Conférence de presse Tintin à Angoulême : La gaffe de M. Nick Rodwell

5 février 2009 13 commentaires
  • Avec l'ouverture prochaine du Musée Hergé et le début du tournage de Tintin, Nick Rodwell se devait de lancer ces futurs projets à Angoulême. Les surprises ont été de taille, de part et d'autre du micro...

Jeudi 29 janvier. Le Festival vient de débuter, et déjà les haut-parleurs chauffaient le public : « Venez nombreux à la conférence de Moulinsart au CIBDI ! [...] Steven Spielberg et Peter Jackson répondront à vos questions en mondovision ... » Si la presse avait été conviée plus officiellement, on pouvait déjà être sûr qu’avec un programme aussi alléchant, on allait se battre pour y assister.

Effectivement, le public se massait dès avant l’ouverture des portes, et les intervenants eurent du mal à se frayer un passage, Alain de Kuyssche et Nick Rodwell en tête. La salle de cinéma qui accueillait la conférence fut prise d’assaut et c’est devant un auditoire comble que le directeur de Moulinsart nous accueillit : « Ravi de vous voir aussi nombreux. Nous répondrons aujourd’hui à toutes vos questions, même à celles d’ActuaBD ! » Petite pique ou second degré ? Quoiqu’il en soit, le ton était donné, on n’allait pas s’ennuyer !

Conférence de presse Tintin à Angoulême : La gaffe de M. Nick Rodwell
Nick Rodwell et Stephane Perry : "On répondra à toutes les questions, même à celles d’ActuaBD"
Photo : D. Pasamonik (L(Agence BD)

Le Musée Hergé

Cornaquée par Alain de Kuyssche, la conférence débute avec la présentation du Musée Hergé. Déjà abordé dans nos pages précédemment, nous n’en reprenons que les nouveautés. La colonne-fusée a créé un débat passionné entre l’architecte Christian de Portzamparc, et les scénographes, Joost Swarte en tête, et pour finir, elle sera bleue et blanche au lieu de rouge et blanche ! La Belgique étant pourtant le pays des compromis, celui ravira-t-il le public ? Nous aurons la réponse lors de l’ouverture, le 2 juin prochain.

À travers ces grandes baies vitrées figurant des cases de bande dessinée, le visiteur évoluera dans les 2000 m² d’exposition permanente et les 300 m² d’espaces temporaires, débutant d’ailleurs avec un making of du musée, puis un regard sur la Chine au travers des voyages de Tintin, en liant avec l’Europalia chinois.

Joost Swarte, commentant un projet de scénographie
Photo : D. Pasamonik (L(Agence BD)

Les trois conseillers du musée Joost Swarte, Thierry Groensteen et Philippe Godin, ont souhaité privilégier les croquis et dessins originaux du maître. Mais pour pouvoir les conserver au mieux, ils ne seront exposés que quatre mois par an, selon les normes muséales. Trois "jeux" d’originaux se relayeront ainsi tout au long de l’année, de façon à présenter trois visions parallèles du travail d’Hergé, placés dans autant de cadres et de vitrines. Les différentes salles nous feront évoluer dans la vie et l’espace de vie de Georges Remi, tout en faisant le lien avec ses nombreux personnages.

Laurent de Froberville, directeur du Musée Hergé, attend 200.000 visiteurs par an. Ils seront bien nécessaires pour rembourser l’investissement de la légataire universelle d’Hergé, Madame Fanny Rodwell : 15 millions d’euros.

Joost Swarte, concepteur graphique du musée et son directeur Laurent de Froberville
Photo : D. Pasamonik (L(Agence BD)

Une intervention attendue

On nous a alors demandé de ne pas filmer, ni photographier le message que Steven Spielberg et Peter Jackson adressaient aux festivaliers d’Angoulême. En aparté, Nick Rodwell nous confiera plus tard que c’était à la demande des intéressés, et que lorsque des personnages de cette importance ont une requête, vous avez tout intérêt à obtempérer, même si le film aurait profité de cette ’bande-annonce’.

