Une Histoire du nationalisme corse - Par Hélène Constanty et Benjamin Ades - Dargaud

14 avril 2021 4
  • Il aura fallu plus de deux siècles pour que la revendication identitaire corse gagne en légitimité. L’occasion pour la journaliste Hélène Constanty de revenir sur les dernières quarante années de luttes qui ont façonné l'identité insulaire contemporaine. Un one-shot au goût de sang et au parfum de maquis.

Le 17 décembre 2015, le candidat nationaliste Gilles Simeoni remporte les élections territoriales et accède à la présidence du Conseil exécutif de la collectivité de Corse. Cette date est, pour Hélène Constanty, l’élément déclencheur d’une rétrospective historique sur le mouvement nationaliste insulaire sous la forme de récit graphique.

L’album, structuré en six chapitres, suit la chronologie de ces quarante années de revendication identitaire qui ont marqué la terre corse et les insulaires dans leur chair.

Alors que ce 17 décembre 2015 à Bastia, Gilles Siméoni et Jean-Guy Talamoni savourent leur victoire, au même moment à Corte, la statue du père historique de la patrie, Pasquale Paoli, disparaît de la place qui porte son nom. Elle sera le guide d’une longue pérégrination historique...

Une Histoire du nationalisme corse - Par Hélène Constanty et Benjamin Ades - Dargaud

L’enquête débute à Aléria en 1975. Edmond Siméoni, le père de Gilles, fondateur de l’ARC [1], dénonce les privilèges accordés aux rapatriés d’Algérie au détriment des agriculteurs corses en occupant une cave viticole. Cette action se voulait pacifique, elle se termina dans le sang. S’ensuivront d’autres événements tragiques : les nuits bleues, le drame de Furiani, l’exécution du Préfet Érignac.

Hélène Constanty et le dessinateur Benjamin Ades retracent minutieusement les événements qui jalonnent le parcours de la lutte nationaliste, les guerres intestines et fratricides entre partisans de l’autonomie et de l’indépendance, les relations poreuses entre les clans, la Brise de Mer, le pouvoir exécutif et judiciaire.

On retrouve également quelques figures marquantes du pouvoir français : Robert Broussard, devenu Préfet de Corse, Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur qui joue de sa faconde méridionale, ou encore Michel Rocard, alors Premier Ministre, dont l’exposé à l’Assemblée nationale en avril 1989 fera date pour les nationalistes corses.

Fil conducteur de l’enquête, le fantôme bleuté de Pasquale Paoli, u babbu di a patria  [2], traverse le temps et l’espace en rappelant ses faits d’armes contre les Génois et les Français pour conquérir la souveraineté de la Corse. Napoléon, son contemporain, est le grand absent de cette fresque des figures emblématiques de l’île.

Journaliste d’investigation indépendante, Hélène Constanty enquête depuis plusieurs années sur les "affaires" de la Côte d’Azur et sur celles qui touchent particulièrement la Corse. Elle a publié plusieurs essais et réalisé des reportages télévisés sur le sujet. Elle collabore comme scénariste à La Revue Dessinée.

Benjamin Ades publie ses illustrations dans La Revue Dessinée. Avec cette première BD d’enquête, il débute avec talent dans le neuvième art.

Une enquête dense, très documentée, sur une problématique qui a fait couler beaucoup d’encre et de sang et qui interroge sur le rapport entre la quête identitaire et la souveraineté étatique.

(par Nadine RIU)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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[1Associaton régionaliste corse

[2le père de la patrie

 
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4 Messages :
  • "L’enquête débute à Aléria en 1975. Edmond Siméoni, le père de Gilles, fondateur de l’ARC [1], dénonce les privilèges accordés aux rapatriés d’Algérie au détriment des agriculteurs corses en occupant une cave viticole." ??? Il n’aurait pas apprécier, cette tournure de phrase qui résonne comme un déni de vérité.. Edmond ! Ce sont les pratiques spéculatives de corruption de certains colons rapatriés, qui avec la vinification à base de chaptalisation par le sucre, déversé abondamment dans leurs cuves, qui fait le scandale d’Aléria. Le réduire aux seuls privilèges n’est pas la réponse adéquate donc. Les relations de l’Histoire ne doivent plus souffrir d’erreurs sur des faits suffisamment grave qui intéressent nos plus jeunes, leur devenir. Nous attendons de lire la narration qui est faite, qui se doit de corroborer des faits connus par un grand nombre de corses.
    Salutations cordiales.

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    • Répondu par Milles Sabords le 15 avril à  10:26 :

      Hé ben, l’avenir de cet album est déjà mal parti... Lorsque l’on relate des faits historiques, il faut savoir être d’une rigueur presque monacale, dans l’exactitude de la vérité et des différents points de vue !

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    • Répondu par Nadine RIU le 15 avril à  12:31 :

      Bonjour et merci pour la précision que vous apportez mais affirmer que cette phrase synthétique est le reflet d’une erreur historique est un peu fort. Si la cave Depeille, accusée de frelater son vin cristallise la colère de l’ARC, elle n’est pas la seule cave à cette époque à pratiquer la chaptalisation.

      L’ARC dénonce l’escroquerie mais et je cite Edmond Simeoni, lors de son interview le 22 aout 1975, le matin de l’occupation de la cave. Il justifie l’action de l’ARC par : "la défense légitime des intérêts du peuple corse, (...) mais il y a la volonté affirmée à travers un problème sectoriel qui compromet quatre à cinq notabilités rapatriées, d’élargir la lutte pour la corsisation des emplois, la défense de l’identité culturelle, la charte de retour des exilés".

      L’action de l’ARC n’a pas fait l’unanimité. Je vous renvoie à Ghjermana de Zerbi, alors militante du FRC, en désaccord avec les frères Simeoni.

