Discours de crise

10 mai 2008 25 commentaires
  • « La crise », c’est comme ces fameux apéritifs : pendant que certains en parlent, d’autres en profitent. Les 3e « Universités d’été de la Bande Dessinée à Angoulême » ont choisi cette année de se poser cette question : « Vive la crise ? ». Par ailleurs, le patron des Humanoïdes Associés, Fabrice Giger avance, pour justifier les difficultés financières de sa maison, « un malaise » qui accablerait tout le métier.

La Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image qui organise cette troisième manifestation trouve son titre « un brin provocateur ». « Vive la crise ? » : quel frisson ! Il vient néanmoins orienter l’objectif de ces universités cette année : l’étude de « La situation actuelle et inédite de la production spécialisée en France  » : « Leader européen, commente le communiqué de presse de la CIBDI, le marché français a connu pour la 13ème année consécutive une progression du nombre de titres publiés (plus de 4.000 en 2007) par un nombre croissant de labels. Certains observateurs s’en réjouissent, d’autres le déplorent, d’autres encore s’en inquiètent. Au cours des deux premiers jours de l’Université, nous tenterons d’examiner cette situation, en interrogeant l’évolution quantitative de la production et les dangers (s’ils existent) de la surproduction, la notion de série, l’irrésistible augmentation des parts du manga sur le marché français, l’impact des ventes en hypermarchés ou dans les chaînes de diffusion culturelle… Des éditeurs, des responsables de vente, des libraires spécialisés ou non, des spécialistes et bien sûr des auteurs apporteront leurs témoignages et leur expertise. »

Une interrogation anxiogène

Décidément, cette vénérable institution censée être la référence pour la bande dessinée en France, animant des expositions, des séminaires et un Musée national de la Bande Dessinée, après s’être interrogée de savoir si la bande dessinée était « un bien ou un mal culturel » en 2006, une première interrogation qui pouvait apparaître comme dénigrante pour l’objet même de sa mission, et qui se demandait la deuxième année, de façon toute aussi surprenante : « Quoi de neuf dans la bande dessinée en 2007 ? », n’a pas amélioré cette année la qualité de ses questionnements .

Discours de crise
Jean Van Hamme : "Cette future crise ne nous concerne pas : nous ne faisons pas partie des plus faibles…"
Photo : Didier Pasamonik (L’Agence BD)

« Vive la crise ? » se demande le CIBDI en 2008. Il y aurait donc crise, un constat funeste qui n’aurait pas été fait l’année précédente et qu’on découvrirait subitement aujourd’hui ? Une crise, alors que le marché de la BD est en croissance en France depuis 13 ans, que jamais les profits des éditeurs n’ont été aussi importants (en particulier grâce aux mangas), que jamais les points de vente spécialisés n’ont autant progressé en France en nombre, qu’il n’y a jamais eu autant d’auteurs en activité dans ce pays et qu’enfin, le nombre d’acteurs éditoriaux a atteint, cette année encore, un chiffre record ?

Certes, la « provocation » est tempérée par un point d’interrogation. Mais elle ressort d’une conviction largement partagée par certains acteurs de la bande dessinée. Conscient du caractère anxiogène de la question, nous nous interrogions dès janvier 2006 sur les motivations d’un Thierry Groensteen qui, il y a trois ans déjà dans 9ème Art (une publication du CNBDI), affirmait avec aplomb : « La crise du marché de la bande dessinée que nous annoncions dans notre numéro précédent semble bel et bien déclarée>  ». Pour notre part, nous récusions cette affirmation non étayée sur des faits concrets et notre conclusion était sans équivoque : « Le métier de la BD en Europe est certainement en profonde mutation. Qu’il soit en crise, cela reste à prouver ».

Trois ans plus tard, point de crise apparente. Les tensions du marché sont toujours là, mais on ne voit pas les points de vente fermer par centaines, les éditeurs mettre la clé sous le paillason (ils sont 250 cette année, un record), ou des auteurs rejoindre en rang serré les statistiques du chômage… Les prophètes Philippus de la bande dessinée, qu’il soient journalistes ou de doctes critiques et historiens du 9ème art, peuvent continuer à produire leurs Centuries, il y aura toujours des gens pour gober leurs affirmations qui resteront sans fondement tant qu’un observatoire économique de la bande dessinée, que j’appelle de mes vœux depuis 1993, ne sera pas institué pour nous fournir des données qualifiées.

Vive la surproduction !

En janvier dernier, faisant une analyse du travail annuel de comptabilité de la production éditoriale de la bande dessinée par Gilles Ratier [1], je me montrais bien plus provocateur que notre vénérable institution angoumoisine : « Vive la surproduction !, écrivais-je. Cette vitalité de la BD, on ne peut que s’en féliciter. On le voit bien : le succès des mangas a tiré toute l’industrie de la bande dessinée sans empiéter sur aucune des plates-bandes occupées par les différents genres. Mieux : en conquérant des nouveaux publics, le manga a ramené les jeunes en libraire, enrichi les éditeurs (Kana, Glénat ou même Cornélius doivent sans doute l’essentiel de leur marge de l’année 2007 aux mangas), amélioré la trésorerie des libraires, leur permettant ainsi d’investir dans d’autres genres moins faciles, comme le roman graphique ou les comics et, plus que tout, il a remis en cause les habitudes d’une corporation trop fermée sur elle-même en lui redonnant une perspective d’avenir. La surproduction actuelle enfin offre au lecteur un choix inouï, jamais atteint par la BD auparavant, un choix qui permet d’entretenir des publics (féminin, sportif, etc.) et des marchés de niche (cross-branding avec le cinéma et les jeux vidéo) à des niveaux que l’on n’aurait jamais imaginés auparavant.[…] Deux arguments plaident en faveur d’une surproduction volontariste. Le premier est statistique : plus on produit de nouveautés, plus on a de chances de découvrir une œuvre exceptionnelle. Le second est logique : si on laisse sans réagir les créateurs étrangers prendre la place des créateurs nationaux sans proposer en face une offre adaptée, renforcée par une forte concurrence sur le marché intérieur, et susceptible de rivaliser avec nos compétiteurs, l’industrie de la BD franco-belge disparaîtra de nos contrées et nos créateurs iront se faire publier aux États-Unis et au Japon. »

Le logo des Humanos
En ce moment, c’est le premier masque qui est de rigueur.

Les Humanoïdes Associés dans une mauvaise passe

Cette argumentation tenait compte du fait que cette situation n’était pas favorable à tout le monde : « …cette rude concurrence fragilise bien évidemment les éditeurs les moins capitalisés, dont le catalogue est moins assuré, moins clair que celui de ses concurrents. Elle réduit la durée de vie des nouveautés sur le point de vente (mais les développements de l’Internet ont tendance à réduire cet impact) et oblige le libraire à une meilleure gestion de son stock et à une meilleure connaissance de sa clientèle.  » J’aurais pu ajouter qu’elle oblige aussi les éditeurs à s’adapter plus rapidement aux nouvelles donnes du marché.

Jean Van Hamme le disait en termes plus crus dans un entretien qu’il accorda dans nos pages à Nicolas Anspach en avril 2007 : « La surproduction entraîne des déchets. Il y a aura du dégât à un moment où l’autre : quand les rats sont trop nombreux, ils se bouffent entre eux ! Les ventes de fond se sont catastrophiquement effondrées. Savez-vous que les éditeurs gagnent plus d’argent sur le fond et sur certains droits dérivés que sur les ventes de nouveauté ? Autrement dit, si le fond chute, le bénéfice également. Et il deviendra donc de plus en plus difficile d’obtenir des financements pour de nouveaux albums. Il va forcément y avoir une auto-régularisation du marché. Les plus faibles paieront les pots cassés. À vrai dire, cette future crise ne nous concerne pas : nous ne faisons pas partie des plus faibles… »

Venant comme pour illustrer ce débat, Fabrice Giger, actuel directeur général des Humanoïdes Associés, explique sur son blog les raisons des difficultés financières de sa maison d’édition, alors qu’il s’apprête à virer un bon nombre de ses cadres (30 avril 2008) : «  Les Humanos et leurs soucis financiers de ces dernières années sont symptomatiques d’un malaise qui dépasse largement leur cas. » écrit-il. Il explique l’arrêt brutal d’Albin Michel Bande Dessinée [2] par «  l’aveu du désintérêt pour le marché de la bande dessinée de gens réputés être avisés en matière d’édition.  » Bigre ! Et de relire l’histoire en parlant un peu abusivement de la « faillite du groupe Casterman » pour en expliquer l’acquisition par le groupe RCS-Rizzoli ou la vente de Dupuis par la CNP à Média-Participations. Les raisons de l’échec des Humanoïdes Associés ne viendraient ni des errements du management (l’ancienne directrice générale des Humanos, Josiane Fernez est, paraît-il, sur le départ), ni de l’instabilité et du manque de vision de son actionnariat, mais bien de «  l’effritement (l’effondrement ?) du réassort, qui a sérieusement entamé la rentabilité de maisons dont la vente de réassort faisait la moitié de leur chiffre d’affaires ».

