Chez Graph Zeppelin, Magenta et Bettie Page, grandes figures de l’érotisme sur papier glacé...

8 octobre 2017 0 commentaire
  • Trois albums viennent consacrer Magenta comme une des nouvelles égéries de la bande dessinée érotique. Du soft au hard, de la pin-up au récit de 64 pages, Nik Guerra multiplie les formes, pour mieux dévoiler celles de son héroïne.

Née de la rencontre de son dessinateur Nik Guerra et du scénariste Celestino Pes (qui a également réalisé Chiara Rosenberg avec Baldazzini), Magenta fait ses premiers pas en Italie en 2002, « parodiant les BD italiennes érotiques, les fumetti pour adultes », comme nous le précisait précédemment Vincent Bernière. En effet, cette impitoyable provocatrice est la plus jeune des séries à être intégrée dans Les Grands Classiques de la BD érotique. Mais comment Magenta en est-elle arrivée à cette consécration ? Revenons à ses débuts… Chez Graph Zeppelin, Magenta et Bettie Page, grandes figures de l'érotisme sur papier glacé...

En réalité, c’est dès la première bande dessinée de son dessinateur Nik Guerra que Magenta fait ses premiers pas. D’emblée, l’ambiance est posée dans Bienvenue en enfer : l’héroïne apparaît en bas nylons et en talons aiguilles dans une ambiance parodiant allégrement les fumetti neri, ces bandes dessinées de petit format très populaires dans les années 1960 et qui mélangeaient sexe et polar. Une partie de ceux-ci nous sont d’ailleurs parvenus en francophonie par le biais d’Elvifrance.

Magenta sous toutes les coutures

Après avoir imaginé Magenta comme un personnage sérieux s’inscrivant dans le sillage du Satanik de Magnus, Pes & Guerra font passer leur impitoyable héroïne dangereuse et tueuse et sa collègue, la blonde Lucrèce, au format de courts récits de huit pages formant le plus redoutable duo de détectives privées qu’on ait connu, sous le nom révélateur des Shoking Stockings. Leur seule obsession ? S’amuser avec les hommes, se venger de leur machisme et surtout, les faire passer pour de sombres idiots. Le nouveau format permettant de multiplier les thématiques, le fétichisme y atteint des sommets : bas (nylon, résille, couture), culte des hauts-talons et des pieds déchaussés, gants, porte-jarretelles et autres lingeries suggestives y sont légion.

Les ’Oh’ et les bas du fétichisme

L’intérêt de cette nouvelle mouture de Magenta réside dans son humour permanent : si les héroïnes tournent perpétuellement les hommes en dérision, elles jouent également avec le lecteur et leurs propres auteurs. Les courts récits présentés n’ont de but que de divertir, multipliant les références pour mieux tourner en dérision certains genres de la bande dessinée. Enfin, l’hilarante traduction de Bernard Joubert permet de jouir de toute l’incongruité des situations présentées, donnant à l’ensemble une savoureuse sensation de cohérence.

C’est en effet l’éditeur et historien de la censure Bernard Joubert qui importe cette pépite d’Italie, renforçant dans la traduction aspect humoristique et (auto-) parodique des courts récits. Après trois albums parus dans la collection Petits Pétards de Dynamite (de 2005 à 2008), Delcourt rapatrie le talentueux tandem dans sa collection Erotix dirigée par Vincent Bernière. Deux albums paraissent (en 2011 et 2013), pour un total de 300 pages regroupant les courts récits déjà parus chez Dynamite ainsi que les inédits. Ceux-ci sont suivis (enfin) par la publication en français de la première bande dessinée de la série, Bienvenue en Enfer (2015).

Les auteurs de Magenta jouent avec les références du genre

Pin-ups et sexy-trash

Les amateurs de Magenta ont dû patienter jusqu’en février dernier pour avoir des nouvelles de leur belle dominatrice. Nik Guerra a effectivement décidé de regrouper les divers dessins de pin-up qu’il a réalisés au cours des années, dans un superbe art-book paru chez Graph Zeppelin. Sur plus d’une centaine de pages, Dark Divas démontre l’impressionnante qualité graphique de Guerra. Jouant sur les noirs, ponctués parfois d’un peu de rouge, l’artiste met en scène Magenta, avec autant de savoir-faire au pinceau, qu’à l’héliographe ou au crayon.

Cette démonstration de force, à la qualité graphique nettement supérieure aux courts récits publiés précédemment, laissait présager un futur tournant dans la carrière de l’artiste L’arrivée dans les kiosques du premier tome Magenta au sein des Grands Classiques de la BD érotique n’a d’ailleurs servi qu’à mieux préparer le terrain aux nouvelles aventures de l’impitoyable héroïne... présentant encore une nouvelle formule !

Une pin-up tirée de "Dark Divas", et inspirée d’une peinture par Bettie Page
Dark Divas, Guerra, Graph Zeppelin 2017.

En effet, la série change (encore) d’éditeur pour trouver un nouvel écrin chez Graph Zeppelin. La volonté d’accentuer la rupture,avec les précédentes publications parues chez Delcourt et Dynamite, tout en se rapprochant du style pin-up du précédent art-book Dark Divas affleure de façon évidente.

