Barly Baruti : " Avec Madame Livingstone, mon but premier n’était pas de revendiquer quoi que ce soit..."

  • Longtemps absent de la scène BD franco-belge depuis la fin de la série "Mandrill", Barly Baruti a fait son grand retour cet été avec le one-shot "Madame Livingstone" paru chez Glénat. L'exposition qui lui est actuellement consacrée au Centre Belge de la BD est l'occasion de rencontrer cet artiste et activiste de la "BD made in Congo".
Barly Baruti : " Avec Madame Livingstone, mon but premier n'était pas de revendiquer quoi que ce soit..."
Madame Livingstone
Barly Baruti & Christophe Cassiau-Haurie (c) Glénat

Depuis combien de temps êtes-vous dans la BD ?

Barly Baruti : Ça fait 33 ans. J’avais 22 ans lorsque j’ai réalisé ma première bande dessinée. Mais je parle de mon premier livre publié. J’ai fait d’autres choses avant ça.

Comment est né le projet Madame Livingstone ?

Jusqu’à l’âge de 13 ans, je m’appelais Alexis Livingstone et ce patronyme était aussi celui de mon père. D’ailleurs, tous mes documents officiels tels que les bulletins scolaires étaient au nom d’Alexis Livingstone. Puis, en 1971, sous le régime de Mobutu est arrivée la politique du retour à l’authenticité, la “zaïrianisation” [1]. Comme tous les autres Congolais, nous avions banni nos noms catholiques afin de prendre des noms congolais car, contrairement à ce qui était écrit dans les manuels scolaires, nos ancêtres n’étaient pas les Gaulois (rires). Mon père a donc changé mon nom en Baruti Kandolo Lilela. Lui-même est devenu Kayitundu Kandolo.

On en conclut que vous avez un aïeul britannique puisque Alexis Livingstone n’est ni un nom congolais, ni un nom africain.

(Il sourit) Je ne sais pas. Je n’en n’ai aucune idée. Tout ce que je peux dire c’est que mes ancêtres venaient du Maniema, dans l’Est de la République Démocratique du Congo. C’est une région qui faisait partie à l’époque de la Route de l’esclave. Peut-être que l’origine de mon nom européen est à chercher de ce côté-là.

Barly Baruti nous a reçu dans son atelier situé dans la banlieue bruxelloise
Crédit photo : Christian MISSIA DIO

Ce nom m’intriguait, et j’ai entamé des recherches. J’ai d’abord essayé de collecter des infos au sujet du Dr David Livingstone mais je n’ai rien trouvé de probant. Il faut dire que ce personnage n’a pas laissé beaucoup d’écrits. Puis, je me suis aperçu que l’explorateur britannique Henry Morton Stanley avait écrit sur Livingstone. J’ai étudié ses textes mais j’ai remarqué qu’il y avait énormément d’anomalies et d’incohérences concernant le médecin écossais. Donc, j’ai abandonné cette piste. Certains ont déclaré que Livingstone s’était marié avec une princesse noire, ce qui était impossible, car cela ne se faisait pas à l’époque qu’un blanc épouse une noire... Néanmoins, David Livingstone est resté très longtemps en Afrique centrale. Je me suis dit qu’il devait bien y avoir une raison. Autre incohérence, selon moi, c’est que durant son périple africain, Stanley a pris énormément de photographies mais ce n’est pas le cas lors de sa rencontre avec le Dr Livingstone. Cette séquence est représentée par une gravure. Pourquoi ? Peut-être n’avait il plus de pellicule ? Je ne sais pas, et peu importe finalement, car cette enquête a fait germer dans mon esprit une idée. J’ai imaginé que le Dr Livingstone avait eu un enfant. Puis, j’ai été voir un ami, Appollo, qui a proposé une histoire. Par la suite, ce récit a été développé par Christophe Cassiau-Haurie. Enfin, la préface du livre est signée Jean Auquier, le directeur du Centre belge de la bande dessinée.

Qui est Appollo ?

Olivier Appollodorus dit Appollo est un scénariste franco-réunionnais auteur notamment de La Grippe coloniale avec Serge Huo-Chao-Si et de Île Bourbon 1730 avec Lewis Trondheim. Il a notamment vécu à Kinshasa où il était professeur de français.

