Moynot incarne Vautrin

15 octobre 2013 0
  • Cela commence à ressembler à une collection BD noire. Après Baru, avec {Canicule}, c'est Moynot qui adapte l'écrivain Jean Vautrin. Même choc graphique, même réussite. Un récit désespéré qui nous saisit de bout en bout.

À sa sortie de prison, François-Frédéric a tout planifié. Vengeance comme programme unique. Il a l’argent, la voiture, le trajet. Et ne se fait aucune illusion sur l’issue de l’opération. Il n’a plus rien à sauver, même pas sa vie. En parallèle, un détective privé misérable, sans travail depuis plusieurs mois, cherche à franchir la ligne, passer du côté des voyous. Gus (c’est son nom) finit par rencontrer François-Frédéric, et l’un et l’autre vont plonger dans une fuite en avant qui va accélérer leur destin.

Déjà largement adapté au cinéma après avoir lui-même exercé comme cinéaste, Jean Vautrin est incontestablement un vétéran respecté du genre roman noir. Canicule, adapté par Baru, avait déjà marqué les esprits, après un film d’Yves Boisset pas tout à fait convaincant. L’Homme qui assassinait sa vie, roman paru en 2001, méritait bien une mise en images.

Et avec Moynot, spécialiste habitué à l’exercice, le contrat est respecté. Qu’on se souvienne des albums avec le scénariste Dieter (Qu’elle crève la charogne ! notamment) ou en solo (L’Heure la plus sombre) on l’on mesure à quel point le dessinateur apprécie les intrigues sombres et sanglantes.

Moynot incarne Vautrin
© Casterman 2013/E. Moynot

Tout ici respecte les codes tout en offrant des originalités salutaires : les personnages possèdent une réalité palpable, les seconds couteaux respirent la poisse ordinaire (le commissaire cynique et médiocre, le gendarme au seuil de la retraite...) et les paysages offrent une belle variété de tons.

Restent les femmes, forcément maléfiques ou victimes, sans oublier les bienfaitrices, au premier rang desquelles trône une fille de Républicain espagnol accrochée à son stand de vente du quotidien L’Humanité. Humanité qui existe toujours quelque part, malgré tout.

(par David TAUGIS)

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