Le déclin du fonds est une réalité que personne ne conteste. Les cycles en librairies sont de plus en plus courts. Mais le développement exponentiel des intégrales et, récemment, la publication de ces mêmes intégrales dans des formats « compact » proches du Graphic Novel viennent tempérer ce constat. Des rééditions souvent effectuées à des prix cassés : 16 euros chez Casterman, 9,90 euros chez les Humanos. Signe des temps : Ce sont des ouvrages que notre ami Giger et ses fabricants sont « malheureusement obligés de faire imprimer en Chine (du fait du petit prix)  » Malheureusement pour qui ?

Faisant l’aveu de la déliquescence de son catalogue (il faut dire que les Humanos ont vendu entre-temps les titres de Bilal et de Margerin au « failli » Casterman…) et de la perte de confiance des libraires dans son label, Giger annonce « un changement dans la façon de développer les titres, dans le cadre d’une structure plus légère, plus ouverte, plus internationale et donnant une part plus large aux exploitations autres, en particulier audiovisuelles. Pour des raisons liées à leur histoire, les Humanos sont aujourd’hui l’éditeur européen le plus connu à l’international, et sans conteste le mieux implanté par exemple dans le monde anglophone. C’est aussi l’éditeur qui a le plus cherché dans les exploitations numériques et qui, en terme d’expérience, a quelques longueurs d’avance. Autant d’atouts qui au final feront la différence. »

Nous sommes bien donc dans un monde en mutation. Si les Humanos sont clairement en crise (mais c’est un acteur minuscule sur ce marché), peut-on pour autant considérer que tout le marché en est affecté ou doit-on mettre ces propos sur le compte d’un acteur qui est bien obligé de se rassurer sur l’avenir ?

Une partie de la réponse devrait être révélée fin juin aux Universités d’été de la bande dessinée.

Ci-contre : Le programme des Universités d’été d’Angoulême du 30 juin au 3 juillet 2008 (en PDF) :

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

PS : Quand on considère le prix de ces Universités : 600 euros avec le logement, 400 euros sans, pour 4 jours, dans cette manifestation qui consiste à parler de la crise en menant la vie de château (cf. en médaillon, le Château de la Pouyade où l’évènement aura lieu)... force est de constater que « la crise » ne concerne pas encore tout le monde et encore moins ActuaBD puisque nous avons la chance d’y être invité !

[1Dont le CIBDI utilise les chiffres sans même le citer. Le pillage systématique de son travail bénévole par ces instances officielles, sans même que l’on ait eu la politesse de le remercier, mérite qu’on le dédommage en l’invitant définitivement à toutes les universités à venir.

 
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25 Messages :
  • Discours de crise
    11 mai 2008 08:48, par Pica

    Demandez à 90% des auteurs s’il n’y a pas de crise... Aujourd’hui très peu d’auteurs peuvent vivre de leurs albums, mais le monde de la BD va super bien... surtout pour certains éditeurs...Comme disait mon pote Bourgeon au début des années 80 :"il ya ceux qui font de la BD et ceux qui en vivent" C’est hélas encore plus vrai aujourd’hui !!!
    Le tirage moyen des albums est de plus en plus bas, ce qui va de pair avec la baisse des anvances sur droits, avec des droits d’auteur par le fait inexistants, mais tout va très bien...
    Fréquentez les salons BD et voyez la mine réjouie des auteurs...

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 11 mai 2008 à  09:56 :

      Je vous connais depuis plus de vingt ans. Il semble que vous ayez toujours vécu de la BD, hier au Lombard, aujourd’hui chez Bamboo. Voulez-vous dire que Les Profs, une série réputée à succès, ne vous fait pas vivre ?

      La plupart des auteurs ne vivent pas que de la BD : Schuiten fait de la scénographie, Truong ou Loustal de l’illustration, Trondheim (majoritairement dit-il) de la pub, Sokal des jeux vidéo, Marjane Satrapi et Sfar de la télévision et du cinéma, JC Menu de sa charge de patron d’une maison d’édition... Pas mal d’auteurs vendent aussi leurs planches. Cette ambivalence a été vraie depuis toujours. Ceux qui "vivent" de la BD, ce sont précisément ceux qui ont atteint un niveau de ventes qui leur permet de refuser toute autre job. Encore là, les produits dérivés de l’œuvre prennent souvent le relais.

      En même temps, selon Gilles Ratier, 1357 auteurs ont publié en 2007. C’est un chiffre beaucoup plus important qu’il y a quelques années. Je suppose qu’il n’inclut pas les coloristes dont quelques-uns vivent très bien de leur métier, ni les auteurs français (je pense à Coipel) qui travaillent pour l’étranger.

      Votre chiffre de 90% des auteurs "en crise" que vous voyez dans les festivals demande à être justifié. J’aimerais savoir précisément où est le malaise nouveau qui permet de dire "aujourd’hui il y a crise alors que hier c’était l’abondance".

      Il est clair que le grand nombre d’auteurs (et d’auteurs de talent) présents aujourd’hui sur le marché favorise les tensions et que cette concurrence profite aux éditeurs. Ce n’est pas par hasard que le SNAC (syndicat des auteurs) a augmenté en nombre de membres en quelques mois. Là aussi, la nécessité d’outils d’observation est nécessaire.

      Ma seule exigence en ces matières est que l’om parle de choses concrètes et vérifiées. Si l’on me dit que 500 des 1357 auteurs de 2007 sont sur le carreau en 2008, je conclus à la crise... des auteurs pour le moins. Mais il ne me semble pas que ce soit le cas.

      Maintenant, que ceux-ci doivent en permanence se remettre en question, c’est une évidence. Vous même, vous avez changé de signature en changeant d’éditeur. Vous avez donc également muté au cours de votre carrière. Êtes-vous pour autant en crise aujourd’hui ?

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 11 mai 2008 à  10:15 :

        Maintenant, je ne suis pas borné. S’il y a crise, qu’on le sache ! Y-a-t’il crise chez vous dont l’origine est un écroulement du marché ? Je veux bien d’autres témoignages : auteurs, éditeurs, libraires... Si possible pas anonymes, car cela n’a pas de sens si on n’illustre pas par des exemples concrets.

        Ce forum est ouvert aux intervenants qui pensent que leur témoignage est utile pour une prise de conscience.

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      • Répondu le 11 mai 2008 à  10:31 :

        Produire plus pour gagner plus ?

        Les conséquences de cette équation ne sont pas les mêmes suivant qu’on est éditeur ou auteur.

        f*

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        • Répondu par MIG le 11 mai 2008 à  13:41 :

          Donc comme PICA a une série qui marche, il doit se taire et faire comme si de rien. Je trouve votre réponse plutôt bizarre très cher Didier Pasamonik. Surtout qu’il ne parle pas de lui mais des autres auteurs.
          Tous les auteurs que vous citez sont des auteurs présents depuis longtemps sur le marché de la bd ou presque. Sokal fait du jeu vidéo, oui mais d’après ce que j’avais pu entendre c’était pour les possibilités et la liberté offerte par ce média
          "Ceux qui "vivent" de la BD, ce sont précisément ceux qui ont atteint un niveau de ventes qui leur permet de refuser toute autre job.’
          Désolé mais pour l’exemple de marjane Satrapi ça ne marche pas, pas plus que pour Sfar. Ils ne font pas de la télé ou du cinéma pour vivre en plus de la bd. Persepolis s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires et le chat du rabbin est très bien placé dans les chiffres de ventes, croyez vous qu’ils vivent avec le RMI ?

