Il s’appelait Geronimo - Par Etienne Davodeau et Joub - Vents d’Ouest

4 août 2014 4
  • On se souvient des trois volumes de "Geronimo" que Davodeau et Joub avaient publiés entre 2007 et 2010 chez Dupuis, une fresque touchante décrivant l'expérience singulière d'un jeune garçon dans un contexte familial atypique. Quatre ans après sa conclusion, ses auteurs nous offrent une séquelle aussi réussie qu'étonnante.

On a tous croisé ce genre de gars un peu paumé qui s’affranchit des règles d’une société ultra-formatée corsetée de "garde-fous", comme si la folie ne pouvait être que du côté du citoyen et jamais de celui des institutions... Cet espace de liberté que s’octroient ces "asociaux", ils le paient souvent très cher : au mieux, ils vivotent en dehors de toute reconnaissance sociale ; au pire, ils sont exclus, se retrouvant réduits à la mendicité, sans protection sociale d’aucune sorte quand ils ne deviennent pas des "criminels" passant par la case-prison pour avoir tenté simplement de survivre... Un genre de personnage qui fait pourtant les grands romans. On pense à Oliver Twist de Dickens, au Jean Valjean d’Hugo...

Cet ancrage dans la réalité des "petites gens" est souvent présent chez Davodeau, c’est pourquoi le Festival citoyen de Blois en a fait son Grand Boum en 2013. Dans ce roman graphique, on retrouve son personnage, Geronimo, que certains lecteurs avaient accompagné, le temps de trois albums chez Dupuis, élevé dans une ferme coupée du monde par un père "à principes", rêvant d’une Amérique où vivent "les vrais Indiens ", découvrant la "vraie" vie en faisant les 400 coups avec ses copains.

Qu’était-il devenu ? Il s’était embarqué illégalement sur un cargo qui le mena vers son Amérique fantasmée, puis plus de nouvelles. Mais son périple ne l’envoya pas précisément là où il croyait se rendre bien qu’il aboutit à un bout d’Amérique, mais situé en France : la Guyane.

Jusque là, son destin, bien que singulier, a quelque chose d’ordinaire. Tant d’histoires racontent ces pérégrinations à la Jack Kerouac. Mais la précarité de sa condition va bientôt mener notre héros dans un écheveau de circonstances aussi extraordinaires que plausibles. C’est d’ailleurs cette plausibilité qui rend ce récit tout à fait saisissant : le lecteur se projette immédiatement dans les situations qui lui sont décrites, parce qu’elles proches des nôtres, dans un cadre qui pourrait être celui de tout un chacun.

Les dialogues de Davodeau coulent naturellement, jusqu’aux silences. Quant au dessin de Joub, bien plus réaliste que dans la précédente aventure et parfaitement documenté (il faut dire qu’il réside en Guyane), il réussit, malgré un graphisme avenant, à décrire des personnalités complexes, revêches même, pour lesquelles on peut avoir de l’empathie sans pourtant adhérer à leur comportement. Car les auteurs n’émettent aucun jugement moral sur les actes et les faits qui sont ceux de leurs personnages.

Quand, pour une fois, des créateurs ne se prennent pas pour Dieu, ça change.

Il s'appelait Geronimo - Par Etienne Davodeau et Joub - Vents d'Ouest
Il s’appelait Geronimo - Par Etienne Davodeau et Joub
(c) Vents d’Ouest

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Lire une interview des auteurs à propos de la série initiale : "Geronimo va servir de révélateur aux autres personnages" (Novembre 2007)

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