dessins avant de réfléchir à l’agencement de la planche. Au final, la lecture de la page n’est pas du tout fluide et ça ne marche pas.

Pour en revenir à ta question, je pense que les scénaristes n’ont qu’à se pencher pour trouver de bons dessinateurs. Même si ça ne veut pas dire qu’ils sauront faire de bonnes planches de BD.

Et donc aujourd’hui, vous travaillez sur un album d’Idéfix, comme le premier dessiné par Jean Bastide et Philippe Fenech ?

Oui et le second tome vient de sortir d’ailleurs. Toute la série sera sur ce même format : petit et souple. Ce sont les éditions Albert-René qui ont opté pour ça car ils visent un lectorat plus "jeunesse". Le gros problème de tous les éditeurs à ce jour, c’est qu’ils veulent arriver à toucher une génération de lecteurs beaucoup plus jeunes. Aujourd’hui, les jeunes se dirigent automatiquement vers le rayon "Mangas". Leur pouvoir d’achat est plus léger et ils ne peuvent pas se payer des albums de BD à quinze euros. Donc la politique des éditions Albert-René a été de faire un format plus petit et moins cher.

Jean Bastide avait commencé à travailler sur le second tome mais a ensuite annoncé qu’il ne continuerait pas. Quand l’éditeur a su ça, ils ont été pris au dépourvu et se sont mis à démarcher d’autres dessinateurs. C’est à ce moment là qu’ils m’ont proposé. Je sais qu’ils ont fait passer des tests à beaucoup de dessinateurs mais n’ont jamais voulu me dire les noms. Moi, j’ai fait deux jours de tests mais c’était à une époque où je n’avais pas encore décider d’arrêter de travailler sur « La Quête… ». Je devais dessiner les personnages principaux, les chiens, quelques légionnaires et une demi-planche "test". Cela leur a plu et ils m’ont alors demandé si j’étais d’accord pour faire un épisode de quinze planches. Je me retrouvais alors avec quatre séries BD à mener en parallèle. Je leur ai d’abord dit non. Et puis quand ça a capoté peu de temps après avec Serge et Régis, je me suis dit que finalement ça me ferait du bien de dessiner « Idéfix ». J’avais besoin de respirer après le petit choc et j’ai donc fait un épisode (quinze pages, c’est plutôt rapide).

© Albert-René

En fait, l’éditeur te demande de reprendre un épisode du dessin animé télévisé. Tu dois le réadapter au média Bande Dessinée. Mais quand tu as un peu de bouteille dans le dessin et les bons codes de narration BD, c’est une petite gymnastique d’adaptation pas très compliquée. Le vrai challenge, c’est de se confronter au style d’Uderzo. C’est une autre approche dans le dessin, avec un trait plus rond et avec une narration encore plus efficace que ce que j’ai pu faire jusqu’à présent. Astérix, c’est la BD franco-belge par excellence, c’est du théâtre ! C’est une narration très simple, avec des personnages quasiment représentés tout le temps en pied. Le texte prend une place énorme avec des grosses bulles pour les onomatopées. Ça semble hyper-simple à faire mais il faut que tout soit hyper-lisible, aller directement à l’essentiel pour bien qu’on comprenne ce qui se passe. Les personnages doivent être hyper-expressifs et vivants.

Me confronter ainsi au style d’Uderzo est très intéressant et d’autant plus que contrairement à Bastide et Fenech, je n’ai pas travaillé mon dessin en numérique. La tablette permet de refaire à foison, ça fait comme un parachute… Mais moi, je reste avec mes vraies planches et le vrai charme qui va avec, cette adrénaline lorsque tu te retrouves seul face à ta feuille blanche.

Dessiner pour « Idéfix », c’était comme une récréation pendant un mois et demi. Ça reste une lecture pour des enfants, avec des gags parfois lourdingues mais ça a vraiment été super à faire. L’album de quarante-cinq pages sort en octobre, avec deux épisodes sur trois réalisés par ma personne.

De quelle documentation avez-vous besoin quand vous dessinez « La Quête… » ?

