Juan Gimenez achève avec brio sa saga d’Heroïc Fantasy chez Glénat

9 mars 2015 1 commentaire
  • Cinq ans après l'avoir entamé sous la forme d'une trilogie au Lombard, le dessinateur de "La Caste des Métabarons" achève "Moi, Dragon" chez Glénat. Combats pour le trône, humains à sang de dragon et tensions familiales sont au cœur d'une saga parfois un peu confuse, mais dotée d'un exceptionnel brio graphique !
Juan Gimenez achève avec brio sa saga d'Heroïc Fantasy chez Glénat
Le premier tome paru en 2010 au Lombard ne connut pas de suite.

Le Lombard avait frappé fort en juin 2010 en lançant une nouvelle trilogie, Moi, Dragon, réalisée entièrement par Juan Gimenez. Ce talentueux dessinateur argentin avait auparavant traversé des catalogues successifsdans les années 1980, passant de Comics USA à Albin Michel et Dargaud (Léo Roa), avant de s’aventurer dans une aventure au long cours avec La Caste des Métabarons (Les Humanoïdes Associées) signée Jodorowky dans les années 1990.

Le succès de ce spin off du monde de L’Incal lui apporta la notoriété qui lui manquait, ce qui lui permit de retravailler sur des séries en cours, dont Le Quatrième Pouvoir , offrant des versions nouvelles et des intégrales de séries précédemment développées.

La puissance d’évocation de son univers et de ses personnages permettait, peu ou prou, de prolonger la magie des productions hollywoodiennes de SF ou d’Heroïc Fantasy qui déboulent sur les écrans dans les années-là.

Moi, Dragon - Par Juan Gimenez - Glénat

Est-ce dû aux difficultés rencontrées par les Humanos que Gimenez décida de proposer ses deux nouvelles séries au Lombard ? Quoiqu’il en soit, la maison bruxelloise lui fit bon accueil en publiant le premier tome de Moi, Dragon en juin 2010 suivi, six mois plus tard, d’une version du même album en tirage limité, avec un cahier graphique complémentaire. Toutefois, pour un dessinateur qui s’était imposé dans le domaine du Space Opera, cette incursion dans l’Heroic Fantasy n’a pas dû recevoir l’accueil espéré, car Le Lombard attendit d’avoir les deux tomes de La Dernière Vie pour publier les deux parties du diptyque en même temps, tandis que la suite et fin de Moi, Dragon ne vit jamais le jour.

Gimenez revint alors à son corps d’origine, avec Segments, un récit de science-fiction scénarisé par Richard Malka chez Glénat qui avait été son premier éditeur francophone en 1985 avec L’Étoile noire. C’est donc l’éditeur grenoblois qui reprend et termine la série de Moi, Dragon, sous la forme d’un gros volume rassemblant l’intégrale des trois tomes initialement conçus, ainsi qu’un dossier graphique complémentaire et un très beau poster.

Un royaume en lutte intestine

Moi, Dragon débute alors que l’on fête fastueusement l’anniversaire du roi, mais en réalité, le château de Rosentall s’apprête à vivre ses heures les plus sombres. Une puissante armée de mercenaires menée par une pugnace rejetonne, bâtarde et défigurée, s’est mise en marche. Pire encore : les soubresauts de plus en plus fréquents du proche volcan laissent présager que le fléau du ciel en personne est de retour : le Dragon !

Dans ce chaos menaçant, une troupe de forains itinérants chez qui un enfant s’apprête à naître, un élu qui pourrait bien faire basculer le destin du royaume. L’étrange maladie pourvue d’écailles de la mère peut-elle se transmettre à l’enfant ? La bêtise sourde du prince peut-elle accélérer le lent processus de délabrement de la royauté ? Toutes les conditions semblent réunies pour que, vingt ans après les précédents bouleversements, l’Histoire se mette à nouveau en marche dans un fracas de métal et de chairs broyées.

Moi, Dragon - Par Juan Gimenez - Glénat
La couverture de l’intégrale de "Moi, Dragon" n’est pas sans rappeller celles de "La Caste des Métabarons"

Alors que la couverture du Lombard avait mis le dragon en avant, Glénat a préféré choisir une composition familière pour les lecteurs francophones de Gimenez, ceux de La Caste, qui met en avant le portrait d’un seul personnage : la principale héroïne.

Il est vrai que la série compte en effet une dizaine de personnages éminents, à un tel point que la galerie présentée dans le dossier en fin d’album aurait été bien utile en introduction du volume, histoire que le lecteur puisse y revenir au besoin. C’est souvent le travers de ces univers foisonnants dans lesquels on se perd, que ce soit à la TV ou au cinéma.

Car si les protagonistes sont correctement différenciés d’un point de vue graphique par l’auteur, ils restent quelquefois confus en raison des multiples flashbacks qui parsèment le récit et qui en ralentissent la compréhension au lieu de stimuler l’intérêt du lecteur. Il convient d’être donc particulièrement attentif au cours de la lecture de ces 176 pages, si l’on veut suivre le fil des destins (souvent) brisés mais passionnants de cette famille.

Même si Gimenez clôt les possibles approximations par quelques phrases calibrées et achève l’ouvrage par un épilogue salvateur, ce n’est finalement pas tant sa conduite du scénario qui reste dans les mémoires, que les destins torturés qu’il représente (la fréquentation de Jodorowsky pendant près de dix ans doit y être pour quelque chose...) qu’un exceptionnel sens graphique : batailles au chaos indescriptible, impressionnantes attaques de dragon, explosions terribles accompagnées de torrents de feu, moments de tensions dantesques dans les souterrains,...

Le dessinateur argentin a voulu donner le meilleur de lui-même dans ce récit, et cela se ressent à chaque page. Il faut dire qu’il est l’héritier d’une puissante lignée de graphistes "habités" qui part d’Alberto Breccia à l’hallucinant Jorge Gonzàlez, ou encore Francesco Solano López.

Le dossier graphique permet de prolonger cette exploration grâce à de superbes crayonnés. Notons encore que chacun des trois "chapitres" est enrichi d’une superbe double page introductrice, prévue à l’origine pour servir de couverture indépendante à chaque volume. Un poster dépliant grand comme quatre pages A4 apporte une dernière touche finale pour fort volume haut en couleurs de 200 pages à 35 €. Toutes proportions gardées, Moi, Dragon offre une formidable voyage graphique et dramatique, dans le registre de Games of Thrones !

(par Charles-Louis Detournay)

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1 Message :
  • N’est ce pas étrange de dire de Gimenez qu’il est l’héritier d’un auteur ( fabuleux c’est vrai ) comme Jorge Gonzales alors que ce dernier est bien plus jeune que lui et voire méconnu du lectorat ?????
    Juan Gimenez n’a pas la place qu’il mérite dans le milieu de la bd alors qu’il est aussi puissant qu’un Moebius et aussi magnifique qu’un Frezzato ...??....
    Jorge Gonzales est un auteur extraordinaire que j’apprécie aussi mais il n’a rien à voir avec Gimenez...il est plus contemporain dans sa démarche graphique et son travail déborde de la bd pour verser dans une vision différente du modèle classique...
    Juan Gimenez est un maitre .

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