Le Réaliste d’Asaf Hanuka : chronique d’un changement d’époque

15 juin 2021 1 Albums par Didier Pasamonik (L’Agence BD)
Éditeur : Steinkis Dessinateur : Asaf Hanuka
  • Alors que les élections israéliennes ont été une fois de plus l’occasion pour Benyamin Netanyahou, comme pour ses binômes du Hamas, de tenter un dernier coup de force, il semble bien que « Bibi » soit écarté du pouvoir. Pour quel avenir ? Avec quelles alliances politiques, sachant qu’elles n’ont jamais été aussi contradictoires ? Jamais la situation en Israël n’aura été aussi complexe. Pour tenter de comprendre, "Le Réaliste" (anciennement « KO à Tel Aviv »), dont le dernier tome vient de sortir chez Steinkis, remet un peu de complexité dans la vision que nous avons de la situation dans cette partie du monde. Le point de vue de Hanuka rejoint celui de Paul Léautaud : « On sort peu démocrate du spectacle de la démocratie. »

Un dessinateur, une femme ravissante, deux mômes. Avec la condition politique de sa géographie : Asaf Hanuka est né en Israël de parents irakiens juifs. C’est littéralement un Arabe juif qui a épousé une femme d’origine européenne. Un Sépharade et une Ashkénaze. Terriblement israéliens.

En scène donc, ses enfants, un garçon et une fille, une épouse et… lui-même, face à ses obsessions, ses complexes, ses fantasmes, ses désirs, ses angoisses. Avec une acuité peu complaisante. Et souvent l’impression d’être dépassé, ballotté, malmené par des événements sur lesquels il n’a aucune prise, si ce n’est de travailler sur lui-même, d’en faire la matière première de son art.

Le Réaliste d'Asaf Hanuka : chronique d'un changement d'époque

La religion, les médias, le consumérisme, le jeu des apparences sociales, la vie de couple, les nouvelles technologies et les réseaux sociaux, le terrorisme au quotidien, les missiles qui tombent du ciel, le sionisme, Trump et Netanyahou, des souvenirs d’enfance, les nazis, une file d’attente, Stan Lee, la censure contre un dessinateur de presse israélien, les trottinettes électriques, Superman, Top Chef, le peintre Arthur Kampf (un nazi), le veganisme, la Gay Pride, la Covid-19, la difficulté de l’engagement et, en permanence l’inquiétude en l’avenir.

Avec, à propos de l’élection en cours, cette sentence : « Les prochaines élections sont un événement folklorique sans importance. Le peuple a choisi la dictature, tout le reste n’est que spectacle. » Vous avez dit réaliste ?

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photo en médaillon : Darthradar, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

 
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1 Message :
  • L’introduction de l’article (le chapeau) est un raccourci un peu rapide de la situation, même s’il est vrai qu’en un sens, le Hamas et l’extrême-droite religieuse israélienne sont des alliés objectifs et s’utilisent l’un l’autre pour se maintenir au pouvoir. Comme il est dit plus bas, la réalité est complexe et semble inextricable. Je ne pense pas comme Asaf Hanuka qu’Israel vire à la dictature, mais son système de proportionnelle intégrale en fait une démocratie quasi-théocratique et de plus en plus ingouvernable. Plus que "réaliste", Asaf Hanuka me semble représentatif de cette génération d’israéliens, intellectuels et laïcs que je qualifierais de "résignée". Or ils ont tort de se résigner. Protégés par un mur de séparation d’un côté, par un dôme de fer de l’autre, ils ont tort de se croire à l’abri et surtout ils ont tort de s’abstenir autant aux élections.

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