Parker Intégrale - Par Darwyn Cooke - Dargaud

31 juillet 2020 0 commentaire
  • Des mains sculptées dans l'argile par un sculpteur qui aurait vu trop grand, un visage taillé dans le ciment au milieu duquel deux yeux d'onyx brillent : quelques mots suffisent à reconnaître Parker, la quintessence du voleur professionnel, et monument du polar noir "à l'américaine". Série de romans culte écrite par Donald E. Westlake, elle a été adaptée en quatre albums de bande dessinée par Darwyn Cooke entre 2010 et 2014. Cet été, Dargaud nous gratifie d'une précieuse intégrale reprenant ces quatre chefs-d'oeuvre.

Fort de plus d’une vingtaine de romans, la série Parker a de quoi impressionner quiconque souhaiterait s’y attaquer. Véritable monument du roman noir, son auteur Donald E. Westlake y développe un univers riche, garni de personnages reconnaissables entre mille, dans lequel il a surtout contribué à l’élaboration de "types littéraires" venant étoffer le genre. Aujourd’hui encore, dans nombre de fictions mettant en scène des cambriolages et des vols, on retrouve l’influence indéniable de Parker.

Parker Intégrale - Par Darwyn Cooke - Dargaud

S’y attaquer et livrer un résultat à la hauteur du matériau d’origine semble donc être une tâche pour le moins ardue. Mais il en faut plus pour décourager Darwyn Cooke, lui aussi cador dans son domaine, qui nous a quitté en 2016.

Ce dessinateur canadien a surtout développé son oeuvre dans l’écurie DC Comics, où il travaille sur de grands noms comme Batman, aussi bien en comics que sur la série animée de Bruce Timm, ou encore Before Watchmen. Émaillée de nombreuses récompenses dont trois Eisner Awards, la carrière de Cooke a surtout illustré son talent pour la mise en place d’ambiances dark et malsaines, et dans la représentation de héros ambigus et moralement douteux. Autant de traits caractéristiques du personnage. S’il y avait donc bien un auteur en mesure de faire honneur à la série, c’était bien lui.

Et force est de constater que le contrat est rempli. Son style, un dessin référentiel tout en jeux d’ombres et de lumières, rehaussé d’une couleur unique par livre, met l’emphase sur la noirceur de son univers et de son héros, qui surgit des ténèbres, magnifique et terrifiant. Tout dans son trait rappelle des archétypes, que nous appelleront des classiques plutôt que des clichés. Chaque femme apparaît splendide et forte comme une star d’Hollywood, chaque homme est un nouveau Richard Widmark au sommet de sa gloire.

Dans une certaine mesure, le désir de réalisme n’est pas ce qui caractérise le plus cette adaptation, que l’on doit plutôt lire comme un hommage au genre que la série originale a pour partie fondé. Mais évidemment, l’univers et les personnages restent crédibles. Comme dans la série de Westlake, le héros ne brille pas par des tours de forces spectaculaires et irréalistes, mais au contraire par des casses méthodiquement préparés et (presque) parfaitement exécutés. La violence, omniprésente dans ces quatre volumes, illustre le sang froid de Parker, faisant de lui un guerrier sans émotion, implacable et très compétent, donc dangereux.

L’un des éléments les plus remarquables de cette adaptation, c’est le sens du découpage du dessinateur, héritage de son passage sur la série animée Batman de Bruce Timm. Certaines actions sont parfois décomposées en une dizaine de cases sur une même page, pour nous révéler la page suivante une seule et immense case faisant éclater toute la majesté d’un décor stylisé, toute la profondeur d’une ambiance, toute l’angoisse d’une situation.

Son jeu sur la dissimulation et la révélation, des visages notamment, confère une vraie identité à ses quatre récits, et instaure un rythme si prenant qu’une fois qu’on a ouvert la première page, on ne peut plus lâcher l’ouvrage. Les dialogues, enfin, dispensés au compte-goutte pour laisser plus de place à une narration par le dessin, sont plutôt des sortes de balises pour nous aider à suivre l’intrigue, et à comprendre quelle dynamique anime la relation entre untel et untel.

Si le talent de Cooke est indéniable tout au long de sa carrière, c’est sans doute dans Parker qu’il s’exprime le plus clairement, tant au niveau du dessin que de la narration. Il nous offre une vraie leçon de bande dessinée et signe probablement son chef d’œuvre.

Six ans après la sortie du dernier volume de l’adaptation de Cooke, Dargaud nous propose de redécouvrir tout son travail sur Parker dans une très belle et très dense intégrale d’été. Dans ce pavé de 602 pages, on retrouve évidemment les quatre aventures du voleur, mais aussi un dossier très complet en début d’ouvrage contextualisant les romans et nous racontant l’influence que cette série a eue sur le genre du roman noir.

Le premier livre de cette intégrale, The Hunter, remplit à merveille son rôle d’introduction à l’univers, développé ensuite dans The Outfit, The Score et Slayground. Trop en dire sur les intrigues reviendrait à gâcher le plaisir de la découverte, nous laisserons donc le soin à nos lecteurs de s’y plonger par eux-même. Soyez simplement assurés que cette série vaut le détour, aussi bien pour les amateurs des romans que pour les néophytes.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

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"Parker Intégrale" - Darwyn Cooke - Dargaud - 602 pages - 10/07/2020 - 45€.

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