Pour dessiner La Marche des Mille-Verts, par exemple, il faut savoir maîtriser la végétation. L’univers de « La Quête… » est très "terreux" (je ne sais pas si on peut le dire comme ça). Très organique plutôt peut-être ! Il faut savoir dessiner la végétation, la matière. Et ça va se jouer au niveau de l’encrage. Il faut trouver de la matière dans ton dessin et une des scènes qui illustre bien ça dans Folle graine, c’est quand les héros arrivent sur l’archipel de la Féconde. Il faut arriver à dessiner la pluie, le vent, l’humidité et même la boue puisqu’ils pataugent un peu dans des sortes de sables mouvants. Il m’a fallu dessiner aussi des algues, avec leur aspect hyper-suintant le long de la roche.

© Dargaud

Tout cela doit être crédible dans ton dessin ! À chaque fois, c’est un challenge pour retranscrire ça. il faut se lancer à l’abordage et essayer de trouver un moyen graphiquement pour rendre tout ça avec tes outils. Et ne pas hésiter à essayer différents trucs : tu y vas avec tes stylos, avec ton pinceau, avec ton acrylique et tu reviens sur ton travail une fois que tu as de la matière à travailler. Même difficulté avec l’eau pour bien montrer qu’elle s’écoule dans les vignettes. Plus loin dans l’album, l’ombre portée sur le mur correspond à un pinceau un peu sec avec de l’acrylique noire qui donne cet effet de matière. À chaque fois, je dois trouver un moyen pour retranscrire au mieux tous ces effets et c’est aussi ce qui est très intéressant dans mon travail.

Et en fait, pour cette série, il n’y a pas vraiment besoin de se documenter sur une époque, ni savoir dessiner des véhicules correspondants à une quelconque période donnée, ni connaître la mode vestimentaire. Il faut donner de la vie à de la matière : le bois, la roche, les plantes, la terre, l’eau...

Vous êtes en vacances en Provence, avez-vous amené du travail ? D’une manière plus générale, travaillez-vous sept jours sur sept ?

Quand je pars en vacances, je ne prends pas mes crayons. Sinon je me retrouverais à dessiner tout le temps et ce ne serait plus des vacances. Je lâche mes crayons et ce n’est pas plus mal car quand je reviens, mon esprit est plus léger. Il faut savoir souffler de temps en temps. En plus, depuis trois ans, j’ai acheté une maison et maintenant mon atelier est dans ma maison. C’est un peu le piège du coup, comme quelqu’un qui serait en télétravail.

Les six années précédentes, j’étais en atelier, je ne bossais jamais à mon domicile, uniquement en atelier ! Le problème c’est que maintenant, j’ai mes crayons en permanence à portée de main. Mais ça apporte une certaine flexibilité dans mon travail depuis que j’ai ma fille. Elle a quatre ans et je dois m’en occuper car ma compagne a des horaires de travail assez costauds. Je l’amène à l’école, je retourne la chercher et c’est comme ça que je me retrouve à travailler aussi le soir maintenant. Je m’adapte donc à la journée de ma fille et mes horaires de boulot sont très larges du coup. Dès qu’elle dort le soir, je me remets au boulot du coup pour essayer d’avoir grosso modo mes dix heures de travail chaque jour. J’essaye de caler ces dix heures dans une journée : c’est huit heures la journée et encore deux heures le soir. Je fais trois séries en même temps, si je veux assumer, je ne peux pas faire moins d’heures de travail. Mais en vacances, j’arrête complètement !

Par contre, le week-end, il peut m’arriver de devoir travailler si dans la semaine j’ai rencontré des imprévus. Si ma fille est malade, je suis obligé de m’en occuper et de rattraper le retard le samedi ou le dimanche. Cet hiver, ça m’est d’ailleurs arrivé plein de fois ! (Rires.) En maternelle, ils sont malades tout le temps. Et des congés pour enfant malade, ma compagne n’en a pas "trente" donc au bout d’un moment, je suis obligé de la garder. Et quand je m’occupe d’elle, je ne peux clairement pas bosser.

