Avec "Fudafudak", Li-Chin Lin explore de nouveau l’envers de Taïwan

24 mai 2017 0 commentaire
  • Après "Formose" (2011), les Editions çà & là éditent le nouveau livre de Li-Chin Lin, qui nous emmène cette fois encore à Taïwan. "Fudafudak", c'est une plage. C'est aussi un "endroit qui scintille" selon le peuple Amis, autochtone de l'île. C'est enfin le titre de l'ouvrage de la dessinatrice, qui pique notre curiosité et nous fait découvrir un pan de l'Asie plutôt méconnu.
Avec "Fudafudak", Li-Chin Lin explore de nouveau l'envers de Taïwan
Formose © Li-Chin Lin / Editions çà & là 2011

Li-Chin Li est née à Taïwan, mais elle vit en France depuis la fin des années 1990. Son envie de devenir illustratrice l’a menée jusqu’à Angoulême, à l’Ecole supérieure de l’image, puis à Valence, à l’école d’animation La Poudrière. Elle réside et travaille toujours dans la Drôme. Elle n’en a pas pour autant coupé les liens avec son pays natal. Elle retourne ainsi régulièrement sur l’île, ce qui lui a permis de réaliser son nouveau livre : Fudafudak - L’endroit qui scintille.

Dans sa première bande dessinée, publiée en 2011 déjà aux Editions çà & là et intitulée Formose, elle racontait sa jeunesse à Taïwan. Elle n’abandonne pas totalement l’écriture autobiographique dans Fudafudak, mais elle n’est plus ici le sujet de son propre travail. Elle choisit en effet de nous faire découvrir un peuple autochtone de l’île, les Amis. Elle le fait à travers son regard, apportant une touche personnelle, légère voire humoristique, dans un thème proche de l’ethnologie.

Les Amis vivent dans l’Est de Taïwan et sont présents sur l’île depuis des siècles - bien avant l’arrivée des Han au XVIIe siècle. Ayant conservé pour une partie d’entre eux un mode de vie sinon traditionnel, du moins respectueux de leur environnement et de leurs racines, les Amis font partie des peuples "minoritaires" face aux Chinois de l’ethnie Han. Ils sont à ce titre parfois victimes de discrimination, ou à tout le moins d’une certaine mise à l’écart de la part du pouvoir taïwanais.

Fudafudak © Li-Chin Lin / Editions çà & là 2017

Le peuple Amis a su faire face à la politique de colonisation des Han - car c’est bien ainsi qu’il faut la qualifier, même si elle n’en a pas l’apanage. L’île de Taïwan a d’ailleurs suscité bien des convoitises au cours de son histoire. Le nom "Fudafudak", qui désigne une plage paradisiaque de la côte Est, en est un joli symbole. Elle s’est aussi appelée "Sugihara" pendant la domination japonaise (1895-1945), et se nomme "Shan-Yuan", en mandarin, depuis l’avènement du régime héritier de la Chine nationaliste de Tchang Kaï-Chek. Nombre de familles Amis ont également dû troquer leur nom contre un patronyme japonais, puis chinois.

Li-Chin Li nous rapporte ce type d’anecdotes, révélatrices d’une histoire et d’une culture, avec simplicité. Plutôt que de se faire péremptoire ou même didactique, elle se met en scène lors de ses récents séjours - entre 2013 et 2015 - à Taïwan. Nous la suivons dans ses pérégrinations et ses micro-aventures, en compagnie principalement de son amie Hsiao-Ching. Celle-ci a décidé de s’installer sur la côte Est pour se lancer dans une production agricole biologique. Elle tisse alors des liens avec la population locale, échangeant des produits et des conseils. Elle découvre ainsi le peuple Amis et transmet son empathie à Li-Chin Li, qui à son tour parvient à nous la faire ressentir.

Fudafudak © Li-Chin Lin / Editions çà & là 2017

Parmi la vingtaine de peuples autochtones qui vivaient sur l’île avant l’arrivée des Chinois, celui des Amis est un des rares à subsister aujourd’hui. Il doit pourtant encore lutter quotidiennement pour faire valoir ses droits et préserver son environnement. L’histoire de la plage de Fudafudak, sur laquelle revient longuement Li-Chin Li, est un exemple frappant de ce nécessaire combat. Menacée par les promoteurs immobiliers et un État aménageur adepte de la croissance à tout prix, la magnifique plage a failli servir de repaire aux tenants de l’industrie touristique. Mais c’était sans compter sur la mobilisation des acteurs locaux, que la dessinatrice représente avec beaucoup de vivacité, dans un style crayonné, davantage éloigné des codes du manga que dans Formose, apportant fraîcheur et spontanéité à son propos.

Li-Chin Li nous offre donc une jolie rencontre avec le peuple Amis. Son livre fourmille de détails, mais sa description du quotidien permet à son approche de n’être jamais pesante. Elle se met en image avec discrétion, s’effaçant derrière son sujet : la résistance de certains peuples, parfois oubliés, à une forme de modernité étouffant les cultures et détruisant l’environnement.

Fudafudak © Li-Chin Lin / Editions çà & là 2017

(par Frédéric HOJLO)

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