Hayat Dhalfa (Adjointe à la culture du Maire de Saint-Ouen) : « Nous voulions que la BD d’auteur ait son évènement aux portes de Paris. »

12 mai 2011 10 commentaires
  • Hier s’est ouvert à Saint-Ouen la première journée de Formula Bula, un festival de « bande dessinée et des arts associés » animé par l’Association Ferraille. Nous avons rencontré la responsable politique à l’origine de l’évènement.

La BD à St-Ouen, cela commence avec une médiathèque dédiée à Marjane Satrapi.

Hayat Dhalfa (Adjointe à la culture du Maire de Saint-Ouen) : « Nous voulions que la BD d'auteur ait son évènement aux portes de Paris. »Oui, même s’il y avait une forte tradition de lecture publique pour la bande dessinée. Nous faisons très attention à ce que ce soit un art qui ne soit pas ignoré dans nos rayonnages et dans la prise en compte de cette révolution qu’est la bande dessinée indépendante en réalité. Pour une ville aussi engagée que la nôtre, la volonté de sortir des formes, d’abolir les formats classiques, nous a beaucoup interpelé. Cette bande dessinée a également un message politique qui a trait à l’émancipation et a comme auteure une femme (le maire de Saint-Ouen est une femme, de même que son adjoint à la culture) : Marjane Satrapi porte aussi un message universel du féminin. La volonté de sortir de l’oppression par la culture est un message qu’une ville comme la nôtre a envie de soutenir.

D’où le nom de Persepolis donné à votre médiathèque.

Oui, car nous passions en plus à une autre aventure qui part d’une œuvre graphique et narrative imprimée pour aller jusqu’au film d’animation. Nous avions là quelque chose qui correspondait à ce que le multimédia a envie d’offrir aujourd’hui, non seulement en termes de support, mais aussi, et c’est essentiel pour nous, en termes de qualité de production, de ce qui est dit et porté. Marjane l’a accueilli avec d’autant plus de fierté que c’est son œuvre qui a été mise en avant – la médiathèque ne se nomme pas Marjane Satrapi mais Persepolis. Elle nous a fait le plaisir de venir à son inauguration où des milliers d’Audoniens [habitants de Saint-Ouen. NDLR] l’ont accueillie. Nous avions fait ensemble une conférence sur le fait culturel aujourd’hui qui était passionnante. C’est elle qui m’a présenté Raphaël Barban de l’Association Ferraille, qui a enclenché le travail que nous vous présentons ici.

L’équipe de Formula Bula : aux côtés de Hayat Dhalfa, Adjointe à la culture et à l’animation de la Cité du Maire de Saint-Ouen, Raphaël Barban et Marina Corro de l’Association Ferraille
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Qu’est ce qui vous a décidé à lancer cette première ?

Depuis longtemps, cette ville a fait de la question de la démocratisation de la politique culturelle un pôle central. On avait déjà une forte richesse culturelle avec des plasticiens du cru, on travaille beaucoup sur l’art contemporain. Le 9e art, grâce à cette révolution qui l’a fait sortir du sous-genre du divertissement, nous intéressait particulièrement : on parle ici de lecture mais aussi d’exposition. C’est un croisement interdisciplinaire, sur un registre populaire, pour nous très intéressant.

Cela induit un choix un peu élitiste ?

Non, bien au contraire. C’est un choix extrêmement qualitatif que nous souhaitons offrir au plus grand nombre. C’est le contraire de l’élitisme : c’est l’accès pour tous à ce qui se fait de mieux. Cette semaine, vous allez avoir aussi bien la conférence avec Jens Harder que des ateliers avec les tout-petits et les grands de section maternelle. C’est un peu plus d’un millier d’enfants qui vont être concernés par du dessin, du scénario, du court métrage… Si ça, c’est élitiste !

La BD, c’était une culture naturelle pour vous ?

