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Jean Van Hamme, d’extrême droite ? Soyons sérieux !

  • Il n'a pas fallu grand-chose : juste la juxtaposition de quelques mots, pourtant éloignés de quelques lignes dans un article du {Monde} daté du 28 avril 2006, les mots « extrême droite » et « Jean Van Hamme » pour que l'amalgame soit fait. Depuis, dans les forums, la cause est entendue : Van Hamme est d'extrême droite. Analyse d'une rumeur.

Tout vient d’un article paru dans Le Monde daté du 28 avril à l’occasion de la ressortie en kiosque d’un titre historique de l’extrême droite française, Le Choc du Mois. « Le mensuel d’extrême droite, écrit Christiane Chombeau, [...] reparaît, jeudi 27 avril, après treize ans d’absence. Avec, annoncés en couverture, deux entretiens : l’un avec l’humoriste Dieudonné et l’autre avec Jean Van Hamme, auteur de bandes dessinées et créateur, entre autres de XIII et de Largo Winch. Ce dernier y développe la théorie du complot du "gouvernement contre le peuple", abordée dans son album SOS bonheur sorti il y a 20 ans. Pour "ceux qui nous gouvernent (...) l’ennemi est désormais à l’intérieur. (...) cet ennemi c’est nous !" affirme-t-il ». Immédiatement, une copie de l’article tombe dans les messageries du petit monde de la BD. Dans le forum de BDParadisio.com, un sujet de discussion qui s’intitule : « Décidément, Van Hamme et le fascisme » , relaie « objectivement » l’info. Un internaute écrit : « On tombe de haut ! »

Or, à notre connaissance, l’album cité, SOS Bonheur, un excellent album de Jean Van Hamme dessiné par Griffo [1] est tout sauf un brûlot d’extrême droite ! C’est plutôt, nous l’avons déjà écrit, une vision finalement très schumpéterienne de l’économie, c’est-à-dire une pensée assez critique envers le libéralisme, mais aussi vis-à-vis de la plupart des pensées économiques marxistes. Nulle part, chez Jean Van Hamme, il n’y a le moindre indice qui permette de le soupçonner d’appartenir de près ou de loin à une obédience extrémiste : son milliardaire a tout l’air d’être un gauchiste égaré dans la haute finance, l’un de ses meilleurs potes est un ancien soldat de l’armée israélienne et, au niveau des mœurs, la série Largo Winch, naguère censurée dans les pages du Figaro pour cause de baiser lesbien, est assez éloignée des propos homophobes et pudibonds des amis de MM. De Villiers et Le Pen. En fait, le message du scénariste est avant tout celui d’un moraliste qui déplore la malignité de la nature humaine.

Bien évidemment, nous avons été immédiatement vérifier l’objet du délit. Quelle mouche a pu piquer Van Hamme ? Aurait-t-il viré sa cuti, comme cela arrive parfois chez certains vieux écrivains à la dérive, ou s’est-il fait manipuler ? Analyse faite, ni l’un, ni l’autre. L’interview de Van Hamme fait partie d’un gros article sur la théorie du complot dans la BD qui n’est qu’un démarquage des thèses de Pierre-André Taguieff dans La Foire aux illuminés : Esotérisme, théorie du complot, extrémisme (Mille et Une Nuits) pour les appliquer à la BD. Le journaliste du Choc remarque que le complot est partout dans l’univers des bulles et un grand nombre de BD sont citées : Le Scorpion, Le Décalogue, Le Chant des Stryges, Section financière ou Vlad, pas exactement des auteurs dans la mouvance de M. Le Pen, que du contraire. Or cet intérêt de la BD pour le complot, Taguieff l’avait déjà remarqué dans son livre, citant aussi bien Le Décalogue que Le Triangle secret. La thèse n’est donc même pas originale. On notera seulement que l’ouvrage si bien nommé « Le Complot » de Will Eisner qui dénonce un faux antisémite devenu un best-seller dans les officines d’extrême droite, Les Protocoles des Sages de Sion, a été, quant à lui, très opportunément oublié...

Quant à l’interview de Van Hamme, du genre de ce que fait n’importe quel journaliste par téléphone ou même par mèl, elle consiste seulement, de la part de Van Hamme, à livrer ses analyses sur les types de complots que l’on trouve dans la fiction contemporaine. Van Hamme parle en expert, et plutôt brillamment, comme à son habitude. Pas un seul dérapage, pas une opinion suspecte. Juste une rumeur qui enfle sur internet...

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

[1Nous l’avions en son temps chroniqué pour Amazon.fr.

 
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5 Messages :
  • Ce type d’attaques est malheureusement assez courante depuis quelques temps. Certains groupes envahissent les forums de discussion ou autres en essayant de faire passer pour fachos des auteurs reconnus. C’est ici le cas avec Van Hamme, et ça l’a été il y a quelques mois avec Jacques Martin, qui avait répondu à un e demande d’interview pour un magazine soit-disant d’extrême-droite (ce qu’il ignorait totalement). L’interview portait exclusivement sur son oeuvre et sa vie, donc aucun message politique de quelque ordre que ce soit.
    C’est ici le même procédé avec Van Hamme et ces procédés sont méprisables et dénotent de plus, de la part de ceux qui les colportent, d’une parfaite ignorance de l’oeuvre des auteurs concernés.
    Mais le succès attise toujours les jalousies. Que n’a pas dû subir Hergé comme critiques de son vivant, que dire de la campagne de haine contre Uderzo - coupable certes d’un mauvais album, mais qui n’en n’a jamais commis ?
    Jugeons les artistes sur leurs oeuvres, sur leurs interviews car ce sont elles qui véhiculent leurs messages, et non sur des rumeurs entretenues par de sombres frustrés.

