Range Murata : "Je m’intéresse à tous les gens qui sont capables de dessiner"

6 février 2009 0
  • Ayant débuté sa carrière au début des années 1990 en tant que {character designer} pour des jeux vidéo, Range Murata (Renji, de son véritable prénom) est un artiste qui a su s'imposer dans la culture japonaise moderne avec un style propre.

On lui doit notamment le design des personnages des séries d’animation Blue Submarine N°6 et Last Exile. Rencontre lors du 36e festival d’Angoulême avec l’initiateur du "Super Color Comic" Robot, qui brille autant par son talent et son look vestimentaire que par sa discrétion.

Vous avez commencé dans le milieu du jeu vidéo en tant que character designer, fonction que vous réalisez également dans le domaine de l’animation. Qu’est-ce qui vous passionne dans cet aspect du travail artistique ?

C’est le fait de pouvoir justement créer un personnage librement. Et puis aussi le fait que ça bouge, contrairement aux illustrations.

Pour rester dans l’aspect character design, vous appréciez particulièrement dessiner des personnages féminins dotés d’un certain charme. On y sent une certaine influence venant de la tradition américaine des pin-up. Celle-ci vous a-t-elle marqué ?

Euh... Je n’avais jamais pensé à ça. En tout cas, ça n’est pas vraiment une influence à laquelle j’avais pensé.

Range Murata : "Je m'intéresse à tous les gens qui sont capables de dessiner"
Illustration pour "Last Exile"
©2003 Gonzo/Victor Entertainment・GDH

Votre univers graphique est un heureux mariage de science-fiction et d’art déco, donnant un style épuré et classieux. D’où vous vient ce mélange et quelles sont vos inspirations ?

En fait, j’ai toujours eu une passion pour les objets anciens et pour l’origine du design. Je me suis aussi beaucoup intéressé à la période des années 1920-1930 où justement on commence à passer de l’art nouveau à l’art déco, et surtout au design que l’on peut voir à New York par exemple. Donc, c’est une influence très forte parce que je me suis beaucoup renseigné sur le sujet. J’ai cherché beaucoup de documentation et maintenant, en effet, c’est une influence qui a mûri et qu’on peut voir à travers mes œuvres.

Vous avez également lancé votre propre ligne de vêtements et d’accessoires, jusqu’aux bicyclettes ! Après avoir fait vos études dans ce domaine, c’était une envie que vous aviez depuis longtemps ? Une manière de donner vie à vos illustrations ?

En fait, j’essaie de faire en sorte de ne pas dessiner des vêtements trop compliqués au niveau du design. Je m’emploie, en effet, à mettre des textures de type métallique ou des cuirs qui sont un peu similaires à mes illustrations. J’essaie de faire ça, mais à la base je m’efforce de ne pas faire de choses trop compliquées dans ma ligne de vêtements.

Fauteuil et vélo, au fond, issus de la collection Range Murata
DR

Parlons maintenant de Robot [1]. Vous êtes à l’origine du projet. Quelle était votre envie, votre but de départ, avec ce collectif ?

J’avais envie de sortir quelque chose, un collectif qui réunisse des artistes de ma connaissance, à l’origine, et dont je connaissais également les talents en dessin ou en couleurs, ou qui simplement avaient un dessin particulier. Mais au départ, c’étaient des gens que je connaissais.

Pourriez-vous nous préciser comment vous avez sélectionné la trentaine d’artistes travaillant sur cette publication ?

Et bien, ce sont des amis. Je leur ai demandé s’ils voulaient participer, et voilà. Cela s’est fait comme ça.

Le contenu de Robot est très varié, on y trouve des créations dans tous styles, parfois même des choses très décalées. C’était votre volonté de ne pas imposer de contrainte aux auteurs ?

Oui, à la base c’est ce que je voulais faire. C’était mon intention que les gens puissent dessiner librement, ce dont ils avaient envie.

Couverture de Robot T2
© 2005 WANIMAGAZINE Co. Ltd

Et justement, comment ce sont passées les relations avec l’éditeur pour la réalisation de ce projet, qui en plus se trouve dans un format plutôt atypique au Japon ?

En fait, c’est en discutant avec mon éditeur, Koshi Yamazaki [2], avec qui je travaille depuis très longtemps. On a discuté de ça car c’était une envie qu’il avait également. En ce qui concerne la taille, on voulait faire quelque chose qui soit grand, comme un artbook. On rêvait de faire plus grand, mais le problème c’est qu’un plus grand format est très difficile à vendre au Japon. Ca n’est pas facile à distribuer et à mettre en valeur.

Et comment a été accueilli Robot par le public japonais ? A-t-il été facile à imposer ?

Oui, il y a une très bonne réaction au Japon. Nous avons réuni des artistes qui ont un dessin très fort, donc en effet, ça a plutôt bien été reçu par le lectorat.

Vous avez vous-même dessiné des histoires courtes dans Robot. La réalisation d’un manga complet ne vous tente-t-elle pas, dans un format plus traditionnel ou en grand format couleur comme c’est le cas ici ?

Si c’était en couleurs, oui, j’aimerais beaucoup, pourquoi pas ? Le problème c’est que c’est quand même quelque chose de très difficile, puisqu’à la base je suis illustrateur, et cela prend beaucoup de temps. Ce serait franchement très difficile au niveau de mon planning que de m’organiser pour faire ce genre de chose.

Range Murata, à gauche, après sa performance sur tablette graphique lors du festival d’Angoulême
Photo © Baptiste Gilleron

Avez-vous d’autres projets ou pensez-vous vous impliquer à nouveau dans des projets touchant au manga ?

En ce qui concerne Robot, il est paru jusqu’au numéro 10 au Japon. On essaie de faire une pause et de produire justement quelque chose de similaire mais avec un style et peut-être un thème différent, mais dans le même ordre d’idée. A partir de maintenant, c’est le projet actuel. Et puis également, j’ai en projet de sortir un recueil, en un ou deux volumes, sur les différents travaux que j’ai effectués pour les séries d’animation récentes et les design que j’ai réalisés pour différents projets.

Pour finir, avez-vous déjà lu de la bande dessinée européenne et avez-vous un attrait pour des artistes en particulier ?

Je ne lis pas beaucoup de BD européenne en ce moment, mais il y a vingt ans, quand j’étais plus jeune, je me suis beaucoup intéressé aux bandes dessinées de Moebius et Schuiten. En ce qui concerne les artistes européens, je n’ai personne en tête en particulier, mais de toute façon je m’intéresse à tous les gens qui sont capables de dessiner.

(par Baptiste Gilleron)

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Photo en médaillon © Baptiste Gilleron

à lire également, la chronique de Robot Tome 1

Le site internet de Range Murata

[1Périodique collectif paru en France d’abord chez Kami, puis repris par Glénat.

[2président de Wanimagazine, éditeur de Robot au Japon.

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