          Le nombre d’auteurs augmente, et alors ? On va parler de l’étendu du choix du marché, de la hausse de la qualité etc. etc.…en bref tout le monde s’y retrouve !
          Seulement quand on va directement dans les librairie spécialisées (je ne parle pas des FNAC ou des Virgin) on voit un problème énorme se poser : le manque de place. Quelle en est la conséquence ? Soit les bd restent peu de temps visible, soit certains livres ne sortent pas du carton. Donc pour l’auteur et l’éditeur, c’est un échec.
          Le marché du manga est en pleine explosion, oui mais il faut reconnaître que depuis l’année dernière, alors que le taux de retour manga était plutôt faible, il est passé à 25 %. Pourquoi ?
          Parce que tous les éditeurs veulent leur collection manga. Pas pour faire évoluer la découverte artistique de ce genre à part entière mais pour trouver la série phare qui leur rapportera autant que naruto ou full metal pour ne citer qu’eux. Le manga a attiré un nouveau public certes, mais un public qui ne s’intéresse qu’au manga et qui de toute façon ne franchira pas le fossé qui le sépare du franco belge. Par contre il est certain que le manga pourrait leur permettre de se renflouer par rapport aux ventes de la bd franco belge qui n’est peut être pas des plus brillant dans sa globalité
          Un autre chose me chiffonne quand on parle du nombre croissant de nouveaux auteurs de bd :
          En 2007, 1357 nouveaux auteurs débarquent. Je ne me rappelle plus du nombre exact de nouveaux auteurs en 2005 et 2006 mais c’est un chiffre en constante évolution. J’aimerai connaître le nombre total d’auteurs de bd sur le marché pour que l’on se rende effectivement compte du bilan de la bd. Rien qu’en comptant les nouveaux de 2005,2006 et 2007, en sachant que parmis tous ces auteurs, on trouve des coloristes, des scénaristes et des dessinateurs,(donc on ne peut pas compter un album par auteurs) et en imaginant que ces mêmes auteurs vont sortir un album par an en moyenne, tout comme les autres auteurs présent sur le marché avant eux, en regardant le chiffre de plus de 4000 livres, ça me pose un problème. Sur ces 4000, on retire les manga et le comics ainsi que peut être les intégrales, et on se rend compte que ce chiffre, qui devrait être très élevé compte tenu du nombres d’acteur dans la bd, n’est pas si important que cela.

          Ma seule exigence en ces matières est que l’om parle de choses concrètes et vérifiées. Si l’on me dit que 500 des 1357 auteurs de 2007 sont sur le carreau en 2008, je conclus à la crise... des auteurs pour le moins. Mais il ne me semble pas que ce soit le cas.

          Croyez vous que tous les auteurs qui arrêtent la bd vont se déclarer sur votre site ou ailleurs ?
          Une petite chose également, allez faire un tour du coté des catalogues en ligne des éditeurs, et regardez la liste des auteurs, liste très impressionnante ! Mais regardez en détail : parmi tous ces noms combien sortent encore des nouveautés ? Combien sont encore présent dans le monde de la bd ?

          Bien sur, il ne faut pas crier au loup pour juste1 départ ou 2, mais je crois que le malaise est bien plus profond.

          Voir en ligne : http://mr-mig.over-blog.com/

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      • Répondu par pica le 11 mai 2008 à  15:07 :

        Etrange réponse je parle de la BD en général et j’ai une réponse personnelle !Tout va très bien pour moi, je n’ai jamais vendu autant d’albums,
        j’ai la chance de faire parti des best sellers...
        Mais la plupart des auteurs ne vendent que 4 à 5000 albums d’où des avances de droits se réduisant comme peau de chagrin et parfois inexistantes et peu ou pas de droits d’auteur...
        Beaucoup d’auteurs doivent exercer un autre métier et faire leurs BD le soir et le week-end.
        La pub n’emploie plus grand monde et les prix d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’autrefois. Une Bd de communication est royalement payée 450€ contre 1000 à 1500€ autrefois (je ne parle pas des stars de ce métiers mais des nombreux anonymes...)
        Vous me parlez de Sarapi, Sfar ou Trondheim, mais eux sont sur le devant de la scène médiatique, c’est le moins qu’on puisse dire,sans parler qu’ils publient des tonnes d’albums. La plupart des auteurs publient un album voire dans le meilleur des cas deux et là c’est très dur, car souvent les avances sont misérables...
        La vente des planches ou dessins n’est rentable que pour les stars, tout le monde n’est pas Bilal !!! De plus ce marché est des plus petit avec peu d’amateurs...
        Reste pour les "obscurs" les animations scolaires...
        Au début de ma carrière, il y a 30 ans les journaux fournissaient du travail assez régulier et les albums étaient un plus.
        Je ne regrette pas le passé (je vis bien mieux aujourd’hui !!!)de toutes façons ça ne servirait à rien, mais la condition des auteurs s’est considérablement dégradée, c’est un fait.
        En 2000:1500 albums, en 2007 : 4300 ! 3 fois plus, le marché n’a pas été multiplié par 3 que je sache, donc mathématiquement la part de chacun est plus maigre...Certains ne vendent que 500 albums, imaginez ce qu’on leur donne comme avances...pour un travail semblable à un album vendu à des milliers d’exemplaires...
        Mais la crise n’est pas pour tout le monde bien sûr,mais je pense que le pourcentage de ceux qui s’en sortent à peu près décemment est assez faible...
        Si vous fréquentiez les salons vous verriez que la situation de beaucoup n’est pas florissante...
        Combien d’auteurs sont là un an ou deux et disparaissent ? Voilà un étude intéressante à mener,
        Combien de tome 1 sans suite ... au détriment du lectorat ?...
        C’est la réalité du terrain que je fréquente depuis 30 ans, je suis dans la mélée et pas au dessus du terrain : j’ai tout connu : la presse et sa fin, les albums qui ne se vendaient pas, la mise à l’écart et... le succès, je pense connaitre bien le sujet...

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        • Répondu le 15 mai 2008 à  09:16 :

          Il y a un conservatisme qui me dérange dans l’intervention de Pica. Cela me dérange parce qu’il défend l’idée de crise plutôt que l’idée de mutation et qu’il se place en défenseur de la veuve et l’orphelin parce qu’au fond... ça le sert. Je ne sais pas si c’est conscient de sa part mais c’est complètement pervers.

          f*
          PS : je sens que je vais encore me faire des amis...

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  • Discours de crise
    11 mai 2008 18:49, par Jean-Luc Cornette

