Olivier Ledroit ("Wika", Glénat) : « Le voyage initiatique, c’est aller au bout de soi-même, revenir plus fort pour aider les autres... »

27 novembre 2019 0 commentaire
  • À l'occasion du troisième et dernier tome de la série Steampunk-fantastique Wika, celui qui se présente comme un "homme-orchestre" expose ses plus belles planches à la Galerie Glénat. L'occasion de saluer le travail sur les textures d'Olivier Ledroit, peu perceptible dans ses albums. ActuaBD l'a rencontré en marge de l'expo.

Vous peignez, modelez, sculptez… Pourquoi avoir choisi le médium de la bande dessinée ?

Oh, parce que la BD, on peut la faire tout seul ! C’est artisanal. Je ne me voyais pas travailler en équipe. J’aime travailler seul dans mon atelier. La BD, c’est idéal pour ça. À la base, je voulais dessiner, devenir illustrateur. J’ai eu l’opportunité de commencer Les Chroniques de la Lune noire, et j’ai continué. Il faut dire que j’étais grand lecteur de BD. Je continue d’en lire un petit peu… moins qu’à une époque, mais je continue.

Olivier Ledroit ("Wika", Glénat) : « Le voyage initiatique, c'est aller au bout de soi-même, revenir plus fort pour aider les autres... »

Certaines vous inspirent ?

Oui, ce que fait notamment ce Japonais qui adapte Lovecraft, Gou Tanabe. Il fait un superbe boulot, un superbe noir et blanc…

Il y a dans vos planches, et celles de Wika n’échappent pas à la règle, un vrai travail sur les textures… Ce n’est pas frustrant de ne pas pouvoir les transposer en BD ?

Non, c’est pour cela que j’expose. On peut voir mon travail tel qu’il est. J’en deviens un petit peu schizophrène : je pense aux deux. Au rendu imprimé, et au rendu réel.

Au milieu des engrenages et des enluminures, Wika se lance dans la bataille finale.

D’où vient l’esthétique de Wika , à mi-chemin entre le Steampunk et les Contes de Grimm ?

Du Steampunk, j’en fais depuis longtemps, dans Requiem, il y en a plein. En fait, la jonction entre ces deux univers coulait de source. Le Steampunk, c’est très XIXe siècle ; les contes de fées viennent de la culture anglaise du XIXe aussi… C’est pour ça que dans Wika, il y a encore des types qui portent des hauts-de-forme ! C’est un mariage que je trouvais vraiment naturel.

Les planches de Wika regorgent de collages, notamment d’engrenages, d’écrous…

Steampunk, engrenages, ça coulait de source. Avant, j’avais surtout fait des collages de dentelles dans les peintures.


C’était la première fois que je décidais d’appliquer ça à la bande dessinée, mais des collages, je dois en faire depuis une bonne dizaine d’années. Pour Wika, c’est purement décoratif. La plupart des collages sont surtout aléatoires.

Pour l’édition, on a dû photographier les planches grâce à des appareils numériques, qui ont des millions de couleurs. Il y aurait eu un problème, si on était passés par la méthode traditionnelle : les scans n’aiment pas trop les collages. Depuis que je travaille avec Glénat, je bosse avec un studio de photographie.

Wika, c’est une fable ?

C’est un conte initiatique.

La couverture du dernier Wika, pièce centrale de l’exposition.

Quelle en est la morale de l’histoire ?

À la fin, Wika arrive à devenir une femme indépendante. C’est toujours la même chose dans tous les contes : le voyage initiatique, c’est aller au bout de soi-même, revenir plus fort pour aider les autres. Wika, c’est une structure de conte classique. Je développe le rapport à sa mère Titania, à Obéron, qui est une sorte de père maléfique… C’est un personnage qui veut prendre son indépendance par rapport à ses racines, choisir son destin.

La série était partie pour durer quatre tomes, finalement, ce troisième opus sera le dernier…

Oui, c’était extrêmement long. J’avais envie de terminer. Le dernier tome fait un tome et demi. Je voulais boucler l’histoire, ne pas partir sur deux ans de plus… La collaboration avec le scénariste Thomas Day ne s’est pas mal passée sur les deux premiers bouquins, mais sur le troisième tome on a arrêté de collaborer. On n’était pas d’accord sur tout un tas de choses, notamment la fin. J’ai fait le choix de terminer le dernier tome tout seul.

Le niveau de détail des planches s’apprécie mieux de près.

Et pour la suite ?

Mon prochain projet sera un thriller fantastique, un polar dans Paris, de nos jours. Ça s’appellera « Le Troisième Œil », et ça parlera d’un gars qui commence à percevoir l’aura autour des gens, et va découvrir le Paris mystique. L’intrigue tournera autour des snuff movies et des réseaux criminels…

(par Pierre GARRIGUES)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Wika T3 - Wika et la Gloire de Pan - par Olivier Ledroit - Glénat - 100 pages - 30 octobre 2019

Exposition Olivier Ledroit - du 21 janvier 2019 au 11 janvier 2020- Galerie Glénat, 22 rue de Picardie, 75003 PARIS

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