Patrick Hitte : « J’ai toujours été autant passionné par le dessin que sensible à la beauté des femmes »

1er mars 2021 16
  • Le peintre Patrick Hitte a récemment publié chez Paquet le second tome de "Pin-Up - La French Touch". L'occasion d'en apprendre plus sur son travail, surtout qu'il réalise actuellement une bande dessinée dont il nous livre un extrait.
Patrick Hitte : « J'ai toujours été autant passionné par le dessin que sensible à la beauté des femmes »
Le premier tome paru en 2018

Voilà trente ans que vous réalisez des Pin-ups, quel a été votre parcours pour vous spécialiser ainsi ?

J’ai toujours été aussi passionné par le dessin que sensible à la beauté des femmes. Les dessiner est donc venu naturellement. Après un passage aux beaux-arts, j’ai approfondi les techniques de dessin et peinture par des études personnelles. C’est en 1991 que les choses se sont précisées. En recherchant de la documentation pour mes dessins, j’ai fait la rencontre de Jean Pierre Fy, libraire spécialisé dans l’érotisme ancien et la pin-up.

C’est suite à cette rencontre que je décidai de faire de la pin-up mon thème central de travail. J’ai étudié de plus près les classiques américains comme Gil Elvgren ou George Petty et j’ai découvert la richesse du thème à travers les objets d’art populaires que sont les affiches, les couvertures de livres, les magazines et autres éditions.

Dès que j’ai commencé à exposer mon travail, j’ai eu la chance qu’il rencontre un public de collectionneurs et aussi de collectionneuses. Certains suivent mes travaux fidèlement depuis des années. Après tout ce temps, je ressens de la gratitude car c’est grâce à leur reconnaissance que j’ai pu continuer à peindre.

La pin-up dessinée possède sa propre histoire, tracée au début sur le fuselage des avions, si je me trompe pas. Comment expliquer qu’elle ait perduré jusqu’à nous ?

Parce qu’ elle existait avant qu’on invente le mot pin-up ! Elle touche à quelque chose d’intemporel, une représentation de la femme rendant hommage à sa beauté, son charme, avec une pointe d’érotisme, d’humour et de poésie sentimentale. C’est le secret de la pin-up : elle a du cœur. Et cela, on ne s’en lasse pas.

Quel est selon vous le rôle de la pin-up ? Charmer sans être vulgaire ? Faire rêver le lecteur ?

Cela peut même être plus vaste que cela, vous évoquiez plus haut le « nose art  » pendant la guerre, elle avait clairement là une fonction de protectrice, de porte-bonheur, descendante directe des figures de proue des navires anciens. J’aime aussi l’expression « the girl next door » : la fille d’à coté. Une camarade, amicale et proche, qu’on respecte. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas juste une fille sexy ! La dimension sentimentale est essentielle.

La Pin-up doit-elle selon vous conserver son style des années 1940-1950 pour être crédible ? Ou pouvez-vous la faire évoluer ?

Bonne question ! Je me repenche dessus régulièrement depuis des années. C’est pour moi un vrai défi car la connotation 1940-50 est très puissante. J’arrive maintenant à faire émerger des personnages de pin-up bien contemporaines tout en continuant aussi à travailler les classiques. Et le mélange des époques est possible. Regardez comment certains illustrateurs ont décliné des pin-up aussi bien dans la science-fiction que dans des contes médiévaux. Les univers Steampunk ou gothique s’y prêtent bien aussi. N’oublions pas que nous sommes à FantasyLand !

La nouveauté

Vous aviez déjà réalisé une première compilation de vos dessins chez Paquet en 2018. Comment cette collaboration a-t-elle pris forme ?

Le plus simplement du monde, j’ai proposé aux éditions Paquet d’éditer mes collections de pin-up et cela les a intéressé. Le premier tome présente surtout des aquarelles et le second des silhouettes découpées. Ce sont mes deux techniques de prédilection, les tomes suivants continueront cette alternance.

Quelles sont les différences entre vos deux techniques ?

Les aquarelles me permettent des mise en scène avec décor. J’en édite une série chaque année en petit calendrier, en abordant différentes thématiques. J’aime beaucoup l’aquarelle pour sa fraîcheur et sa luminosité.