    Cher Didier,
    Depuis hier, cela me titillait d’essayer d’effriter tes certitudes… Et je constate que le phénomène est déjà en marche. Tu m’en vois ravi. Tu auras compris que je ne puis qu’abonder dans le sens de Pica. Je ne le connais pas personnellement, et même si « Les Profs » ont gagné un large public, c’est tout à son honneur de se soucier de ceux qui font partie des 90 % des auteurs moins remarqués par les lecteurs.
    Non, ce n’est pas la crise pour les lecteurs qui n’ont jamais eu une telle diversité d’albums à leur disposition. Pour les journalistes, chroniqueurs et libraires, la richesse de la production de ces dernières années leur donne une impression de prospérité du genre. Ils ne peuvent plus tout lire, et le métier de libraire a muté à cause du nombre de références, et des entrées et sorties de stocks qui se sont amplifiées dans une valse vertigineuse. Le travail est nettement plus conséquent, mais le chiffre d’affaires a souvent pu être conforté. Cela dit, la surproduction augurait qu’on allait tous ensemble, en se tenant par la main, dans le mur. Et ce mur, ça y est, on est en plein dedans. Oui, si tu parles aux auteurs, ils te le diront. Mais si tu parles aux éditeurs et directeurs de collections, ils te le confirmeront encore plus. C’est la crise ! Et le CIBDI n’aurait pu choisir thème plus approprié pour ses débats.
    Les exemples que tu cites sont nombre d’exceptions à la réalité d’ensemble. Oui, il y a des auteurs qui aiment se diversifier dans différents médiums et d’autres dont la notoriété a débuté, il y a si longtemps, que la crise les touche moins (mais les touche quand même). Pour beaucoup cette diversification est une obligation plus qu’un choix. Cette situation n’est plus la même qu’il y a dix ou quinze ans. Tu parles d’auteurs déjà très connus. Mais les jeunes, les débutants ou les plus âgés, qui se prennent en pleine gueule un retour de flamme auquel ils ne s’attendaient pas, après des années de presque insouciance, commencent tous à bien flipper. Je ne peux qu’apporter mon témoignage qui ne s’appuie que sur ma propre expérience et les longues heures de discussions avec mes amis auteurs et éditeurs. Évidemment, les chiffres seront difficiles à avoir. Si un jour une étude universitaire pouvait se les procurer et les analyser, on pourrait mieux visualiser le malaise qui traverse la profession. Et c’est maintenant qu’une telle étude serait intéressante.
    Voici quelques pistes qui me traversent l’esprit. Prenons le prix de vente d’un album standard 46 pages couleurs, d’il y a dix ou quinze ans. Et le prix de l’à-valoir pour une planche de l’auteur de cet album. Et prenons, ensuite, le prix de vente actuel d’un album équivalent (du même auteur). Ce prix de vente a sans doute doublé. Ce qui veut dire que la part revenant à chaque intervenant (libraire, diffuseur, imprimeur, éditeur,…) a doublé également. L’à-valoir de l’auteur aurait du doubler. Je pense que peu d’auteurs peuvent se targuer d’avoir réussi à négocier cela. Ceux qui ont déjà réussi à conserver le même prix qu’il y a dix ou quinze ans deviennent des privilégiés. Hors les grosses structures (Glénat, Casterman, Médias, Delcourt et Soleil) qui proposent un paiement, disons, raisonnable, combien de petites et moyennes structures ne proposent pas plus de 1000 euros d’avance pour la réalisation d’un album ? Un grand nombre de toutes petites structures ne peuvent même pas payer les auteurs. Elles ne peuvent que promettre des droits d’auteur après la commercialisation de l’ouvrage. Oui, the times they are a changin’. Est-ce scandaleux ? Oui et non. Si les éditeurs, petits et gros se mettaient à mieux payer les auteurs, beaucoup de petites structures, formidables tremplins pour des tas de talents, disparaîtraient. Et beaucoup d’albums issus de moyens et gros éditeurs ne se feraient plus. C’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer. On comparera les chiffres de Gilles Ratier de ces dernières années avec ceux de 2008, 2009 et suivants. Les éditeurs ont sorti trop de bouquins non-rentables et ils commencent tous à fermer le robinet de la surproduction. Oui, Didier, beaucoup d’auteurs se retrouvent ou vont se retrouver sur le carreau. Un grand nombre est déjà en recherche de nouveaux éditeurs. Demande aux directeurs de collections. Ils publient moins, mais sont débordés par la somme de boulot. Leur bureau est enseveli sous une masse de projets qu’ils n’arrivent plus à lire. Il y a peu encore, on se voyait refuser un projet sur des critiques créatives. « Ta BD est trop ceci ou trop cela », « il manque un peu de ça », ou « c’est pas bien du tout ». S’il n’y avait pas discussion directe, on recevait la lettre type, polie, qui nous indiquait que notre projet ne rentrait pas dans leurs collections. C’était l’œuvre proposée qui était responsable de refus. Maintenant, ce cas de figure existe encore beaucoup, mais l’on peut, de plus en plus souvent, se retrouver face à éditeur qui trouve le projet très bien, à son goût même, mais qui avoue son incapacité à vendre ce type d’album. Les éditeurs ne savent plus comment faire pour vendre chacun des titres qu’ils publient. Ils sont tout autant perdus que nous. On a laissé trop longtemps la machine devenir folle. Trop d’albums sont déficitaires. La seule solution qu’ont trouvée les éditeurs pour ne plus avoir autant d’albums déficitaires, c’est d’en publier moins. Et cette crise ne touche pas que les jeunes auteurs, débutants et pas encore connus. On peut se demander pourquoi ces scénaristes, stars des années 80 et du début des années 90, qui publiaient des séries humoristiques, tendres ou sarcastiques, écrivent maintenant des scénarios pour des séries d’aventures réalistes, plus proches d’une norme esthétique appréciée du grand public ? Est-ce uniquement par goût personnel ? Et parlons de tous ces auteurs qui ont atteint la cinquantaine (d’années), avec une bonne trentaine d’albums derrière eux. Pendant leurs quinze premières années de publications, chacun de leurs titres dépassait les 40.000 exemplaires. Maintenant, beaucoup d’entre eux ne se contente que de 6 à 8.000 exemplaires vendus, ou parfois moins encore. Ils n’arrivent plus à retrouver leurs ventes d’antan. Les plus vernis sont appelés pour une participation à une série-concept multi-auteurs ou pour un spin-off d’une série à succès, comme ils s’en préparent plusieurs. Les moins vernis peuvent toujours aller faire une Jacques-Martinerie . Là, les portes sont encore ouvertes pour l’instant.

    Il y a deux semaines, je discutais avec Olivier Jouvray. Il prépare, avec l’Epicerie Séquentielle, les premiers États Généraux de la Bande Dessinée. Une journée professionnelle d’informations et de débats est prévue à Lyon le 6 juin. Je me permets de copier ci-dessous les sujets qui seront abordés :
    1 - Vers plus de transparence sur les activités et les rémunérations de chacun des acteurs de la chaîne du livre (L’auteur pourrait-il être mieux rétribué dans un marché en expansion ?)

    2 - la BD comme oeuvre collective : La répartition des droits et avances sur droits entre les auteurs, le statut des coloristes, etc.

    3 - L’évolution des contrats : produits dérivés, adaptations, multimédia etc. Est-ce normal de signer tous ces contrats en même temps ? Que penser de l’idée d’un contrat type proposé par les syndicats ?

    4 - L’avenir de la BD : bientôt la disparition du livre à cause des ebook ? Quelles stratégies pour attirer de nouveaux lecteurs (à l’international, à l’école, etc.)

    Pour plus de précisions : www.epiceriesequentielle.com/blog/
    Les auteurs sont perdus face à un manque de revenus évident. Et si ces états généraux ne sont pas une réunion de crise, c’est du moins une réunion motivée par une inquiétude face à la difficulté actuelle à vivre de son art.
    Pourquoi, avant, pouvait-on vivre en faisant un album tous les huit ou douze mois, alors que maintenant tout le monde essaie d’en sortir plus de trois par an ? Ce fut possible pendant les six ou sept dernières années. Cela va devenir plus compliqué dans les années qui viennent.

    Quelqu’un comme Olivier Jouvray aurait bien sa place dans les débats du CIBDI. Et si j’avais 600 euros à dépenser j’irais aussi. Mais pour cette somme, en cette période, il y a des destinations de minitrips plus glamours qu’Angoulême.

    Voilà, mes premières réflexions à ta lecture, cher Didier. Il faut considérer que c’est le point de vue de quelqu’un qui travaille essentiellement chez les « gros et moyens » éditeurs et fréquente majoritairement des auteurs publiant chez les mêmes. Il serait bon d’avoir aussi l’avis d’auteurs et d’éditeurs de petites ou micro-structures pour savoir si pour eux, qui fonctionnent avec une économie différente, les choses ont également changées ces dernières années.

    Par ailleurs, on pourrait continuer à faire de notre gueule, tous ensemble, quand la presse généraliste annonce chaque année que l’édition BD a encore grignoté un point ou deux sur le reste de la production du livre. Mais derrière ces chiffres, annoncés avec tant de fierté, la réalité n’est pas toujours si rose pour l’ensemble des acteurs de notre jolie profession.
    Heureusement qu’on fait un métier de passionnés. On ne désespère pas, mais on s’inquiète.
    Cordialement,
    Jean-Luc.

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  • Discours de crise
    11 mai 2008 20:09, par Didier Pasamonik (L’Agence BD)

    Évidemment, ça tourne très vite à la bataille rangée avec des sujets comme cela. Avec les pavés que vous balancez, ça va devenir vite ennuyeux voire illisible pour nos lecteurs.

    Pour répondre à Pica. Pierre, on ne peut pas tenir des propos généraux sur la base d’impressions ou de sentiments. Bien sûr que je fais des festivals, souvent. Je rencontre bien souvent des libraires. Mes exemples étaient là pour montrer que le métier d’auteur de BD est plus complexe qu’il n’y paraît. J’ai fait récemment sur Mundo-BD.fr les portraits de Chabouté et Duchazeau (ce dernier est à paraître). Ce sont des jeunes d’environ trente ans. Il ont chacun au moins une demi-douzaine d’années de pub dans leur parcours. Je pourrais multiplier les exemples. J’ai cité des gens connus pour la compréhension du public qui nous lit. Je ne connais pas de dessinateurs de moins de cinquante ans, sauf exception (Zep, peut-être) qui n’ait pas fait autre chose à côté de la BD : du dessin animé, de la pub, etc. Récemment, Willem nous expliquait que ses albums ne vendaient pas plus de 2000 ex. Là aussi, on suppose qu’il gagne sa vie ailleurs (dans la presse, précisément).

    Nous avons une donnée objective calculée par Ratier : un peu plus 1400 auteurs francophones ont publié un album en 2007. Je n’ai pas dit qu’ils gagnaient tous confortablement leur vie. Là-dedans il y a une multitude d’auteurs sous-payés, comme vous, en début de carrière !

    Y en aura-t-il moins en 2008 ? Peut-être. Je suppose qu’à force d’annoncer la crise depuis 13 ans, elle va finir par arriver, au moins sur quelques exercices. Rendez-vous en 2009. Mais dans les faits, en 2006, Ratier dénombrait 1325 auteurs (2007 : 1427), soit une centaine de moins. 1322 en 2005. Donc, ce n’est pas l’écroulement. L’offre éditoriale faite aux auteurs est en progression. Vous allez me dire que ce n’est pas les mêmes, qu’on les paie des clopinettes. Ce n’est pas mon propos. Je dis : de plus en plus d’auteurs sont publiés dans ce pays.

