La naissance d’une amitié intergénérationnelle sur fond de manga "Boys Love"

7 juin 2019 0 commentaire
  • Une amitié peu commune entre une adolescente secrètement passionnée de "boys love" et une dame âgée découvrant le genre. Chacune apportant ses visions de la vie et ses idées, les deux héroïnes vont s'en voir métamorphosées, et qui sait... S'épanouir ?

Le hasard a voulu que Yuki, 75 ans, s’arrête à la bibliothèque où travaille la jeune Urara. En flânant dans les allées, son regard se pose sur un manga qui va changer sa vie à jamais. Pour la première fois, la dame se plonge dans les romances entre garçons désignées sous l’expression générique de « Boys Love ».

Cette découverte amène la dame âgée à se lier d’amitié avec l’adolescente lui ayant donné accès à l’ouvrage. Urara, secrètement fan de ce type de manga, découvre en Madame Yuki Ichinoi une amie avec laquelle discuter de sa passion, et s’épanouir, faisant fi de son introversion naturelle. Son aînée peut, quant à elle, rajeunir et élargir ses horizons en dépit de ses 75 ans.

BL Métamorphose aborde ainsi avec simplicité l’amitié intergénérationnelle et l’évolution de deux femmes que tout opposait. Il est temps pour elles de quitter leur quotidien, dicté tantôt par la timidité, tantôt par l’âge, pour briser les conventions et se métamorphoser au contact de l’autre.

Une amitié intéressante à suivre malgré une qualité graphique loin des goûts esthétiques de la vieille dame. En effet, si Yuki aime les traits bien fins et la calligraphie, elle serait déçue de voir son histoire dépeinte dans un style basique, proche du quelconque. Même les lectures que les femmes affectionnent ne sont pas représentées à leur juste valeur, sachant que les « Boys Love » ont un code graphique bien particulier, à l’instar des shôjos ou autres catégories de mangas.

BL Métamorphose, dont le thème est attractif, l’est moins par son trait trop simpliste, son absence fréquente de décors au profit de fonds blancs et ses deux protagonistes principaux dont la représentation graphique ne rend pas justice à leurs personnalités respectives.

Mais son intérêt réside aussi et surtout dans son inscription directe au sein d’une histoire du genre qu’est le yaoi, souvent traduit par "Boys Live". Nous vous en parlions en détail en 2013 : le yaoi, fait par des femmes pour des femmes, constitua à l’origine un outil d’émancipation. En effet, la structure homosexuelle masculine des romances décrites offre à la lectrice un jeu d’identification subtile et mouvant.

La naissance du genre s’inscrit aussi dans un contexte historique précis, celui des années 1970 et des autrices du groupes de l’an 24. Et Yuki, du haut de ses 75 ans, appartient manifestement à cette génération des Riyoko Ikeda, Keiko Takemiya ou Moto Hagio à qui l’on doit par exemple le culte Le Cœur de Thomas. Ou peut-être le léger décalage de notre héroïne, de quelques années l’ainée de ces mangakas, explique-t-il qu’elle soit passée à côté de ce mouvement.

Qu’importe, la découverte se fait plus tard, et c’est tant mieux. Par le biais d’une rencontre avec une jeune fan, comme il en existe aujourd’hui quantité, pour qui le Boys Love est toujours signifiant. Voilà qui nous évoque, chez nous, par exemple, une jeune autrice comme Eternal-S (Sweet Desire), interviewée il y a quelques années et qui nous expliquait l’importance du genre à ses yeux.

BL métamorphose offre donc l’occasion de découvrir à la fois un joli récit d’amitié intergénérationnelle et une la mise en perspective d’un genre qui, ces cinquante dernières années, compta dans la vie des femmes japonaises.

La naissance d'une amitié intergénérationnelle sur fond de manga "Boys Love"
©Tsurutani Kaori / Ki-oon

(par Marc Vandermeer)

(par Aurélien Pigeat)

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BL Métamorphose T. 1. Auteur : Tsurutani Kaori. Éditeur : Ki-oon. Traduction : Géraldine Oudin. 139 pages. Sortie : le 6 juin 2019. Prix : 7,90 euros.

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