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Wonder Woman 1984 : un grand retour dans l’indifférence

  • Après le succès incontestable de sa première aventure solo en 2017, il était inévitable que la princesse amazone de DC Comics retrouve assez vite le chemin des salles obscures. Une suite est donc rapidement mise en chantier et annoncée pour 2019. Mais pour des raisons de production, le film avait été repoussé à l'été 2020. Mais voilà que l'épidémie de Covid-19 intervient... Son incidence sur l'industrie culturelle pousse Warner Bros. à décaler sans cesse le film, qui finit par sortir dans l'indifférence la plus totale...

L’indifférence est d’ailleurs peut-être le mot qui convient d’ailleurs le mieux au film, tant il nous laissera un souvenir peu mémorable. Sorti dans quelques salles obscures à la fin 2020 à travers le monde, il aura fallu officiellement attendre 7 avril dernier pour que les publics belges et français découvrent le long-métrage, en vidéo à la demande (VOD) bien entendu.

On retrouve toujours la réalisatrice Patty Jenkins derrière la caméra, mais aussi cette fois-ci au scénario accompagné de Geoff Johns et David Callaham. Gal Gadot, interprète de Wonder Woman depuis 2016 et le film Batman v Superman : Dawn of Justice enfile pour la quatrième fois l’armure de la guerrière amazone. Après les no man’s land de la Première Guerre mondiale, notre super-héroïne s’en va découvrir les années 1980, ses centres commerciaux et sa musique, l’équipe du film poursuivant ainsi dans l’uchronie. Seulement, il n’y a pas que le environnement historique que la réalisatrice et ses scénaristes semblent reprendre du passé, mais aussi ses poncifs d’écriture tant le film paraît furieusement daté.

Nous sommes donc en l’an 1984 et Diana Prince travaille comme anthropologiste à Washington DC. et officie secrètement en tant que super-héroïne. Sa route va alors croiser celle de Maxwell Lord, un riche industriel sur le déclin qui va se retrouver en possession d’une pierre mythique permettant d’exaucer tous ses souhaits. Mais la réalisation des vœux de tout un chacun ne peut qu’entraîner le chaos et c’est à Wonder Woman qu’incombe encore une fois la tâche de sauver le monde, même si pour cela elle devra d’abord venir à bout de ses propres démons...

Wonder Woman 1984 : un grand retour dans l'indifférence
Gal Gadot endosse une nouvelle fois le rôle mythique de Wonder Woman.

L’idée générale du scénario est plutôt prometteuse et délivre même un message d’intérêt général pour notre société actuelle. La quête de pouvoir illimité de Maxwell Lord, misant sur l’individualité de tout un chacun conduit à un monde chaotique où plus personne ne s’écoute et en souhaite toujours davantage. Le film se montre audacieuce dans son dénouement qui ne mise pas sur une énième bataille en CGI mais quelque chose d’un peu plus subtil. Certains auront critiqué la naïveté du film, mais dans une époque de plus en plus cynique, il est finalement plutôt agréable de voir une œuvre simple, presque candide. Malgré un cahier des charges évident pour une production de ce type, on y sent une certaine honnêteté et une sincérité de la part de sa réalisatrice.

Il est d’autant plus dommage de voir ce bon concept se retrouve annihilé par une écriture désastreuse. On pense notamment à certains choix hasardeux comme le retour de Steve Trevor, le grand amour de Diana décédé dans le premier film. Une "résurrection" logique et justifiée par le pouvoir de la "Pierre de Rêve" mais qui se retrouve enrobée d’un étrange choix scénaristique qui provoque quelques situations embarrassantes voire totalement immorales. On pourra aussi s’interroger sur certains messages un brin conservateurs véhiculés par le film qui semblent toutefois plutôt tenir de la maladresse.

Autre point noir et non des moindres : la caractérisation de ses personnages, notamment celle de Barbara Minerva alias Cheetah, collègue de Diana puis antagoniste de Wonder Woman dont l’écriture datée - qui évoquera l’Electro de The Amazing Spider-Man 2 - confine au ridicule. Inévitablement, l’évolution du personnage évoquera la Catwoman de Batman Returns, une comparaison au final peu flatteuse pour le long-métrage de Patty Jenkins, puisqu’en 1992, Tim Burton s’était montré moins rétrograde en livrant un personnage similaire.

Après presque 70 ans, Diana retrouve son amour disparu.

Ne cherchez pas à trouver des arguments pour sauver le film par ses effets visuels qui se montrent à la hauteur du scénario. Certaines scènes prévues pour être épiques tournent rapidement à l’absurde et font peine à voir. Le seul véritable point à sauver du film serait la prestation du compositeur Hans Zimmer qui n’avait pas livré une bande originale aussi réussie depuis longtemps.

On repêchera aussi la prestation de Pedro Pascal qui semble réellement s’amuser et dont le cabotinage en Maxwell Lord convient finalement assez bien au film. Malgré ce qu’on lui donne à jouer Kristen Wiig interprète de Cheetah réussit à livrer une performance sympathique et le duo de vilains qu’elle forme avec Maxwell Lord possède une certaine saveur nostalgique plutôt appréciable. Plus étonnamment, c’est Chris Pine, qui prête une nouvelle fois ses traits à Steve Trevor qui réussit à tirer son épingle du jeu, perdu au milieu des années 1980, le personnage - venant du début du siècle - offre quelques scènes comiques assez réussies.

En ce qui concerne Gal Gadot, interprète officielle de Wonder Woman depuis quatre films, le constat est toujours le même, l’actrice n’a pas le talent et le charisme nécessaires pour incarner la princesse amazone.

En conclusion, Wonder Woman 1984 nous aura touchés par une certaine sincérité et une idée globale plutôt intéressante, mais l’écrin offert par une réalisation maladroite, surannée et mal écrite ne permet pas d’apprécier ses qualités à leur juste valeur. On recommandera donc le film aux aficionados du genre ou aux plus curieux, mais il n’est en rien un immanquable.

Au milieu de tout ce bazar, le talentueux Pedro Pascal s’amuse en industriel mégalo.

(par Vincent SAVI)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Wonder Woman : 1984 – Réalisé par Patty Jenkins – Écrit par Patty Jenkins, Geoff Johns & David Callaham - Musique composée par Hans Zimmer - Avec Gal Gadot (Wonder Woman / Diana Prince), Chris Pine (Steve Trevor), Pedro Pascal (Maxwell Lord), Kristen Wiig (Barbara Minerva / Cheetah), Connie Nielsen (Hippolyte) & Robin Wright (Antiope) - Sortie le 7 avril 2021 – 151 minutes.

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3 Messages :
  • C’est effectivement un gros ratage. Dommage pour une fois qu’une femme était à la tête d’un blockbuster.
    En plus du scénario qui ne tient pas la route, l’esthétique du film est particulièrement ratée et datée et les acteurs en font des tonnes.
    La plastique de Gal Gadot est inversement proportionnelle à son talent d’actrice.
    Par contre, j’ai bien aimé que le film soit un peu moins violent et moins rempli d’effet spéciaux gratuits que la plupart des films du genre

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  • Cet article n’est pas une critique argumentée, mais une compilation de jugements hâtifs et personnels. Avis perso pour avis perso, Gal Gadot est magnifique et ultra-charismatique en Wonder Woman.

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  • Film visionné ce week end. Bien déçu de manière générale. Pas dans la lignée du premier, c’est sûr. Si j’apprécie plutôt les versions longues, ici beaucoup de longueurs superflues. Et même s’il s’agit de fantastique, quelques choix prêtent à discussion et sourire.

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