    Je rejoins Cornette quand il dit qu’il faudrait observer objectivement qui fait partie de cette population d’auteurs. Je me réjouis évidemment de ces États-Généraux. Pour mémoire, j’avais moi-même organisé en 2006 un projet similaire. Sans lendemain, vu le peu d’intérêt que cela a suscité.

    Je ne rejoins pas Cornette quand il aligne les cas particuliers pour en déduire que oui, la crise est là et en 2008 et 2009, il y aura beaucoup d’auteurs sur le carreau. Des structures qui paient peu, ça existe depuis toujours. Même les grosses boites paient peu des auteurs débutants. S’ils continuent à les payer peu alors qu’ils vendent, ils se barrent, et ça aussi, c’est de tout temps.

    Je ne le rejoins pas non plus quand il me parle de taux de retour qui augmente. D’où tient-il ce chiffre de 25% ? Qu’en dit Livres-Hebdo (Fabrice Piault sera à Angoulême) et quelle est la tendance sur ces dernières années ?

    Il faut être conscient qu’une partie conséquente de l’offre éditoriale d’aujourd’hui vient de l’autoédition et ça, oui, c’est une nouvelle donne. Qu’on ait trop produit cette année ? C’est possible, ce sera corrigé l’année prochaine. Encore une fois, mon argument est de dire que 80% de la production est dans les mains d’éditeurs expérimentés présents depuis longtemps sur le marché. Ceux-ci savent en principe ce qu’ils font en terme de business. S’ils produisent, c’est pour prendre des parts de marché et leur risque est calculé (c’est d’ailleurs pour cela qu’ils limitent les à-valoirs. Mais en même temps, ils donnent leur chance à plein de gens) Ils ont en général suffisamment d’expérience pour limiter les dégâts. Or, la suproduction, elle vient principalement d’eux.

    Et des mangas. Or, les mangas, c’est un faible investissement, qui ne concerne pas les auteurs nationaux (donc rien à voir avec une tendance à la hausse ou à la baisse du nombre d’auteurs) et on constate qu’ils n’ont phagocytés jusqu’ici aucun des autres secteurs du marché. Jusqu’ici.

    Bref, je me refuse à tenir un discours anxiogène tant il est basé sur... rien. C’est le sens de mon article.

    Bien cordialement,
    Didier.

    PS. Je veux bien d’autres témoignages car, contrairement à ce que prétend Jean-Luc Cornette, mon propos est justement de remettre en cause la certitude qu’il y a une crise.

    Et au contraire, j’adorerais recevoir des données objectives qui confirment une tendance ou l’autre.

    Un libraire peut-il nous faire connaître des tendances (évolution du marché, taux de retour, etc) qui confirment la crise ? Le dernier que j’ai vu (Brüsel) me disait être d’accord avec moi : vive la surproduction !

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    • Répondu par Jean-Luc Cornette le 11 mai 2008 à  21:31 :

      Je ne pense pas avoir parlé d’un taux de retour de 25 %, vu que je n’ai pas parlé des retours. Mais puisque tu abordes le sujet, Didier, il est évident que les retours sur un album à succès ne sont pas les mêmes que sur un album qui se plante. Il faudrait vraiment que des éditeurs témoignent. Car si les retours actuels n’étaient que de 25 % sur l’ensemble des titres, je crois qu’ils seraient heureux, les éditeurs. Il est bon aussi, comme tu le proposes, d’entendre la voix des libraires. Et même si cela leur fait plus de boulot, vendre 3000 titres à 100 exemplaires leur procure un même chiffre d’affaires que 1000 titres à 300 exemplaires (pour schématiser). Mais, pour les éditeurs, le résultat n’est pas le même. Cela triple le prix des à-valoir, de la promotion, de l’impression,… et pour une grande majorité d’auteurs cela réduit par trois leur ventes. Alors, oui, si on compte le nombre de titres en progression chaque année, la BD est loin d’être en crise. Si l’on se réjouit de la richesse de l’offre (et je m’en réjouis), elle n’est pas en crise. Si l’on écoute les libraires débordés par les camions qui viennent leur apporter quotidiennement des palettes de nouveautés, elle n’est pas en crise. Si l’on trouve glamour de voir les auteurs qu’on aime bien utiliser leur talent dans la publicité ou dans des brochures de com, c’est pas la crise. Mais je maintiens que le calcul est simple : le nombre de titres a été multiplié par trois ou quatre ces dernières années et les ventes totales n’ont pas progressé de la même manière. De ce fait, la plupart des titres se vend trois à quatre fois moins bien qu’il y a six ou sept ans. Sans compter que les éditeurs commencent à réduire, tous en même temps, leur production. Tout cela n’apporte pas un minimum de confort a beaucoup d’auteurs pour créer dans la sérénité. Qu’un éditeur confirme ou infirme ce que je dis. Mais je crois que la majorité des auteurs auront fait le même calcul que moi et pense que les conditions de leur corporation entre dans une crise.

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 11 mai 2008 à  22:21 :

        C’est bien de faire des modules courts, c’est plus lisible.

        Car si les retours actuels n’étaient que de 25 % sur l’ensemble des titres, je crois qu’ils seraient heureux,

        Je pense que le taux de retour global en librairie est bien inférieur à cela. En fait, le problème, ce ne sont pas les retours mais leur coût. Il y a des secteurs (la presse, par exemple) où les retours sont bien supérieurs. Les titres qui subsistent sont ceux qui, dans leur économie globale, gagnent de l’argent au final.

        Il est bon aussi, comme tu le proposes, d’entendre la voix des libraires. Et même si cela leur fait plus de boulot, vendre 3000 titres à 100 exemplaires leur procure un même chiffre d’affaires que 1000 titres à 300 exemplaires (pour schématiser). Mais, pour les éditeurs, le résultat n’est pas le même. Cela triple le prix des à-valoir, de la promotion, de l’impression,… et pour une grande majorité d’auteurs cela réduit par trois leur ventes.

        Les points de vente qui ont un nombre limité de produits vendus en grande quantité ont un nom : les grandes surfaces. On en vend pas la même chose en librairie spécialisée, en librairie généraliste ou dans les grandes surfaces.

        Ce qui amène à aborder cette question : la "surproduction" ne frappe-t-elle pas seulement les points de vente qui ont l’ambition (ou la folie) de vouloir TOUT avoir en stock ? Là aussi, il faut affiner l’analyse.

        Mais je maintiens que le calcul est simple : le nombre de titres a été multiplié par trois ou quatre ces dernières années et les ventes totales n’ont pas progressé de la même manière.

        Sur quels chiffres bases-tu cette observation ?
        Je crois qu’elles ont progressé grandement notamment grâce aux mangas qui pèsent pour moitié dans le chiffre global, un marché qui n’existait pour ainsi dire pas il y a sept ans et dont on sait qu’il a conquis de nouveaux lecteurs. Le segment franco-belge a progressé en production de 50%, les comics et les indépendants ont doublé. Pour le plaisir de perdre de l’argent ?

        De ce fait, la plupart des titres se vend trois à quatre fois moins bien qu’il y a six ou sept ans. Sans compter que les éditeurs commencent à réduire, tous en même temps, leur production.

        En 2007, seuls les mangas coréens et le label Soleil a reculé de façon notable. Tout le reste a progressé. Glénat a réduit, par exemple, mais dans le même temps, ils ont acquis L’Echo des Savanes.

        Le marché est dans doute à maturité, d’où la diversification de Kana et Delcourt dans le DVD Manga. Mais en même temps, cette diversification renforce la marque dans les points de vente (librairie et grande distribution), notamment au niveau de la négociation.

        Vraiment, parlons de chiffres vérifiés avant d’affirmer qu’il y a crise. Les chiffres GfK et Ipsos, jusqu’à présent, montre un marché stable en chiffre d’affaires et très dynamique en volume.

        En plus, on sent bien qu’entre le jeu des alliances (Ex : Panini/Marvel/Soleil), l’investissement dans l’audiovisuel (Par ex. direct : Dupuis, Humanos ; indirect : Glénat, Bamboo...), la réflexion sur le développement sur l’Internet (notamment dans la VOD) et les nouveaux supports comme les téléphones portables ou les consoles de jeu), déjà rentables en Asie, les éditeurs ne sont pas largués, ils cherchent des relais de croissance.

        De même, le travail vers des nouvelles voies : les repositionnements de catalogue : Futuropolis et Quadrants pour Soleil, les intégrales compact chez Casterman et Humanos, le Global Manga, le développement d’univers sur des jeux vidéo comme en librairie, des produits dérivés de la télé ou de la musique, ou encore ciblés vers les métiers... ont permis l’émergence de nouveaux acteurs éditoriaux (Bamboo, Ankama...) ou artististiques (la génération des bloggeurs, par exemple).

        Bordel, où elle est cette crise ?

