Andreas : passé, présent et futur

15 avril 2015 5 commentaires
  • L'actualité d'un grand auteur discret de bande dessinée va être bien chamboulée dans les prochains mois : alors que Le Lombard vient de rééditer "La Caverne du Souvenir", bientôt suivie de "Raffington Event", sa série de dix-huit albums "Arq" arrive à son terme chez Delcourt, suivie juste après des deux derniers albums de "Capricorne" au Lombard. Le temps des bilans approche !

La Caverne du souvenir, qui vient d’être réédité au Lombard, inaugure une série de cinq albums d’Andreas qui vont paraître dans les 12 prochains mois. À leur façon, ces cinq albums retracent presque toute la carrière de cet auteur emblématique du 9e art.

Après avoir suivi les cours de l’Institut Saint-Luc à Bruxelles, le dessinateur allemand fait ses premières armes avec ses anciens condisciples tels que Cossu, Berthet et Foerster, mais c’est son ancien professeur Eddy Paape, qu’il assista entre autres sur Udolfo ainsi que sur Luc Orient, qui lui ouvre les portes du Journal Tintin.

Dès 1978, c’est en solo qu’il y réalise une bande dessinée qui tranchait radicalement avec la production de l’hebdomadaire des 7 à 77 ans : Rork. Avec une suite de courts récits inspirés notamment par HP Lovecraft, son univers très particulier ne laisse pas les lecteurs indifférents. En plus de son style narratif particulier, et de son encrage très anguleux, Andreas dénote par la volonté d’expérimenter continuellement de nouvelles formes de découpages. Lorsque différentes séquences ou époques ne sont pas enchâssées, les cases elles-mêmes prennent des formes les plus diverses, associées à des cadrages hors normes.

Andreas : passé, présent et futur
Une des premières planches de Rork : Andreas est encore très influencé par Lovecraft.

La Caverne du souvenir : expérimentations celtiques et fantastiques

La première édition de mai 1985 de "La Caverne du souvenir".

Si Andreas continue de travailler sur Rork pendant de nombreuses années, il ne cesse en parallèle de multiplier les collaborations, les one-shots et les courtes séries chez d’autres éditeurs. C’est ainsi que débute en 1983 la parution de La Caverne du souvenir. Même si l’auteur est avare de confidences sur ses livres, c’est lui qui introduit le mieux ce récit qui fait la part belle à la Bretagne, une région de France qu’il apprécie particulièrement :

"L’idée de cette histoire m’est venue d’ouvrages que j’ai découverts sur la religion des Celtes, une religion qui m’est apparue extraordinairement libératrice. Les conceptions celtiques de la mort et de l’au-delà m’ont fortement impressionné. J’ai pensé adapter cela à notre monde contemporain. Non instruit des mystères druidiques, mon héros v y faire une étrange expérience en traversant un monde hostile, bien que d’abord d’une apparence familière. Croyant s’être égaré, il commencera par connaître quelques mésaventures. Progressivement, apparaîtront des signes qui seront pour lui autant de repères, jusqu’à ce qu’il découvre... Mais, là, je préfère vous laisser le plaisir de la surprise." (1985)

La marque de fabrique des albums d’Andréas : une recherche formelle qui prolonge et systématise les travaux de Jack Kirby ou de Philippe Druillet.

Si les courts récits de Rork ont commencé à se répondre entre eux, on peut considérer que La Caverne du souvenir est le premier long récit d’Andreas, avec le premier tome de Cromwell Stone. Après ces courts récits complexes, on sent bien le sentiment de liberté qu’Andreas trouva dans ce récit de 50 pages. Il y expérimente de nouvelles formes de cadrage, comme les plongées verticales lors de déplacements des personnages, des découpages pleines planches très innovants et qui resteront sa marque de fabrique jusqu’à aujourd’hui ou encore l’alternance de récits aux temporalités parallèles qui se répondent...

Ce récit orienté principalement sur la religion celtique reste donc un excellent point d’entrée à l’oeuvre d’Andreas pour les lecteurs que les longues séries pourraient rebuter. Même si la marque des années 1980 se ressent fortement à la lecture, principalement sur les scènes de flashbacks, l’ensemble demeure intemporel, abordant des thématiques de croyance, de relations humaines, et de questionnement face à la mort. Le lecteur doit s’investir dans le récit pour en découvrir les clefs, mais elles sont bien plus accessibles que d’autres récits d’Andreas à venir.

Raffington Event - Détective

L’album paru au début 1989 n’a pas encore été réédité.

Presque que tous les albums d’Andreas publiés au Lombard ont été réédités et sont toujours disponibles, mais cela n’était pas encore le cas de Raffington Event - Détective. Ce personnage apparut dans le deuxième tome de Rork, Fragments, dans lequel il est le fil rouge du récit, suivant les événements pour le lecteur, sans en être cependant le déclencheur. Ce petit détective ventripotent joue également un petit rôle dans le dernier tome de la série-mère Rork. Andreas semble cependant s’y être attaché, car il lui consacra une suite de 10 courts récits parus en album en mars 1989 dans la collection Histoires et Légendes.

Le format court et indépendant de chacune des petites histoires fantastiques laisse à penser qu’Andreas avait d’abord imaginé prépublier celles-ci dans Le Journal Tintin. Mais 1988 est une année sombre pour l’hebdomadaire, qui cesse finalement de paraître au mois de novembre.

