Dragman : le super-héros travesti de Steven Appleby - Denoël graphic

14 septembre 2020 0 commentaire
  • Pour certains, c’est la cape. Pour d’autres, c’est le masque. Mais pour lui, c’est robe moulante et bas résille ! Dragman : le premier roman graphique de Steven Appleby. Le dessinateur britannique y aborde le travestisme, un de ses sujets de prédilection, lui qui vit vêtu en femme depuis plus de dix ans.

J’aimerais comprendre un truc... Comment peut-on à la fois vivre comme un travesti, passer outre les injures, les quolibets, les moqueries, se frotter systématiquement à l’incompréhension du monde, se couper socialement du reste de la société, bref, témoigner d’une différence et d’un courage extraordinaire, et en même temps, avoir la pensée la plus conventionnelle qui soit ?...

Steven Appleby vient de sortir son premier roman graphique. Son titre : Dragman ! C’est l’histoire d’un homme, August Crimp – marié, père de famille – qui adore s’habiller en femme et, lorsqu’il le fait, il vole ! Parfaitement, il vole ! Exactement comme Green Lantern ou Superman (des gars qui aimaient bien les collants eux aussi)...

Bien sûr, le sujet est original : un super-travesti en robe moulante et talons aiguilles volant, perruque au vent, au secours des petits enfants, ça ne se voit pas tous les jours... Sans parler de son acolyte, la fidèle Dog Girl, moitié femme et moitié chienne, dotée d’un odorat extraordinaire, si extraordinaire d’ailleurs qu’elle peut renifler jusqu’à l’âme de ceux qui l’entourent... Mais voilà, bientôt les ennuis commencent – pour la BD j’entends !

Dragman : le super-héros travesti de Steven Appleby - Denoël graphic

Comme dans beaucoup de comics, l’action se déroule dans un monde imaginaire : ici, les super-héros abondent (c’est même un métier), la science détecte l’âme des gens (rien que ça !), parvient à l’extraire du corps humain (ben voyons !), et à la marchander (évidemment) : on passe donc du traditionnel trafic d’armes au trafic d’âmes ! Le problème, c’est que pour le lecteur, l’intrigue reste confuse, et l’univers aussi...

Déjà, pourquoi le personnage choisit-il de dissimuler ses pouvoirs ? Les super-héros sont si courants dans ce monde-ci (presque autant que les flics ou les pompiers) ! En plus, la femme du protagoniste trouve tout à fait normal que son mari se travestisse (aucun enjeu de ce côté-là donc). Ce qu’elle ne trouve pas normal, en revanche – attention : ressort dramatique de séries américaines –, c’est le mensonge ! Madame ne supporte pas que son mari lui fasse des cachoteries. Pourquoi ? Eh bien parce que sans cela, il n’y aurait pas d’histoire...

Car contrairement aux super-héros traditionnels, August Crimp n’a rien à cacher. Il n’est moqué par personne (ou quasiment), il est entouré de gens qui se déguisent à longueur de journée, côtoie des super-héros syndiqués et globalement appréciés par la population, bref, tout roule pour lui dans le meilleur des mondes... Mieux : son enjeu, à la différence des autres super-héros, ce n’est pas de se surpasser (un peu comme Hulk avec la colère, ou Iron Man avec la bouteille), non ; son enjeu, à lui, c’est de devenir « elle »... c’est-à-dire lui. On passe donc du surhomme nietzschéen à l’homme égal-à-lui-même : un héros qui ne se surpasse pas, mais s’atteint... rien de plus.

Côté dessin, l’usage systématique du gaufrier de neuf cases, avec son trait qui s’inscrit dans la tradition du dessin anglais, dégage une sorte de régularité et de monotonie dans la lecture qui n’arrange pas les choses. On aurait pu comprendre un tel choix si le but de l’auteur avait justement été de faire ressortir la vie monotone du personnage, mais, même lorsque ce dernier s’habille en femme, la structure de la planche reste inchangée : aucune ouverture, aucun rythme... très peu de pleines pages – sauf pour y introduire une image subliminale dans le tapis... mais peut-être ai-je l’esprit mal placé.

(par Florian UZAN)

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