Vingt statues de bronze du Chat sur les Champs-Élysées !

25 mars 2021 31
  • PARIS. C’est un acte inouï qu’aucun auteur de bande dessinée au monde n’avait réussi à accomplir et dont tous les médias bruissent ces jours-ci : vingt sculptures de bronze du Chat de Geluck s’alignent sur la perspective prestigieuse des Champs-Élysées. À quelques pas de là, la Galerie Huberty-Breyne expose des œuvres préparatoires à ces sculptures, mais aussi des estampes, des sculptures de petit format et des toiles inédites dans une exposition, « Philippe Geluck à Matignon », mais visitable en ligne à partir de vendredi. Un album paru chez Casterman, « Le Chat déambule », vient consacrer cet événement.

C’est un joli coup, au départ bien contrarié : tout était prêt pour avril 2020, les cartons d’invitation avaient été envoyés. Et puis paf ! La maudite pandémie obligea le Chat à retourner au panier. Pendant un an, il fit le gros dos, attendant que l’orage passe. Et là, aux premières lueurs du printemps, un certain Premier Ministre annonça qu’il « sera possible de sortir de chez soi pour se promener, s’aérer ou faire du sport, en journée… » Il le recommandait même. Le Chat comme Philippe Geluck se mirent à boire du petit lait. Les vingt statues de bronze rangées depuis un an dans un hangar en Belgique prirent le chemin de Paname.

Nous les avons vues hier, sur les Champs, face au Grand Palais, en train d’être installées, tandis que Geluck recevait les journalistes sous un soleil radieux. Nous l’avons bien évidemment interviewé pour vous (publication dans la journée).

Vingt statues de bronze du Chat sur les Champs-Élysées !
Le Martyre du Chat, en hommage aux dessinateurs victimes des opposants à la liberté de la presse.
Pipi et Grobidet. Avec le Manneken Pis et la Jeanneke Pis de Julien Dillens (pas l’affreux truc de la Rue des Bouchers), une des rares fontaines urinales au monde.

Il rappela l’objectif de cette opération : ces statues sont en vente (16 sur 20 ont d’ores et déjà trouvé preneurs) et le produit de cette vente viendra abonder le financement d’un « Musée du Chat » qui devrait s’ouvrir à Bruxelles dans les prochaines années. Nous aurons certainement l’occasion de vous en reparler, d’autant que ces statues sont destinées à voyager dans d’autres villes de France.

Et puis nous sommes aussi allés visiter la Galerie Huberty-Breyne, avenue Matignon qui ne pensait pas profiter d’une aussi belle aubaine : Geluck a mis à profit le confinement obligé pour peindre, dessiner, concevoir. Faire œuvre. Les œuvres sont à l’image de l’artiste : drôles, parfois impertinentes, gentiment interpellantes, et surtout pleines d’esprit. Et toutes, ici, relatives à l’art, à la création et quelquefois à la bande dessinée.

La Galerie Huberty-Breyne, avenue Matignon à Paris. Un joli coup... Devant la vitrine ; l’une des statues des Champs dans un format réduit.
Dans la galerie Huberty-Breyne à Paris, tous les formats en 2D comme en 3D.

Imposture ?