        Tout cela n’apporte pas un minimum de confort a beaucoup d’auteurs pour créer dans la sérénité.

        Comme dans d’autres secteurs, les choses vont vite. Demain, des auteurs français travailleront directement pour les USA, le Japon, l’Inde, le Brésil... Il n’y a plus de confort, quel que soit le métier dans lequel on évolue, du moins jusqu’à ce la mondialisation arrive à égaliser le coût des salaires et des matières dans le monde entier.

        Qu’un éditeur confirme ou infirme ce que je dis.

        Avec des chiffres concrets, SVP, sinon on parle dans le vide.

        Mais je crois que la majorité des auteurs auront fait le même calcul que moi et pense que les conditions de leur corporation entre dans une crise.

        Je crois que c’est en Belgique que l’on dit : "Arrête de croire : les béguines sont payées pour ça" ;)

        J’aimerais avoir ta conviction mais, en libre penseur, j’ai toujours été agnostique. D’où le doute. J’ai l’impression que les certitudes sont plutôt de ton côté.

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        • Répondu par Sergio Salma le 11 mai 2008 à  22:58 :

          Bon, il faut donc prendre une grave décision. Puisque nous sommes trop nombreux, nous les auteurs de bande dessinée, trève de bavardages, de politesses et autres analyses stériles.
          Certains doivent donc dès demain matin arrêter de travailler et se sacrifier pour le bien de cet Art que nous aimons de toute notre âme. Pour savoir qui va devoir changer de métier, une seule solution : "le-Bon-Dieu-a -dit-que-ce-serait-toi"...

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    • Répondu le 12 mai 2008 à  11:08 :

      Bonjour tout le monde !
      Attention aux chiffres que vous avancez ! Je n’ai jamais écrit que 1357 auteurs avaient publiés au moins un album de bande dessinée en 2007, mais j’ai écrit exactement ceci dans mon rapport : "Malgré tout, 1357 auteurs de bandes dessinées continuent, quand même, à pouvoir vivre, de leur métier.
      Seulement, est-ce que tous les 1357 auteurs (contre 1325 en 2006) qui arrivent à vivre de ce mode d’expression (sans être obligatoirement inscrits comme professionnels), laisseront une trace dans le futur ? Pour l’instant, il leur faut survivre dans un contexte de plus en plus difficile, en ayant au moins 3 albums disponibles et un contrat en cours ou en travaillant régulièrement pour la presse, afin de s’assurer un revenu moyen."
      Pour obtenir ce chiffre, je prend tous les catalogues d’éditeurs importants (les 30 plus gros groupes de production qui sont cités dans mon rapport, de Delcourt à Actes Sud pour 2007, donc avec certains indépendants comme L’Association ou Six Pieds sous Terre mais aussi Clair de lune ou Joker) et je recense tous les auteurs vivants (dessinateurs et scénaristes : les coloristes étant seulement répertoriés si ils sont aussi dessinateurs ou scénariste comme Claude Guth, par exemple) : au bout du compte, je ne retiens que ceux qui ont au moins 3 albums disponibles chez un éditeur et un contrat en cours (ce qui exclue des anciens qui ne produisent plus comme Macherot, Paape ou les Funcken, par exemple), et je rajoute les quelques auteurs qui travaillent régulièrement pour la presse (Bayard, Fleurus, Pif Gadjet etc.) et qui n’ont pas encore 3 albums disponibles aux catalogues des éditeurs.
      Il s’agit donc (approximativement bien sûr, mais comme la règle est la même depuis 2000 cela peut être considéré comme une donnée fiable) du nombre d’auteurs de BD travaillant sur le territoire francophone européen (sauf coloristes : désolé pour eux mais c’est plus difficile de les compter) ayant un salaire a peu près décent (souvent insuffisant, nous sommes d’accord). Ce nombre est en effet en augmentation, lui aussi, depuis 2000. Bon courage pour interpréter ces données !
      La bise et l’amitié
      Gilles Ratier

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  • Discours de crise
    12 mai 2008 04:08, par Fred Boot

    Bonjour à tous,

    Très interessante discussion. Mais n’y a-t-il pas deux thèmes qui se téléscopent : la crise de l’édition et la crise du statut d’auteur ? En un sens, tout le monde a raison : le marché se porte certainement au mieux, mais je suis prêt à croire les auteurs lorsqu’ils disent que cela ne se reflète pas directement sur leur qualité de vie. Il y a des mutations qui s’opèrent mais, il me semble, pas vraiment dans l’intérêt de la force de production que représentent les auteurs. Je lorgne de plus pas mal sur le domaine encore très balbutiant de l’édition numérique : les fondamentaux sont déjà posés, l’auteur doit devenir un communicant et un receptacle à annonceurs. En tant qu’humble auteur, il est donc assez clair à mes yeux que l’avenir n’est pas des plus dégagés.

    Sur ces paroles pleines de lendemains qui chantent, bonne journée ! :)))

    F.

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  • Discours de crise
    12 mai 2008 10:33, par Philtomb

    Fort intéressante discussion, à laquelle je viens rajouter (modestement) le point de vue "intermédiaire" :
    ni auteur professionnel ni éditeur mais professeur-documentaliste (sur Angoulême...), et donc acheteur et "conseiller" autour de l’ensemble de la littérature jeunesse actuelle (notamment et depuis plusieurs années dans des clubs lectures).

    Ayant rencontré nombre d’auteurs et d’intervenants autour de la BD, le constat est à la fois simple et complexe : la "crise" est éternelle puisque soit financière, soit artistique, soit sous ou surproductrice, soit morale. Aucun auteur - en dehors de stars- ne roule sur l’or, c’est une évidence digne de La Palice, puisque créer/éditer/vendre une BD à l’heure actuelle est le processus le plus long qui soit, ce n’est pas à vous que je vais l’apprendre...

    Le problème posé est de mon point de vue celui-ci : à quel moment se fait l’adéquation actuelle entre le monde des auteurs, la perception de leurs travaux, la masse productive vendue et sa connaissance pour le grand public ?

    Problème n°1 : en dehors des festivals et salons, et exceptées les sorties phares, aucun média ne parle réellement de la bd (trop peu de sujets tv et radios) ; seul Internet y contribue, avec un aspect pédagogique non négligeable (vidéo interviews, planches en ligne, biblio thématiques, blogs et références diverses). Evidemment, la presse existante continue de promouvoir la bd, mais par "niches" et finalement pour les intéressés, sinon les "fans".

    Problème n°2 : la limitation des ados, de leurs parents, du grand public comme de certains "professionnels" : la BD c’est malheureusement encore un peu trop Astérix/Tintin/Titeuf/Boule et Bill/Les Profs (merci Pica !)/Kid Paddle/Lanfeust et l’ensemble de la seule sphère humoristique franc-belge, XIII,Largo Winch, Blake et Mortimer, Thorgal et Tardi/Bilal/Moebius mis à part. Les mangas ont fait leurs trous, mais on constate le même phénomène (en dehors de Dragon Ball, Naruto, Gen, Akira, Gunmm et Full Metal, pas grand chose...).

    Problème n°3 : dans le collèges/lycées, la part dédiée à la BD est réduite voir inexistante (combien de cdi avec seulement 40 ou 50 bd dont les 3/4 de "classiques") : peu ou pas enseignée, mal référencée, encore déconseillée (en collège, difficile d’acheter une excellente bd où violence, sexe et scènes difficiles se croisent...), ou limitée à un public ciblé.

    Problème annexe : le budget des CDI (allant du tout au tout et défendu par les seuls documentalistes) est à répartir entre documentaires et fictions, avec des prix en augmentation qui limitent donc fortement le nombre d’achats annuels (10 € en moyenne pour un BD ou un roman, 15 € pour un documentaire) : la Littérature Jeunesse a elle aussi "explosée" ces dernières années (en 2006, 4573 nouveautés et 80 millions d’exemplaires vendus pour un CA de 315 millions d’euros !) et à l’évidence, les parents et chefs d’établissement verront toujours et encore d’un meilleur œil les bambins lire un pavé de 400 pages que le dernier Lanfeust... Le "plus drôle" étant de constater que les ados (de 11 à 18 ans) lisent, en général assez souvent, et de préférence les BD (plus récits fantastiques, SF et policiers, et non simplement par facilité.

    Problème n°4 : interventions d’auteurs en établissement parfois TRES compliquées et à organiser et à budgétiser (merci sur Angoulême à l’Atelier polokartoon d’avoir compris cet état de fait) ; le pire étant pour les auteurs d’avoir la sensation de "perdre leur temps" puisque n’étant pas nécessairement "joyeux animateur" dans l’âme, ni heureux de voir leurs comptes en banque stagnés (après avoir vu 150 ados mais n’ayant vendus que 10 albums) !

