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Les Éternels : à tous ceux qui pensaient que Marvel ne pouvait plus surprendre...

  • Cette fin d'année 2021 est très chargée en blockbusters américains : en quelques semaines à peine on vu s’enchaîner "Dune", "James Bond", "Venom", et maintenant "Les Éternels", le petit nouveau de chez Marvel. Pas forcément le plus attendu de la phase quatre du MCU, il succède à "Shang Chi" sorti en septembre, sous la direction de la réalisatrice oscarisée Chloé Zhao. Verdict : pour la première fois depuis pas mal de temps, un film du MCU est parvenu à nous surprendre !

Depuis les premiers pas de l’Humanité sur Terre, une équipe de bienveillants méta-humains nous protège d’un mal indicible. Ils sont les Éternels, notre seul rempart face aux terrifiants Déviants, de monstrueuses entités destructrices. Au nombre de dix, ils sont intervenus à chaque étape de notre développement sur la planète et leurs actes héroïques ont fini par forger nos mythes, légendes et religions.

Après avoir éradiqué le dernier Déviant peu après la découverte de l’Amérique, leur tâche est terminée et ils se séparent, chacun allant vivre sa vie d’immortel à différents endroits du globe. Cependant, des siècles plus tard, un nouveau Déviant refait surface et l’équipe est forcée de se réunir à nouveau pour affronter une menace qui semblait éteinte mais qui revient plus terrible que jamais...

Les Éternels : à tous ceux qui pensaient que Marvel ne pouvait plus surprendre...
© Marvel Studio / Disney.

La recette Marvel, avec un truc en plus

Disons le d’emblée : Les Éternels n’est pas un film PARFAIT mais ses qualités suffisent à le hisser dans le haut du panier des Marvel. La raison à cela est sans aucun doute le talent de sa réalisatrice, Chloé Zhao. D’origine chinoise, elle a remporté cette année l’Oscar du meilleur film et de la meilleure réalisation pour son Nomadland. Elle est aussi connue pour ses prises de positions critiques contre le régime chinois qui lui ont valu d’être persona non grata au pays du Grand Empire (mais on y reviendra).

Kingo, interprété par Kumai Nanjiani, le personnage préféré de votre serviteur et celui avec les meilleures répliques...
© Marvel Studios / Disney.

Fidèle au reste de la filmographie de Zhao, sa réalisation est très centrée sur le développement des personnages, à grand renfort de dialogues et de "temps longs". On est face à l’un des films du MCU qui a proportionnellement le moins de scènes d’action. Elle adopte en outre une narration alternant présent et voyages dans le temps pour explorer le passé des personnages, un rythme qui tranche avec la linéarité habituelle des Marvel. Ce procédé permet des incursions à des époques et dans des univers peu communs à Hollywood (et franchement très réussis, la reconstitution de Babylone est juste superbe).

Les effets spéciaux sont parfois un peu poussifs, surtout au niveau de l’antagoniste qui motive toute l’histoire et qui est très dispensable à l’intrigue. Il pourrait ne jamais apparaître et les enjeux ne varieraient pas vraiment, il devient ainsi le plus gros point faible du film. Les pouvoirs des personnages, assez variés et inédits dans le MCU, offrent des scènes d’actions intéressantes mais qui rappellent très ostensiblement des scènes du Justice League de DC.

Les personnages sont bien développés, attachants, et l’autrice joue habilement du grand nombre de personnages principaux (au nombre de dix) pour ne pas se centrer sur un seul héros mais sur l’ensemble de l’équipe. Au final, personne n’est réellement mis de côté et le pari de rendre intéressant dix personnages simultanément, tout en racontant une histoire aux proportions cosmiques est réussi : chapeau l’artiste !

Un vrai renouveau dans le MCU ?

Druig, joué par Barry Keoghan, le membre le plus intriguant de l’équipe tant par son pouvoir que son développement.
© Marvel Studios / Disney.

À l’instar de la personnalité de sa réalisatrice, Les Éternels s’impose comme l’un des films les plus audacieux du MCU récent. Tout d’abord par son casting d’une grande diversité. Loin de s’appesantir à outrance sur cet effort de représentation, l’ensemble apparaît comme une évidence tant la synergie entre les membres est réussie, aussi bien au niveau de la complémentarité de leurs pouvoirs que de leurs caractères.

Le film n’arbore pas sa diversité comme un étendard marketing (même si bien sûr, les habituels énervés de Twitter n’ont pas résisté à la tentation du procès d’intention) et choisit au contraire de dérouler son intrigue comme le ferait n’importe quel autre film, sans discussion gênante sur le sujet ou moralisation poussive. L’ensemble s’incorpore très naturellement au récit en renouvelant pour une fois l’archétype du super-héros hollywoodien et en offrant à tous les spectateurs des modèles forts d’identification.

