Pierrick Starsky (Editions Même pas Mal) : "L’idée du fanzine, une semaine plus tard, est devenue celle d’une maison d’édition."

28 janvier 2011 2 commentaires
  • Incroyable ! De nos jours, en France, de jeunes inconscients osent encore se lancer dans la création d'une maison d'édition de bandes dessinées. C'est le cas des éditions Même pas Mal, qui ont publié à la fin de l'année dernière leurs trois premiers albums. Pierrick Starsky (oui, c'est un pseudo) nous parle de son nouveau bébé.

Comment est venue l’idée de créer une maison d’édition ?

A la base, quand on a monté le projet, avec Chloé, Yann Hardcore et Mélanie, on n’avait plus de droits de chômage ni les uns ni les autres. Mais comme on a chacun des compétences, on a décidé de monter une association et de faire ce qu’on avait envie de faire. On a mis sur le papier toutes nos idées et il y en avait beaucoup. Et on en a enlevées plein, petit à petit. A la même époque, avec Yann, on voulait monter un fanzine qui s’appelait Improbable. Faire quelque chose sans censure, tant que c’était drôle. Et comme j’ai tendance à être un peu excessif, l’idée du fanzine, une semaine plus tard, est devenue celle d’une maison d’édition.

Tout s’est passé très vite.

En très peu de temps, le projet de maison d’édition est devenu la locomotive de l’association Distant District (un petit clin d’œil à Quartier lointain). On s’est testé avec le premier recueil Arrgh… je meurs, qui devait être un fanzine à l’origine (d’où le nom Même pas mal). Ça s’est mis en place. Moi je suis devenu gestionnaire. Mélanie, chargée de com, alors qu’elle était libraire avant. Chloé chargée de fabrication, alors qu’elle n’a jamais fabriqué un livre. Et Yann graphiste, mais il était graphiste, ça tombait bien. D’autres personnes et des bénévoles nous ont rejoints. Ça a pris de l’ampleur comme ça.

Pierrick Starsky (Editions Même pas Mal) : "L'idée du fanzine, une semaine plus tard, est devenue celle d'une maison d'édition."
Une idée du ton Même pas Mal
(c) Même pas Mal

Quel est le premier bilan aujourd’hui ?

Ça marche bien. On a énormément travaillé, même si on se fait traiter par des voisins de « branleurs de gauchistes » parce qu’on n’a pas des horaires assez fixes pour eux. On a toujours été très actifs dans ce qu’on faisait, même pour des activités bénévoles. Là, on s’est dits, on va faire un truc, on va en vivre et on va aimer ce qu’on va faire. Ce qui est assez dur au départ. On se met nous même une étiquette de « social-traître », parce que gagner de l’argent avec quelque chose que tu aimes, oulalah. « L’avantage » pour moi, c’est que je suis le seul à ne pas encore avoir de salaire. Les autres partagent leur salaire avec moi. Mais mon poste va bientôt être créé. C’est moi qui avais les droits de chômage les plus longs, donc c’est moi le dernier à être salarié.

Alors, il existe aussi une boutique qui vend des produits dérivés, quartier général de Distant District qui propose également des prestations. Ces structures là ne sont pas abandonnées pour autant avec l’arrivée des BD.

Non, non, bien sûr. Si on peut faire des livres, c’est parce qu’on vend des prestations de graphisme, qu’on propose des ateliers BD pour les mineurs dans les prisons, etc. Depuis le départ, on s’échine à faire des passerelles entres nos diverses activités, passées ou présentes, entre la BD et la musique, entre la BD et nos activités plus proches de l’animation spécifique...
Pour un prochain projet de bouquin par exemple, on va rencontrer des personnes âgées en maison de retraite, on va discuter avec elles, parler de leurs souvenirs. Et on va faire un recueil de bande dessinée qui raconte ces histoires. Bon, l’objectif c’est de faire un super bouquin, pas de faire du social et de l’estampiller « paroles de vieux ». Mais en même temps, on aime bien la démarche. On est bêtes et méchants, on aime le sarcasme, le cynisme. Mais quand on est bêtes et méchants, c’est souvent qu’on est des grands sensibles déçus, donc finalement on est des sentimentaux.

