Moby Dick - Livre premier - Par Chabouté - D’après Herman Melville - Vents d’Ouest

4 février 2014 0 commentaire
  • "Moby Dick" de Herman Melville... Qui ne connaît l'histoire de ce fabuleux cachalot blanc qui obsède le capitaine Achab ? C'est à ce chef-d'œuvre de la littérature que s'attaque le noir et blanc de Chabouté. Une tâche ardue que l'adaptation de ce monument de la littérature mondiale...

Quelques années après avoir adapté en bande dessinée le classique de Jack London, Construire un Feu, Chabouté s’attaque à un autre monument de la littérature américaine, le Moby Dick de Herman Melville (également auteur du chef-d’œuvre Bartleby le Scribe entre autres) paru en 1851.

L’histoire est pratiquement connue de tous : Moby Dick, un gigantesque cachalot blanc, a emporté la jambe du capitaine Achab lors d’une chasse, il est devenu depuis lors son obsession. Cette histoire de vengeance est l’une des plus intenses et des plus magnifiques qu’a pu connaître la littérature mondiale. Déjà multi-adapté, par John Huston au cinéma en 1956 et déjà en BD par Jean Rouaud et Denis Deprez, il y a quelques années, ou encore par Will Eisner au début des années 2000, cette vendetta personnelle et infernale est un sommet de l’art romanesque.

L’intrigue de cette première partie en quelques mots : Ismaël cherche un embarquement et pose le pied sur le Pequod, un baleinier qui semble comme les autres au premier abord. Mais ce navire ne prend pas la mer uniquement pour emplir ses cales, il est guidé par la folie de son capitaine.

L’auteur du très beau Un peu de bois et d’acier propose, avec son noir et blanc profond et contrasté, un regard singulier sur cette démence qui dévore l’âme et qui emporte dans ses entrailles ces hommes en quête de travail et de subsistance. Forçats de la mer, engagés pour trois ans, les matelots doivent survivre face aux dangers mortels de l’océan et de la chasse, à la fatigue du travail contigu sur ces véritables usines flottantes.

Moby Dick - Livre premier - Par Chabouté - D'après Herman Melville - Vents d'Ouest
Moby Dick - Livre premier
Chabouté - D’après Herman Melville - Vents d’Ouest ©


Les qualités d’orchestration de l’auteur font mouche et apportent une dose de mystère qui sied parfaitement au récit de Melville. La vision de cette course-poursuite qui plonge le héros du roman jusqu’à un Hadès infranchissable est construite plan par plan avec un véritable sens de la mise en scène. Plus ou moins proche de l’imaginaire que le lecteur du roman aurait pu se créer, elle sonne toujours juste.

Le découpage graphique, précis et inspiré, transpose avec justesse cette grande aventure d’un équipage en lutte et n’oublie cependant pas les qualités philosophiques de l’œuvre. On retrouve le côté effrayant d’un capitaine mégalomaniaque, comme d’autres figures de la littérature américaine le seront plus tard, l’exemple le plus frappant étant celui du Loup des Mers de Jack London magnifiquement adapté en BD lui aussi, par Riff Reb’s, récemment.

Forcément obligé de couper dans le texte et de retraiter le récit original, on peut reprocher certains choix à Chabouté, mais ceux-ci ne manquent jamais de sincérité et permettent au dessinateur de poser de faire en sorte que cette histoire soit sienne. Une légère frustration cependant : celle de ne pas pouvoir saisir pleinement la grisaille du port, ou du pont du navire, et leurs ambiances délétères.

Moby Dick - Livre premier
Chabouté - D’après Herman Melville - Vents d’Ouest ©


« J’ai tenu à conserver dans l’album le principe de découpage en courts chapitres du roman, garder l’omniprésence littéraire de Melville dans l’adaptation par l’intermédiaire de courtes citations qui introduisent l’action à venir de chaque chapitre, retrouver le côté manuscrit dans les têtes de chapitre de la bande dessinée où l’écrit devient graphique ».

Aidé en cela par une typographie remarquable, il garde l’esprit du roman et même s’il perd logiquement une partie des variations amenées par Melville, il sait en tirer la quintessence sans en modifier les lignes profondes. Ses images sont parlantes, elles peuvent même mettre au défi le lecteur de Melville.

Entre folie, aveuglement et obsession, l’acharnement d’Achab est une toile magnifique sur laquelle Chabouté vient dessiner une atmosphère propre à son trait sans en trahir l’esprit. À noter que Chabouté ne sera pas le seul à adapter Melville cette année puisqu’au moins deux autres adaptions sont annoncées.

(par Vincent GAUTHIER)

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