"Le Droit du sol", l’appel à l’éveil d’Étienne Davodeau chez Futuropolis

  • Davodeau revient au reportage dessiné avec une traversée angoissée de la France, du sud-ouest au nord-est. Une redécouverte de la nature et de notre patrimoine naturel assombrie par la perspective du danger nucléaire qui pourrait menacer dans nos profondeurs. De son côté, l'éditeur annonçait un grand succès public avec déjà 100 000 exemplaires vendus, et une nomination dans la sélection Éco-Fauve Raja du prochain festival d'Angoulême.

La tête et les jambes. Étienne Davodeau allie sa veine militante et sa quête d’absolu : réfléchir à notre petit monde en danger, et se fixer un défi. Physique. En l’occurrence, 800 kilomètres entre la grotte du Pech Merle dans le Lot et Bure, commune de la Meuse où se déroulent des recherches sur le stockage de déchets nucléaires. Un institut qui prévoit concrètement d’enterrer au même endroit de dangereux déchets radioactifs. Le périple se déroule à pieds, seul -ou presque- et en évitant au maximum les routes et les villes.

"Le Droit du sol", l'appel à l'éveil d'Étienne Davodeau chez Futuropolis

Impossible de séparer l’intime et le politique dans cette expédition impressionnante. Davodeau vise à la fois à redécouvrir un pays dans sa nature profonde, son fond de pureté (sans la pollution des civilisations humaines) et à éveiller les consciences. Si le terme de sapiens revient sans cesse, c’est pour mieux nous rappeler à la modestie de nos origines. Nous nous mettons en danger. Nous sommes capables du meilleur (les peintures de Pech Merle) comme du pire avec cet éventuel amas nucléaire sous nos pieds.

Dans son périple, Davodeau se raconte : son corps, sa fatigue, le soleil qui tape, les rencontres étonnantes, et souvent généreuses. Il intègre également au récit des échanges avec des spécialistes, en relation avec son sujet : scientifiques, militants, et même sa femme et son éditeur !

Avec son noir et blanc bien identifiable, Étienne Davodeau équilibre pensées personnelles, assez pudiques, et réflexions sur la nature qui l’entoure. Avec un sens de l’observation aiguisé, pas mal d’ironie et bien sûr une bonne dose d’autodérision. Il y a quelque chose du Depardon qui arpente la France en images dans sa curiosité partageuse de notre patrimoine.

Si l’on peut émettre de légères réserves sur les intégrations un peu artificielles d’interventions "extérieures" (les témoins cités plus haut), cet entrelacs de marche militante, concernée, et d’exploration intérieure réveille nos consciences de consommateurs. Et nous apprend, faut-il l’espérer, à regarder notre environnement avec une gravité admirative.

(par David TAUGIS)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Le Droit du sol : Journal d’un vertige. Par Étienne Davodeau (scénario, dessin, couleurs). Futuropolis. Sortie le 06/10/2021. 20 x 27 cm. 216 pages noir et blanc. 25 €.

 
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