Zoo - Tome 3 - Par Frank & Bonifay - Dupuis

30 novembre 2007 0 commentaire
  • Treize ans après la publication du premier chapitre de {{Zoo}}, {{Frank Pé}} et {{Philippe Bonifay}} nous livrent enfin le troisième et dernier tome d’une histoire que l’on devinait magistrale. Au fil de ce triptyque, les personnages traversent des moments poétiques et savoureux avant de s’enfoncer peu à peu dans l’inquiétude et la douleur. L’émotion est présente au détour de chacune des séquences…

Célestin avait délaissé provisoirement l’exercice de la médecine pour s’occuper de l’un de ses rêves, un zoo. A la sueur de son front, il a créé un univers idyllique où les races d’animaux cohabitent sans heurts. Ours, panthères, singes et oiseaux exotiques partagent le quotidien de Célestin et de son équipe : Buggy, un artiste sculpteur, Manon, la jeune fille sauvage et sensible, et Anna, la femme sans nez, qui tente de retrouver la sérénité.

Dans le premier album, les auteurs, Frank Pé et Philippe Bonifay, s’attardaient sur le passé de Anna, et sur son handicap, la perte de son nez et de odorat, qui est considéré dans son pays, la Sibérie, comme la destruction de sa propre âme. Arrivée par accident dans ce zoo, elle apprend à revivre et à sourire grâce à la naïve et facétieuse Manon. Cette adolescente, bientôt adulte, a été adoptée par Célestin, et vit une relation amoureuse avec Buggy.

La première guerre mondiale trouble la quiétude du zoo dans le deuxième tome. Les problèmes financiers sont là, et Célestin hésite à venir en aide aux hommes qui sont au cœur de la tourmente et du cauchemar. Tous, au zoo, tentent de préserver Manon de ce drame naissant. Sa sensibilité à fleur de peau, et son insouciance ne lui permettraient sans doute pas d’encaisser l’horreur de la guerre. Célestin finit par partir, pour accomplir son rôle de médecin sur le front.

Le dernier album est donc marqué par l’inquiétude des personnages face à l’absence de Célestin. Absence physique, bien sûr, mais aussi le manque de nouvelles. Finalement, ils apprennent qu’il a disparu, et serait probablement mort derrière les lignes ennemies. Anna décide de partir à sa recherche, qui se transformera en une sorte de quête initiatique.

L’album est illustré avec minutie par Frank Pé. Le dessinateur a adapté sa palette chromatique aux couleurs sombres de la guerre. On regrette un peu de ne pas retrouver l’univers particulier et poétique du premier tome. Quelques pages se déroulent dans le zoo bien sûr, et démontre une fois de plus les talents de dessinateur animalier de Frank, mais l’essentiel a pour cadre les ambiances boueuses et noires de la première guerre mondiale.

Force est de constater que Frank Pé et Philippe Bonifay ont réalisé un sans-faute en réalisant une œuvre forte où l’émotion transpire à chacune des pages. Mis à part Le Journal de Mon Père, Quartier Lointain (de Jirô Taniguchi) et Blankets (de Craig Thompson), peu de bandes dessinées étaient parvenues à m’émouvoir autant, à rendre mes yeux humides. Le triptyque Zoo, que j’ai relu entièrement pour mieux en percevoir le sens, rejoint ce panthéon particulier...

Zoo est une réussite. Mieux une œuvre majeure !

(par Nicolas Anspach)

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