Évidemment, l’opération essuie des critiques. « La ville de Paris offre une pub gratuite à Casterman en installant des PLV géantes. Geluck a surtout le talent des relations publiques… » peut-on lire dans notre forum. Un autre écrit : « De l’art, tout de suite les grands mots. » Voici ce qu’en pense Ronan Lancelot, le directeur de la succursale parisienne de Huberty-Breyne Gallery : « Geluck n’a plus besoin de promo. Pour moi, le Chat a depuis longtemps dépassé le domaine de la bande dessinée. C’est devenu une icône, un personnage populaire. On le voit bien avec les gens qui passent dans la rue et qui essaient de voir ce qu’il a dans la galerie [fermée. NDLR]. Donc, de la publicité, il n’en a plus besoin. En revanche, Philippe a envie de montrer et de partager. De ce point de vue-là, mettre des statues sur les Champs-Élysées est une chose et montrer que derrière, il y a tout un travail qui part du papier en est une autre. Cela permet de montrer qu’il travaille sur papier, qu’il peint sur toile, qu’il y a des formats différents de sculptures, des multiples… Dans tous les budgets, on peut trouver quelque chose. Pour moi, c’est très cohérent. Il n’y a pas d’imposture à partir du moment où l’artiste est sincère. Il se trouve que le public répond. Il n’y a pas de « posture » chez Philippe Geluck, au contraire. Tout le monde achète Geluck : des amateurs d’art, des gens qui ont envie de rigoler, tout le monde achète du Geluck aujourd’hui. C’est surprenant. »

Ronan Lancelot, directeur de la galerie parisienne d’Huberty-Breyne.

De l’art ?

Est-ce que nous sommes dans l’art ? Il nous semble que la BD revendique la 9e place... « C’est de l’art où dans la mesure les gens en face pensent que c’est de l’art, répond le galeriste. Le plus important, c’est de susciter de l’émotion. Et la grande force de Geluck, c’est ça. Son Chat suscite des émotions, en 2D comme en 3D, à l’acrylique comme au crayon. C’est là qu’il est plus fort que tout. Le Chat est devenu un symbole. Tintin, si ce n’est pas dessiné par Hergé, ce n’est pas Tintin. Le Chat si ce n’est pas dessiné par Geluck, ce n’est pas Le Chat mais par contre, il peut prendre plein de formes dessinées par Geluck, et ça c’est très fort. »

Dans la Galerie Huberty-Breyne, on trouve ces multiples, bien moins chers que les grandes statues.

Et de fait, la galerie (jusqu’à ce qu’une ouverture au public soit possible, en attendant, dès vendredi, on peut la visiter en 3D sur le site de la galerie) est le véritable prolongement de la sarabande des statues sur les champs.

Laquelle a fait l’objet d’un bel album chez Casterman : Le Chat déambule. Réalisé avec la collaboration à l’écriture avec le journaliste Jean-Claude Loiseau, longtemps chroniqueur BD à Télérama, et Thomas Van Den Driessche pour les photographies, il détaille, avec les commentaires de l’artiste, l’élaboration des 20 statues, de l’intention artistique à sa concrétisation.

En prime, un chapitre sur l’humour et l’absurde dans l’art lesquels jouent un rôle central dans l’art contemporain, de Duchamp et Dada jusqu’à la banane de Maurizio Cattelan ou le « Plug » de Paul McCarthy. Avec Philippe Geluck, les cours d’Histoire de l’art s’annoncent plus drôles.

Le riche album illustré du happening parisien. Ed. Casterman.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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- "Le Chat déambule" - Exposition sur les Champs-Élysées du 26 mars (inauguration à 11 heures) au 9 juin 2021.

- "Le Chat à Matignon" - Huberty & Breyne Gallery - 36 avenue de Matignon - 75008 Paris - Du 26 mars au 5 juin 2021 - LE SITE INTERNET DE LA GALERIE

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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31 Messages :
  • Je ne connais pas de "rue" Matignon à Paris…
    par contre "avenue" Matignon semble être la bonne adresse de la galerie !

    Selon le visuel mis en ligne, le titre de l’album est "Le chat déambule", or vous écrivez à deux reprises "Le chat déambulle"… sans doute un excès de bulles ces derniers jours ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 25 mars à  09:33 :

      C’est corrigé. Merci.

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      • Répondu par Deserranno Patrick le 2 avril à  09:19 :

        Je trouve au contraire que "le chat déam bulle" est plutôt bien trouvé pour une BD

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  • jolie consécration ! ça doit peser des tonnes ces gros chats de bronze ?

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    • Répondu le 25 mars à  14:21 :

      Ca doit être creux quand même.

