Alberto Varanda (Petit Pierrot, Elixirs) : « J’ai beau aimer dessiner des dragons, je ne me cantonne pas à cela »

4 mars 2011 0 commentaire
  • [Sélectionné dans la catégorie jeunesse au dernier festival d'Angoulême->art11085], le premier tome du [Petit Pierrot->br3916] nous a montré une toute autre facette du talent de Varanda, bien connu pour ces récits de Fantasy dont La Geste des chevaliers-dragons ou [Élixirs->art7736] avec Arleston. Analyse de ce changement d'univers auréolé d'une part d'autobiographie.

Alberto Varanda (Petit Pierrot, Elixirs) : « J'ai beau aimer dessiner des dragons, je ne me cantonne pas à cela »
On vous a tout d’abord découvert avec Bloodline, Paradis Perdu et le premier tome de La Geste des chevaliers-dragons, le tout scénarisé par Ange…

Oui, c’est avec Bloodline que les professionnels et les libraires ont découvert notre travail, même si j’avais précédemment publié Reflets d’écume, toujours avec Anne & Gérard(Ange) au scénario.

Ce qui est étonnant, c’est de voir la violence qui pouvait se dégager de Bloodline, et la Fantasy d’autres séries, ce qui est tout de même à l’opposé de ce que vous publiez actuellement avec Petit Pierrot.

J’ai beau aimer dessiner des dragons, cela ne signifie pas que je désire ne me cantonner qu’à cela ! Je réalise énormément de crobards à côté de mes planches, et dans ces dessins jetés, on se trouve assez loin des pin-ups et dragons, mais on retrouve plutôt des bouilles rondes. C’était d’ailleurs déjà le cas avant que je ne me sois lancé dans la bande dessinée. Ce style naturel s’est tout d’abord exprimé dans Rantanplan, qui était mon premier travail en bande dessinée, un univers donc axé sur l’humour. À côté des séries que je dessine, je pense avoir un univers qui m’est propre, loin de la violence, mais plutôt lunatique. Puis je suis également d’une nature angoissée, et j’ai tendance à remplir le vide de mes cases. Cette surenchère graphique se remarque surtout après Bloodline, mais comme le lecteur a aimé cela, j’ai persévéré dans cette voie en ne sachant plus me convaincre que je pouvais aborder un travail plus simple.

Cela se ressent dans l’expression de votre blog, quand on voit les crayonnés ultra-poussés d’Élixirs

D’une certaine manière, cela doit être pathologique. D’un côté, j’aime cela, et je suis réellement heureux lorsque c’est terminé tout en faisant attention que cela demeure équilibré. Je pourrais effectivement dessiner beaucoup plus simplement, mais psychologiquement, cela m’est impossible sur Élixirs. Comme je n’ai fait pas moi-même mes couleurs sur cette série, il faut que je me rassure graphiquement avant de lâcher le dessin au coloriste.

Donc Petit Pierrot est né de ce dénuement que vous recherchez malgré vous ?

Avec ce petit personnage, j’ai franchi le pas vers la simplicité, car je savais que je ferais mes propres couleurs, ce qui permet de rééquilibrer le tout. Mais au début, j’étais si peu sûr de moi que j’ai créé le blog du Petit Pierrot sous un pseudo, afin d’avoir un retour sur le dessin uniquement, et pas l’auteur qui se cachait derrière. À ma grande surprise, cela a été non seulement apprécié, mais un réel ping-pong s’est constitué avec le public, lui-même m’amenant sur la voie de nouvelles idées. C’est d’ailleurs ainsi que la lune est arrivée. Le personnage a grandi avec le blog et les lecteurs. Cela m’a donc donné de l’assurance. Puis, lorsque j’ai eu assez de matière, je l’ai montré à un éditeur pour avoir un avis professionnel.

Le Blog du Petit Pierrot s’est arrêté car vous vous consacrez à l’œuvre papier ?

Il n’est pas arrêté, disons qu’il tourne au ralenti. Pour le premier tome, j’ai utilisé très peu de visuels du blog car en faisant ces derniers, je ne pensais pas encore à l’édition. Après cette première publication, j’ai continué à travailler pour le tome 2, et je ne voulais que de l’inédit dans les albums, afin de ne pas léser le fan de la première heure. Je n’ai donc pas pu placer ces nouveaux dessins sur le blog, mais rien n’empêche d’en mettre de temps en temps des inédits, mais qui doivent toujours rester dans la veine des débuts. Ce qui est drôle, c’est que certains fans du blog étaient déçus de ne pas retrouver les origines du Petit Pierrot dans l’album ! Cela m’a donc ôté certains scrupules de reprendre tout de même l’un on l’autre dessin dans les versions papier.

Comment décrivez-vous l’univers du Petit Pierrot ? C’est une part de votre enfance ?

Cela y fait effectivement appel.

Vous avez aussi imaginé un coffret assez spécial chez Attakus ?


Je m’entends fort bien avec eux. Lors de l’élaboration d’un sketchbook, nous avons évoqué la possibilité d’une résine, une opportunité que je n’avais pas encore pu concrétiser auparavant. Le personnage du Petit Pierrot les a faits craquer, et nous avons alors imaginé ce coffret reprenant les deux tomes et cette très belle figurine. Un beau cadeau pour les lecteurs… et aussi pour moi !

Votre autre travail d’envergure actuellement, c’est le troisième tome d’Élixirs. Est-ce également un univers qui vous correspond, à sa façon ?


Le T3 avance bien, j’en suis à la moitié. Et j’adore l’univers ! En comparaison, j’ai bien aimé réaliser le premier tome de Paradis perdu, mais cela a été lourd à porter. Les lecteurs avaient noté que le dessin de Paradis perdu était beau mais froid, avec un rendu assez technique. Tandis que sur Élixirs, les personnages ont de réelles bouilles, ils doivent rire et s’exprimer avec plus de vie, puis l’univers est plus fantaisiste et plus drôle également. Paradoxalement, j’avoue que j’ai eu du mal à m’y mettre, mais passé le tome 2, cela a coulé de source. L’idéal serait d’avoir un album tous les deux ans. On espère que le tome 3 serait prêt pour la fin de l’année, l’album sera d’ailleurs en prépublication dès l’été dans le Lanfeust Mag.

Comment développez-vous cet univers d’Élixirs ? Vous avez des demandes concrètes auprès d’Arleston ?

Nous développons cet univers ensemble. Il sait que j’aime l’architecture et les grandes foules, et il en a donc mis encore plus que ce que je pouvais espérer ! (rires) Je m’approprie cet univers de plus en plus, et il me semble progressivement plus consistant. J’espère donc qu’on pourra porter ensemble cette série sur un long périple.

Quelle meilleure illustration que la progression d’une "case" d’Elixirs par Varanda ?








(par Charles-Louis Detournay)

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Photo : (c) CL Detournay

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