    Problème n°5 : le serpent se mord la queue, par conséquent, puisque pour le grand public, un dessinateur de petits mickeys (ce n’est qu’un passe temps, non ?) fait son album en un mois maxi, vend de pleins linéaires (normal, c’est l’auteur de Titeuf, non ?), tandis que l’éditeur (qui ça, delgaudpuis ?), du reste méconnu, est mal considéré, mauvais payeur, financeur d’un art au rabais et vit sur le dos de ses auteurs (bref c’est un éditeur...) : en clair, et une fois de plus à l’évidence, l’auteur fait un travail d’auteur, mais le "public" (honte à lui) préférera la 59 ème album de sa série au one shot obscur, l’album intégrale à 15 euros que 5 à 12,50€ (bizarre...) et finalement aller jouer au dernier GTA ou s’offrir un DVD que d’acheter... un livre (argh, qui a coupé la moitié de l’Amazonie pour imprimer ça !).

    Alors, et honteux (puisque grand public), je déclare (outre les dédicaces gratuites) :

    - à quand (dans les grandes surfaces) une réelle diversité de l’offre ?

    - à quand de véritables promotions sur les albums :
     ? Vive les intégrales (mais ce sont en général déjà des best sellers) mais surtout vive les livres moins chers au bout d’un temps (pour les ados, acheter un livre paru en 1990 à 12 €, c’est une aberration (les mêmes trouveront TOUS les autres produits culturels bradés, mais le livre (et la bd) sont-ils des produits culturels ?).

    - A quand la fin de la "crise" existentielle : celle qui fait que le Cinéma est en berne alors que les chiffres de fréquentation salles et de ventes de DVD n’ont jamais été aussi fortes, idem pour la bd ! En clair (et comme pour le cinéma du reste) : plus d’œuvres = plus d’espace (et non pas plus d’exposition ou de durée de vie) = plus de visibilité (si si, puisque Internet permet aussi plus de choses !) = plus de monde potentiellement intéressé, à condition que les œuvres soient en moyenne "de qualité", ce qui est plus que le cas en BD... Mais arrêtons de faire croire et prendre la BD pour la poule aux œufs d’or qu’elle n’a jamais été : un Art, certes, mais aussi un contexte productif de vente où le qualitatif n’est malheureusement pas le premier critère de vente, et où la concurrence est rude.

    - à quand une réelle visibilité des auteurs : interaction avec le public, conférences, débats, making-of, échanges créatifs et aide de l’Etat (pour le financement du 1er album entre autre) enfin à la mesure de l’exception culturelle franco-belge, car le 9ème Art, c’est quelque chose.

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  • Discours de crise
    12 mai 2008 12:23, par Stéphane Beaujean

    Le problème du débat, tel qu’il se profile, est la confusion des idées. Notamment autour de la définition de la "crise".
    Le marché de la BD se porte bien, Didier à raison, les chiffres l’attestent.
    En revanche, l’industrie franco Belge, elle, souffre, notamment à cause de la mondialisation, de l’accroissement des rythmes de production et de la concurrence. Bref de l’économie moderne.

    Ce n’est pas tout à fait les mêmes problèmes, et les mélanger pour parler de ce qui est ou n’est pas "la crise" va je crois ajouter plus de confusion que de lumière sur la nouvelle donne économique.

    EN revanche, il est intéressant de les associer sous certains aspects : liens entre la "performance économique" et "(sur ?)production" permettraient de comprendre dans quelle mesure cette performance est en partie artificielle. En effet, désormais être concurrentiel, c’est occuper le plus d’espace. Et l’espace se paie toujours en sacrifice financier.

    Que le quotidien des auteurs de bande dessinée soit problématique, c’est triste mais normal, bienvenue dans la mondialisation les gars.
    Mais ce n’est en aucune manière un symptôme d’une quelconque crise du marché de la bande dessinée.
    Ce dysfonctionnement est même plutôt un corolaire inévitable de son évolution, lié à l’augmentation des mises en concurrence et à la nouvelle répartition.

    D’ailleurs, Didier aime ici à souvent citer Shumpeter, qui exprime bien l’emballement des marchés. Un marché qui marche bien, dans un système libéral capitaliste qui veut créer de la performance, construit/détruit/et reconstruit. Plus cette mécanique de construction/destruction va vite plus les flux financiers sont importants. Cela secoue donc le marché de la bande dessinée français qui travaillait avant sur la pérennisation d’un fond, des valeurs... que des trucs dont les nouveaux modèles économiques n’ont que faire ou presque.

    Bref, selon moi de crise il n’y a guère, il y a juste adaptation rapide et violente aux nouvelles lois du marché mondialisé. Les français, c’est devenu une coutume, ont plus de mal que les autres pays à s’y adapter, quel que soit le domaine.

    Mais les solutions, dans la bande dessinée comme dans les autres domaines, existent. Soit converger vers des modèles économiques réellement alternatifs, protectionnistes, avec quota, redistribution et autres.... sur les modèles dit marxistes et associés.
    Soit vers le modèle libéral plus pur. Alors là, adieu loi Lang et compagnie. Vraie libéralisation des distributions, fin du prix fixe... afin d’oxygéner les rotations et permettre aux auteurs et éditeur de vendre plus et donc, de mieux gagner.
    Pour ma part, je suis plutôt marxiste. Mais si je dois être pragmatique, il faut reconnaitre que c’est l’autre voie qui est actuellement choisie.
    Et qu’il est bien plus dur d’avancer à contre-courant.

    Pour ma part j’en discuterai là-bas, puisque j’interviens.

    Voir en ligne : http://www.aaapoum.typepad.com

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    • Répondu par Gill le 12 mai 2008 à  20:49 :

      J’aurais bien aimé pouvoir suivre la conférence de Stéphane Beaujean dont l’analyse économique des FAITS (tels qu’il les voit) me semble pertinente... à un détail près :

      Le modèle "marxiste et associés" qu’il cite, c’est le MAGAZINE et le modèle "libéral", c’est le principe actuel des ALBUMS. Or, lorsque l’offre était inférieure à la demande (peu d’auteurs pour beaucoup d’albums publiés), tout allait bien, mais à présent qu’on vit l’inverse, ce système économique montre toute la rigueur du "choix" (ou plutôt de l’orientation naturelle) qui a été fait (le "tout album") : seuls les meilleurs perdurent (mais perdent de l’influence) et TOUS les autres souffrent.

      Petite comparaison MAGAZINE/ALBUMS pour un "petit" auteur :

      - quelques semaines de "mise en lumière", dans le mag pour 100.000 lecteurs / quelques semaines de mise-en-avant en librairie (quand on a la chance d’être sorti du carton) et de ventes possibles (4000 lecteurs en définitive)

      - promotion par prépublication auprès d’un large lectorat (qui indique ses préférences à l’éditeur en toute connaissance de cause) / promotion entièrement dans les mains de l’éditeur (qui est quasiment la seule personne à convaincre + critiques et couvertures en supermarchés)

      - l’auteur doit s’astreindre à participer à des BD d’animation dans le journal ou à "se faire la main" dans des séries de studio / l’auteur se résoud à accepter un contrat de BD très populaire pour subsister (ou participer à des collectifs).

      J’aimerais qu’on m’explique : à partir du moment où un livre n’a que quelques jours de vie dans les librairies avant de disparaître, remplacé par les autres sorties (sans re-tirage), quelle différence cela fait-il avec une pré-publication dans un magazine qui offre les mêmes durées de visualisation mais avec plus d’assurance dans la rémunération, plus de lecteurs et moins de frais de fabrication, de gestion et de diffusion (cumulé) ?

      Je parle bien sûr là des "petits" auteurs qui "encombrent" les rayonnages pour un résultat non satisfaisant (pour eux comme pour les éditeurs), et pas des "grands" auteurs qui bénéficient réellement et fort logiquement des qualités du système libéral... Et le mot "pré-publication" que j’ai employé pour plus de clarté ne serait en fait que LA publication unique (pas d’albums).

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  • Discours de crise
    12 mai 2008 19:15, par Jean-no

    Je ne vois pas tellement la différence entre le mot "crise" et la locution "profonde mutation". Le moment est critique, au sens où il se produit des changements qui s’avèreront sans doute décisifs, c’est évident. Les auteurs autrefois underground sont à présent courtisés par des poids lourds de l’édition, c’est un changement. Les petits éditeurs poussent comme des champignons dans une certaine confusion, c’est nouveau aussi. Je ne peux pas acheter dix albums par jour donc je ne sais absolument pas si la profusion actuelle est de qualité. Encore un changement (qui n’a pas vraiment d’incidence économique mais qui a certainement des conséquences notables), l’importance du blog contre le fanzine...
    Oui il se passe des choses. Et je pense qu’il va y avoir des dégâts et des succès, donc on doit pouvoir parler de crise. Quand au degré de gravité de la crise...