Affublés de deux chapeaux melons et cannes de bois, les deux compères, de très joyeuse humeur et déguisés en Dupondt, se présentaient à nous en tant que Steven avec un S, et Peter avec un D. Le contenu même du message, sans surprise, nous ravit moins que la jovialité des deux personnages, heureux de pouvoir (enfin) lancer les premiers tours de manivelles ce 26 janvier.

Pouvoir réunir les deux réalisateurs et les placer ensemble devant la caméra dans leur adresse aux festivaliers d’Angoulême, il a fallu un tour de force. Cela donne une idée de l’importance que le film revêt à leurs yeux. De plus, leur esprit d’à propos et leur gaieté sont d’autres signes de leur investissement envers ce film ! Décidément, en 90 secondes, ce message enregistré aura effacé une bonne partie des appréhensions créées par les difficultés de production.

Le Secret de la Licorne sera le premier titre adapté
(C) Casterman

Rodwell, "executive producer"

Ensuite, Nick Rodwell nous expliqua qu’il pourrait parler pendant des heures du film, mais qu’il préfère que nous lui posions directement nos questions, ainsi qu’à Stephane Perry, comme lui producteur exécutif de The Adventures of Tintin : Secret of the Unicorn, le premier épisode de la saga produite par Spielberg et Jackson. Une façon très habile d’éviter d’en dire trop, tout en sondant les attentes de la presse et du public.

Peu de nouvelles informations seront dévoilées sur ce film 3D réalisé en Motion Capture, mais nous avons eu la confirmation de la présence de Gad Elmaleh au générique du film, dans un rôle encore tenu secret (Milou ?), ainsi que de Jamie Bell pour Tintin, et le médiatique Daniel Craig, alias James Bond, pour interpréter Rackham le Rouge. D’autres acteurs sont également confirmés, à savoir Andy Serkis, Simon Pegg, Nick Frost, Toby Jones et Mackenzie Crook.

Bien entendu, les producteurs ont rassuré les fans du reporter : l’esprit des albums d’Hergé sera préservé, et l’on ne verra pas le jeune homme à la houppe tomber dans les bras de la première venue !

Conçu par Christian de Portzamparc, le musée devrait ouvrir le 2 juin prochain.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Incroyable : Nick Rodwell attaque Albert Uderzo !

Dans notre article du 14 janvier dernier, intitulé La bataille d’Astérix : une réponse d’Albert Uderzo, un de nos lecteurs avait commenté en ces termes la prolongation des aventures d’Astérix, la comparant, selon lui, aux ventes des aventures du jeune reporter, dont Hergé avait souhaité l’interruption après son décès : « [...] Regardez Tintin : qui lit encore Tintin aujourd’hui parmi la jeune génération ? Peut-être qu’on va me dire "oh si, ça se vend toujours bien". Ok soit. Mais dans 30 ans, parlera-t-on encore de Tintin ???? »

Nick Rodwell fut piqué au vif par cette attaque. Sa tâche cornélienne étant de continuer à faire vivre Tintin sans publier de nouveaux albums, on peut comprendre son emportement. Mais induit en erreur par le titre de l’article, il a attribué cette citation à Albert Uderzo, pourtant totalement étranger à cette critique, ce dernier ayant assez à faire avec ses propres personnages.

Fanny Rodwell, légataire universelle d’Hergé. Elle a investi 15 millions d’euros dans l’aventure du musée
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Malgré les tentatives d’explications de ses proches collaborateurs dans les heures précédant la conférence, M Rodwell n’en décolérait pas : il souhaitait répondre à cette attaque, et fit donc projeter sur l’écran géant de la salle Nemo, le texte repris ci-dessus, avec ses références à ActuaBD.com. Alors qu’il s’apprêtait à commenter avec gourmandise cette prétendue citation d’Albert Uderzo, on lui fit part de son erreur. Un peu troublé, il jugea la situation « embêtante, non sans dénigrer ActuaBD.com en recommandant la lecture d’un site sérieux sur Tintin comme Tintin.com.

M. Nick Rodwell n’a jamais eu peur du ridicule. Il le confirme une fois encore.

(par Charles-Louis Detournay)

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Photos : © D. Pasamonik.