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    • Répondu par Milles Sabords le 27 mars à  06:50 :

      Geluck est depuis toujours un homme de médias qui a même tenté un temps la comédie, à travers le cinéma. Forcément, ça aide. On est bien loin du traditionnel auteur de bd. En gros, c’est un dessinateur de presse qui a réussi. Plantu mériterait aussi des statues à l’éfigie de ses personnages.

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  • La statue "Le Martyre du Chat" me fait penser au Hergé (en St Sébastien) criblé de crayons dans le Georges & Tchang de Colonnier.

    http://www.brucetringale.com/wp-content/uploads/2014/10/herg%C3%A9_1.jpg

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    • Répondu par Jeff le 25 mars à  14:37 :

      Le dessin de Colonnier est lui-même inspiré d’une photo d’un camp scout de 1922 (reproduite notamment dans "Les Cahiers de la BD" hors-série Hergé de l’an dernier, p. 8).

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      • Répondu par Toledano le 25 mars à  14:44 :

        Oui, mais pas les crayons qui le transpercent durant son cauchemar.

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  • Franchement, vues les conditions de vie actuelles et les revendications c’est quasi indécent comme démarche. Mis à part les accointances de l’auteur avec les élites parisiennes je ne vois pas en quoi son œuvre mérite une telle reconnaissance !

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    • Répondu le 25 mars à  14:49 :

      A côté de la plaque hugfr, Geluck le dit lui-même : "J’aimerais rappeler que cette exposition ne coûte pas un centime, ni à la mairie de Paris, ni au contribuable français. Seize des statues ont été vendues avant même d’avoir été vues."

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      • Répondu par Milles Sabords le 25 mars à  19:56 :

        Non, bien sûr, cette expo sur la voie publique ne coûte rien en matière de logistique et de sécurité... Géluck nous prendrait-il pour des gogos...

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      • Répondu par hugfr le 26 mars à  06:21 :

        Il dit qu’il voit pas le rapport avec l’occupation de l’espace public. En outre mon post ne parle pas d’argent... Quand bien même, il a fallu que quelqu’un les achète et je confirme que les ressources des élites ne se limitent pas à l’argent public 🤣

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        • Répondu par Jacques le 26 mars à  08:16 :

          Vous semblez bien confus mon ami, vous devriez prendre l’air... du côté des Champs Elysées il y a une chouette expo gratuite en plein air (idée sortie !).

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          • Répondu par christox le 26 mars à  15:46 :

            Ha , ha , très bon .

            des grincheux ils en existent partout , et pas seulement chez blanche neige 😆

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    • Répondu par FABRE le 29 mars à  10:25 :

      Que l’on aime ou non, la culture est en berne et là elle est visible de tous alors profitons ;, c’est une porte ouverte pour d’autres expos.

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      • Répondu par Milles Sabords le 29 mars à  15:16 :

        C’est là tout l’enjeu de cette expo ; faire de ces gros matous un "art" reconnu par les puristes des galeries contemporaines. Lorsqu’un artiste obtient l’écoute du pouvoir, tout est plus facile pour lui. Le Chat n’est pas de la culture, mais un divertissement de masse.

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      • Répondu le 29 mars à  17:30 :

        De la culture ? Les livres sont déjà des best-sellers. Qu’est-ce que ces reproductions en 3D apportent sur le plan culturel ?

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        • Répondu le 29 mars à  19:43 :

          c’est bien ce qu’on, disait : des grincheux y en a partout :-D :-D

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          • Répondu le 29 mars à  20:16 :

            Et des enthousiastes béats aussi.

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          • Répondu le 29 mars à  20:27 :

            Ce n’est pas être grincheux que de s’intéresser à ce qui est artistique.

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          • Répondu par Milles Sabords le 30 mars à  05:04 :

            Même si les albums se vendent facilement, il ne faut pas confondre produit culturel et culture. Le Chat n’est pas un marqueur de l’histoire de l’art pour être de la culture, et c’est bien là toute la limite de cette expo plein air.

