Luc Brahy et Thierry Lamy ("Force navale", Ed. Glénat) : « Nous espérons combler les attentes de tous les amoureux d’aventures maritimes, qu’ils soient marins ou non ! ».

10 novembre 2018 0 commentaire
  • Le porte-avion Charles de Gaulle est le fleuron de la marine militaire française. D’ailleurs, le Ministère vient d’annoncer que le navire va reprendre la mer en 2019, après deux ans de remise en état. Glénat nous propose de découvrir la vie quotidienne à bord de ce géant des mers grâce à « Force navale ». Retour avec les auteurs sur une création d’album un peu atypique.

Les séries sur l’aviation, à différentes époques, sont pléthore. AéroBD, le festival BD d’Istres (Bouches-du-Rhône), lui est même consacré. Les séries sur la marine, et qui plus est sur la marine contemporaine, sont moins nombreuses sauf chez Glénat qui se lance dans une nouvelle aventure avec Luc Brahy au dessin et Thierry Lamy au scénario, en partenariat avec la Marine Nationale.

Luc Brahy et Thierry Lamy ("Force navale", Ed. Glénat) : « Nous espérons combler les attentes de tous les amoureux d'aventures maritimes, qu'ils soient marins ou non ! ».
Luc Brahy. Photo J. Blachon

Quelle est la genèse de cette série qui débute, Force navale ?

- Luc Brahy : Il faut rendre à César ce qui lui appartient. Ni Thierry ni moi ne sommes à l’origine de cette série. C’est Alain Popieul, commandant de réserve de la Marine Nationale et auteur de plusieurs livres sur ce thème [1], qui a proposé à Glénat l’idée d’une série d’aventures se passant dans le milieu de la Marine Nationale. Glénat m’a ensuite proposé ce projet car j’étais disponible après avoir terminé un album sur le thème de l’aviation militaire, Mission Osirak.

- Thierry Lamy : À Angoulême, j’ai rencontré Philippe Hauri, directeur éditorial chez Glénat avec qui j’ai travaillé sur d’autres séries. Connaissant mon travail, il m’a parlé de ce projet, ayant déjà quelques pistes de personnages. De mon côté, J’avais en stock l’idée d’une série avec comme héroïne une photographe du SIRPA [2]. J’ai combiné le tout et Force Navale a ainsi levé l’ancre. Ce qui est amusant, c’est que Glénat nous a réuni sans savoir que Luc et moi habitons à quelques kilomètres l’un de l’autre... D’ailleurs, nous ne nous connaissions pas vraiment et nous n’avions jamais envisagé de travailler ensemble jusque-là.

Thierry Lamy. Photo J. Blachon

Est-ce que la Marine Nationale a participé à la création de ce projet ?

- TL : D’une façon assez originale, oui. La Marine a été associée à la production grâce à Alain Popieul. Elle nous a proposé des contacts, des consultants pouvant nous donner tous les renseignements nécessaires. Je leur ai envoyé un synopsis succinct des deux premiers tomes et des idées pour quatre tomes supplémentaires. L’histoire a été validée tout de suite à la fois par Glénat et par la Marine, d’autant plus que l’action se déroulait à bord du Charles de Gaulle. De plus, comme je l’ai dit, j’avais déjà en tête une héroïne évoluant dans un milieu majoritairement masculin. C’était une évidence pour moi de reprendre ce parti-pris et cela a plu aux Marins qui sont sensibles à la question de la féminisation de leurs métiers.

Chance exceptionnelle, nous avons été invité à passer trois jours et deux nuits à bord du porte-avions pendant qu’il faisait des manœuvres de qualification le long des côtes méditerranéennes !

- LB : C’était une expérience vraiment mémorable. Nous avons même eu accès à des endroits normalement inaccessibles. Ces trois jours ont été intenses et nous n’avons vraiment pas eu le temps de nous ennuyer. Je n’ai pas dessiné à bord, j’ai pris beaucoup de photos qui m’ont ensuite servi lors de la réalisation de l’album. Thierry, lui, posait beaucoup de questions.

page 41 (c) Luc Brahy

Vous avez un souvenir particulier de cette visite ?

- LB : Le hangar des avions. Dans l’album, Thierry fait une comparaison avec une scène de Star Wars sur l’Étoile de la Mort. C’est exactement ça !

