Pour une couleur de peau - Par Edimo, Martini Ngola, Joseph Danny Nyembi et Nathanael Ejob - L’Harmattan BD

7 octobre 2019 0 commentaire
  • Entre stigmatisation, violences et méfiance, être albinos peut être un véritable enfer au Cameroun. L'albinisme est une anomalie génétique caractérisée par l'absence totale, ou partielle, de pigment, rendant ainsi la peau, les cheveux et les poils - très - blancs. Mais dans beaucoup de pays d'Afrique, cette singularité est considérée comme une malédiction, ou le symbole d'appartenance à une sous-race.

En 1997, Chantal donne naissance à son premier enfant, Agnès. Seulement, cette dernière est albinos, ce qui provoque le rejet du père de la petite fille, ce dernier arguant que selon la science, la Bible et le Coran, le gène défectueux vient toujours de la mère, et que ce n’est donc pas sa responsabilité. Chantal doit alors élever sa fille seule, même si elle pourra compte sur l’aide de David, un médecin altruiste et à l’écoute.

Dans Pour une couleur de peau, le scénariste Edimo nous raconte le parcours d’une jeune albinos et de sa mère au Cameroun, à travers trois étapes importantes de leurs vies, chacune dessinée par un dessinateur différent : Martini Ngola, Joseph Danny Nyembi et Nathanael Ejob.

La première partie, qui relate la naissance et l’enfance d’Agnès, est illustrée par le talentueux Joseph Danny Nyembi, dont le style rappelle furieusement celui de KHP (Les dessous de Pointe-Noire chez le même éditeur). Ce premier chapitre est une véritable réussite visuelle.

Pour une couleur de peau - Par Edimo, Martini Ngola, Joseph Danny Nyembi et Nathanael Ejob - L'Harmattan BD
© Harmattan BD

La seconde partie, se déroulant quelques années plus tard, est dessinée par Nathanael Ejob, qui fait moins forte impression en raison d’un style de dessin japanisant et cartoony moins adapté au propos.

La dernière partie, dans laquelle Agnès devenue une sportive professionnelle qui revient au pays, est dessinée par Martini Ngola, qui livre une plutôt belle prestation. Son dessin rappelle plutôt les comics américains et le dessinateur se montre véritablement doué pour les expressions faciales.

Bien que ce récit soit une fiction, Edimo s’inspire de ce que vivent vraiment les albinos en Afrique. Ils sont dévisagés dans la rue, au mieux les gens les prennent en pitié, au pire ils se montrent violents, et il n’est d’ailleurs pas rare que certains d’entre-eux soient assassinés. Selon la rumeur, ils seraient même gardiens de pouvoirs mystiques qui seraient accessibles par des rapports sexuels, rendant ainsi courant les viols de femmes albinos car elles pourraient guérir du sida ou porter chance dans les affaires. Les lois du pays sont supposées les protéger, mais les croyances populaires sont toujours très fortes.

Cet album permet ainsi d’aborder ce sujet important dont on parle finalement très peu. À travers l’histoire, des milliers d’albinos ont été massacrés en Afrique, tout ça pour une couleur de peau.

Voir en ligne : "Pour une couleur de peau" sur le site de L’Harmattan

(par Vincent SAVI)

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Pour une couleur de peau - Edimo (scénario) - Martini Ngola, Joseph Danny Nyembi et Nathanael Ejob (dessin) - 74 pages - L’Harmattan BD - 21 x 29,7 cm - Cartonné - 13,90 € - sortie le 20 août 2019

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