Quelques planches de Madame Livingstone - Congo, la Grande Guerre
Barly Baruti & Christophe Cassiau-Haurie (c) Glénat

Madame Livingstone aborde aussi la question du soldat africain engagé dans les forces coloniales, le fameux “tirailleur sénégalais” de l’armée française. En Belgique, le sujet a-t-il été abordé ?

Abordé par qui ? Le Congo était la colonie de la Belgique. C’était une entité belge, et basta. Les autorités de l’époque ne se sont pas posé de questions. Dommage qu’aujourd’hui on n’en tienne plus compte.

Pourtant, il existe des associations congolaises qui commémorent chaque année le soldat inconnu congolais. Ceux-ci n’ont ils pas essayé d’entrer en contact avec les autorités belges compétentes ?

C’est vrai, il existe des groupes tels que Mémoire coloniale qui font un travail de fond pour sensibiliser sur ces questions-là. De plus, il est vrai aussi que la société belge d’aujourd’hui est beaucoup plus ouverte et plus lucide pour traiter ce type problème. Cela me rappelle une info que j’ai entendu dernièrement et dans laquelle il était dit que la MONUSCO [2] considérait Patrice Lumumba comme une figure politique majeure. [3]. Cela m’a fait rigoler ! Tout cela pour dire qu’aujourd’hui, beaucoup d’eau à coulé sous les ponts.

Dans Madame Livingstone, mon but premier n’était pas de revendiquer quoi que ce soit pour le soldat congolais par rapport à la Belgique. Nous ne sommes pas allés dans ce sens avec mes scénaristes. Nous voulions mettre à plat certaines choses. Nous avons jeté des cartes, c’est au lecteur de se poser les bonnes questions.

Votre personnage Alexis Livingstone est un métis qui semble être bien accepté par ses congénères congolais. Hors, le métissage n’était pas quelque chose de bien perçu à l’époque, même chez les autochtones. Comment expliquez-vous cela ? Facilité scénaristique ?

Non. Vous savez il y avait déjà de nombreux métis au Congo et dans le reste de l’Afrique à cette époque-là, par exemple, avec les Arabes. Ce rejet du métissage dont vous parlez était plus un racisme basé sur les compétences. Mais si vous êtes né et avez grandi là bas, il n’y a aucune raison que les autres Africains vous rejettent puisque vous êtes l’un des leurs. Par exemple, dans la BD, on dit bien que les Blancs n’acceptent pas Alexis.

Récemment, la journaliste belge Colette Braeckman a publié un article sur son blog à propos du métissage au Congo dans les années soixante suite à la publication d’un livre traitant de la question. Certains nourriraient un complexe de supériorité vis-à-vis des Noirs. C’est un sujet qui a toujours été présent.

Je suis un “sang mêlé” et je n’ai JAMAIS vécu de rejet de la part de mes frères Congolais et des autres Africains. Je ne suis pas de la première génération de mulâtres. Il y en a eu d’autres avant moi et ceux-ci ont été acceptés. Mon père était quasiment blanc et il était accepté comme tel. Au temps du Zaïre, il y avait le fameux “clan des métis”, tous issus de l’ethnie Ngbandi de l’Équateur [4] et qui était composé de l’actuel président du sénat Léon Kengo Wa Dondo et de Jean Seti Yale, l’ancien conseiller spécial du maréchal Mobutu, ou encore le businessman Jeannot Bemba Saolona [5]. Toutes ces personnes sont des Congolais pour le reste de la population. Elles ne sont pas perçues comme des étrangers ou que sais-je encore. Bien sûr, certains métis ont préféré vivre entre eux plutôt que de se mélanger. D’autres encore ont rejeté leur part africaine. Cela arrive parfois, malheureusement. Forcément, il y a dû avoir du rejet de la part de certains de leurs compatriotes mais si vous avez vécu et grandi là bas, il n’y a pas de raison que les autres vous rejettent, sinon toutes leurs familles seraient aussi exclues de la société.

Barly Baruti est très présent sur les réseaux sociaux
Crédit photo : Christian MISSIA DIO

Vous abordez aussi la question du Katanga, riche province minière du sud-est du Congo qui fut longtemps et est encore actuellement le poumon économique de ce pays. Il y a eu des mouvements sécessionnistes encouragés par la Belgique post-coloniale et aujourd’hui encore, il y a des réminiscences avec le mouvement “Bakata Katanga”. Pensez-vous que la population de cette province se sente plus katangaise que congolaise ? Gagneraient-ils à être indépendants ?