 
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13 Messages :
  • Tout cela semble très amusant, merci pour cet article qui instruira ceux qui ont raté cet évènement mémorable (de lapin comme disait le regretté Charlie Schlingo dans ses BD !!°)

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  • Monsieur Rodwell devrait pourtant comprendre qu’il ne sert à rien de vouloir conserver les privilèges puisque le futur appartient aux idées nouvelles. Mais bon, il est enfermé dans ses certitudes parce qu’il a de l’argent.
    Claude de Saint Vincent a bien compris qu’il fallait continuer de faire vivre les héros de papiers après la mort de leurs auteurs. Qu’il fallait les faire évoluer tout en les respectant. Monsieur Uderzo qui est parti de chez Dargaud reconnaît lui-même, aujourd’hui, que cette vision est la plus adaptée pour des personnages populaires, des personnages qui deviennent le patrimoine culturel de tous après la disparition de leurs auteurs.

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  • Et il n’a pas été question de ce logo tendancieux à la conférence ?
    http://img398.imageshack.us/img398/3615/neologomuseehergebl3.jpg

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    • Répondu par Damien le 6 février 2009 à  09:51 :

      Mille milliards de mille sabords !
      On dirait un drapeau nazi !
      Croix gammée dans un drapeau rouge !
      Horreur !
      C’est une blague, ou qui ?

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      • Répondu le 6 février 2009 à  15:06 :

        Moi j’aime bien ce logo, je le trouve meilleur que celui finalement retenu.Il faut avoir l’esprit mal tourné pour y voir un drapeau nazi, c’est la silhouette de Tintin et le H de Hergé.

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  • Etant mis en cause dans l’article de Charles-Louis Detournay, je me permets de reprendre à titre personnel certaines assertions. Ceci n’est donc pas une réaction officielle de Moulinsart, société pour laquelle je travaille, mais bien un avis personnel.

    La confusion qui s’est faite entre une supposée déclaration d’Albert Uderzo et une réelle réaction d’internaute, peut s’expliquer par un lourd passif ! dès la fin des années 60, Goscinny et Uderzo n’ont pas eu que des déclarations aimables pour Hergé et Tintin, rendant plausible une telle déclaration dans la bouche d’Albert Uderzo. Bien sûr, il aurait fallu vérifier la source, mais la préparation d’Angoulême et l’excitation née du début de tournage du film ont fait négliger cette étape. Vous reconnaîtrez que quelques épisodes passés dans les relations Moulinsart / ActuaBD avaient de quoi échauffer les sangs !

    Pour autant que je sache, M. Nick Rodwell a reconnu publiquement son erreur, sous réserve de vérification - ce qui, à notre époque, est un geste assez inhabituel dans ce genre de "polémique". Vous auriez pu ajouter que cette dernière n’a pas eu l’air de passionner le public, dont les questions ont porté sur le film, Tinin, le Musée et les autres sujets du jour.

    Enfin, la confidentialité autour du message de MM. Spielberg et Jackson avait une raison très simple : en échange de cette confidentialité, les producteurs s’engageaient à réserver au prochain Festival d’Angoulême des infos exclusives. M. Rodwell en a fait publiquement part et je n’ai pas perçu la nécessité d’apartés pour cette information.

    Je m’en voudrais de terminer sans souligner l’excellence des autres informations dispensées par votre article, et il est bien entendu qu’en ce qui me concerne, cette "affaire" est close, ce qui est bien le moins pour un visiteur régulier et passionné de votre site.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 6 février 2009 à  10:48 :

      Mon cher Alain,

      Si ce site a pu être critique vis-à-vis des agissements de M. Rodwell et de sa société Moulinsart, il a aussi un de ses plus ardents défenseurs lorsque la charge qui était faite à leur encontre nous semblait injuste, je fais allusion à nos deux articles "Les déshérités de Moulinsart".

      Si nous remercions M. Rodwell pour la publicité qu’il nous a apportée, nous n’avons pas entendu en ce qui nous concerne des "excuses" de sa part. Il a juste dit aux journalistes qu’il y a eu une erreur et qu’il fallait considérer cette information comme nulle et non avenue, ce qui est quand même rare dans une conférence de presse de ce niveau.