- TL : Bien que mêlés à d’autres visiteurs, nous avions un guide qui a répondu à toutes nos attentes. Nous avons donc rencontré pas mal de gens, à différents postes. Ceux-ci ont d’abord été surpris par nos questions qui étaient différentes de celles qu’on leur pose habituellement, notre principale préoccupation étant de trouver comment mettre en difficulté navires et marins. Il fallait donc souvent préciser qui nous étions et pourquoi nous étions à bord mais dans l’ensemble ça les faisait plutôt marrer ! Au final, l’accueil était vraiment bon et nous avons appris beaucoup de choses.

Vous êtes restés en contact avec la Marine ensuite ?

- TL : Travailler sur un sujet comme celui-ci nécessite un gros travail de documentation. On ne peut pas se planter sur les décors, le vocabulaire employé, le armes, les uniformes… J’ai essayé de coller au plus juste dans leur façon de parler, sans tomber dans un jargon incompréhensible du grand public. Pendant toute l’écriture, je suis essentiellement resté en contact avec un pilote et deux commandos-marines. Il n’y avait pas de question taboue, j’ai pu demander tout ce que je voulais. De toute manière, beaucoup de choses sont accessibles sur Internet pour qui se donne la peine de chercher. Bien entendu, il y a des aspects classés « Secret Défense » et dans ce cas nous avons fait au mieux. Par exemple, comment se prépare et se déroule une opération dans le détail, ou l’utilisation de certains matériels. Ainsi, pour une scène du tome 2, un consultant m’a indiqué qu’elle était crédible mais que je n’aurais pas plus d’informations pour la rendre complètement réaliste.

- LB : Nous sommes attendus au tournant par le personnel de la Marine Nationale, mais aussi par tous les amateurs d’aventures maritimes, et ils sont nombreux ! J’ai donc travaillé très précisément avec Alain Popieul sur les uniformes, pour éviter les impairs.

Thérry Lamy, Luc Brahy. Photo : Jérôme Blachon

Comment fonctionne votre binôme ?

- TL : Très classiquement. J’envoie le découpage à Luc, mais j’évite dans la mesure du possible d’être directif sur les plans, les cadrages. Je lui laisse l’entière liberté de la mise en scène.

- LB : Le style d’écriture de Thierry est assez visuel, je vois bien les scènes qu’il décrit et j’essaie d’optimiser ses idées. J’aime le détail. Parfois, je réalise une projection en 3D à l’ordi, ce qui me permet de faire tourner l’objet comme je le veux avant de le dessiner. Je dessine les planches dans l’ordre et certaines sont plus difficiles que d’autres.

La scène du boutre [pp.40 et 41] a été compliquée à mettre en page. Par contre, c’est pour dessiner des planches comme celle de la p.16 que je fais ce métier ! Un autre point important aussi : le lien entre le dessinateur et le coloriste est essentiel. La collaboration avec HS Facio sur ce tome a été excellente, je regrette que Glénat n’ait pas accepté que son nom figure sur la couverture.

Une intrigue secondaire apparait en filigrane dans l’album mais elle n’apporte pas grand-chose. Va-t-elle prendre de l’importance par la suite ?

- TL : C’est un lieu commun, mais je n’aime pas les personnages lisses. Pour moi, ils doivent avoir des failles, afin de les rendre plus « humains ». Le premier tome se termine donc sur cette intrigue, cette faille, qui me sert de fil rouge avec le prochain tome.

Couverture du tome 2 (c) Cédric Fernandez

Belle transition : quels sont vos projets ?

- LB : La mise en route sur le tome 1 a été longue mais j’ai immédiatement enchaîné avec le tome 2 qui est quasiment terminé. Il devrait paraître en mars 2019. Je travaille toujours sur plusieurs tomes en même temps : sur le second tome de Irons, des Fantômes du passé, sur le troisième tome de Etoilé... Je travaille aussi sur un album qui se passe lors de la prohibition, à paraître chez Delcourt.

Je n’ai pas de clause de préférence pour un éditeur, je peux donc travailler pour plusieurs éditeurs différents. J’aime travailler tous les sujets réalistes du XIXe siècle à nos jours, dessiner pour raconter des histoires... Je suis moins attiré par la science-fiction et pas du tout par l’Heroïc Fantaisy.

- TL : Je suis assez éclectique moi aussi, même si je me concentre en ce moment sur Force navale et mon autre série publiée chez Glénat, Faucheurs de vent, avec Cédric Fernandez au dessin. Je suis en train de finaliser l’écriture du scénario du troisième tome.

Superbe p16 (c) Luc Brahy
page 35 (c) Luc Brahy

(par Jérôme BLACHON)

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[1Il a publié, entre autres, Le Grand Livre de la Marine, avec Emmanuel Boulard. Ed. Michel Lafon, 2015.

[2Service d’informations et de relations publiques des armées.

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