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 12 mai 2008 à  20:00 :

      La différence entre "crise" et "mutation" me semble assez évidente. La crise évoque une notion de soudaineté et de violence ou de brutalité. Rien de tel depuis trois ans il me semble.

      Que le marché soit en train de bouger, c’est une évidence. Tout le monde essaye des trucs pour dégager des territoires nouveaux à explorer qui se plantent (collection 32 chez Futuro, BDVD, etc)ou qui marchent (Ankama).

      La créativité est surtout éditoriale, pas vraiment commerciale. Or, c’est là que ça va se passer.

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      • Répondu le 13 mai 2008 à  09:11 :

        "Vive les mutations ?"

        Il y a et il y a toujours eu des mutations. L’originalité est que depuis quelques années, elles se démultiplient et s’accélèrent. Il me semble plus intéressant de discuter de cela plutôt que de la crise du pouvoir d’achat de nombreux auteurs. C’est plus intéressant parce que c’est plus créatif. Se lamenter sur le coût de la planche qui stagne et sur les mesures qu’il faudrait prendre pour freiner l’arrivée massive de nouveaux auteurs qui viennent manger le pain de ceux qui étaient là avant ou je ne sais quelle ânerie simpliste... c’est fixiste.
        Les meilleures solutions à cultiver se situent le plus souvent sur des terres vierges. Ce qui n’empêche d’en laisser certaines en jachère pour pouvoir aller s’y ressourcer quelques années plus tard...

        Les auteurs doivent produire plus pour gagner plus ou pour maintenir leur niveau de vie. Très bien, on fait en fonction. On synthétise, on simplifie, on change de façon de faire, on change de formats, on essaie des trucs, on va voir ce qui se passe ailleurs, on bosse pour la TV, l’illustration, la publicité, internet... On est auteur avant d’être auteur de BD. On se creuse la tête, on invente dans tous les sens ou alors, on crève. Et malheur aux vaincus !

        Je suis d’accord avec Didier, il n’y a pas de crise.

        f*

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        • Répondu le 13 mai 2008 à  14:06 :

          "Tout va très bien Madame la Marquise, tout va très bien !". Pas de crise donc, les auteurs doivent se mettre au pas, simplifier leurs graphismes pour aller plus vite ; marche -plus vite- ou crève ! On est en plein ultra libéralisme affolant...

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          • Répondu le 13 mai 2008 à  18:59 :

            Avoir de l’audace et de l’imagination, ce n’est pas se mettre au pas, c’est exactement le contraire...
            Donc, cher inconnu, si tu n’as pas d’imagination, que tu fonctionnes en bas débit dans ton crâne et que tu veux faire auteurdebédé comme métier, bin... t’es super mal barré quand même...

            f*

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      • Répondu le 15 mai 2008 à  08:32 :

        Si tu vois la crise comme quelque chose de subit, de brutal et de surprenant, alors il n’y a pas de crise. Mais cette acception n’est pas la seule qui vaille. À titre d’exemple, les historiens parlent de crise de l’empire Romain pour qualifier une période qui s’étale sur plusieurs siècles et qui s’est déroulé dans un empire pacifié et prospère... Donc c’est une question de définition.

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        • Répondu le 15 mai 2008 à  10:48 :

          Les découvertes archéologiques récentes permettent de remettre en cause pas mal d’idées convenues sur la longue période de l’Empire Romain...
          Ceci dit, je trouve plus intéressant de parler de mutation que de crise...
          En 25 ans, j’ai souvent entendu parler de crise alors qu’il s’agissait le plus souvent de mutations. Par exemple, la disparition des journaux au profit des albums. On parlait de crise il y a 20 ans... alors que c’était une mutation, une mutation indispensable et une grande ouverture...
          f*

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        • Répondu par Sergio Salma le 15 mai 2008 à  14:41 :

          Comment imaginer le monde artistique autrement qu’en crise perpétuelle ? Je prends le risque d’enfoncer quelques portes ouvertes dans un débat où je me sens acteur mais aussi spectateur ; car cette crise que l’on observe avec désarroi n’est pas propre à la bande dessinée.

          Je suis partagé entre les avis alarmistes et les tempérances d’en face. Il faudrait définir ce qu’est une crise, ce qu’est une société qui va bien. Je ne peux parler que de ma propre expérience et de celle des 10 ou 15 personnes dont je connais un peu le parcours. Il serait d’ailleurs intéressant de prendre un par un les 1300 ou 1400 auteurs qui ont publié et non pas dire qu’un tel pourcentage est dans la tourmente, une autre proportion va bien, d’autres s’en tirent et d’autres encore vivent dans le luxe.

          Jouons avec les mots. 

C’est quoi une crise ? C’est un dérèglement ?! Un dérèglement de quoi ? Le marché n’a jamais tourné rond sans que personne n’aie à s’en préoccuper ! Le mot "crise" est inadéquat sinon on n’en parlerait pas depuis si longtemps ; le mot" mutation" n’est pas non plus approprié puisque cette mutation est perpétuelle. Il est d’ailleurs très sain et naturel que cette mutation soit perpétuelle.

          Un marché fait entrer en ligne de compte des centaines de paramètres ( autres médias, humeur générale, événements politiques, évolution des moeurs, pouvoir d’achat, vieillissement de la population, habitudes culturelles ...) Il y a sans doute eu une mutation entre 1970 et 1985 environ quand tout un secteur a changé de visage avec l’apparition d’un nouveau type de lecteurs (schématisons en les appelant les adultes). Aujourd’hui rien de tel, il s’agit tout au plus d’un fractionnement, un éparpillement, un éclatement.

          Ce que l’on appelle abusivement crise est affaire générationnelle. Les acteurs qui prennent aujourd’hui la parole ont donc 10, 20 ou 30 ans de recul. Ils mettent en balance ce qui se passait il y a 20 ans avec les événements actuels. Alors oui, sur certains points, pour certains auteurs, rien ne va plus. Rien n’est acquis dans ce domaine et je ne comprends pas qu’on puisse pointer du doigt ces troubles conjoncturels. Pour une bonne proportion d’auteurs, ça va au contraire beaucoup mieux pour eux que par le passé.

          Il faudrait aussi s’entendre sur certains termes ; je trouve très dommage qu’il aie fallu attendre cette hystérie et certains dégâts pour que ça suscite des réactions. Il n’y a pas forcément crise dès lors que certains acteurs du secteur sont en difficulté. Il était évident que ce nombre croissant de titres allait un jour ou l’autre poser problème. Parce que cette profusion était d’abord et principalement une volonté éditoriale. Les éditeurs ont eu intérêt( vital pour eux) d’occuper de l’espace. Les auteurs ont malheureusement joué le jeu et payé de leur personne . Aujourd’hui il y a reflux. Les cartes ont été redistribuées( comparons les groupes éditoriaux actuels et la situation en 1988) mais les auteurs eux sont toujours isolés.
          Celui qui pouvait fournir 3 albums par an va voir sans doute ses partenaires éditeurs diminuer la demande . S’il n’a plus que 2 albums à fournir son chiffre d’affaires chute d’un tiers.

          Si certains auteurs n’ont pas envisagé un possible tassement, s’ils n’ont pas anticipé de quelques mois , ils ont été de mauvais gestionnaires. Même les plus gros vendeurs doivent avoir à l’esprit que les choses peuvent changer brutalement. Mais eux justement ,en plus d’avoir des réserves, ont certainement cette intelligence, ce recul nécessaire.( Intelligence dans le sens étymologique du terme : "lire entre les lignes").

          Ce que 300, 400 ou 500(? )auteurs sont en train de traverser est réel. Mais sur une carrière , il y a très peu d’artistes qui n’ont pas eu à revoir leur façon de faire, leur philosophie. Notre travail est aussi de pouvoir sans arrêt rebondir, c’est inhérent à cette "profession". Ces ruptures, ces avancées, ces cycles sont salutaires ( artistiquement et culturellement vérifiable, des auteurs surgissent après 20 ans de carrière avec un nouveau style, une nouvelle approche ; je pense à Gibrat ou à Laudec...je crois ne pas m’avancer trop en pensant qu’ils ont dû chacun dans leur vie traverser une crise même si celle-ci n’était pas générale)

          Idem au cinéma et tout simplement dans la vie. C’est toujours après les premiers symptômes (graves ou bénins) que les gens prennent garde à leur santé.

          Pour ma part ,je trouve un peu dérisoire cette panique . Le monde est à feu et à sang, c’est une débâcle morale et politique quasi-généralisée et un millier d’individus voudrait ne pas ressentir ces ondes de choc .

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