C’était une de mes cultures. J’ai été étudiante en littérature. Je n’ai pas de mérite : dans cette discipline, on va sur toutes les formes. J’ai eu de la chance de faire ces études dans les années 1990, c’est-à-dire au moment où tout cela bouillonnait. C’est un projet en co-construction. Il y a un idéal de politique culturelle puis, en face de cela, il y a des spécialistes, des amoureux. Nous les faisons travailler ensemble en tenant compte de l’expertise artistique de l’un et de la volonté politique de l’autre. L’Association Ferraille a entièrement pris en charge la direction artistique et travaille étroitement avec les services de l’action culturelle.

Quel en est le budget ?

On commence modestement en allant chercher des partenaires institutionnels. Il y a beaucoup de manifestations de bande dessinée dans la région. Nous avons pensé que la bande dessinée d’auteur avait le droit d’avoir son évènement aux portes de Paris. C’était pour nous un enjeu évident pour lequel nous avons investi, dans ce premier évènement, un peu moins de 100 000 euro.

Propos recueillis par Didier Pasamonik

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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10 Messages :
  • Comme cet attribut "d’auteur" est détestable.
    Ainsi, il y a des films et des BD d’auteuUuuurs et le reste est fait par des robots comme dans le livre 1984.
    Et que voit-on le cas présent derrière ce terme ? : Ferraille ! soit de la BD abordant le plus souvent les thèmes scatologiques (pipi caca) et de l’humour d’une beaufitude absolu digne des pires fanzines d’ado punkisants. Certes, je suis extrême dans mes propos et j’ai quelques BD "pipi caca" de Ferraille / requins marteaux et des fois ça détend bien, mais un extrême en entraîne un autre, opposé, par réaction.

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    • Répondu le 12 mai 2011 à  17:10 :

      Cet élitisme ne date hélas pas d’aujourd’hui...il y a une quarantaine d’années, deux films sont sortis le même jour : "la chinoise" de Godard et "Playtime" de Tati. Devinez qui a obtenu les louanges de la critique ? Et devinez celui qui reste dans l’histoire pour le plaisir des cinéphiles et du public ? Notez que je n’ai rien contre Godard ("le mépris" est un chef-d’œuvre) mais "la chinoise" n’est vraiment pas une merveille, tout juste un document hstorique sur la pensée de l’époque. Laissons le temps faire son œuvre .

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    • Répondu par Sergio SALMA le 12 mai 2011 à  17:53 :

      Ce qui est plus moche encore (si elle l’a vraiment dit ) c’est la formule " le sous-genre du divertissement". Gasp. Ouh oui divertir les gens c’est bas , c’est veule, c’est abject.
      j’imagine qu’elle a voulu dire : " la bande dessinée n’est plus seulement confinée dans cet espace réduit où les gens l’avait rangée, c’est-à-dire une petite récréation anodine , elle a depuis peu franchi la frontière des arts respectables blablabla". Bon, depuis 35 ans quand même mais le temps que l’info arrive à Saint-Ouen...

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      • Répondu par Oncle Francois le 12 mai 2011 à  22:17 :

        Bien d’accord pour une fois avec vous, cher Sergio (pour une fois, il faut fêter l’évènement : champagne !°) C’est vrai qu’avec 150 000 visiteurs ou plus au festival d’Angoulême, on pouvait se douter que la BD n’était plus depuis quelque temps déjà un art mineur ou sous-genre réservé aux neuneus, beaufs et autres décérébrés. Je croyais que monsieur Goscinny l’avait rendu adulte vers 1966, où son Astérix avait explosé à la face de la France (couverture de l’Express si ma mémoire est bonne). Et bien avant, combien de merveilleux albums de Macherot, Tillieux, Hergé et autres avaient été édités ? Madame de la Mairie de Saint-Ouen, vous avez de la BD une idée très récente et déplaisante pour ses plus anciens passionnés.

