Dairiki Yuki (Kaïgai Manga Festa), "Bienvenue aux auteurs étrangers !"

9 novembre 2018 0 commentaire
  • Inaccessible le Soleil Levant pour les auteurs européens ? Au Japon, un festival déploie des efforts pour accueillir des artistes internationaux. À Tokyo et à Kitakyuchu, le Kaïgai Manga Festa invite les stars mondiales et -dans la tradition anglo-saxonne- propose aux dessinateurs d'autres pays un emplacement pour une centaine d’euros dans son « Artist alley ». En commerçant avec les visiteurs, ceux-ci financent ainsi partiellement leur odyssée nippone.

Quinze jours avant son événement tokyoïte, le Kaïgai Manga Festa de Kitakyushu a lieu le week-end des 10 et 11 novembre 2018. Ni l’Eldorado, ni le miroir aux alouettes, l’événement se présente comme une opportunité pour s’immerger dans le monde des mangas. Une expérience que le dessinateur de comics français JL Mast a tenté en 2017 et qu’il ne regrette pas : «  J’avais un peu peur au début vu que l’événement ne dure que quelques heures, nous a-t-il confié. Mais au final, il y a eu énormément de monde et ce fut très intense. Je recommande sans soucis à mes collègues !  » Dairiki Yuki, membre du Bureau du Kaïgai Manga Festa que nous avons rencontré à l’occasion des Golden Comics Awards de Taipei, nous en dit plus…

Dairiki Yuki (Kaïgai Manga Festa), "Bienvenue aux auteurs étrangers !"
Un logo signé B. Vivès

Un festival, deux villes, comment fonctionne Kaïgai Manga Festa ?

Nous avons deux événements, un festival à Kitayushu du 10 au 11 novembre 2018, où nous y tiendrons un hommage à Osamu Tezuka et un autre d’une journée à Tokyo qui aura lieu le 25 novembre. C’est un festival qui incite à la découverte, d’abord de nos classiques pour les plus plus jeunes, ainsi que de la bande dessinée internationale. Par exemple, nous laissons le soin à des comédiens de s’inspirer d’œuvres internationales et de les interpréter sur scène. Mais c’est avant tout un rendez-vous de fans de bandes dessinées sous toutes leurs formes qui viennent pour se rencontrer.

Pourquoi Kitayushu ?

C’est une ville de l’île de Kyushu au sud du Japon qui se développe autour de la bande dessinée. Elle accueille par exemple un musée du manga.

Qui sont vos invités internationaux ?

Nous aurons le célèbre créateur brésilien Mauricio de Sousa qui était un ami d’Osamu Tezuka. Le Français Tony Valente sera également présent. Le dessin animé inspiré de sa bande dessinée Radiant sera diffusé au Japon, un événement exceptionnel pour un dessinateur étranger.

Matt Frank est l’auteur (entre autres) de Godzilla, il ne manquera pas le Kagai Manga Festa
Photo : Matt Frank

Que peut faire un dessinateur étranger qui louerait un emplacement dans votre espace Artist alley ?

Il peut vendre des livres, des dessins originaux ou des produits dérivés, exposer et réaliser des dessins contre le versement d’une commission. Un traducteur assistera gratuitement en anglais les artistes étrangers.

Les livres pèsent un certain poids avec les restrictions de bagages dans les transports aériens, il n’est pas facile d’en apporter beaucoup…

C’est vrai, je recommande de publier ses œuvres en ligne et de communiquer avec des QR code pour les télécharger. Au Japon un artiste peut percer s’il est soutenu par un groupe de fans, nous aimerions que la même chose se produise avec des artistes étrangers. C’est pourquoi nous faisons de grands efforts pour réduire le prix du stand avec des aides publiques et privées (L’équivalent d’une centaine d’euros, NDLR). Les organisateurs sont d’ailleurs tous bénévoles.

On présente souvent le Japon comme une cause perdue pour la bande dessinée européenne, avec des lecteurs trop focalisés sur les mangas pour lire d’autres types de production. Qu’en pensez-vous ?

C’est une réalité pour la plupart des lecteurs japonais. Je pense que cela s’expliquer par le fait qu’ils n’ont pas beaucoup d’occasions de connaitre autre chose. Le Japon est dans une position d’isolationnisme culturel, mais depuis quelques années les choses évoluent, la K-Pop et d’autres cultures coréennes font une percée. Cela nous a incités à persévérer dans notre voie. Nous invitons également les éditeurs japonais à venir rencontrer les auteurs internationaux

Julie Blanchin Fujita, co-auteure de "la Cuisine japonaise sans sushi" (Kana) avec Stéphane Chapuy a déjà bouclé ses valises pour Tokyo
© Julie Blanchin Fujita

D’où viennent les dessinateurs étrangers de l’Artist alley ?

Quelques Français sont déjà venus. Il y a beaucoup d’Américains et de Britanniques, les comics sont connus au Japon. Cette année, j’ai remarqué qu’un groupe de Péruviens va nous rejoindre. Le gagnant du Golden Comics Award de Taiwan sera également invité de notre prochaine édition. Cette collaboration avec une structure étrangère est une première pour nous.

Un conseil pour des jeunes dessinateurs qui voudraient apprendre le manga au Japon ?

Parce qu’ils sont sous pression pour livrer leurs pages dans les délais, beaucoup de mangakas travaillent avec des assistants étrangers. Ils sont souvent chinois, coréens et aussi français. Il ne faut pas le cacher, c’est un travail si dur que certains jeunes Japonais ne veulent plus le faire, c’est pourquoi la main-d’œuvre étrangère est bienvenue. C’est ainsi que tous les grands auteurs ont commencé et ça peut être long avant d’y arriver. Pour tenter cette voie, il vaut mieux avoir des bases de japonais.

Sur votre site, il est indiqué que les inscriptions sont closes depuis le mois de septembre, qu’en est-il ?

Pour les dessinateurs étrangers, nous faisons volontiers exception. Nous pouvons arranger ce problème en nous contactant par notre page facebook .

Voir en ligne : https://www.kaigaimangafesta.com/

(par Laurent Melikian)

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