© Dargaud

Il n’y a vraiment que quand je pars en vacances que je lâche mes crayons, c’est-à-dire l’été. Et d’autant plus que notre statut d’artiste-auteur fait qu’on n’est pas salariés mais bien comme des indépendants. Quand je m’arrête de travailler, je n’ai pas de revenus. Je n’ai pas de congés payés, pas de treizième mois, pas de droits au chômage : on n’a rien du tout. Là je pars en vacances trois semaines, ça signifie trois semaines sans revenus, non payées. Et pendant ce temps, les factures tombent, le crédit est à payer donc il me faut avoir anticipé tout ça en amont. Sans vouloir me plaindre, je ne sais pas si tous les salariés se rendent compte de la chance qu’ils ont. Dans le milieu de la bande dessinée, un auteur n’est jamais un salarié de l’éditeur. Par contre, j’ai de la liberté dans mon travail et je choisis mes horaires. Mais sans un minimum de revenus, ça devient vite la galère ! Un salarié est un peu plus serein, je pense. Moi, ça fait vingt ans que je fais ce boulot d’auteur indépendant, c’est du souci. Et quand un enfant arrive, ça rajoute du stress, de l’angoisse. Pour l’instant, j’ai la chance d’être sur des séries qui marchent bien, d’avoir des revenus qui sont corrects mais je sais qu’il y a beaucoup de dessinateurs pour qui c’est compliqué. Je crois savoir d’ailleurs que plus de 50% des auteurs du neuvième art ont un autre boulot à côté.

Sans ouvrir l’album de « Folle graine », j’ai réussi à deviner l’ombre de Fol de Dol.

Tu as réussi à le voir ? Parce que moi, j’ai été hyper-déçu par l’impression de la couverture. Quand j’ai dessiné cette ombre à la base, sur mon écran, on devait la distinguer un peu plus. Franchement, là, il faut vraiment bien tenir ton livre à la lumière pour bien discerner Fol de Dol. Tu as eu l’œil si tu es arrivé à la deviner tout de suite. Mais quand l’album est exposé en rayon dans une librairie peu éclairée, au milieu d’autres bandes dessinées, à mon avis, tu ne vois pas Fol de Dol.
L’idée était de juste le suggérer, que le lecteur se rende compte qu’il y a une ombre un peu bizarre et que seuls les plus perspicaces reconnaissent sa silhouette si particulière : son petit bonnet, le cordon, ses oreillettes… On met un peu le lecteur au défi d’arriver à le reconnaître mais en même temps, on lui fait confiance pour y arriver. Dans cette couverture, il y a aussi une dynamique graphique autour de la sphère que l’ombre englobe. Sur une couverture d’album, il y a très souvent plusieurs étapes de lecture. Il y a ce qu’on va voir en premier et ce qu’on verra ensuite si on prend plus de temps pour regarder. Dans « Folle graine », ce qu’on voulait montrer en premier, ce sont les personnages et la sphère, donc ce qui est éclairé. Et dans un deuxième temps, si tu y passes un peu plus de temps, tu te rends compte qu’il y a en effet, un truc derrière et tu te demandes ce qui se passe. On n’est pas obligé de tout suggérer sur la couverture. Trop suggérer signifie aussi trop d’informations dans un même dessin. Il faut savoir établir une hiérarchie de l’information quand on fait un dessin.

La couverture de « L’Emprise » a été critiquée par exemple et pourtant, moi je l’aime bien. Elle est simple, efficace et elle raconte quelque chose. On se demande ce qui se passe, à cause du personnage bizarre qui est derrière et dont on ne voit que le visage. À ceci s’ajoute l’expression du visage de Bragon qui est anormale. Une couverture, il faut que ça donne envie au lecteur d’ouvrir l’album. Si c’est juste un dessin tout plat qui ne raconte rien ou une simple pin-up qui pose, ça ne va pas le faire. La couverture de « Kryll » est, c’est vrai, plus classique, il y a beaucoup plus d’éléments dans le dessin. On en avait fait plusieurs versions dont une où Kryll était plus proche, cadrée à mi-hauteur avec Bragon derrière. Mais au final, on l’a trouvait trop "plan-plan" donc on a opté pour celle-ci qu’on avait jugée plus dynamique.

© Dargaud

Mais comme pour tout, c’est au final Régis qui a le dernier mot, même sur le choix d’une couverture ! (Rires.) Même pour l’éditeur, s’il essaye de donner son choix sur une couverture, c’est compliqué. Graphiquement, ça reste le bébé de Loisel et c’est lui qui a le "Director’s cut".