      Bernard Cabot, agriculteur, vivait à quelques centaines de mètres de la cave Dépeille " Il se souvient malgré tout que, à Aléria, l’occupation de la cave suscita d’abord l’incompréhension, puis le rejet. « Des voix s’élevaient contre l’action menée par Edmond Simeoni sur une commune où Aléria vivait en harmonie avec la communauté pied-noir. Les tensions, elles se situaient plutôt dans le Fium’orbu ».

      Enfin, sur les murs de la cave, on peut lire "Colons escrocs, fora", "colons fora", et sur un pan de mur entier "Colons tutti fora". C’est écrit. Tous les colons n’étaient pourtant pas des escrocs.

      Toutefois, le mépris et le silence du gouvernement français de l’époque face aux appels et revendications des nationalistes ainsi que la gestion désastreuse de l’occupation de la cave Depeille ont été majoritairement critiqués et condamnés par les corses.

      https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/haute-corse/aleria-22-aout-1975-un-tournant-dans-l-histoire-de-la-corse-788567.html

      https://www.corsematin.com/articles/dossier-settimana-enfants-daleria-depuis-toujours-et-a-jamais-53051

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      • Répondu par DON SIMONI le 18 avril à  12:09 :

        Mme Nadine Riu, merci à vous, tout d’abord, de vous intéressez à la question historique Corse. De relatez avec votre bande dessinée une part de notre Histoire, elle a le mérite déjà vous voyez de suscitez le débat. C’est donc un point positif qui va certainement entraîner un nombre important de lecteurs à vous lire.
        Lorsque j’exprime mon avis sur « les relations de l’Histoire, qui ne doivent plus souffrir d’erreurs » c’est lié à votre phrase qui souffre d’inexactitude, dans son appréciation comme cause principale, je ne dis pas qu’elle est « une erreur historique ».. elle est minime même après tout au vu des enjeux, qui se situent ailleurs. Non, elle est simplement et malheureusement, le reflet de toutes les insinuations, supputations, déclarations intempestives, souvent volontairement déformés, que les Corses ont eu à subir durant toutes ces années de lutte du riaquistu.. de 1973 à nos jours. Donc cela dépasse vous seule, et est partie intégrante de la plupart des personnes, médias, qui, sont habitués à vivre, sous conformisme de l’État jacobin libéral français, et de ce qu’il convient d’appeler.. cette norme commune. La Liberté est un chemin difficile à entrevoir, même pour les esprits qui se croient .. Libres !
        Pour ce qui est de Mme Germaine de Zerbi, elle démontre ici dans cet interview, les faux-semblants de la gauche française, avec sa réflexion intellectuelle, qui, se situait bien dans le droit fil du réformisme de gauche, plus sociale-démocrate et libéral, comme allait le démontrait la suite en France, des années 80, jusqu’à aujourd’hui, plus que « gauchiste » qu’elle prétend incarnée aussi, d’ailleurs, des années 70, alors que que ce « gauchisme » révolutionnait encore, la France continentales, des années 70. Je peux en parler, car, j’y étais partie prenante et je sais les mobilisations qui étaient les nôtres, portées par cet anti-stalinisme tout autant que notre révolte anti-libérale.
        Elle est à ce titre, de gauche réformiste, dans l’erreur d’analyse politique, lorsqu’elle déclare.. à l’annonce de l’action de l’ARC.. « so tutti scemi » ! Faut il rappeler que l’opération légitime, annoncée quelques jours plus tôt, le 17 août, à Corti, était attendue, par la frange du peuple, il et vrai, la plus motivée, dont la lutte s’affirmait de plus en plus, mais qui était si l’on peut dire cette avant garde éclairée qui comme dans toute lutte populaire, existait. Elle finit d’ailleurs par reconnaître « ce passage obligé » du riaquistu des luttes de la Corse, que fut Aléria, que fut cette action militante forte, de l’ARC, dont Edmond dans son interview du 22 août 1975 en trace toute les raisons, y puisant sa force et sa nécessité dans l’histoire oppressive de la Corse, vivant toujours sous le fait colonial en 1975, et dont tous les corses connaissait, l’étendue idéologique du pouvoir français, à travers les propos même de Libert Bou, président de la mission interministérielle en 1974 : « Même 200 000 Corses autonomistes ne suffiraient pas à faire modifier la Constitution ! »
        M. Bernard Cabot de par ses propos illustre tout le décalé qui pouvait exister entre la réalité vécue, des agriculteurs corses, suite à l’accaparement injuste des terres par les seuls rapatriés, et la lutte plus que légitime du peuple Corse.
        L’intervention par la suite sous forme de reconnaissance de cette lutte, par Michel Rocard à l’Assemblé Nationale est venu parfaire et clôturé ce débat. Dans son article au Monde du 31 août 2000 sous le titre explicite « Corse : Jacobins ne tuez pas la paix ! » son honnêteté fut la marque de son républicanisme que Pasquale PAOLI n’aurait pas désavoué.. Il affirmât haut et fort ce que chaque authentique Républicain devrait inscrire dans sa mémoire aujourd’hui : « Les principes fondateurs de la République se veulent libérateurs et non oppressifs » https://www.dailymotion.com/video/x20dsf6
        Dans le suspens qu’est toujours la Question Corse, sachons tous et toutes, de l’Histoire, étudiez, méditer, pensez à nos jeunes, leurs avenirs, comme à celui de la Corse et de la France et de leurs peuples respectifs, car comme disait le père Félicité de Lamennais dans « Paroles d’un croyant. Au Peuple.. Tout ce qui arrive dans le Monde a son signe qui le précède ».
        Salutations Cordiales

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