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Le génie de Kentaro Miura, créateur de Berserk

  • C’est un séisme émotionnel qui frappe les amateurs de mangas par le monde. On apprend seulement maintenant la disparition, le 6 mai dernier, de Kentaro Miura, le génial créateur (entre autres) de Berserk, ce joyau noir de la Dark Fantasy, l’un des sommets du manga japonais. L’artiste vient de décéder d’une rupture d'anévrisme. Il avait 54 ans.

«  Dans Berserk, écrivait Aurélien Pigeat dans nos pages, enchantement et désenchantement se répondent mutuellement, et c’est ce qui en fait l’un des mangas les plus importants de notre époque. »

Le génie de Kentaro Miura, créateur de Berserk
Miuranger, la première BD de Kentaro Miura publiée à l’âge de dix ans !
© Kentaro Miura - Tous droits réservés.

Bijou de la Dark Fantasy qui venait de passer le cap de ses 30 ans en 2018, Berserk est un manga seinen (pour jeunes adultes) qui a marqué une génération de lecteurs par son expressivité sombre et ultra-violente où viscères et sang giclent à un rythme soutenu.

© Kentaro Miura / Glénat - Tous droits réservés.

Avec son graphisme sophistiqué et très référencé, Kentaro Miura allait à contre-courant de la norme classique du manga très orienté de la production industrielle : ses albums et ses artbooks, extrêmement soignés, sortaient au compte-goutte et sa série, tant d’un point de vue esthétique que narratif, par sa profondeur et sa réflexion métaphysique, le rapproche de la production occidentale. C’est sans doute pourquoi cette série, publiée en France par Glénat, est devenue culte.

Une influence notable du peintre flamand Jérôme Bosch
© Kentaro Miura / Glénat - Tous droits réservés.

Une carrière particulièrement précoce

Né en 1966, enfant de parents artistes (son père était storyboardeur et sa mère enseignait les Beaux-Arts), Kentaro Miura est un créateur précoce : il publie son premier manga, Miuranger, en 1976, alors qu’il a dix ans. La série fera 40 volumes ! Il enchaîne dès l’année suivante avec une deuxième série, Ken e No Michi (La voie du glaive) où il met au point sa technique de manière noire si particulière à l’encre de Chine. Il est encore lycéen !

© Kentaro Miura / Glénat - Tous droits réservés.

Quand il entre à l’université, en 1982, il lance divers fanzines avec des copains et devient à l’âge de 18 ans assistant de George Morikawa, qui a le même âge que lui, l’auteur du manga de boxe Ippo (publiée en France chez Kurokawa), une série à succès qui dépasse les 100 volumes. Morikawa reconnaît rapidement chez Miura une maîtrise supérieure à la sienne et l’engage à voler de ses propres ailes.

Miura accède à la notoriété en 1985 avec son manga Futanabi, travail pour l’entrée à l’école d’art de Nihon University (il a 19 ans…) qui lui vaut une nomination la même année comme « Meilleur jeune talent » dans le prestigieux Weekly Shonen Magazine. Dans la foulée, il publie sa première série importante, Noa, qui ne marche pas. C’est en travaillant avec le célèbre scénariste Buronson, le créateur de Ken le survivant, avec qui il réalise successivement trois one-shots Oh-Roh (1990, Le Roi-Loup), Oh-Ro Den (1990, La Légende du roi-loup) et Japan (1992), tous parus chez Glénat, qu’il trouve sa voie.

Ici ce sont les perspectives paradoxales du dessinateur hollandais Maurits Cornelis Escher qui sont à l’oeuvre.
© Kentaro Miura / Glénat - Tous droits réservés.

Enfin vint Berserk

Parallèlement, il met au point son univers avec Berserk (1989), son Opus major, qui le place définitivement au firmament des meilleurs auteurs de manga de tous les temps. Forte d’une quarantaine de volumes seulement, paraissant, surtout ces dernières années, de façon intermittente, ce qui est rare pour un manga, Berserk met en scène deux personnages marquants et ambigus : Guts, guerrier errant armé d’une longue épée, dans la bonne vieille tradition du récit de Samouraï, un personnage à l’enfance torturée : sa mère a été pendue, lui-même se retrouvant ballotté dans des situations sordides. C’est un écorché, né dans la violence et formaté pour elle.

© Kentaro Miura / Glénat - Tous droits réservés.

Il croise bientôt Griffith, guerrier charismatique aux traits de séraphin, chef d’un groupe de voleurs devenus mercenaires, la bande du Faucon. Ensemble, ils se mettent au service des puissants qui se font la guerre, Guts étant le bras droit de Griffith qu’il admire. Mais à la suite d’un retournement d’alliances, Griffith est trahi, capturé et sa captivité est terrible. Pour s’en sortir, le héros fait un pacte avec les forces démoniaques qui le font renaître sous la forme de Femto, non sans qu’il ne laisse dans l’aventure un œil et un bras, et il se retourne contre son ancien mentor. Cela donne une suite de combats titanesques où se déploie un des univers les plus impressionnants de la Dark Fantasy qui fait de nombreux appels de note aussi bien à Jérôme Bosch qu’au créateur d’Alien H.R. Giger.

La série fait rapidement l’objet d’une adaptation en dessins animés (25 épisodes pour Nihon en 1997), connaît un jeu vidéo en 1999 : Sword of the Berserk : Guts’ Rage, doté d’un scénario original, et un autre en 2004 : Berserk Millennium Falcon Arc : Chapter of the Holy Demon War, ainsi que de nombreux produits dérivés.

© Kentaro Miura / Glénat - Tous droits réservés.

Quant à la série de 40 volumes, elle s’est vendue à plus de 50 millions d’exemplaires dans le monde, et constitue l’un des grands succès des éditions Glénat. On doit aussi à Kentaro Miura, Gigantomakhia (2013–2014) et Duranki (2019–2021). Un parcours exceptionnel.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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