"Hors-saison", l’Amérique tremble sur ses fondations

23 juin 2020 0 commentaire
  • Co-fondateur du Center for Cartoon Studies, déjà titulaire de deux Eisner Awards, James Sturm revient avec à nouveau un propos totalement différent : un récit intimiste qui traite de la séparation d'une famille sur fond d'élection présidentielle.

2016. Une période électorale où Bernie Sanders, Hillary Clinton, Donald Trump sont autant de noms susceptibles de changer l’Amérique. L’élection s’invite partout : impossible d’aller sur Internet ou d’écouter la radio sans en entendre parler. Pas une pelouse sans panneau vantant les mérites de l’un ou l’autre. Pas une voiture sans autocollant politique.

Il y a encore trois mois, alors que Mark et Lisa étaient ensemble et soutenaient Bernie, les autocollants appuyant ce dernier réjouissaient Mark. Maintenant, ils le dépriment. Car à une échelle plus humaine que les conséquences de cette élection, la vie de Mark est aussi traversée par d’énormes changements. Il tente de surmonter l’épreuve de son divorce, la santé précaire de sa mère et l’inconstance de son boss. Au fil d’une élection qui présage du pire, ce père de famille fait ce qu’il peut pour préserver sa vie personnelle.

"Hors-saison", l'Amérique tremble sur ses fondations

Peut-être moins connu que Daniel Clowes, Chris Ware ou d’autres, James Sturm reste néanmoins une figure importante de la bande dessinée indépendante aux USA. En 2004, il co-fonde la seconde école de bande dessinée américaine, le Center for Cartoon Studies, sous l’égide d’un conseil consultatif, composé entre autres de Will Eisner, Scott McCloud et Art Spiegelman.

America reprend trois récits de James Sturm, dont Le Swing du golem

Déjà titulaire de deux Eisner Awards (un mainstream pour un one-shot des Quatre Fantastiques et un second en 2008 pour le récit indépendant Black Star), on lui doit notamment le remarqué Jour du Golem qui détaille le quotidien d’un équipe de base-ball juive dans les années 1920, un récit publié en 2007 au Seuil, et réédité avec deux autres récits chez Delcourt en 2011 sous le titre America.

Il a également réalisé Le Jour du marché, dans lequel il analyse avec finesse et dextérité le lien que l’on noue avec sa famille, ses amis et son travail. Un voyage introspectif bouleversant de justesse qui avait été intégré la sélection du FIBD d’Angoulême en 2011.

On retrouve la même sensibilité dans Hors-saison : un père qui tente de concilier vie professionnelle et vie de famille, sauf que celui-ci ne se déroule pas au début du XXe siècle, mais bien en 2016. Et que la vie politique vient bousculer le jeu de quilles.

Si on regrette le prix de ce magnifique ouvrage (25 €), on comprend pourquoi Vincent Bernière, directeur de collection d’Outsider, a opté pour ce format à l’italienne, réunissant plus de deux cent pages de ce magnifique travail au crayon. Il permet non seulement de profiter des subtilités du trait de James Sturm, mais surtout de vibrer au diapason d’un récit qui joue parfois sur le décalage entre les dessins et le hors-textes, lorsqu’il n’utilise pas ces mêmes récitatifs pour nous faire entrer dans les pensées et les troubles traversés par ce père de famille.

Hors-saison est une bouleversante plongée dans l’Amérique "profonde". Sans grande démonstration, ni effets de bord, James Sturm explique comment les élections en 2016 ont profondément chamboulé les fondations des USA. Le tout avec un superbe récit intimiste, touchant dans son histoire d’amour, bouleversant dans sa déchirure et les travers qu’il peut engendrer. Aussi réussi sur le fond que dans la forme.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

  Un commentaire ?