Et donc pour la couverture de ce dernier tome, je me suis plié au croquis que Régis en avait fait. Je ne cherche même plus à proposer des idées ou à réaliser des maquettes de couvertures.

Généralement, une fois arrivé à un stade avancé de l’album, l’éditeur commence à nous réclamer des recherches de couvertures car les commerciaux commencent à se mettre en route. Toute la chaîne de fabrication du livre est déjà lancée et il faut que la "couve" puisse apparaître assez vite. Quand Dargaud insistait et insistait encore, voyant que Régis ne répondait pas, j’ai proposé plusieurs directions au travers de quatre dessins de couverture assez poussés. J’ai envoyé mon travail à Serge, Régis et à Dargaud. Serge et l’éditeur me font quelques retours mais Régis, aucune réponse ! Et c’est ce qu’il fait à chaque fois. Et puis au bout d’un moment, il réapparaît et t’envoie son propre dessin assez poussé et te dit « Voilà, c’est ça qu’il faut faire ». Même si dans ce que j’avais proposé, il y avait un dessin assez similaire. Travailler sur « La Quête… » c’est plein de petites choses comme ça qui font que c’est assez particulier. Je ne pense pas que ce soit forcément maladroit de la part de Loisel, c’est juste sa manière à lui de fonctionner. J’imagine que tout ce que j’avais proposé en guise de "couve" ne lui allait pas ou alors il avait déjà en tête sa propre idée, je ne sais pas. Mais au final, ça ne sert à rien de te creuser la tête, à perdre du temps pour faire des recherches : c’est lui qui va imposer son idée. Idée qu’il avait déjà très certainement depuis le départ en plus…

Le violence semble plus débridée sur les derniers tomes.

En fait, il y avait beaucoup de scènes violentes dans le premier cycle, on a tendance à l’oublier. Il y avait par exemple Pélisse qui éclate une des créatures du Rige à coup de pierres. Les scènes de violences dans Avant la Quête, c’est là aussi une volonté de Régis pour bien montrer qu’on est face à de véritables méchants. Ils n’en ont rien à faire de massacrer des innocents, de simples villageois ni même des enfants. Je pense que ces scènes ne sont pas si graves car on n’est pas dans un univers réaliste. Les personnages ont des tronches d’un autre univers à qui personne ne pourra s’identifier. Même la gamine que tu montres là dans le dernier tome, elle n’est pas vraiment humaine. En revanche, ça renforce le sentiment chez le lecteur que les membres de la secte sont vraiment des salopards. Ça va dans ce sens là, ce ne sont pas des scènes gratuites. Dans ce livre, il y a une autre scène de tuerie où au départ, le bébé au premier plan devait carrément avoir les bras arrachés dans la vignette (avec sa mère en train de crier derrière). Et là, Serge a mis le holà ! (Rires.) Il nous a dit « Non, non, on ne va pas le dessiner ça ». Tu vois, on était partis pour aller encore plus loin dans la violence.

© Albert-René

Cette série a aussi une autre particularité, c’est qu’on n’est jamais sur des grandes scènes de batailles, longues et avec plein de combattants. Ce sont plutôt une ou deux vignettes très sèches, hyper-violentes et puis après on passe à autre chose. L’avant-dernière séquence de « Folle graine » est aussi une boucherie si tu regardes bien dans le détail. Il y a des sortes de zombies qui se font arracher de partout, la gueule, les bras, les membres… et qui continuent à se battre. On est dans un bain de sang !

Ce que j’aime bien également en plus dans cette scène-là, c’est que tout est rougi. Cette violence dont tu parles a bien été accentuée par la couleur. Je suis assez fier aussi du regard noir que j’ai fait à Bragon. Toute cette mise en scène, c’est moi qui l’ai proposée à Régis. Et j’ai aussi proposé à Régis que Bragon, avec sa hache, ait la même pose que le Rige, pour bien y faire référence. Initialement, il devait tenir la faucheuse autrement. Là je lui ai dit : « Mais non, Bragon, c’est l’élève du Rige. Il les attend en hauteur, comme le fait le Rige. Il doit la jouer comme le Rige quand il tient sa hache posée devant lui ». Toute la composition de cette planche 59 est d’ailleurs intéressante : Bragon regarde ses adversaires d’en haut et dans les cinq vignettes qui suivent, ses adversaires le regardent tous d’en bas. On comprend que Bragon les as tous sous les yeux. Il les voit tous avant que le combat n’éclate.