Les thématiques et les différents styles de récits qui composent Raffington Event démontrent qu’Andreas en était encore à multiplier les styles, jouant des codes pour mieux les expérimenter : un récit est muet tandis qu’un autre ne se compose presque que de gros plans sur le visage du "héros". Un autre récit ne se compose que d’ombres expressives alors qu’un précédent multiplie les cases faire entrer un maximum de séquences dans les quatre planches du récit.

Si son pouvoir de déduction permet au détective d’analyser et d’élucider des situations complexes, ce personnage ne possède pas de pouvoir, au contraire d’autres héros d’Andreas, ce qui le rend peut-être charismatique. Le fait que ces courts récits n’aient aucun lien avec les autres récits d’Andreas explique sans doute que son album n’ait pas été réédité depuis 25 ans, mais ce sera chose faite en avril 2016, au moment de l’achèvement de Capricorne.

"Toute cette histoire trouvera son dénouement bientôt, d’une façon ou d’une autre."
Extrait de la planche 44 du tome 18 de Capricorne : Zarkan

Capricorne et Arq : conclusions en apothéose.

La couverture provisoire du tome 19 de Capricorne
L’éditrice précise qu’il manque encore les couleurs sur cette couverture. Le chat noir sera en vernis mat, et le fond noir en vernis brillant.

En dépit d’un succès d’estime de la part des inconditionnels, la longueur de la série Capricorne, et parfois sa complexité, avait entraîné une progressive baisse de ses ventes. Alors que l’auteur signait un des meilleurs albums de sa série (New York),

son éditeur avait décidé de ne pas en publier les cinq derniers tomes, laissant la possibilité à l’auteur de réaliser un dernier album conclusif.

Ce que ce dernier avait refusé.

. Les titulaires de la direction éditoriale se succédant, Le Lombard s’était finalement ravisé. Ces attermoiements semblent bien derrière nous, alors que les deux derniers tomes de Capricorne devraient sortir prochainement, dans un mouchoir de poche.

La couverture du dernier tome d’Arq
A paraître le 17 juin

"Le tome 19 est prévu pour octobre 2015, nous confirme Clémentine de Lannoy, éditrice au Lombard. Le tome 20 sortira seulement six mois après le précédent, vers mai 2016. Des intégrales suivront, bien évidemment. Il n’y a pas d’autres nouveautés prévues pour le moment : il est encore trop tôt car nous sommes concentrés sur Capricorne. Mais Andreas souhaite continuer à collaborer avec le Lombard, ce qui nous ravit !"

Les amateurs d’Andreas ne devront pas attendre aussi longtemps pour obtenir les dernières réponses (ou pas) soulevées dans la série Arq, paraissant chez Delcourt. En effet, le dernier tome (sur dix-huit prévus) sortira le 17 juin prochain. Dans celui-ci, les principaux protagonistes vont se retrouver et notamment revenir au point de départ de la série : un mystérieux hôtel. Les quelques semaines d’attente avant cette conclusion laisse le temps aux lecteurs de rassembler les derniers albums qui leur manqueraient, afin de pouvoir passer l’été en compagnie d’Andreas, et de ses créations si particulières.

La première planche du tome 19 de Capricorne, à paraître en octobre 2015.
Le dernier cycle de six tomes d’Arq se présente en noir et blanc dans un forme Comics. Ici, la première planche du tome 7, "Rêves 2", qui fait le lien avec les tomes 2 et 3 de la série, intitulés "Mémoires 1" et "Mémoires 2"

(par Charles-Louis Detournay)

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Concernant Andreas, lire nos articles précédents :
- Angoulême 2013 - Andreas sort de l’ombre et l’interview qu’il nous a accordé : "J’aimerais faire des albums en 200 ou 300 planches"
- Andreas booste Le Lombard
- notre article expliquant la remise en question concernant Capricorne
- la vision globale de la série via le volume 14.
- nos chroniques des tomes précédents : 12, 13, 15, 16 et 17

 
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5 Messages :
  • Andreas : passé, présent et futur
    18 avril 2015 00:58, par Sirtaky

    Bravo pour cet article !
    J’avoue : mon avis est biaisé car Andréas est mon auteur/dessinateur favori !
    Quel plaisir de manipuler ses albums, de se laisser porter par ses intrigues à tiroir(s), les dessins, ces univers originaux et inventifs !
    Avec Arq et Capricorne, séries suivies depuis tellement d’années, qui vont se terminer prochainement, je sens que je vais ressentir comme un grand vide !

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    • Répondu par Phildar le 18 avril 2015 à  15:17 :

      Personnellement, c’est quand je lis les albums d’Andreas que je ressens comme un grand vide !

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      • Répondu par Yo le 18 avril 2015 à  19:34 :

        Ben moi c’est tout le contraire. Un découpage unique, un trait magnifique, bref une vraie réussite formelle qui complète des histoires demandent une certaine exigence au lecteur. Si on accroche, c’est un vrai régal ! Mais évidemment, ce n’est clairement pas fait pour tout le monde.

        Andréas, ça change de tout un tas de bouquin (aussi vite lue qu’oublié) trustant les étals des librairies !

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      • Répondu par Sly le 19 avril 2015 à  17:16 :

        « Personnellement, c’est quand je lis les albums d’Andreas que je ressens comme un grand vide ! »

        Ouais, je comprends. J’ai la même sensation en lisant votre réponse quelque peu lapidaire.

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      • Répondu par Jfchanson le 19 avril 2015 à  17:34 :

        Comme tu ne comprends rien, que cela te dépasse, tu es alors conscient de ton vide cérébral. C’est ce que tu voulais dire, Phildar ?

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