Le Ministère des Armées crée le Prix "Galons de la BD"

7 octobre 2020 7 commentaires
  • La BD a aussi le droit à son galon. Ce lundi 5 octobre 2020 a été inauguré à l'hôtel des Invalides la création du prix des Galons de la BD avec la présence de Florence Parly, Ministre des Armées et Geneviève Darrieussecq, Ministre déléguée à la Mémoire et aux Anciens Combattants. À l'occasion de BD2020, ce "deuxième acteur culturel de l’État" a décidé de récompenser des créations originales en lien avec le militaire. Les choses ont bien changé depuis Cabu...

Le Ministère des Armées n’hésite pas à le mettre en avant : il est, avec ses musées, ses centres de documentation et ses différents lieux culturels, le deuxième acteur culturel public. Discret, comparé au Ministère de la Culture... Nos ministres y insistent : le lien entre la Nation et le fait militaire est d’autant plus important qu’il semble fragile. On oublie que les missions de ces ministères va bien au-delà des théâtres de guerre : cela va de l’assistance aux civils (pendant la crise du Covid-19 par exemple) à l’entretien de la mémoire des héros qui se sont battus pour notre liberté. C’est pourquoi l’objectif de ces Ministères est aujourd’hui de faire connaitre ses actions d’une façon plus diversifiée que dans nos esprits et de les promouvoir auprès du public. Avec ce vecteur qui a le vent en poupe en 2020 : la bande dessinée.

D’après la Ministre des Armées Florence Parly : « Nous sommes dans une opération de promotion d’un art qui irrigue la culture contemporaine et qui touche tout le monde, tous les âges, les femmes comme les hommes, les enfants, les jeunes. Et pour nous qui représentons aussi très largement la société française, parce qu’il n’y a pas d’institution plus intégratrice et plus diverse que les armées, eh bien, c’est un art qui, je pense, peut parler à beaucoup. Ce qu’on a voulu faire à travers ce prix, c’est montrer que nous sommes ouverts aux créateurs, ouvert aux éditeurs. Nous sommes convaincus pour l’avoir testé avec d’autres arts, qu’au fond, les guerres, la défense, l’état militaire, tout ça est très inspirant pour les artistes. La BD est comme le cinéma un art visuel et donc nous avons pensé que de la même façon, nous pouvions contribuer à inspirer des créateurs et donner à voir aussi un univers qui parfois peut paraitre très replié sur lui-même, ce qu’il n’est pas du tout. Nous pensons que la BD sera un bon moyen de mieux le faire connaitre et entretenir le lien entre armée-nation et faire vivre la mémoire. » [1]

Le Ministère des Armées crée le Prix "Galons de la BD"
La Ministre Florence Parly, lundi 6 octobre 2020.
Photo : D. Pasmaonik (L’Agence BD)

Le ministère a tenu à ce que le jury soit composé de professionnels du secteur et représentants du gouvernement à condition qu’ils soient tous passionnés de bande dessinée. C’est pourquoi Gilles Ciment, historien et théoricien de la bande dessinée, ancien directeur général de la Cité de la Bande Dessinée d’Angoulême, aujourd’hui directeur adjoint de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD) a été choisi pour être le président du Jury.

Le président du Jury, Gilles Ciment aux côtés des deux ministres.
Photo : Didier Pasamonik (L’Agence BD)

Il faut dire que le thème des guerres ne manque pas en BD, dans le livre et dans l’art en général. C’est une façon plus légère d’aborder un sujet grave, on citera La Guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert ou encore Le Photographe qui offrent par ailleurs une double distanciation rendant plus supportable la violence de la guerre.