Les silhouettes découpées que je réalise à l’acrylique sur contreplaqué me permettent de travailler des grands formats, jusqu’à une grandeur nature, et de pousser plus loin la finesse des rendus. La silhouette découpée focalise l’attention sur la présence du sujet tout en l’intégrant directement dans le décor où il est exposé. Les silhouettes grandeur nature offrent en outre une relation au spectateur naturellement intime, immédiate. Je trouve la silhouette découpée particulièrement bien adaptée au thème de la pin-up.

Comment diversifiez-vous les thématiques que vous abordez par le biais de vos dessins ? Travaillez-vous suivant des modèles ?

Chaque dessin a sa propre histoire. Il peut m’arriver de partir d’une vision plus ou moins précise dans mon imaginaire et de la mettre en forme sur le papier. Pour préciser certains éléments, je peux alors faire poser un modèle ou utiliser des documents. Parfois, je pars directement d’un modèle, d’une séance de pose, sans idée préconçue simplement parce que je suis touché.

Pour les illustrateurs, l’apparition d’Internet a complètement changé les méthodes de travail, c’est une mine d’or et trouver de la doc est devenu beaucoup plus facile. Presque trop ! On peut s’y perdre. D’autre part, je dispose d’une documentation importante : Paris - Hollywood, Mayfair, revues américaines années 1950 /60, magazines de mode, catalogues de lingerie, livres sur les peintres et les illustrateurs, bandes dessinées, etc.

Comment utilisez-vous cette documentation dans vos réalisations ?

Si je ne recopie jamais une photo telle quelle. En revanche ; j’utilise souvent plusieurs documents que je recombine. Par exemple : un pour l’éclairage, deux ou trois pour la pose, pour un visage ou un regard, un autre pour un vêtement ou une coiffure, une complémentaire pour l’ambiance colorée…. Un jour, mon point de départ pour une pin-up a été la magnifique photo d’un champignon : une coulemelle pour être exact ! Je pars aussi bien d’un projet très précis au départ que de rien du tout et là, c’est en dessinant que le projet apparaît.

Enfin, les années de pratique me permettent d’avoir à ma disposition une « banque d’images » intérieure. Ce que je trouve le plus amusant, c’est la convergence de toutes ces différentes sources qui va permettre à chaque fois l’apparition d’un nouveau personnage.

Quelle est votre méthode de travail ? On peut retrouver certains crayonnés dans vos albums, et après vous les peignez à l’acrylique ou à l’aquarelle ? Ou les crayonnés plus aboutis ne servent-ils que de croquis pour vous assurer de l’intérêt de l’équilibre du sujet afin de passer à une réalisation sur toile ?

Les deux, mon capitaine

Quant aux originaux, les destinez-vous toujours à des calendriers ou fonctionnez-vous sur commande ?

Depuis que j’ai commencé à exposer et vendre mon travail, j’ai régulièrement des commandes spécifiques pour la décoration , la communication ou l’édition. Ce qui me permet d’alterner entre les travaux de commande et la création de collections personnelles que j’expose dans les salons et les galeries.

Qu’envisagez-vous dans le futur : prolonger vos recherches en peinture ou voudriez-vous tenter la bande dessinée ?

Je travaille actuellement sur un album de bande dessinée, « Le Betty Bar » avec les éditions Paquet. Je réalise les planches originales en grand format, en couleur directe, encre de chine et aquarelle. Ce sera un one shot qui devrait être prêt en 2022. Bien sûr, il mettra en scène des personnages pin-up ! On ne se refait pas.

Extrait du « Betty Bar » par Patrick Hitte, aux Editions Paquet
© Paquet, Hitte - 2021. Pas d’utilisation sans accord préalable.

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:

BDFugue FNAC Amazon

De Pin-Up - La French Touch par Patrick Hitte chez Paquet, acheter :
- le tome 1 sur BD Fugue, FNAC, Amazon.
- le tome 2 sur BD Fugue, FNAC, Amazon.

Illustrations : © Patrick Hitte / Éditions Paquet

 
Participez à la discussion
16 Messages :
  • Bravo à Hitte, très beau rendu de la fameuse "Betty Page" dans sa case !