Chloé Zhao choisit en plus de briser un grand tabou de Marvel en montrant pour la première fois à l’écran une relation explicitement homosexuelle impliquant un des personnages principaux, là encore avec une justesse et une pertinence rare. Le bonhomme embrasse un autre bonhomme avant de partir au front : so what ? L’effort va bien plus loin que la micro-scène de la fin du dernier Star Wars (coupée au montage dans certains pays) et s’intègre au récit de façon aussi naturelle que n’importe quelle relation de couple plus traditionnelle au cinéma. Avec ces efforts d’inclusivité, Chloé Zhao parvient à rafraîchir le modèle de représentation très rigide du Marvel Cinematic Universe sans donner l’impression d’un militantisme de façade, et avec une sincérité évidente.

Ces décisions ne vont d’ailleurs pas sans de lourdes concessions : du fait du statut de la réalisatrice en Chine et des thèmes abordés, le film n’a aucune chance d’y être diffusé. Et les prises de position en faveur de la cause LGBT interdisent le film à toute une série d’autres gros marchés potentiels dans les pays où ces questions sont bannies. Ainsi, le Qatar, le Koweït et l’Arabie Saoudite, parmi d’autres, ont interdit le film sur leur territoire. Une nouvelle preuve qu’à Hollywood, faire de l’inclusif n’est pas toujours une décision économiquement rentable.

Bien sûr, ça n’a pas empêché une partie de la droite conservatrice américaine (et au-delà...) de se déchaîner sur Twitter comme si leur monde venait à s’effondrer, mais l’essentiel des réactions sont plutôt bienveillantes tout simplement car le film est réussi, "en dépit" de ses qualités progressistes, diront les plus malveillants.

Couvertures promotionnelles pour Entertainment Weekly.
© Marvel Studios / Disney.

Pas particulièrement attendu, Les Éternels s’annonçait comme un film oubliable du nouveau MCU, noyé entre les blockbusters de fin d’année et les séries à haut potentiel de buzz de Disney+. Grâce à des partis-pris audacieux et une réalisation très personnelle, il parvient néanmoins à créer la surprise et saura convaincre sans aucun doute les fans désabusés du MCU comme les nouveaux qui ont encore des étoiles plein les yeux. Espérons que l’exploit pourra être reproduit dans les prochains opus. Rendez-vous pour le savoir en décembre pour le prochain Spider-Man.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

"Les Éternels" - réalisé par Chloé Zhao - avec Gemma Chan, Richard Madden, Kumail Nanjiani, Lia McHugh, Brian Tyree Henry, Lauren Ridloff, Barry Keoghan, Don Lee, Kit Harington, Salma Hayek, Angelina Jolie, Harish Patel - produit par Marvel Studios / Disney - 04/11/2021.

 
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10 Messages :
  • Pas forcément le plus attendu de la phase quatre du MCU, il succède à "Black Widow" sorti en juillet

    Y a quand même eu Shang-Chi entretemps.

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    • Répondu par Jaime Bonkowski de Passos le 5 novembre à  09:07 :

      Oups, bien vu ^^’

      C’est corrigé, merci du signalement !

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  • Assez sensible aux efforts « inclusifs » du film et à son désir de refléter la diversité, mais ça ne dépasse malheureusement pas le stade du gimmick. L’histoire d’amour homosexuelle n’apporte rien au film et reste purement décorative, de même que la scène du baiser lesbien dans Star Wars ou le personnage de l’agent 007 féminin et noir dans le dernier James Bond, posé là sans que son personnage ne soit développé ou utile à l’intrigue. Bref, les blockbusters peuvent encore bien mieux faire. Ajoutons l’absence de têtes d’affiche, l’absence totale d’humour, la lassitude engendrée par les enjeux cosmiques répétitifs de tous ces films, et le kitsch absolu des effets spéciaux, on est en droit de faire la moue. Par dessus le marché, on a perdu Chloé Zhao en route.

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    • Répondu par Jaime Bonkowski de Passos le 5 novembre à  09:25 :

      L’absence de tête d’affiche ? Angelina Jolie, Salma Hayek, Kit Harrington, Richard Madden... C’est quand même du gros calibre xD

      Pour l’histoire d’amour de Phastos, je l’ai perçue comme aussi décorative que n’importe quelle histoire d’amour dans un blockbuster d’action, et c’est justement ce qui fait pour moi sa justesse : on ne force pas son importance, son temps d’écran ou ses enjeux au prétexte qu’il s’agit d’une relation homosexuelle, et on ne l’invisibilise pas non plus comme c’était le cas pour le baiser de Star Wars... Et si on y regarde bien, l’histoire d’amour entre Dane et Cersi n’apporte pas grand chose non plus (sauf bien sûr à la toute fin, mais ce développement pour le coup fait vraiment "forcé" pour rentabiliser le contrat d’une tête d’affiche comme Kit Harrington)

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    • Répondu le 5 novembre à  09:30 :

      Certes, mais on peu dire de même que la scène de sexe hétérosexuelle du film, elle non plus n’ajoute rien à l’intrigue...pourtant on ne voit quasi personne s’en plaindre, à croire que les hétéros ont un passe-droit sur ces "détails qui n’apportent rien à l’intrigue" ;)
      Pour l’absence de tête d’affiche, on a quand même Angelina Jolie, Kit Harrington, Richard Madden... vos critères doivent être sacrément élevés si vous ne les considérez pas comme tels !