Vos projets à venir à ce jour ?

En ce moment je suis sur le troisième tome de « Champignac ». Après j’ai « Les Quatre de Baker Street » qui m’attendent, il y en aura douze au total. « Idéfix », ils me demandent de faire d’autres épisodes. Les éditions Albert-René sont décidées à sortir un nouveau numéro tous les six mois mais leur problème, c’est qu’ils n’arrivent pas à trouver de dessinateurs. Comme Bastide a jeté l’éponge, ils ont du mal à trouver quelqu’un comme lui, avec le même talent.
Mais après toutes ces séries, je n’ai aucune idée de ce que je vais faire.

De mon côté, je n’ai pas d’envie précise, ni d’idée particulière. Je sais que parfois, comme ça a pu l’être avec TaDuc et son héros Chinaman, c’est le dessinateur qui est à l’origine d’un projet. Mais ce n’est pas mon cas. Peut-être que ça viendra un jour. mais je n’ai pas forcément envie de bosser tout seul. Savoir dessiner et mettre en scène une BD ne signifie pas que tu sais raconter des histoires. Je trouve même ça bien de reconnaître que je ne m’en sens pas capable. Ecrire un scénario, c’est un boulot à part entière. Tu sais, je fais déjà un boulot hyper solitaire, je suis tout seul dans ma bulle, j’ai besoin d’avoir des interactions avec un scénariste pour y puiser ma motivation.

Si tu as travaillé tout seul dans ton coin, à tout faire pendant un an de ta vie (et un an dans ta bulle, ce n’est pas rien) et qu’ensuite ton album est totalement transparent quand il sort (ou qu’il se vend très peu), c’est dur à assumer. Et si en plus, les rares critiques ne sont pas bonnes, tu arrêtes la BD. Moi, j’en ai vu autour de moi, c’est hyper-dur à vivre.

Quand je bossais dans le dessin animé, on était une équipe et c’est ce que j’aimais. Il y a une dynamique qui opère. Tu peux demander des conseils, regarder ce que font les autres et tu progresses. C’est un peu pareil quand tu travailles avec des scénaristes : ils te pointent du doigt ce qui ne va pas dans ton travail. Travailler tout seul signifie savoir faire ton autocritique et être la seule locomotive du projet. Franchement, je trouve ça vraiment difficile même si dans certains cas, tu peux avoir un éditeur hyper présent, qui est derrière toi pour faire avancer le sujet. Si être dessinateur, ça revient à faire un boulot de moine, moi je ne peux pas. Je trouve beaucoup plus riche de travailler avec un scénariste.

Propos recueillis par Jean-Sébastien Chabannes
http://pabd.free.fr/ACTUABD.HTM

© Dargaud

(par Jean-Sébastien CHABANNES)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782205202113


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30 Messages :
  • Superbe interview
    22 août 16:53, par Dom

    Un entretien exceptionnel, qui nous apprend beaucoup sur le métier de dessinateur. Merci à tous les deux !

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    • Répondu par JSC le 22 août à  17:30 :

      Merci pour ce retour très sympa

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    • Répondu le 22 août à  17:31 :

      Sur le métier de dessinateur de reprises en particulier. Mais c’est intéressant en effet, on a l’impression d’avoir un peu traversé avec lui ses difficultés de cette dernière année. Job passionnant mais ô combien ingrat.

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  • Merci pour ce riche entretien. Il est très intéressant, passionant, même ! David Etien s’y exprime sans langue de bois. Tout en creusant son propos. Une belle tranche de vie de dessinateur... Et l’art de la reprise est abordé sous un angle bien approprié. Encore bravo.

    Répondre à ce message

  • David Etien
    23 août 21:12, par Erik A.

