The Boys : un démontage en règle du mythe des super-héros

8 octobre 2019 0 commentaire
  • Tout le monde aime les super-héros. Ces êtres merveilleux et bien sous tous rapports qui nous sauvent la mise à chaque occasion. Mais si nous avions faux depuis le début ? Si ces prétendus héros n'étaient en réalité qu'une bande d'hypocrites narcissiques et pervers au service de mégacorporation ?

Après la disparition de sa petite amie, littéralement explosée par un super-héros, Hughie va recevoir la visite de William "Billy" Butcher, un Britannique au langage aussi fleuri que ses chemises, qui connaît toute la vérité sur le monde des super-héros et n’a qu’un seul but en tête : « leur mettre une branlée quand ils franchissent la ligne rouge. » Notre jeune ingénu va alors rejoindre l’équipe de Butcher pour aller déboîter du super-héros avec un maximum de défoulement.

Derrière la parodie du super-héros et de ses codes, The Boys est surtout une charge violente et hilarante contre notre société et ses actuelles dérives, en particulier la surpuissance des grosses entreprises et leur course à la production illimitée. La religion, le terrorisme et l’hypocrisie médiatique ne sont pas non plus épargnées par la série de Seth Rogen, Evan Goldberg et Eric Kripke, loin de là.

The Boys : un démontage en règle du mythe des super-héros
Billy Butcher (à gauche) et ses "boys" prêt à éclater du super.
© Amazon Prime

Il faut dire que le matériel original, un comic-book créé par Garth Ennis et Darrick Robertson publié chez Dynamite Entertainment ne fait pas dans la dentelle, et reste probablement l’une des séries les plus marquantes des années 2000. L’annonce de la série avait d’ailleurs de quoi rendre dubitatif, comment adapter fidèlement à l’écran cette oeuvre en respectant son propos et sa violence graphique ? L’équipe créative s’était déjà attaquée à Preacher du même Garth Ennis, ce qui était rassurant, mais qui accepterait de produire un tel show télévisé ? La réponse est aussi ironique qu’inattendue : Amazon.

Rogen, Goldberg et Kripke réussissent à nous livrer une adaptation quasi-parfaite entre trahison et fidélité. Ils retranscrivent à merveille le message de l’œuvre-mère, tout en le réactualisant pour un monde qui a bien changé depuis la première publication du comic-book en 2006. Désormais les réseaux sociaux ont envahi notre quotidien, les super-héros crèvent les écrans, l’obscurantisme gagne du terrain, et le monde d’Hollywood a été secoué par l’affaire Weinstein.

Starlight, The Deep, Queen Maeve, Homelander, Black Noir, A-Train et Translucent, des super-héros pas si super que ça.
© Amazon Prime

Il est en effet impossible de ne pas penser au célèbre #metoo, lorsque l’on voit le personnage de Starlight - Stella en VF - être forcée de faire une fellation à The Deep - un pastiche d’Aquaman - pour pouvoir être accepté dans la plus grande équipe de super-héros. Ce même The Deep qui, quelques épisodes plus tard, se retrouve pris dans un cas de conscience entre l’obligation de devoir tourner des clips promotionnels pour Oceanland ou sauver ses amis les dauphins maltraités dans le célèbre parc d’attractions, des dauphins avec qui il semble d’ailleurs entretenir une relation plus que platonique.

Pendant ce temps-là, Vought American, multinationale qui a privatisé les super-héros, s’acharne à devenir le premier partenaire de l’armée américaine pour envoyer ses héros intervenir dans tous les conflits à travers le monde, afin d’exporter la démocratie à l’américaine. Une justice représentée par le Homelander, un super-héros patriotique à la gueule d’ange qui dissimule un véritable pervers psychopathe enfermé dans un complexe d’Oedipe.

Mais les choses ne sont pas aussi manichéennes que cela, et on prend parfois en pitié ces super-héros comme Queen Maeve - inspirée de Wonder Woman - qui représente l’ancienne jeune femme idéaliste devenue aujourd’hui un individu broyé par le système. Alors que Billy Butcher, apparaît finalement comme un homme brisé et paranoïaque en quête d’une vengeance personnelle pour laquelle il est prêt à commettre les pires atrocités.

Anthony Starr glaçant en Homelander.
© Amazon Prime

The Boys est une série dense brillant principalement par son écriture et qui, derrière son sens de la provocation de tous les instants, nous délivre un message fort sur notre société de consommation. la série pêche cependant davantage du côté de sa réalisation et de sa mise en scène, même si cela reste bien équivalent - voire au-dessus - du standard des séries. La bande originale est quant à elle aussi second degré que la série et apporte quelques moments assez jouissifs.

Mais l’un des points forts de cette adaptation reste son casting, tous les acteurs livrent ainsi une très belle prestation, notamment Karl Urban (Le Seigneur des Anneaux, Star Trek, Thor : Ragnarok...) qui prend un plaisir monstre à interpréter Billy Butcher, le bourreau des super-héros, avec un accent des plus exquis mais parfois difficile à comprendre.

N’oublions pas aussi Anthony Starr, véritable révélation de cette série qui incarne Homelander. L’acteur livre ici une interprétation à la fois glaçante et hilarante, passant du boy scout souriant au pervers psychopathe en une fraction de seconde.

À noter la présence de Simon Pegg, acteur-culte britannique dont Darrick Robertson s’est inspiré pour le dessiner le personnage de Hughie dans la bande dessinée. Désormais un peu trop âgé pour jouer un jeune homme dans la vingtaine, il incarne donc ici son père, un joli clin d’œil.

Irrévérencieuse, provocatrice et iconoclaste, The Boys est certainement l’une des meilleures adaptations de comic-book de ces dernières années. À l’heure où l’hégémonie des super-héros au cinéma bat son plein et où le modèle Marvel Studios doit désormais se réinventer - la série d’Amazon Prime fait un bien fou. Amateur d’hémoglobine, de Spice Girls, de dauphins, de cynisme et d’humour noir, cette série est faîte pour vous.

Nous ne pouvons aussi que vous conseiller de lire le comics original qui devrait bientôt être réédité par Panini Comics. Une série qui fracasse le système autant que les crânes de super-héros, et ça fait foutrement du bien.

Hughie (à droite) et Billy (à droite) prêt à "interroger" un super-héros.
© Amazon Prime

Voir en ligne : The Boys sur Amazon Prime

(par Vincent SAVI)

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The Boys – Développé par Éric Kripke – Avec Karl Urban (Billy Butcher), Anthony Starr (Homelander), Jack Quaid (Hughie), Erin Moriarty (Starlight), Dominique McElligott (Queen Maeve), Chase Crawford (The Deep), Jessie T. Usher (A-Train), Laz Alonso (Mother’s Milk), Tomer Capon (Frenchie), Karen Fukuhara (The Female), Elisabeth Shue (Madelyn Stillwell), Nathan Mitchell (Black Noir) & Simon Pegg (Le père de Hughie) - 8 épisodes - interdit aux moins de 18 ans - sortie le 26 juillet 2019

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