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    • Répondu par Oncle Francois le 12 mai 2011 à  21:59 :

      Oui, bien sûr, avant Feraille, Persepolis et monsieur Jens Harder, il n’y avait pas d’auteur BD. Messieurs Hergé, Franquin, Goscinny, Uderzo, Van Hamme, Gir, Tillieux, Charlier, Macherot et Will, ne vous sentez pas obligés de visiter ce festival organisé par une municipalité où l’on vous dénie le droit d’auteur ! Vous étiez des machines ou des robots, merci de préciser votre statut exact ! Vous étes dans l’impossibilité à 70% de vous rendre à cet évènement, alors je sens que moi-aussi je vais m’abstenir. Jusqu’ici, Saint-Ouen était surtout connu pour son marché aux Puces, mais on n’y trouve quasiment pas de BD...Et tant pis si les Requins-Marteaux sont un des éditeurs indés les plus lisibles....

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      • Répondu par Denis le 14 mai 2011 à  00:26 :

        Vous êtes tous d’une totale mauvaise foi, Saint-Ouen fait l’effort d’accueillir des auteurs intéressants, ça change, aux dernières rencontres de la bd à Drancy (même département) il n’y avait que des auteurs Soleil et Bamboo et la fille de Renaud, bref c’était vraiment bas-de-gamme.

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        • Répondu le 14 mai 2011 à  11:37 :

          Ce n’est pas le choix des auteurs qui est ici critiqué( tous les gouts sont dans la nature et il y a des auteurs de qualité dans tous les genres- toutes les chapelles) mais plutôt le discours pseudo intello cultureux de cette élue.

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        • Répondu par Sergio SALMA le 14 mai 2011 à  13:17 :

          OK , on est un peu fâchés ; c’est l’interview qui énerve. Bien sûr le reste est louable et même beau. Il est essentiel de donner aux gamins envie de lire, de voir, découvrir. Mais peut-être ne pas rejeter tout un pan de la culture pour en promouvoir une autre, non ?! C’est là le challenge , dire qu’il y a tant de choses à découvrir. Par le biais de centaines d’auteurs et de dizaines d’éditeurs. D’ailleurs le meilleur moyen pour apprendre aux plus jeunes à lire c’est de leur montrer à peu près tout et pas seulement des bouquins prétendument pour eux. Excepté certains ouvrages où l’enfant n’a pas les références nécessaires et bien entendu des trucs trop hard, une bibliothèque comme une manifestation BD devraient donner de l’appétit.

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  • "Le 9e art, grâce à cette révolution qui l’a fait sortir du sous-genre du divertissement, nous intéressait particulièrement : on parle ici de lecture mais aussi d’exposition. C’est un croisement interdisciplinaire, sur un registre populaire, pour nous très intéressant"
    Cette phrase ne veut strictement rien dire... Une révolution (laquelle ?)qui fait sortir la bd du sous-genre du divertissement mais qui permet un croisement interdisciplinaire ( késako ?) dans un registre populaire, c’est du langage politique qui peut-être traduit par ; "On n’est pas des neu-neu débiles qui lisent Astérix, nous on préfère la bd intelligente et mal dessiné, heu pardon, proche de l’Art contemporain,qui parle de la scoliose à pépé sur 120 pages, mais comme on fait ça avec les soussous du peuple, on va quand même vous servir ça sur un plateau populo, parceque bon, les élections quoi...." Non franchement, lire ce genre de propos de la part d’une adjointe à la culture est consternant. Le monde du livre est en crise. TOUS les auteurs le savent bien et renvoyer dos à dos les genres de l’édition ne menera à rien. Quelle horreur de ne pas savoir savourer un bon XIII comme un bon Blutch.

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    • Répondu par Gervasio Pola le 11 mai 2012 à  14:08 :

      Je prends un peu le train avec du retard mais je n’accepte pas la mauvaise foi doublée d’imbécilité crapuleuse. Comment opposer XIII aux productions de Gimenez ? Savourer une BD "mainstream" ne doit pas conduire à l’ostracisme anti-culturel sous prétexte de pseudo-élitisme du discours d’une élue. Votre attitude fait penser à tous les complexés de la terre qui ne lisent pas Beckett ou Joyce et n’ont jamais vu un film de Tarkovski mais qui ont plein de bonnes raisons pour débinner des œuvres incontestables de grandeur. Lisez effectivement Blutch, et personne ne vient vous en empêcher... mais restez silencieux si vous n’avez rien de mieux à dire que ce qui a été dit.

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