"Family Life" : tendresse et émotion par Jacques Louis

12 septembre 2020 0 commentaire
  • Après sept ans d'absence, Jacques Louis revient avec un nouveau projet autobiographique qui peut être considéré comme la suite du "Chômeur et sa belle", sa série précédente. Jacques et Céline ont maintenant deux enfants et leur vie de famille n'est pas toujours facile, surtout lorsqu'un drame vient perturber tout ça.

Pour changer d’air, Jacques, Céline et leurs deux petites filles, Mélanie et Cathy, emménagent dans un nouveau petit nid familial. Une maison avec jardin que leur aînée, à peine passé le pas de la porte, trouve déjà nul !

Ainsi débute cette chronique d’une vie de famille presque ordinaire, où le moindre moment qui devrait être normal (faire prendre le bain ou donner à manger à ses enfants) se transforme en une scène du film Jurassic Park, vu la turbulence des deux gamines. Une aventure où le moindre moment de tendresse dans le lit conjugal est immédiatement interrompu par des rejetons affamés.

"Family Life" : tendresse et émotion par Jacques Louis

Mais ce ne sont pas ces petites turpitudes qui agitent Jacques, le père de cette famille "dynamique", ni les explications prodiguées à sa fille inquiète après un attentat terroriste. En réalité, cet auteur de bande dessinée est en manque d’inspiration depuis qu’un drame l’a frappé. Depuis, il tente de se reconstruire en dépit de la fatigue accumulée...

Jacques Louis – Family Life – © Dupuis

Après Le Chômeur et sa belle, publié chez Dupuis en 2012 et 2013, Jacques Louis arrive avec un nouveau projet autobiographique qui peut être considéré comme la suite spirituelle de sa série précédente. L’album raconte son quotidien de sa famille d’une manière humoristique, mais aussi très émouvante, en passant d’un gag léger sur les bêtises des enfants à une histoire courte au ton plus grave.

Jacques Louis – Family Life – © Dupuis

« Dans Family Life je touche à des épisodes plus profonds que dans "Le Chômeur et sa belle", nous explique l’auteur. Certains moments peuvent vraiment être chargés en émotion. J’ai voulu laisser respirer ces moments-là, afin que l’émotion ressentie par le lecteur soit pure, non parasitée. Entre "Le Chômeur" et "Family Life", j’ai pu faire le constat que dans certaines périodes de la vie, les beaux moments peuvent cohabiter avec les pires. Sur le plan personnel, cela a été une période absolument merveilleuse et épouvantable, tout à la fois. C’est une sensation diffuse vraiment étrange. Et de ce sentiment étrange est né le bouquin. »

Jacques Louis – Family Life – © Dupuis

En effet, sous couvert de raconter l’ordinaire d’une vie de famille, cet album suit un fil rouge marqué par un épisode triste de la vie de l’auteur qui explique son manque d’inspiration, ses doutes et sa mélancolie que même ses filles remarquent. Family Life est une bande dessinée qui ne met pas seulement en scène les interrogations d’un couple de trentenaires sur l’avenir et l’existence, mais aussi une sorte de thérapie pour le créateur : « Mon objectif reste toujours de faire rire et sourire dans mes albums,, continue à nous expliquer Jacques Louis. J’essaye que le lecteur passe avant tout un bon moment, ressorte de la lecture avec un sentiment positif, feel good. Je suis convaincu que pour passer un bon moment, on doit quelque part faire le tour des émotions. La tristesse, la colère, ont autant d’importance que les autres émotions pour vivre heureux. Et quelquefois, toutes ces émotions se mêlent, et s’enrichissent. On passe du rire aux larmes et certaines émotions se nourrissent de l’humour. »

« Le thème de l’album a été mûrement réfléchi. cela raconte tout ce qui se passe dans une année qui suit le décès d’un proche, c’est l’histoire de ceux qui restent. La vie continue, on a des tas de choses à gérer le quotidien, le boulot, les enfants et le couple, dans mon cas. Il faut continuer à être là, ne rien louper, avec cette peine en toile de fond, qui est là à l’état larvé. J’ai donc réfléchi fort en amont à trois ou quatre récits-clefs et, entre ces points d’appui, viennent se glisser tout un tas de saynètes qui visent à montrer la richesse du quotidien, tous ces aspects qui font la vie de famille. Au final, on avait un album vraiment plein à craquer, on a choisi les récits les plus drôles ou qui avaient le plus de sens et de cohérence. On a aussi gardé pas mal de matos pour le tome 2. »

Dans cette autobiographie publiée au format à l’italienne, Jacques Louis utilise un trait différent de celui du Chômeur et sa belle, un style plus sobre, mais tout aussi efficace. Son dessin se veut également plus réaliste, avec davantage de détails : « Mon dessin se veut très simple et tout terrain, puisqu’il se met au service d’un récit tantôt humoristique et tantôt plus profond, analyse Jacques Louis. Mais derrière cette simplicité apparente se cache un gros travail d’observation. C’était nécessaire de nourrir le dessin avec des détails observés qui donnent du crédit à ces personnages, des choses que l’on peut tous observer dans la vie de tous les jours. C’est la part scénaristique du dessin, celle qui permet au scénario de fonctionner. »

Les pages, mises en scène sans délimitation des dessins, rehaussées d’une bichromie, conviennent parfaitement à l’ambiance drôle et mélancolique, mais pleine de tendresse de l’album. Ce procédé apporte une bonne lisibilité à l’ensemble, en "éteignant" la profusion de détails, un peu à la manière de certains albums de Zep.

« Il y a eu un gros virage dans la forme de ce bouquin par rapport au "Chômeur". Il est facile de dire après coup, qu’il fallait que le dessin respire absolument pour que les détails puissent être perçus par le lecteur. Mais dans les faits, ça a été une gestation très longue, cinq ans ! Au début, on avait fait un album en A4 en quadrichromie traditionnelle, le trait de contour changeait de couleur en fonction de ce que je dessinais. Et on s’est vite rendus compte que le dessin, en apparence très simple, avait énormément besoin de respirer pour que les détails, très importants à la lecture, puissent passer à l’avant-plan. »

« Progressivement, on s’est mis à retravailler chaque planche, chaque case. Lentement mais sûrement. Tous nos choix de graphisme autour de ce bouquin ont visé un même objectif : laisser respirer le dessin. On est passé à ce format de demi-planche à l’italienne, plus grand qu’un A5 pour agrandir le dessin. À un moment, on a décidé de se passer des bords de cases et des contours de bulles, jusqu’à atteindre cette forme pure un peu atypique, qui nous a semblé en fin de compte plus respectueuse et plus adaptée à notre propos. J’ai le sentiment qu’on a fait le tour de la question sur cet album. C’est un bouquin dont je suis le seul signataire mais sur lequel, pourtant, beaucoup de personnes des éditions Dupuis ont bossé avec passion. »

Family Life est un album étonnant, qui génère autant de rires que de moments d’émotion assez intenses, des pincements au cœur, voire même une petite larme. Grâce à Jacques Louis, nous pouvons tous nous rappeler un moment qui nous a marqué par son intensité, positive ou négative. Parce que finalement, le quotidien d’une famille symbolise bien la vie, tout simplement.

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Adrien LAURENT)

(par Charles-Louis Detournay)

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Family Life - Par Jacques Louis - Dupuis

Du même auteur, lire Le Chômeur et sa belle, T1 - Par Jacques Louis - Dupuis/My Major Company BD

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