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      • Répondu le 5 novembre à  10:25 :

        Ben non. L’histoire d’amour hétérosexuel contrarié entre Ikaris et Sersis est l’un des principaux arcs narratifs du film. La romance entre les deux personnages gays est uniquement décorative. Il faut faire mieux. Quant aux têtes d affiche, Angelina Jolie et Salma Hayek sont d’ex-stars des années 90… les autres sont des acteurs de second plan ou de télévision. Surtout, il manque au film la distanciation ironique qu’apportait Robert Downey Junior. Même remarque pour les nouveaux Star Wars : on mesure le degré de « cool » et de second degré qu’apportait Harrison Ford dans la première trilogie. Sans cette dimension, ces divertissements cosmiques sont quand même assez pesants. J’espère qu’après cette parenthèse destinée à gagner plein de dollars, Chloé Zhao va reprendre son intéressante carrière.

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        • Répondu par Jaime Bonkowski de Passos le 5 novembre à  10:44 :

          Ok pour Ikaris et Sersis, mais Sersis et Dane, on peut en parler aussi ! Niveau utilité de la relation dans l’intrigue, ça se pose là... Et dans le cadre du développement de la relation Ikaris-Sersis, je trouve aussi que la scène """explicite""" de sexe est franchement inutile : on a compris qu’ils s’aiment, pas la peine d’en faire des caisses.

          En terme d’acteurs bankable, il ne faut vraiment pas sous estimer les deux acteurs issus de Game Of Throne, on parle quand même de figures connues par le monde entier, quand bien même ils sont issus de la télévision. Et quand Robert Downey Jr a commencé dans le MCU il était très loin d’avoir la notoriété d’un Kit Harrington, il lui a fallut le temps de construire son personnage (pareil pour Chris Evans d’ailleurs).

          En terme d’humour, je trouve que le personnage de Kingo est franchement drôle, le duo avec son valet apporte un comic relief sympa, et pas trop "lourdingue" au regard de l’humour habituel de Marvel...

          Mais ce n’est que mon avis, et encore une fois l’idée de ma chronique n’est pas de décrire le film comme parfait, mais comme étant surprenant et, pour une fois chez Marvel, assez audacieux. Une qualité rare que vous ne lui enleverez pas je crois :)

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          • Répondu le 5 novembre à  11:07 :

            Je ne partage pas votre indulgence. Après 25 films, une franchise avec une prétention hégémonique et commerciale aussi massive que les films Marvel (et les produits Disney en général), devrait proposer des produits de meilleure qualité. Je ferais la même remarque concernant le dernier Astérix : on est heureux que ce soit Jean-Yves Ferri, et non pas l’exécrable Jul qui fasse les scénarios, ça n’empêche pas que la caractérisation des personnages laisse à désirer et qu’on rit très peu à la lecture du livre. Si les divertissements capitalistes basés sur la nostalgie et la régression infantile doivent tout écraser sur leur passage, on est quand même en droit d’exiger qu’ils soient de meilleure qualité qu’ils ne sont.
            _

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            • Répondu par Jaime Bonkowski de Passos le 5 novembre à  11:19 :

              Je suis on ne peut plus d’accord, mais de fait, les productions dont on parle ne sont PAS d’aussi bonnes qualités qu’elles le devraient. Face à ce constat, va-t-on choisir de se focaliser sur le négatif et d’enfoncer chaque film ou BD sur la base de leurs défauts, ou au contraire saluer les qualités quand elles sont présentes (aussi rares soient-elles) pour encourager les producteurs à faire mieux ? Pendant des années, on a fait que démonter les films Marvel sur leurs défauts sans que ça ne fasse bouger leur ligne édito d’un iota, peut-être qu’il faut changer de technique...

              D’une manière générale, les gens sont toujours plus réceptifs et enclins à évoluer quand on pointe ce qu’on a aimé et ce qu’on voudrait revoir, plutôt que ce qu’on a détesté et qu’on voudrait voir disparaître.

              C’est le message que j’essaie de faire passer : peut (évidemment) mieux faire, mais c’est déjà un peu mieux que d’habitude.

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              • Répondu le 5 novembre à  12:05 :

                Je comprends votre raisonnement mais pour ma part je trouvais les films Marvel meilleurs il y a 15 ans que maintenant. Et ce n’est pas parce j’ai vieilli, j’étais déjà vieux il y a 15 ans. Je suis vieux mais pas nostalgique. J’aimerais que le XXIe siècle commence enfin. Que les jeunes talents de maintenant (Chloé Zhao, Bastien Vivés et tant d’autres) soient désormais si vite absorbés par l’industrie qui les travailler sur de vieux personnages d’il y a 50 ans, n’est pas un signe de bonne santé créative.

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