C’est possible, mais c’est comme en Belgique avec les indépendantistes flamands qui veulent aussi la séparation. Néanmoins, je suis convaincu que le Katanga à intérêt à faire partie prenante du Congo. Si cette province devenait un état indépendant, je ne sais pas si elle le resterait très longtemps. D’autre part, c’est surtout les politiques et certaines multinationales qui ont incité à ce que cette province s’autodétermine afin de s’arroger toutes ses richesses. Cela date de longtemps et on en trouve des prémisses dans cette BD où j’ai pourtant montré qu’il y avait déjà une entente entre les gens de la région, qu’ils viennent du Tanganyika ou d’autres régions du Congo et d’ailleurs. Il y avait une harmonie entre les peuples.

Quelle est votre vision de votre pays d’origine la République Démocratique du Congo ?

Vous savez, on jette toujours des pierres sur un arbre qui porte des fruits. Nous avons un problème sérieux au niveau du Congo : c’est comme si nous étions condamnés à vivre pauvre à cause de nos richesses. Il y a tellement de convoitises au niveau de la RDC et cela ne date pas d’aujourd’hui... C’est le péché originel, si je puis dire, de ce formidable pays. Mais il y a un espoir, aussi bien à l’intérieur qu’au niveau de sa diaspora. Un mouvement, une lame de fond s’est amorcée et plus personne ne pourra l’arrêter. Peut importe les embûches et le temps que cela prendra mais ce pays va changer. C’est une certitude ! Madame Livingstone s’inscrit aussi dans ce mouvement, pour faire évoluer les mentalités.

Crédit photo : Christian MISSIA DIO

Parallèlement à la BD, vous menez aussi une carrière de musicien. Pourriez-vous nous parler cette seconde passion ?

Lorsque l’on me questionne sur ma profession , je ne dis jamais que je suis un auteur de BD, je dis que je suis un artiste, car je fais aussi de la peinture et de la musique. Mon style musical c’est la rumba, particulièrement la rumba congolaise. Nous avons une musique très riche qui est abreuvée par un folklore d’une diversité étonnante. Rendez-vous compte : il y a entre 200 et 450 ethnies au Congo-Kinshasa ! La rumba est un peu le ciment de la culture congolaise. Il n’y a pas que la musique, il y a aussi l’esprit rumba, la manière de s’habiller, de manger, de se comporter en société. Tout cela fait partie de la rumba maliba qui est un peu le moteur de mon projet musical.

Hormis le problème de l’édition, quelles sont les forces et faiblesses de la bande dessinée congolaise ?

Si les gens me disent que la BD congolaise n’est pas encore arrivée à maturité, je leur réponds, qu’est ce qu’ils attendent ? Que tout le monde se mette à dessiner au Congo ? Non. Dans toute société, il y a toujours des fers de lance. Pendant des années et encore aujourd’hui, on parle d’Hergé, Jacobs ou Franquin pour parler de la BD franco-belge. Je trouve que la BD congolaise a atteint sa maturité et elle se fait respecter dans toutes les sphères. Les auteurs congolais sont des auteurs comme les autres et ils ne sont pas uniquement focalisés sur leur pays ou l’Afrique. Si vous prenez mon parcours, j’ai dessiné les séries Eva K. et Mandrill scénarisées par Frank Giroud. Pat Masioni a travaillé pour DC Comics, Tembo Cash bosse avec André-Paul Duchâteau. Je n’aime pas dire “BD africaine” mais “BD made in Africa”. Nous avons nos spécificités, mais ne nous demandez pas de réinventer la roue.

Pensez-vous, comme Hector Sonon, qu’il faut arrêter de faire des festivals BD en Afrique ?

Quand j’ai lu cela, j’ai rigolé. J’ai été un des premiers auteurs à faire un festival de BD en Afrique centrale. Pourquoi le faisons-nous ? Pas uniquement pour vendre des bouquins. Faire cela en Afrique en pensant que l’on va atteindre des scores proches de ce qui se fait en occident est une chimère. Au niveau du continent, il faut d’abord faire accepter la BD comme un art à part entière et aussi comme un medium. Le but est de faire évoluer les mentalités vis-à-vis de notre travail.