Cha pose devant la boutique Distant District
(c) Même pas Mal

Et Marseille dans tout ça ?

Aucun de nous n’est marseillais d’origine. On ne naît pas Marseillais, on le devient. Nous on ne regrette pas d’être venus à Marseille. On y est bien. Mais pour la BD, c’est l’enfer. Il n’y a pas un grand lectorat. Ok, on pourrait faire des BD sur l’OM (rires). Mais bon, on ne fait pas de la BD que pour les Marseillais, donc ce n’est pas dramatique. Et puis dans cette ville, on est les seuls dans notre domaine. Dans la frange plus underground, il y a bien sûr les incontournables Le dernier Cri, dont la renommée est mondiale. De l’underground mondial, c’est de l’underground ? En tout cas, on ne fait pas la même chose. J’aime bien Paquito, je crois qu’on s’entend bien.

Pour votre première année, vous êtes très actifs dans les festivals (Badam, Blois, Angoulême). Ce n’est pas le cas de tous les petits éditeurs.

Comme on arrive de nulle part, il faut qu’on soit présents, qu’on fasse des dédicaces, qu’on soit à la rencontre des gens. Il y a beaucoup de petits éditeurs qui ne vivent pas de l’édition, qui bossent à côté. Nous on a « choisi » d’en vivre. Donc, on est à temps plein dedans. Badam, c’est un festival qu’on organise avec l’association Massilia BD. L’année dernière, c’était la première édition sous cette forme (un mois) à Marseille. On a organisé aussi une tournée des dédicaces avec nos auteurs. On vient du Rock’n’Roll, on faisait des tournées, alors on s’est dits qu’on allait faire pareil. Et puis il y a aussi les gros festivals. Ça nous coûte très cher, on est perdant financièrement, mais c’est un investissement. Et pour équilibrer, on fait plus de prestations graphisme, plus d’ateliers, etc.

Pendant le Festival d’Angoulême
(c) Même pas Mal

Comment s’est passé le choix pour les trois premiers albums ?

Pour Pixel Vengeur, toutes les histoires étaient sorties il y a 10 ans dans le Psikopat. Ça n’avait jamais été édité et ça dormait dans un placard. C’était dommage de ne pas les publier.
J’ai tanné Cha pendant un an pour qu’elle fasse un album. C’est une amie mais j’ai beaucoup d’estime pour elle en tant que dessinatrice. Elle a un univers à elle, un dessin que je trouve superbe et moins de 30 ans. Je pense qu’elle va aller très très loin. Si tout va bien, elle va en faire un autre, un one-shot.
Paf et Hencule, on a édité les premiers dans le collectif (Aaargh, je meurs) et je les ai tannés pour faire le bouquin, parce que ces gars là ont du génie. Ils sont parfois un petit peu durs à canaliser. Mais ça se passe bien. J’ai cet avantage d’avoir une grande gueule. Entre gens durs à canaliser, on peut se comprendre un peu, on parle le même langage.
Paf et Hencule a fait peur à tout le monde. On en a placé très peu au départ, 500. Quand les cartons sont arrivés, il y en avait 800 de placés. Et le bouche à oreille a été incroyable. Ça part très bien. Et aujourd’hui, je crois qu’il y en a 1400 de placés. Ça monte en flèche. Ça fait du buzz. Les gens ont besoin de choses bien jusqu’au-boutistes en ce moment pour rigoler. Face à un monde extrême, on a besoin d’un humour extrême. C’est cathartique...

Les trois premiers albums parus chez Même pas Mal : Paf et Hencule (Goupil Acnéique & Abraham Kadabra), Dingo Jack (Pixel Vengeur) et Oh ! Merde ! (Cha)
(c) Même pas Mal

Et qu’est-ce que vous nous préparez pour 2011 ?

Il y aura les frères Guedin, Olivier Besseron, Fabcaro, Nicolas Poupon dans le même format que Pixel Vengeur, une réédition de Dirty Karl la première BD de Relom, la prochaine BD de Manolo Prolo, la réédition de Nager avec des chaussures de l’Anglais David Ziggy Green agrémenté d’histoires inédites, et d’autres encore. En tout, il devrait y avoir une dizaine de publications.

(par Thierry Lemaire)

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