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  • Je vois quand même, dans cet article, quelques intentions troubles déjà nuancées par son auteur sur le forum de BDP (l’article est d’ailleurs en parti reécrit en faveur des internautes, malgré certains abus de langage relevés à juste titre), qui pour moi participe plus de la défense d’un intérêt corporatiste que de celle de l’auteur Jean Van Hamme, tout respectable soit-il.

    Entendons-nous bien : il est d’usage que contacté par téléphone ou par "mél", un auteur réponde au garde-à-vous au seul mot de "journaliste". S’il s’agit d’un "journaliste", celui-ci transmettra objectivement l’information communiqué par l’auteur, et l’auteur n’a pas à se soucier de la question : "mais à qui je m’adresse vraiment ?" Or, c’est bien là qu’est le noeud du problème : il y a des journalistes qui sont bien loin d’être fiables, et qui au lieu de relayer objectivement les propos de tel ou tel, s’en serviront à l’appui d’une démonstration, en l’occurence au moins suspecte (je parle évidemment du dossier du "choc du mois").

    Les auteurs devraient peut-être aussi être plus circonspect quant à savoir à qui ils s’adressent, sur quel support et dans quel cadre leur propos seront retranscrits. Je dirais qu’il y a quand même maladresse, ou légèreté, de la part de Van Hamme, dans la mesure où oui : on peut dire non à une interview d’un journaliste, notamment quand les garanties d’objectivité qu’il offre ne sont pas suffisantes.

    Nombreux sont ceux à posséder une carte de presse. Ils ne sont pas tous dignes d’une confiance absolue.

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 29 avril 2006 à  20:23 :

      Il est ridicule de demander à des auteurs d’être les censeurs de la presse !

      En l’occurence, Jean Van Hamme a répondu à des questions qui ne laissent ressortir aucune intention insidieuse. Ses réponses sont sans purement factuelles et techniques. Il est dans son domaine de compétence. Sous sa signature, il n’y a rien de suspect.

      Je ne vois là, ni caution, ni compromission, d’autant que, probablement, le journaliste n’a pas pu lui montrer un ancien numéro puisqu’il s’agissait là du N°1 d’une nouvelle formule. Je ne vais pas là vraiment une maladresse, plutôt une manipulation de la part du journaliste du "Choc".

      Cela dit, qu’à côté des propos de JVH, ce journaliste se répande en thèses douteuses, c’est sa responsabilité, puisqu’il signe ses articles. On est que je sache dans un pays où la loi garantit la liberté de la presse.

      Que ce journal utilise JVH pour faire vendre, c’est une évidence. "Le Monde" a eu raison de réagir, de signaler cette résurrection. Mais faire passer JVH pour un facho en tronquant ses propos, c’est de la part de ce grand quotidien national, une malhonnêteté.

      C’est pourquoi nous avons relayé cette information afin d’avertir les auteurs de la vraie nature du "Choc du mois".

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  • > Jean Van Hamme, d’extrême droite ? Soyons sérieux !
    2 mai 2006 17:37, par Nicolas Anspach

    Suite à la publication d’une interview de Jean Van Hamme dans une revue d’extrême droite, Le Choc du Mois, certains internautes ont pensé que le scénariste de XIII et de Largo Winch cautionnait les idées racistes et fascistes de cette revue. Alors que la rumeur enflait, jeudi dernier, sur certains forums, nous écrivions qu’il n’y avait aucune opinion suspecte dans l’interview litigieuse, et que Jean Van Hamme y livrait une analyse plutôt bien troussée des complots que l’on trouve dans la fiction contemporaine.

    Jean Van Hamme nous a fait parvenir sa réponse aux interrogations de l’un de ses lecteurs. L’auteur déplore avoir donné une interview à un journal d’extrême droite, tout en soulignant sa bonne foi. Il lui est impossible de connaître la tendance des journaux auxquels il accorde une interview, dont « le plus souvent le nom ne [lui] dit rien ».

    — -

    « Monsieur,

    N’étant pas Français, ne vivant pas en France et ne lisant pas la presse française, lorsqu’un journaliste français me demande une interview téléphonique, en général par l’intermédiaire de l’attachée de presse d’un de mes éditeurs, j’ignore évidemment de quel bord il est et quelle tendance prône son journal ou son magazine (dont le plus souvent le nom ne me dit rien).

    Vous déplorez que j’aie donné une interview pour une publication dont vous m’apprenez qu’elle est d’extrême droite. Je le déplore aussi. Le journaliste en question n’ayant pas eu la politesse de m’envoyer son texte avant parution, je ne me souviens plus de ce que je lui ai raconté (et j’ignore comment il l’a interprété), mais il ne pouvait s’agir que de bandes dessinées tous publics puisque c’est là ma principale préoccupation professionnelle. Je ne pense pas être particulièrement raciste et j’ai trop voyagé à travers le monde pour ne pas apprécier la mixité culturelle dont Bruxelles, ma ville natale et de résidence, est un exemple plus harmonieux que certaines villes françaises. Une preuve en est qu’en Belgique, il n’existe que peu de presse "extrême", ni de gauche ni de droite. C’est un pays où il pleut beaucoup, mais où, en dépit de quelques dérapages inévitables, autochtones et allochtones s’y sentent bien.

    En conclusion, ne me faites pas un procès d’intention là où il n’y a de ma part que de la méconnaissance. Je vous remercie néanmoins d’avoir attiré mon attention sur cette "erreur".

    Cordialement vôtre, Jean Van Hamme »

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  • Comme quoi la "bienpensance" englue bien des esprits... Si Jean Van Hamme avait été interviewé par une journal d’extrême gauche, il aurait été invité par Laurent Ruquier ou Yves Calvi.

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