Marianne Duvivier : « Les lecteurs réfléchissent souvent à leurs secrets de famille après avoir lu l’Echarde »

11 janvier 2007 0 commentaire
  • Initiatrice avec Frank Giroud de la collection {Secrets}, {{Marianne Duviver}} a publié le diptyque {L’Echarde} dont le dernier volume est paru à la fin de l’année dernière. Les auteurs nous entraînent dans Paris, à l’aube de Mai 68.

Dans ce récit, Annette va découvrir que sa naissance cache un secret des plus pesants ! La dessinatrice nous parle avec passion de ses motivations et de ce récit.

Comment est née votre collaboration avec Frank Giroud ?

Nous nous connaissons depuis une quinzaine d’année, et avons directement eu envie de collaborer ensemble. Mais à l’époque, je travaillais sur Mauvaise Graine, une série pour laquelle j’assumais à la fois le dessin et le scénario. Il m’était difficile de mener de front deux séries. En effet, je suis assez laborieuse.
Lorsque ma série s’est arrêtée chez Casterman, je l’ai recontacté et nous nous sommes rencontrés au Cimetière du Père Lachaise.

Marianne Duvivier : « Les lecteurs réfléchissent souvent à leurs secrets de famille après avoir lu l'Echarde »Pourquoi avez-vous eu envie de travailler à nouveau avec un scénariste ?

Travailler seule sur une série est une chose merveilleuse car vous vous transformez en un « homme orchestre ». Mais d’un autre côté, vous vous sentez rapidement seule dans votre imaginaire. Je réitérerai sans doute cette expérience car elle m’était agréable. Mais je traversais un moment de ma vie où j’avais envie de partager mon imaginaire avec quelqu’un d’autre. Tout en ayant conscience que le partage implique également les difficultés. Il faut être capable de faire des concessions et d’accepter le dialogue. Travailler avec Frank sur les deux albums de L’Echarde a été une expérience enrichissante.

Qu’est-ce qui vous a séduite dans la thématique des secrets de famille ?

Lors de notre promenade au Père Lachaise, nous avons imaginé la vie des personnes qui y étaient enterrées et forcément la discussion a dévié sur les secrets de famille. Nous nous sommes racontés les nôtres. J’apprécie beaucoup ce thème, car il peut être inclus à n’importe quel style d’histoire : du polar à la science-fiction, en passant par le récit historique ou intimiste. De plus, j’aime parler des relations humaines.

L’humanité de Frank Giroud est également frappante.

Exactement ! Nous sommes arrivés tous les deux à un moment de notre vie où l’on a besoin de creuser dans nos sentiments et dans notre histoire. Bien sûr, on peut avoir cette démarche à vingt ans. Mais à quarante ou cinquante ans, on a plus de maturité pour explorer les méandres de l’âme et des relations humaines. À cet âge, on n’a plus envie de superficialité…

Extrait du T2

Intervenez-vous dans le scénario ?

Non. Le scénario est le sien. Mais nous avons tellement discuté et correspondu qu’il n’y a pas vraiment de dessinateur ou de scénariste dans L’Echarde, mais plutôt un récit. Il y a eu une osmose entre nous deux en faveur du récit.

L’Echarde relate un secret fort intime.

Je préfère les histoires plus humaines, où les secrets se démêlent au fil des pages, où les regards se croisent, où la tension monte sans pour autant verser dans le thriller ou l’aventure. J’aimais beaucoup la toile de fond de l’Echarde. Mai 68 fut une période mouvementé pour la France. Les idées se bousculaient dans la tête des jeunes adultes. On peut faire un parallèle entre cette période et la découverte de notre personnage principal, Annette, de son secret… Sa démarche s’inscrit dans le chamboulement de l’époque !

Trois « Secrets » ont déjà été publiés. Cela devient une véritable collection.

La sortie de chaque tome enrichit son propre album. Finalement, cette collection se renforce au fil des mois. C’est un atout majeur que les éditions Dupuis ont su saisir quand on voit le nombre d’albums qui sortent chaque année.

Vous vous découvrez-vous-même en traitant ce sujet ?

Oui. On en apprend toujours sur soi-même en se plongeant corps et âme dans un sujet. On réfléchit forcément à sa propre relation avec sa famille, ses amis, etc.
Mais le plus touchant est de remarquer à quel point L’Echarde a suscité le débat. Des personnes viennent me voir lors de séances de dédicace pour me parler de leurs secrets. Même s’ils ne sont pas aussi horribles que ceux que nous avons traités, ils parlent de ceux-ci dans leurs familles.

Vous allez dessiner un nouveau secret scénarisé par Frank Giroud et sa compagne, Virginie Greiner.

Il s’agit à nouveau d’un récit intimiste, bercé par une ambiance « chabrolienne ». La majorité des scènes se déroulent dans le même lieu. L’atmosphère y est lourde, et le secret se démêle peu à peu. Finalement, qu’est-ce qu’un secret de famille ? Un élément qui a été gardé longtemps – parfois durant des générations – enfoui et qui transpire doucement. Il faut être proche d’eux et voir les liens qui se sont tissés dans la famille depuis des générations.

Frank Giroud nous a confié que vous allez changer de style graphique.

Il est mignon de dire ça ! Cela ne va pas être un grand bouleversement, mais je vais essayer d’évoluer et de trouver un juste milieu entre le velouté du crayon et la technique de l’encrage… Tout en restant fluide.

(par Nicolas Anspach)

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Photo de l’auteur : (c) Nicolas Anspach - Reproduction Interdite.
Illustrations : (c) Duvivier, Giroud & Dupuis.

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