    Répondre à ce message

    • Répondu par kyle william le 1er mars à  15:13 :

      Que c’est vulgaire. Je vais plutôt re-feuilleter mon art-book de René Gruau.

      Répondre à ce message

      • Répondu par Milles Sabords le 1er mars à  16:29 :

        Le talent n’est jamais vulgaire et Hitte est un digne héritier d’Aslan. J’adore aussi Gruau, mais c’est plus un affichiste de génie qu’un dessinateur de Pin-Up, un maître du dessin de "Mode", même si ses danseuses du Lido sont à tomber !

        Répondre à ce message

        • Répondu par Fred le 2 mars à  09:10 :

          Le talent n’est jamais vulgaire

          Faut-il en déduire que Hitte n’a pas de talent ? Parce que là c’est franchement vulgaire (comme du Walthéry). Pourtant Hitte a un certain talent, donc le talent est parfois vulgaire.

          Répondre à ce message

          • Répondu par Milles Sabords le 2 mars à  11:12 :

            En voilà des nœuds au cerveau pour ne rien dire... prenez un anti-douleur et ça passera.

            Répondre à ce message

            • Répondu le 2 mars à  18:35 :

              En parlant de noeuds, il n’y a pas de S à Mille, c’est invariable.

              Répondre à ce message

              • Répondu par Milles Sabords le 3 mars à  06:09 :

                C’est voulu.

                Répondre à ce message

                • Répondu par maitre Capello le 3 mars à  08:00 :

                  Si c’est voulu, c’est encore plus con. Hergé n’aurait pas validé.

                  Répondre à ce message

                  • Répondu par Milles Sabords le 5 mars à  10:17 :

                    Malheureusement, vous n’êtes pas Hergé.

                    Répondre à ce message

          • Répondu le 2 mars à  15:06 :

            Botero est d’une vulgarité abyssale, a-t’il du talent ? L’Art doit-il être de bon goût ? Revoyez les actions de Beuys, Pane, Manzoni, les peintures de Dawn Mellor, Seville, etc, niveau bon et mauvais goût, il y a de quoi faire, et c’est très bien comme ça.

            Répondre à ce message

            • Répondu par Milles Sabords le 2 mars à  16:32 :

              120.000 euros la boîte de caca, ça fait cher l’imposture. Après l’urinoir de Duchamp, c’est raccord, mais pas artistique. Reprenez un autre anti-douleur...

              Répondre à ce message

              • Répondu le 3 mars à  08:26 :

                La vie artistique ne s’arrête pas aux Surréalistes, qui sont peut-être même un peu trop avant-gardistes pour vous. Prenez une tisane...

                Répondre à ce message

                • Répondu par Milles Sabords le 5 mars à  05:31 :

                  L’avant-garde s’est toujours voulue être une manifestation d’émancipation sociale, mais a toujours finie par être récupéré par la bourgeoisie. La tisane va mieux avec un anti-douleur.

                  Répondre à ce message

                  • Répondu le 6 mars à  13:47 :

                    L’avant-garde est produite par de jeunes bourgeois petits, moyens ou grands, pour se moquer de vieux bourgeois. Les jeunes vieillissent et leur avant-garde avec eux. Il n’y a pas vraiment de récupération. Les classes populaires s’en tapent complètement des avant-gardes artistiques.

                    Répondre à ce message

              • Répondu le 3 mars à  09:46 :

                Que Duchamp choque encore les esprits étroits en 2021, c’est un triomphe.

                Répondre à ce message

                • Répondu par Milles Sabords le 22 mars à  15:49 :

                  Vous ne connaissez pas Duchamp. Relisez sa biographie, ses écrits, ses propos, son urinoir était un acte de contestation et pas une œuvre destinée à être de l’art et encore moins, à prendre une telle valeur. C’est justement ce qu’il voulait dénoncer, la marchandisation de l’art qui le détruit plus qu’il ne le met en valeur, et qui attire les gogos prêt à dépenser des sommes folles pour n’importe quoi. Même démarche avec Manzoni, un acte de contestation dans un marché de l’art des années 60 devenu complètement fou. Que leurs "œuvres" attisent encore les spéculations d’esprits étroits en 2021, les attristeraient.

                  Répondre à ce message