    Exceptionnelle interview d’une franchise confondante sans une once de langue de bois de la part de David. Je retrouve bien les histoires et les aléas qu’on rencontre tous plus ou moins quand on fait ce job. Merci !

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    • Répondu le 24 août à  07:56 :

      Oui, mais quel éditeur ou scénariste voudra encore travailler avec un auteur qui est susceptible de s’étaler dans la presse s’il y a (ou s’il ressent) des problèmes ?
      Même si David Etien confie qu’il y a eu des bons côtés à travailler sur la Quête, c’est une interview à charge ... On aurait aimé lire en parallèle l’avis de Loisel, Le Tendre et Dargaud.

      Répondre à ce message

      • Répondu par JSC le 24 août à  08:38 :

        Pas d’inquiétude à avoir pour ce dessinateur talentueux, à commencer par les éditions Albert René qui comptent sur lui !!!

        Répondre à ce message

        • Répondu le 24 août à  09:15 :

          C’est intéressant de pénétrer dans son intimité mais c’est juste l’avis d’un mercenaire de la BD, aussi consciencieux soit-il. Être capable de passer de Loisel à Uderzo, chapeau. Mais sa personnalité à lui, elle est où ? A le lire, il n’a pourtant pas l’air d’en manquer.

          Répondre à ce message

          • Répondu par JSC le 24 août à  15:14 :

            Il y a répondu : ce n’est pas un manque de personnalité dans son travail d’artiste mais beaucoup plus le plaisir qu’il en retire en tant que dessinateur à mettre en scène des personnages et des situations qu’un scénariste va lui soumettre.

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            • Répondu le 24 août à  15:40 :

              Vous confondez artiste avec artisan.

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              • Répondu par Laurent Colonnier le 26 août à  19:49 :

                Vous confondez artiste avec artisan.

                Tiens, encore un cuistre !

                Répondre à ce message

                • Répondu par CQFD le 28 août à  07:31 :

                  Un auteur de BD et un artisan, un comédien est un artiste.

                  Répondre à ce message

                  • Répondu le 28 août à  13:08 :

                    Un artiste travaille par lui-même, selon son inspiration. Un artisan répond à des commandes, c’est pas bien compliqué. La plupart des grands peintres, de Léonard de Vinci aux contemporains sont un peu les deux à la fois ou alternativement. Généralement, les oeuvres de commande permettent de financer les oeuvres personnelles. De toute évidence, David Etien est un artisan. Mais on peut déployer du talent et des qualités artistiques réelles dans une commande, ça va de soi.

                    Répondre à ce message

    • Répondu par JSC le 24 août à  08:37 :

      Merci Erik A pour ce commentaire agréable. David Etien a en effet livré une interview sincère et en veillant à n’égratigner personne.

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      • Répondu le 24 août à  18:52 :

        Intéressant en effet, mais je pense que n’importe quel auteur que vous interviewerez pourrait parler tout aussi longuement des différents coups tordus similaires ou pires que les éditeurs lui auront fait. Ça pourrait même faire l’objet d’une série, voire d’un hashtag. Après, comme on me l’a dit souvent, personne ne nous force à faire ce métier. Et comme le dit ce jeune homme, il y a aussi du plaisir.

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        • Répondu par Auteur en colère le 25 août à  11:32 :

          Ce n’est pas parce-que on ne nous force pas à faire ce métier, que l’on doit être mis plus bas que terre et vivre en-dessous du seuil de pauvreté. La matière grise ça se paie et les éditeurs ont trop tendance à l’oublier. Sans compter nos droits moraux sur nos œuvres, souvent galvaudés par les contrats d’édition.

          Répondre à ce message

          • Répondu le 25 août à  14:04 :

            Et c’est reparti !
            Bonne rentrée !

            Répondre à ce message

            • Répondu le 26 août à  10:09 :

              C’est difficile d’être auteur de Bd, c’est clair, c’est généralement payé moins de 10 euros de l’heure, donc moins qu’un manutentionnaire, un livreur ou une personne qui fait le ménage. Mais bizarrement, malgré leurs galères, je ne connais aucun auteur ou auteure qui a arrêté la Bd pour devenir manutentionnaire, livreur ou faire le ménage. Il faut quand même préciser que la pénibilité et la gratification sociale ne sont pas les mêmes.