Les arts visuels, on pense aux films d’animation Persepolis tirée de la BD éponyme de Marjane Satrapi ou encore Valse avec Bachir réalisé en 2008 par Ari Folman, sont des moyens exceptionnels pour aborder la narration des conflits armées et entretenir la mémoire collective, comme le fait remarquer madame la ministre Geneviève Darrieussecq : « Je ne crois pas qu’il y ait un déficit [de mémoire]. Au contraire, on voit que les sujets mémoriels sont des sujets qui remontent. La population a besoin de ces sujets mémoriels. Ce qui peut paraitre plus difficile, c’est justement la diversification des supports pour transmettre cette mémoire et la bande dessinée peut être un support formidable supplémentaire. D’ailleurs il y a un nombre incalculable de livres d’Histoire et de livres mémoriels également. Je crois qu’il est important pour nous d’aller aussi dans ce chemin là et de pouvoir récompenser quelqu’un qui aura fait un bon travail et l’aider à le diffuser, parce que, pour nous, c’est un outil supplémentaire assez formidable qui touche une grande partie de la société. »

Les ministres Florence Parly et Geneviève Darrieussecq interviewés par ActuaBD
Photo : Klara Lessard

Le ministère, aux côtés de l’ECPAD et des autres services de l’État, compte bien soutenir le Neuvième Art et accompagner la création artistique avec des aides à l’écriture, à la documentation ou à la coédition d’œuvres historiques.

Les deux Prix seront dotés : le premier récompensera à hauteur de 6 000€ une œuvre liée aux armées, au fait militaire et à la défense, tandis que le second prix "Histoire" récompensera de 3 000€ un ouvrage traitant d’un conflit où l’armée française a été impliquée.

Le jury promet de ne pas se mettre des œillères. Au point de récompenser des auteurs qui critiquent la chose militaire, comme Cabu, auteur de "À bas toutes les armées ?" Pour le savoir, rendez-vous le 28 janvier 2021, date de l’annonce des neufs BD sélectionnées pour chacun des prix.

©Ministère des Armées

Une chevalerie moderne ?

Dans l’imagine collectif, l’armée n’est plus synonyme de gloire, de grandes batailles et d’héroïsme. Avec la mutation de la société, les guerres futures seront sûrement des guerres technologiques, quasiment des jeux vidéo, loin de l’image des généraux parcourant le front comme Foch ou De Gaulle. Dans ce contexte, quelle est la place de nos soldats aujourd’hui ? Peut-on encore parler d’héroïsme ?

Florence Parly est catégorique : « Nos soldats étaient engagés dans la crise sanitaire dans le cadre d’une opération, qui était une opération militaire, pour venir au secours de leurs concitoyens. Depuis samedi matin, il sont au secours de ceux qui ont tout perdu dans les Alpes Maritimes, et donc on peut dire que c’est une forme de chevalerie moderne que d’être sans cesse au service des Français, de leur protection et de le faire dans un esprit d’abnégation et de générosité.. »


Du 15 octobre au 30 novembre 2020, les candidatures seront ouvertes et on connaîtra les lauréats au plus tard le 7 mars 2021. Alors, garde-à-vous !

(par Klara LESSARD)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

[1Propos recueillis par Didier Pasamonik.

 
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7 Messages :
  • Le Ministère des Armées crée le Prix "Galons de la BD"
    7 octobre 13:34, par Laurent Colonnier

    Le prix de la honte, un prix collabo et propagande.
    Pourquoi mêler ce pauvre Cabu à cette mascarade ? Combien de fois a-t-il été attaqué en justice par l’armée pour ses dessins, quand il disait « L’armée, c’est l’école du crime » (paraphrasant ainsi Anatole France).

    Ce n’est pas les candidats qui vont manquer,compte tenu du nombre d’auteurs réacs, mouillant leur culotte à mettre moult croix gammées en couverture de leurs bouquins.

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    • Répondu le 8 octobre à  13:33 :

      Après Meurisse académicienne, Cabu serait médaillé à titre posthume… et pourquoi pas Hara-Kiri au Panthéon ?

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    • Répondu par Victoire le 9 octobre à  15:17 :

      Collabo ? Propagande ? Croix gammées ?
      Laurent Colonnier, je pense que Tardi (C’était la guerre des tranchées, Stalag IIB...), Emmanuel Guibert (La Guerre d’Alan, Le Photographe), Émile Bravo (L’Espoir malgré tout), Maël et Kris (Notre mère la guerre) et beaucoup d’autres auteurs éligibles et dignes de ce prix, seraient ravis d’apprendre que vous les tenez pour des nazis. Il va falloir faire un peu de ménage dans votre cerveau très bêtement binaire.