Je me souviens d’un festival à Kinshasa durant lequel les organisateurs avaient voulu séparer les auteurs africains des auteurs européens. C’était une sorte d’auto-ségrégation. Étant donné que j’avais déjà publié en Europe, on m’a mis avec les Blancs. J’ai alors été voir les organisateurs pour leur expliquer que ce n’était pas la bonne méthode. Le but de ce type d’évènement est de faire connaitre les auteurs locaux au grand public. Les “parquer” dans une petite annexe n’aidera pas ces artistes à sortir de l’anonymat.

Sonon faisait allusion aux ventes de livres car, à cause de leur prix, ceux-ci sont souvent trop chers pour une grande partie de la population. Marguerite Abouet, l’auteure d’Aya de Yopougon dit la même chose. Elle a inauguré des bibliothèques en Côte d’Ivoire et au Sénégal afin de faciliter l’accès du livre aux enfants.

Je trouve que c’est un discours défaitiste. Comme je vous le disais, il faut éduquer les gens en Afrique pour qu’ils lisent de la bande dessinée. Prenez le phénomène des sapeurs. Ceux-ci dépensent des sommes folles pour s’acheter des vêtements griffés de grands couturiers. Pourquoi ne pas mettre cet argent dans la lecture ? Ce qu’il faut c’est créer des animations autour de la BD afin qu’elle devienne une tendance lourde et qu’elle entre dans les mœurs des Africains. C’est comme cela que nous réussirons.

Quels sont vos prochains projets ?

Je travaille sur une nouvelle BD mais qui n’aura pas pour cadre l’Afrique. C’est tout ce que je peux dire pour le moment.

Au niveau musical, j’ai mon projet Rumba Maliba dans lequel j’aimerais démontrer toute la richesse de la culture congolaise. Des tournées aussi sont prévues mais je communiquerai en temps voulu.

(par Christian MISSIA DIO)

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À lire sur Actua BD :

La chronique de Madame Livingstone

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Madame Livingstone sur le site des éditions Glénat

Barly baruti s’expose à la Gallery du CBBD du 2 septembre au 19 octobre 2014

Centre Belge de la Bande Dessinée

Rue des Sables 20

1000 Bruxelles

Tél. : + 32 (0)2 219 19 80

Fax : + 32 (0)2 219 23 76

mail : visit@cbbd.be

Le site du CBBD

Ouvert tous les jours (sauf lundi) de 10 à 18 heures.

Photos : Christian Missia Dio

[1C’était un mouvement politique qui instaurait un retour à l’authenticité africaine. Les noms du pays, des provinces, villes et cours d’eau ainsi que celui des personnes ont été changé pour faire plus “couleur locale”. Par exemple, Joseph-Désiré Mobutu a changé son nom en Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, ce qui signifie dans sa langue natale “Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne puisse l’arrêter”. Au niveau économique aussi, toutes les entreprises ont été nationalisées. Si dans l’esprit, cette démarche était cohérente, dans les faits elle favorisa surtout le clientélisme entretenu par le pouvoir, la corruption et la fuite des cerveaux. De nombreuses sociétés bien portantes firent faillite après avoir été reprise par des personnes mal préparées à la gestion d’entreprise. Ce fut, pour le Congo, une période particulièrement difficile.

[2Mission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo

[3Lumumba a été premier Premier ministre de la République Démocratique du Congo et une des figures importantes du mouvement pour les indépendances des pays africains. Il a été assassiné dans des conditions controversées. Il est aussi considéré comme le premier “héros national” en RD Congo.

[4Ethnie et province du nord-ouest du Congo d’où était aussi originaire Mobutu Sese Seko.

[5Décédé en 2009, il était surnommé en son temps le “Patron des patrons” car il était le plus riche homme d’affaires zaïrois à l’époque. Il est aussi le père de Jean-Pierre Bemba, président fondateur du parti politique MLC et principal rival du président Joseph Kabila lors des premières élections présidentielles en RD Congo en 2006. Il est actuellement en détention à La Haye aux Pays-Bas, car il est poursuivi par la justice internationale pour crimes contre l’humanité.

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Source : Datalib

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