              Répondre à ce message

              • Répondu par Laurent Colonnier le 26 août à  19:51 :

                je ne connais aucun auteur ou auteure qui a arrêté la Bd pour devenir manutentionnaire, livreur ou faire le ménage.

                En revanche, il y a certainement des auteurs qui en parallèle sont manutentionnaires, livreurs ou font le ménage.

                Répondre à ce message

                • Répondu par Thomas More le 27 août à  14:31 :

                  J’en connais pas. La plupart de mes amis ont un boulot d’appoint, tout comme moi. Mais ça reste des métiers artistiques et intellectuels. On peut prendre des grands airs populistes pour défendre les opprimés mais jusqu’à preuve du contraire, la mobilité sociale va toujours dans le même sens. Et quand bien même, un artiste qui ferait le ménage pour bouffer, ça ne me choquerait pas. Mais j’aimerais voir plus souvent des femmes de ménage devenir autrices… et ça jusqu’à preuve du contraire, ça n’arrive presque jamais.

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                  • Répondu par Flo le 27 août à  18:05 :

                    Et quand bien même, un artiste qui ferait le ménage pour bouffer, ça ne me choquerait pas. Mais j’aimerais voir plus souvent des femmes de ménage devenir autrices…
                    Le raccourci phallocrate qui va bien, faire le ménage est nécessairement un travail de femme... Les boomers sont irrécupérables.

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                    • Répondu par Thomas More le 27 août à  22:56 :

                      Désolé je suis né en 1974, un peu jeune pour être un boomer. J’ai employé à deux reprises plus haut l’expression « personne qui fait le ménage ». Si je parle ensuite des femmes de ménage qui ne deviendront sans doute jamais autrices, c’est justement parce que ce métier reste exercé à 70% par des femmes. J’ai vérifié. Ne croyez pas que je m’en réjouisse. Je déplore la faiblesse de la mobilité sociale et donc la faible probabilité pour un métier manuel de se reconvertir en profession artistique ou intellectuelle, mais je déplore aussi que ces activités dites « de ménage » restent majoritairement effectuées par des femmes… y compris dans la sphère privée, et pas que chez les boomers…

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                      • Répondu par Flo le 28 août à  10:38 :

                        Si si, à presque 50 ans vous êtes bien un boomer (vous confondez boomer et baby boomer). Sur le sujet de l’IA vous disiez être plus âgé, restez cohérent dans vos mensonges, déjà que Thomas More est mort au 16e siècle.

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                        • Répondu par Kyle William le 28 août à  13:03 :

                          Pour info : Les Baby-boomers ou plus simplement boomers sont nés entre 1946 et 1965. La génération X est née entre 1965 et 1980. La génération Y est née entre 1980 et 2000. La génération Z, ou "Millenial" est née à partir de l’an 2000. Qui décide de ces termes et de ces dates ? Personne d’un tant soit peu officiel, ce sont des sociologues pour la plupart américains et pas d’accord entre eux. Quelle signification ça a en dehors de résumer les gens à une étiquette caricaturale ? Aucune.

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                          • Répondu par Flo le 28 août à  22:20 :

                            N’importe quoi vos catégories. Depuis que le terme est apparu (4 ans en gros) il désigne les vieux, soit les plus de 40 ans, c’est simple. OK boomer ?

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  • Je ne connais pas cet auteur (et j’ai arrêté de lire Le Quête il y a trente ans) mais j’ai trouvé sa parole passionnante, franche, courageuse, émouvante. Même s’il n’arrête pas de dire à quel point c’est formidable d’avoir travaillé avec Loisel, que c’est un honneur d’avoir repris ses personnages, qu’il a appris plein de choses à son contact, on sent à quel point c’est difficile pour lui de devoir se couler dans le moule d’un style qui n’est pas le sien, à plus forte raison lorsque le "maître" doit valider chaque dessin. Il me semble que lors de la parution du dernier Astérix, Ferri et Conrad ont commencé à sous-entendre que ce n’était pas toujours aisé de devoir se soumettre au regard d’Uderzo. On rêverait de les entendre s’exprimer un jour sur ces questions.

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