      Au contraire, il a suggéré que pour avoir des informations "fiables" sur Tintin, il valait mieux consulter Tintin.com. Nous le prenons comme une boutade et avec bonne humeur : tous les journalistes ont bien compris que s’ils voulaient des informations objectives sur l’univers d’Hergé, ActuaBD.com restait une bonne source, en tout cas plus fiable que les allégations anti-Uderzo (que vous assumez, c’est un comble !) qui nous ont été montrées.

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  • La différence entre Mr Rodwell et Uderzo ? Le premier est un homme d’affaires, le second est un artiste exceptionnel, tout comme l’était Hergé.
    Il s’agit de deux mondes différents, et même si certains diront que Hergé était aussi un homme d’affaires, tout comme Uderzo l’est aussi, il ne s’agit pas là de leur activité ni de leur centre d’intérêt premier.
    C’est pourquoi ça me fait toujours mal de voir mis en parallèle Hergé et Rodwell, et ici Uderzo et Rodwell.
    J’ai le plus grand respect pour les artistes et les créateurs, beaucoup moins pour ceux qui en vivent - très bien, même si j’avoue qu’ils ont un rôle à jouer !
    Pour le reste, actuabd est pour moi la référence en matière de BD, tant pour la pertinence de ses infos et la qualité rédactionnelle que pour son sens de la démocratie qui y règne : à preuve, cet avis, s’il est publié.
    Petit aparté, il semble que Mr De Kuyssche soit un peu l’homme de l’ombre : derrière Lefranc récemment et ici, derrière Tintin..bientôt derrière Astérix ? ;-)

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  • Tintin .com c’est très bien pour jouer à la bataille navale. Pour le reste non, mais leur bataille navale en ligne est super.
    Pour le reste Actuabd est imbattable.

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  • Sans offence à Tintin.com, sur l’internet les sites officiels sont surtout bon pour faire de la pub et à afficher les nouvelles et les déclaration officielles. Si l’on recherche des nouvelles non biaisées, des débats, des discussions ou des analyses en profondeurs de tous les petits détails insignifiants d’une oeuvres, rien ne vaut un site non officiel.

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  • Bon !
    Il ne faut rien exagérer.
    Il est notoire qu’Hergé a toujour considéré toute concurrence et tout concurrent avec jalousie.
    Sur ce sujet , Monsieur J Martin, le créateur d’alix et la biographie de Monsieur Pierre Assouline l’ont assez souligné.
    Pour ce qui est d’Uderzo, Monsieur Rodwell doit se tenir à la volonté présumée d’Hergé.
    On peut comprendre que devant ce consentement généralisé de perpétuation des aventures de héros de BD comme Astérix (ce qui est la norme) monsieur Rodwell ait l’impression d’être le dernier des Mohican.
    Alors il faut bien qu’il passe ses nerfs sur quelqu’un...

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  • Bravo à celle ou à celui qui a si magistralement détourne le logo du Musée Tintin !
    Cela a rempli de joie et de plaisir la centaine d’amis à qui je l’ai envoyé.
    Pourvu que Rodwell ne l’identifie pas !

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  • Ce qui est amusant c’est que je viens justement de répondre au commentaire de l’internaute qui vilipendait la postérité de Tintin, prouvant ainsi son inculture et/ou sa fatigue momentanée.

    Je poursuis avidement ma lecture du site, et, ayant (enfin !) compris comment poster un message, je pars affirmer ma liberté d’expression sur d’autres articles...

    Et ! Oh ! Surprise !
    Je retombe sur l’article en question, que monsieur Rodwell a pris pour un message d’Uderzo...

    Deux questions demeurent donc :

    Comment ce monsieur a-t-il fait pour :
    1- Croire que le message était signé Uderzo

    2- Ne pas mieux se renseigner avant d’aller rouspéter en public

    Les solutions proposées :

    1- Monsieur Rodwell est une créature venue d’ailleurs qui ne connait ni le fonctionnement d’internet, ni l’actualité sur Uderzo.

    2- Un stagaire sous payé a voulu se venger au nom de tous les stagiaires sous payés et a donné des informations totalement erronées à son patron.

    Je ne signe pas Uderzo parce que, même pour la blague, on ne sait jamais les retombées que ça pourrait avoir !!

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