No Direction - Par Emmanuel Moynot - Sarbacane

18 novembre 2019 0 commentaire
  • Propulsés sur les highways américaines, deux gamins tentent d'échapper aux flics qui leur collent aux basques... tout en savourant leur lune de miel improvisée. Un "Bonnie and Clyde" des temps modernes.

Jebediah n’a pas encore perdu son acné, mais il est déjà serial-killer. Pas pour le plaisir, non. C’est plutôt un simple boulot. Une "way of life". Et ça, ça attire Bess. Il faut dire que quand on a pour seule perspective de bosser comme serveuse dans un boui-boui obscur pour le restant de ses jours, on saisit sa chance quand elle surgit au comptoir. En l’occurrence, sous les traits de Jeb. Jeb et Bess. Bonnie and Clyde. Emmanuel Moynot nous embarque caméra au poing dans un road-trip au cœur d’une Amérique sombre et détraquée, où la morale n’a plus vraiment cours...

No Direction - Par Emmanuel Moynot - Sarbacane
La violence est loin d’être seulement suggérée, comme souvent chez Moynot.
© Ed. Sarbacane

No Direction, c’est l’histoire de destins croisés. Celui d’un pasteur polygame. Celui d’une flic aussi redoutable que nympho. Celui, évidemment, de deux gamins paumés embarqués sur la route du meurtre en série. C’est l’histoire de l’Ouest sauvage, celui du XXIe siècle, aussi sordide et violent que le Far West à sa belle époque. Un mélange de l’épopée de Kerouac, du film Natural Born Killers d’Oliver Stone, et de la série TV The End of the Fucking World.

Deux gamins paumés dans une Amérique détraquée.
© Ed. Sarbacane

« C’est la lecture de "Le diable tout le temps", de Donald Ray Pollock, qui m’a convaincu que je pouvais et devais raconter cette histoire », se souvient Emmanuel Moynot. Un livre aussi cru que l’album qui l’a inspiré, qui voit lui aussi se croiser les destins de différents personnages dans les États-Unis des années 1945 à 65.

Mais, à la base, il y a la musique, explique Moynot. « J’avais quelques chansons écrites pour que je les chante, en anglais, et racontant des histoires se passant aux États-Unis. » Il pense d’abord écrire, pour chacune, une mini-BD, afin de faire connaître sa musique et de lier ses deux passions. « Puis l’idée m’est venue de les relier entre elles par un fil commun. » Le terme de « récit choral » prend alors tout son sens ; et donne à l’album des allures de ballade romantico-tragique.

Moynot ne s’interdit jamais de dessiner quoi que ce soit.
© Ed. Sarbacane

Il faut voir No Direction comme le défouloir de Moynot : des traits violents, des visages fermés, des ombres féroces peuplent les 184 pages du livre. Un projet né « lentement », mais écrit « d’un seul jet  », révèle Emmanuel Moynot. Une histoire qu’il veut être « un exercice de style » -c’est un récit choral-, un « cri d’angoisse  » mais surtout une « profession de foi en une certaine humanité. »

Cette humanité qui transcende finalement la noirceur du scénario. Moynot refuse de s’interdire de dessiner quoique ce soit : du sexe, il y en a ; des cadavres ensanglantés et démembrés, il y en a aussi. Il y a l’Ouest américain, les belles bagnoles, les stations services, les dinners sur les autoroutes et les nuages qui écrasent l’horizon. Et, au bout du tunnel, la liberté, celle que recherchent tant Jeb et Bess...

(par Pierre GARRIGUES)

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No Direction - Par Emmanuel Moynot - éd. Sarbacane - 180pp. 24€ - Parution le 02 Octobre 2019.

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