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      • Répondu par Laurent Colonnier le 9 octobre à  21:12 :

        C’était la guerre des tranchées et Notre mère la « guerre » se passent en 14/18, pourquoi voulez-vous qu’il y ait des croix gammées ? Achetez-vous un manuel d’histoire du XX e siècle.
        Le photographe se passe dans les années 80 en Afghanistan, même anachronisme de votre part.

        Nulle croix gammée en couverture de Stalag IIB et La Guerre d’Alan (ou alors faites péter les images). Aucune non plus sur les différentes couvertures des Spirou "L’Espoir malgré tout" d’Emile Bravo, en revanche de très discrètes sur la couv du Journal d’un ingénu, mais pour le putassier voyez plutôt du côté Le Groom Vert-De-Gris, pas de Bravo donc.

        Pour les bouquins affichant moult croix gammées en couverture, ils sont légions, faisant parfois passer les rayonnages des librairies BD pour des congrès du FN, vous chercherez vous-même.

        (pour votre ménage personnel, que vous conseille la tête-de-loup)

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        • Répondu par kyle william le 10 octobre à  14:12 :

          Drôle de polémique. Les auteurs devraient s’interdire de traiter le sujet de la seconde guerre mondiale pour ne pas avoir à dessiner de symboles nazis ? C’est ce qu’on appelle les excès de la Cancel Culture. On peut comprendre le boycott des vêtements Hugo Boss mais il ne faut pas exagérer.

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      • Répondu par Gisela le 10 octobre à  11:43 :

        Il me semble que vous n’avez pas compris le message de Laurent Colonnier et par la même vous osez déformer son propos.
        Il estime que c’est « le prix de la honte, un prix collabo et propagande ». Ici, personne n’est accusé de collaborationnisme. Il parle du prix. Sachez que certes le terme de collabo est apparu sous l’occupation mais l’utiliser depuis ne renvoie pas forcément au nazisme. Extrait de la définition du mot issue d’un dictionnaire quelconque : « ... Le terme peut désigner toute personne s’associant avec une idée ou un individu néfaste ».
        Dans le dernier paragraphe de son message, Laurent Colonnier critique certains auteurs « ... mouillant leur culotte à mettre moult croix gammées en couverture de leurs bouquins ». Je pense que ce qu’il dénonce ici c’est la fascination qu’exerce cette période et aussi que mettre une croix gammée en couverture ; ça fait vendre (Souvenons-nous du journal Pilote dénonçant ce fait avec sa fameuse couverture « Le führer qui fait fureur » avec en une, un portrait d’Hitler caricaturé par Morchoisne. Souvenons-nous de Franquin qui ne supportait pas cette même fascination dans le journal Spirou via la rubrique « maquette » du journal et son lot régulier de croix gammées. Il ne manquera pas de le dénoncer dans plusieurs gags de Gaston, dans « le trombone illustré » et en couverture du journal).
        Aucun des ouvrages que vous listez ne comporte de croix gammée en couverture. Laurent Colonnier ne critique donc aucun de ces auteurs. Il les tiens encore moins pour des nazis comme vous osez l’insinuer en tirant trois mots hors de leur contexte.
        Et puis rien ne dis que les auteurs que vous citez (Tardi en tête) accepteraient un tel prix.

        « Il va falloir faire un peu de ménage dans votre cerveau très bêtement binaire »
        A la lecture de votre message, je trouve que votre prose vous caractérise plus que Laurent Colonnier.

        Concernant Cabu, il ne se posait pas la question. Son livre avait pour titre « À BAS TOUTES LES ARMÉES ! » et non « À BAS TOUTES LES ARMÉES ? ». Dans l’article, le point d’interrogation devrait être après les guillemets.

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        • Répondu par Copaing77 le 20 octobre à  11:34 :

          Bravo à Gisela qui a parfaitement résumé ma pensée. Si on pouvait faire que les commentaires sur ce site soient plus constructifs et respectueux et moins dans des attaques gratuites fondées sur des "incompréhensions" ou des raccourcis flagrants, cela nous éviterait des discussions de type cnews...la bande dessinée mérite mieux que ça et ce prix du ministère des armées me semble tellement réducteur et peu pertinent - pour rester poli ;) - de ce que représente le 9 ème art

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