Thibaud Desbief : "Un des buts de l’atelier 510 à Tôkyô est de créer un lieu de rencontre entre auteurs japonais et européens."

13 juin 2007 1 commentaire
  • Thibaud Desbief habite au Japon depuis 10 ans. Traducteur pour les éditions Kana, il est aussi un des piliers de [l'atelier 510TTC à Tokyo->http://www.actuabd.com/spip.php?breve2100].

Quel est votre parcours ?

Je suis un lecteur de bande dessinée franco-belge depuis mon enfance. Et puis au début des années 80, j’ai commencé à acheter quelques mangas. Je regardais uniquement les images et puis heureusement Akira est arrivé en français. Après quatre années d’études de comptabilité, j’ai voulu apprendre le japonais. C’est au cours de ses quatre nouvelles années d’études que j’ai commencé à bosser pour Kana. La collaboration dure maintenant depuis plus de 10 ans.

En quoi consiste votre travail ?

J’ai commencé par corriger les traductions françaises effectuées par des Japonaises puis j’ai pris petit à petit des séries à mon compte : Monster, Zipang, Hunter Hunter, Real, Keroro, Un monde formidable, Paradise kiss… Avant je ne faisais que de la traduction, mais maintenant cela ne représente plus que 60% de mon temps. 40% sont consacrés à faire de la coordination, du suivi d’auteurs, la gestion de l’atelier 510…

Thibaud Desbief : "Un des buts de l'atelier 510 à Tôkyô est de créer un lieu de rencontre entre auteurs japonais et européens."
l’atelier 510 à Tôkyô ? Au 3ème étage de ce petit immeuble de Nakano

Pourquoi avoir créé cet atelier ?

Un des buts est de créer un lieu de rencontres entre auteurs japonais et européens. Les festivals ou les bureaux d’éditeurs limitent trop la rencontre. La venue de Philippe Buchet au Japon pour une longue durée permet également de montrer aux mangakas comment il travaille. Pareil pour Jean-David Morvan qui vient très souvent. Il y a eu une réelle envie d’échanges.

Quels sont les débouchés potentiels ?

Ils sont très concrets. Par exemple, le prochain Chroniques de Sillage est réalisé par cinq dessinateurs et un illustrateur japonais. Pour eux, grâce à l’atelier, une porte s’ouvre sur le marché européen. Nous pouvons faire le lien. Il y a aussi le projet d’adapter Sillage en manga.
Mon rôle consiste surtout à faire tomber la barrière de la langue de manière que les artistes se rencontrent et racontent leurs histoires. Peu importe la forme qu’elles prennent.
L’atelier est un premier pas. Nous avons l’avantage de ne pas avoir besoin de "retour financier" immédiat pour vivre. Pour le long terme, c’est un projet passionnant.

P. Buchet et T. Desbief rencontrent H. Ooshima

Qu’est-ce qui peut attirer les auteurs japonais à travailler pour le marché européen ?

Ce qui peut leur plaire, c’est le rythme de parution et donc une pression moindre, le rêve d’être connu à l’étranger, et enfin l’exotisme. Il ne faut pas oublier que les Japonais sont des insulaires et que travailler pour des étrangers confère un petit côté "artiste". En tout cas, ce n’est pas l’appât du gain.

Vu du Japon, qu’est-ce qui te surprend le plus dans le succès du manga en France ?

Je suis étonné que certains mangas aient du succès sans aucune diffusion TV. Naruto est un véritable phénomène alors qu’il n’y a pas eu de dessin animé.[Depuis 2006, la série a été diffusée en France sur Game One, Cartoon Network et France 3. Mais le succès en librairie était déjà effectif bien avant.]]Cela a fonctionné grâce au bouche-à-oreille et la communication de l’éditeur. Je suis surpris aussi de cette recherche de "manga-intello", de cette recherche de "lettres de noblesse". Cherche-t-on à justifier le fait d’être à la fois lecteur de BD et de manga ? Dans ce sens, Taniguchi est une passerelle idéale. Il a un trait très réaliste qui paraît familier aux Européens.

Japan Expo ouvre ses portes le mois prochain. La manifestation ne concerne pas seulement les mangas. Qu’en pensez-vous ?

Depuis quelques années, le Japon est "super tendance". Les mangas sont très référencés et il faut offrir au lecteur des clés de compréhension. C’est plus intéressant à lire lorsque l’on connaît les codes de sociétés ou de relations humaines. A part bien sûr des titres comme Naruto ou Hunter Hunter où le lecteur n’a pas besoin de connaître la culture japonaise pour décrypter ce qu’il y a dedans. De ce fait, il est normal que Japan Expo ne se cantonne pas aux seuls mangas.

Hiroyuki Ooshima (dessinateur de Spirou, sur un scénario de Morvan) et Thibaud Debief à Japan Expo 2006
Photo : D. Pasamonik

(par Laurent Boileau)

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Photos © L. Boileau sauf mention contraire.

 
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