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            • Répondu par Fab le 30 mars à  10:10 :

              Le Chat n’est pas un marqueur de l’histoire de l’art pour être de la culture,

              Vous n’en savez rien, personne n’en sait rien, il faut laisser le temps en décider, peut-être que Le Chat sera un marqueur de l’histoire de l’art. En attendant il EST de la culture, et de la Culture populaire, la plus belle.

              (Hep monsieur Sabords, pas de S à mille, c’est invariable)

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              • Répondu par Milles Sabords le 30 mars à  12:02 :

                Décidément, quel comique ce Fab ! Il m’en ferais presque perdre le "S" en trop de mon pseudo ! Le Chat, marqueur de l’histoire de l’art... l’art de cochon, alors ? Pour devenir culturel, encore faut-il que le Chat soit reconnu dans le monde. C’est dingue ce prisme franco-français pour déterminer une œuvre. D’ailleurs, il y a bien d’autres personnages de BD qui mériterait aussi une telle exposition... mais c’est vrai, j’oubliais, tous les auteurs n’ont pas le pouvoir de la télé derrière eux... Culture populaire ça ne veut rien dire du tout et MacDo aussi est rentré dans la culture populaire. L’art n’a pas pour vocation à être populaire et cela depuis la nuit des temps. C’est l’aspect mercantile de l’art qui en fait sa popularité (merci Andy Warhol !). Qu’on aime Geluck c’est très bien, mais en faire un artiste majeur, c’est la montagne qui accouche d’une souris ! Je plains les services de voiries qui devront nettoyer toutes ces moulures, avec l’argent du contribuable. Et si elles sont détériorés, qui payera ?

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                • Répondu le 30 mars à  21:37 :

                  C’est dingue ce prisme franco-français pour déterminer une œuvre.

                  Geluck est belge, le Chat est belge, Casterman est belge.

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                  • Répondu par Milles Sabords le 31 mars à  05:25 :

                    L’essentiel des ventes bd c’est le marché Français, Casterman n’a plus rien de Belge depuis son rachat (à part les collections Alix, le catalogue n’est plus franco-belge mais roman-graphique) et Geluck doit beaucoup aux médias Français pour sa carrière, grâce à Drucker et Ruquier...

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                    • Répondu par Fred le 1er avril à  21:53 :

                      Geluck doit beaucoup aux médias Français pour sa carrière, grâce à Drucker et Ruquier...

                      Vous êtes très franco-français vous, Geluck était déjà une star en Belgique, il n’a pas eu besoin de drucker ou ruquier pour ça, c’est avec le succès de ses livres qu’on a commencé à le voir en France.
                      Parlez de Lollipop aux adultes de ma génération, ils auront des bouffées de nostalgie dans les yeux.

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                      • Répondu par Milles Sabords le 5 avril à  16:16 :

                        Une star en Belgique d’accord, mais sans la télé Française qui a un retentissement beaucoup plus large que la télé Belge, pas sûr que la carrière de Geluck aurait eu une telle ascension, même avec les ventes d’albums. Vous trouverez sur le net des articles de presse qui relatent mes propos.

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                        • Répondu le 6 avril à  14:53 :

                          Vous êtes décidément trop franco-français. Savez-vous que la vie existe hors de ces frontières ?

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                          • Répondu le 6 avril à  16:54 :

                            L’essentiel des ventes BD se fait sur le marché Français, englobant également Comics et Manga. Ce n’est pas franco-français que de dire ça, mais une réalité économique car c’est un très gros marché, amplifié par l’effet Festival d’Angoulême. C’est aussi pour cela que bon nombre d’auteurs à travers le monde rêvent d’une publication en France.

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  • Faudrait une bonne guerre ! Tous ces machins seraient fondus pour en récupérer les métaux, comme les statues en 14 et en 40.
    Screugneugneu !

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