Ce nouvel album, intitulé assez justement Noir fatal, n’est effectivement plus du tout pornographique, à peine légèrement érotique. Et il revient aussi aux premières amours de Nik Guerra : la période des années 1960, mais cette fois, avec la révolution sexuelle en toile de fond.

Ainsi, Noir Fatal prend place à Londres en 1961. De nombreux top models du magazine sexy Bizarre Bazar disparaissent mystérieusement. Préférant stigmatiser le milieu de débauches au sein desquelles évoluaient les jeunes femmes, la police n’arrive pas à confondre les meutriers… Mais après la disparition de leur amie Charlotte Champagne, Magenta et Lucrèce, top models et photographes, décident de mener l’enquête avec leurs méthodes… originales !

Perspective tronquée, Magenta se fait blonde, le temps d’une introduction
Noir Fatal, Nik Guerra, Graph Zeppelin 2017.

Délaissant son ancien scénariste Celestino Pes, Nik Guerra signe seul cette nouvelle aventure de 64 pages [1].]]. Le dessinateur a certainement voulu profiter de la leçon donnée par Milo Manara : ne travailler que sur les projets qui correspondent totalement avec ses goûts artistiques, tout en désirant élargir son public. Magenta reste donc fidèle au culte des hauts-talons et aux sous-vêtements sexy, ainsi qu’aux coiffures travaillées et au maquillage sophistiqué. Mais cette fois-ci, aucun débordement érotique ne vient limiter la lecture de Noir Fatal à un public adulte et averti.

Cette concession n’empêche pas Guerra de multiplier les hommages. Tout d’abord aux fumetti neri, avec un récit qui s’amuse de ses invraisemblances pour mieux divertir. À certaines égéries féminines aussi, notamment à Brigitte Bardot. Mais surtout aux influences graphiques britanniques, à commencer par John Willie, le maître du bondage, en réalisant quelques scènes SM assez soft. Il privilégie surtout les regards, ainsi qu’une lingerie suggestive pour mieux mettre en valeur ses héroïnes, sans pour autant les déshabiller.

Magenta vaille au grain !
Dark Divas, Guerra, Graph Zeppelin 2017.

Noir fatal se rapproche donc de l’esprit du premier tome Bienvenue en enfer, sans perpétuer l’aspect glacial de son héroïne qui créait une grande distance avec le lecteur. L’humour colporté dans les courts récits a cédé la place à un graphisme léché, où Guerra donne toute la mesure de son talent. Ce qui place certainement Noir Fatal comme l’album érotique le mieux dessiné de l’année. L’album comporte d’ailleurs douze planches crayonnées, qui permettent de saisir toute la dextérité vertigineuse de son auteur.

Avec cette troisième sortie en moins de six mois, Magenta s’implante donc définitivement comme l’une des femmes fatales de la bande dessinée érotique de ce début de XXIe siècle. Et vous aurez encore l’occasion de l’admirer avec les quatre prochains albums qui suivront ces prochains mois au sein des Grands Classiques de la BD érotique !

Bettie Page, muse de Hugh Hefner

Enfin, terminons ce tour fétichiste avec la sortie d’un autre livre chez Graph Zeppelin, cette fois-ci consacré à Bettie Page, dont les cheveux, le regard et les poses suggestives ont inspiré à coup sûr le personnage de Magenta. Nik Guerra a d’ailleurs repris certaines poses caractéristiques de ces travaux pour son héroïne, comme en témoigne le dessin ci-dessus, que l’on retrouve dans Dark Divas.

Simplement nommé Bettie Page, cet artbook rassemble les plus fameux dessins qu’Olivia de Beradinis réalisa en mettant en scène Bettie Page. Hugh Hefner, récemment disparu, en raconte la genèse en préface :

"Nous avons présenté Bettie Page à Olivia, [...] illustratrice réputée pour son travail autour des pin-up. [...] Cette rencontre a donné naissance à une série de peintures inoubliables de Bettie [...], dont nous avons eu l’honneur de publier une grande partie dans les pages de [Playboy]. Ces illustrations sont rassemblése dans cet ouvrage, hommage à la légendaire reine des pin-up."

Bettie Page y apparaît tour à tour sensuelle, naïve, mutine, conquérante, aguicheuse, dominante, troublante, hypnotique, livrée, colérique, impatiente, soumise, etc. Le livre regroupe également différentes travaux préliminaires qui permettent d’apprécier le talent de l’artiste. Mais aussi des articles signées par Olivia, ainsi qu’un entretien avec Bettie Page herself.

Que cela soit avec Magenta ou Bettie Page, Graph Zeppelin s’impose comme la référence sexy et classe du moment. Un éditeur dont les amateurs surveilleront de près les prochaines sorties.

(par Charles-Louis Detournay)

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Concernant Magenta, lire également :
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[1Pes & Guerra se sont séparés en 2011, et Guerra a réalisé en 2012 cette aventure, intitulée initialement Nero fatale [[Informations tirées du dossier signé par Vincent Bernière, en complément du premier tome de Magenta paru au sein de la collection des Grands Classiques de la BD érotique.

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